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notes politiques

L'Union Européenne (UE) est devenue l'Union Allemande (UA)

Publié le par Alexandre Anizy

Il convient d'examiner lucidement le plan de soutien qui vient d'être finalisé par le Conseil Européen : toutes les exigences allemandes ont été une nouvelle fois acceptées, comme nous l'avions prévu (voir nos notes économiques et politiques précédentes).

L'Union Européenne est devenue l'Union Allemande.

(Si le trait est sciemment forcé, il n'altère pas la réalité)


Si les piteux gouvernants européens, à commencer par le Président ubiquiste Sarkozy de Nagy Bocsa, vont marteler partout que ce plan de soutien est un nouveau « pas majeur » (1) vers une gouvernance économique et financière de la zone euro, alors qu'il ne s'agit que de la mise au point d'un mécanisme opérationnel de gendarmerie budgétaire, force est de constater que la presse allemande quant à elle ne prend pas la peine de cacher sa joie (pour la classe dirigeante, il faut bien exalter la fibre nationale quand les classes laborieuses sont appauvries ...), lorsqu'elle célèbre Mutti Merkel « la chancelière de fer ».

N'est-ce pas ainsi que Bismark était surnommé ? (2)



Alexandre Anizy


(1) : Rappelons ici que même l'euro imperator Jean-Claude Trichet a jugé « très très mauvais » une intervention du FMI dans la zone euro (sur ce sujet, ce monsieur a au moins le mérite d'être cohérent).

(2) : Qu'il n'y ait pas de méprise ! Si Bismark a oeuvré opiniâtrement à l'unification allemande (lire notamment « Pensées et Souvenirs » de Bismark, Calmann-Lévy, édition 1984, 480 pages, 99 FRF), il a aussi veillé à instaurer un équilibre politique en Europe … que l'empereur Guillaume II balaya sottement (c'est un euphémisme).

 

L'Allemagne trace sa route en Europe

Publié le par Alexandre Anizy

Depuis le déclenchement de la crise financière grecque, l'Allemagne n'a pas changé d'un iota sa positon orthodoxe : non à la solidarité européenne, oui aux crédits bilatéraux ... associés à une aide du FMI. Comme Mutti Merkel a horreur du désordre sur les marchés et des réunions qui s'éternisent, elle vient de rappeler que « l'aide financière à la Grèce ne sera pas à l'agenda de la réunion jeudi, car la Grèce elle-même a dit qu'elle n'avait pas besoin d'aide. (…) il ne faut pas provoquer des turbulences sur les marchés en suscitant de fausses attentes du Conseil européen de jeudi ».

Par ailleurs, la populiste Mutti Merkel n'hésite pas à flatter le sentiment de supériorité des vertueux Allemands, qui ne voient que paresse et corruption dans la Grèce contemporaine. Il est vrai qu'elle est en campagne électorale en Rhénanie : pour la coalition au pouvoir à Berlin, une défaite provoquerait la perte de la majorité au Bundesrat (2ème chambre du Parlement allemand).

Ajoutons que si l'Allemagne prône l'orthodoxie financière pour l'Union Européenne en général et la Grèce en particulier, elle s'autorise dans le même temps un déficit record de 80 milliards d'euros. Sans commentaire.


L'Allemagne trace sa route en Europe : quelle que soit la question posée, Berlin y répond en fonction des intérêts strictement allemands. C'est tout à l'honneur des hommes politiques allemands. C'est aussi pourquoi les beaux esprits français, comme l'économiste Thomas Piketty, nous font bien rire avec leur appel à un fédéralisme économique et financier (« En Europe, il faut inventer le chemin menant au fédéralisme budgétaire. Qui ne passe pas par le FMI, mais bien plutôt par l'émission d'obligations européennes. » Piketty, Libération 23 mars 2010).


Par aveuglement, par conformisme, par intérêt, des gens instruits et intelligents peuvent se comporter comme des imbéciles.


La Grèce finira sans doute par se tourner vers le FMI, d'une façon ou d'une autre. Que faut-il en penser ? Le ministre des Finances, Wolfgang Schäuble, affirme que l'intervention du FMI dans le « sauvetage financier » de la Grèce constituerait un échec de l'Union européenne.

C'est un Allemand. En matière de realpolitik, c'est du sérieux.



Alexandre Anizy

De la stratégie allemande

Publié le par Alexandre Anizy

Concernant l'Union Européenne, depuis 20 ans l'Allemagne a opté pour une stratégie non coopérative, comme le dit Patrick Artus. Voir aussi nos notes :

http://www.alexandreanizy.com/article-24166795.html

« la question de l'Allemagne » du 28 octobre 2008,

et

« l'Europe est vraiment mal partie » du 6 novembre 2008,

ainsi que nos dernières notes économiques.


Depuis longtemps, l'Allemagne regarde à l'Est. Comme les faits sont têtus, en voici quelques uns.

Dans les problèmes industriels d'Airbus, les responsables allemands n'ont jamais reconnu leur responsabilité (la fameuse usine d'Hambourggggg) ; car dans EADS, malgré les apparences, l'Allemagne tient déjà l'organigramme (voir nos notes sur ce sujet), ce qui explique son maintien dans cette structure aberrante finalisée côté français sous l'ère de l'austère fossoyeur socialiste Jospin et Strauss-Kahn l'ami du CAC 40 (des gens qui ne savent pas compter : lire http://www.alexandreanizy.com/article-7183428.html .

L'allemand Siemens, qui ne contrôlait ni le capital ni l'organigramme d'Areva, a lâché cette société sans respecter stricto sensu le pacte d'actionnaires (mais ça se plaide …) pour se jeter immédiatement dans une alliance avec le concurrent russe Rosatom (bonjour l'éthique !) : en jeu, les futures 400 centrales nucléaires, un marché de 1.000 milliards d'euros.

En optant pour un gazoduc direct Russie – Allemagne, le chancelier Schroeder ignorait au prix fort les pays baltes, l'Ukraine.

Comme on le constate, peu importe la couleur politique du chancelier allemand, puisque la stratégie est cohérente : au diable l'autonomie énergétique de l'Union Européenne !


Pour la sortie de crise, il nous paraît évident que l'Allemagne a déjà choisi :

  • maintien de sa stratégie non coopérative en euro land, ce qui signifie à terme l'appauvrissement des autres partenaires, notamment la France et l'Italie ;

  • alliance énergétique et industrielle avec la Russie (le rêve d'une modernisation économique russe sous l'égide de l'Allemagne …).


Lorsque le président ubiquiste Sarkozy de Nagy Bocsa, lui l'atlantiste convaincu, se tourne vers la Russie et n'hésite pas à vendre les fameux navires Mistral, nous ne pouvons que le féliciter de cette évolution stratégique, car au XXIème siècle rien ne se fera en Europe sans la Russie. Mais nous constatons aussi qu'il ne fait qu'accrocher unilatéralement le wagon français à la locomotive allemande.


Alexandre Anizy

Obama finira-t-il comme Carter ou Clinton ?

Publié le par Alexandre Anizy

Avant même l'élection de Barack Obama comme Président, nous sommes restés à l'écart de « l'Obamania », c'est le moins qu'on puisse dire. Voir notre note du 28 février 2008

http://www.alexandreanizy.com/article-17138637.html .


Après un an de présidence Obama au cours de laquelle les promesses n'ont pas été tenues, il n'est pas étonnant de voir le renversement de l'opinion. L'élection d'un Républicain dans le fief démocrate du défunt Ted Kennedy en est la meilleure illustration.

Il est troublant de constater que « depuis un an, Obama et les démocrates insistent sur la nécessité de travailler main dans la main avec les républicains, pour mettre en oeuvre leurs politiques centristes. Pourquoi cette démarche de la part des démocrates, alors qu'ils contrôlaient jusqu'à janvier dernier les deux chambres du Congrès (…) ? » (Danielle Follett, enseignante-chercheuse à l'université Paris VIII)

En matière économique, Obama pouvait difficilement entreprendre le changement, puisqu'il avait choisi un expert comme Larry Summers (celui qui sous Clinton fit exploser la dernière loi limitant la rapine bancaire), ou un banquier comme Timothy Geithner, qui participa au sauvetage des banques avec le Secrétaire d'Etat républicain Henry Paulson, dans les conditions troubles que les Américains découvrent maintenant … Du côté de Wall Street, beaucoup d'indulgence malgré les beaux sermons (l'insolente santé des 4 grandes banques en atteste aujourd'hui) ; du côté du vulgum pecus, 7,1 millions (sur 7,9 millions) des ménages actuellement en retard pour le remboursement de leur prêt hypothécaire vont perdre leur logement, si l'Etat n'intervient pas ...

Comme l'écrit Danielle Follett, « les gens ont compris pour qui travaille Obama ».

Dans quelques mois, les effets du plan de relance de 2009 agiront pleinement puis déclineront aussitôt malgré les 90 milliards de dollars injectés en plus (notamment indemnités de chômage et nouvelles dépenses programmées), qui ne compenseront pas une forte baisse de la consommation, comme Robert Reich (professeur à Berkeley, ancien ministre du Travail de Clinton) le prévoit aujourd'hui. En conséquence, le taux de chômage devrait encore augmenter sensiblement.


Dans ces conditions, nous voyons deux fins de mandat possibles pour le président Obama : le calvaire de Jimmy Carter ou le rebond de Bill Clinton. Comme il n'a pas la volonté politique pour offrir une stratégie de relance sérieuse mais seulement une remarquable habileté politicienne pour durer, son rêve aux contours indéfinis risque fort de finir en cauchemar. Cependant, son ambition personnelle couplée à un exceptionnel talent de tribun peut le conduire sur le chemin du cynisme, à la manière d'un Bill Clinton prêt à tout pour obtenir un deuxième mandat. Dans ce cas, nous pourrions tous être impactés par ses initiatives : le pire n'est pas certain.



Alexandre Anizy

Le vent passager de révolte dans le crâne européiste de Christophe Barbier

Publié le par Alexandre Anizy

Certains peuples ont beau avoir réussi à exprimer leurs rejets de cette Europe passoire, alors que d'autres ne le pouvaient même pas, les scribes dociles et serviles du fédéralisme attisent les feux pour accélérer la fuite en avant suicidaire. Démonstration dans le dernier éditorial de Christophe Barbier, qui feint de s'indigner pour mieux vendre le « jusqu'au boutisme ».



Première cible : il profite de la crise grecque pour vilipender les banquiers qui, « après que la manne publique a renfloué leurs boutiques, se retournent contre les Etats et spéculent avec les hedge funds contre ceux-là mêmes qui les ont sauvés ».

Encore pire ! Au moment où il écrit son éditorial, Christophe Barbier ne sait pas encore que la banque américaine Goldman Sachs a aidé la Grèce en 2001 à dissimuler l'ampleur de sa dette grâce à des produits financiers complexes. Prix de la prestation : 220 millions d'euros de commissions.


Deuxième cible : il assène qu' « il faut mettre hors d'état de nuire » les agences de notation, « arrogantes officines qui distribuent ou retirent les « triples A » aux entreprises et aux nations comme s'ils s'agissait d'andouillettes », peut-être même à la tête du client puisque leurs raisonnements sont illogiques comme nous l'avons démontré avec Moritz Kraemer de chez Standard & Poor's

( lire notre note http://www.alexandreanizy.com/article-mauvaise-note-pour-moritz-kraemer-de-standard-poor-s-44167373.html ),

alors qu'elles ont révélé leur incompétence en continuant, la veille de la crise des subprimes, à noter excellemment des produits financiers pourris.


Troisième cible : « La vérité, c'est que les Etats-Unis et la Chine, pour mieux asseoir leur condominium, accusent l'Europe de freiner le redémarrage de l'économie européenne. (…) Derrière la monnaie et les marchés, une civilisation est visée, pour laquelle la solidarité compte autant que la performance. » Diantre !


Attention car voici le clou du spectacle : tout ceci est possible parce qu'il n'y a pas d'Europe politique et économique. (Pour la démonstration, il faudra repasser...) Par conséquent, « une révolte est nécessaire. Révolte de la France et de l'Allemagne, pour reprendre le pouvoir dans une Union diluée. Révolte de tous les Etats contre une Banque centrale trop passive, accrochée aux règles plus qu'aux réalités, qui subit une baisse de l'euro qu'elle aurait dû piloter depuis longtemps (…) Révolte, enfin, contre la Commission Barroso II (…) et contre le tandem des ectoplasmes, Herman Van Rompuy et Catherine Ashton (...) »


S'il travaillait un peu plus ses papiers, on finirait peut-être par croire à la sincérité de Christophe Barbier.



Alexandre Anizy


P.S : c'est au moment où Christophe Barbier lance un cri de liberté dans son magazine conservateur, qu'il prend soin d'ôter son écharpe rouge sur son portrait, où il apparaît en veste et chemise blanche (col fermé), sans cravate (concession à la bohème ?) : à défaut de révolte, la communication permanente !

 

En solo l'Allemagne de Mutti Merkel et consorts

Publié le par Alexandre Anizy

Comme nous l'avons déjà exprimé, la construction européenne repose sur un malentendu, spécialement du côté français : lire notamment la note

http://www.alexandreanizy.com/article-24166795.html


Jeudi dernier, lors du sommet européen consacré à la situation de la Grèce, l'Allemagne, fidèle à sa vision politique, a refusé une nouvelle fois la constitution d'un gouvernement économique de la zone euro. Selon un haut responsable européen au quotidien britannique the Guardian, « l'Allemagne appuie complétement sur la pédale de frein en ce qui concerne l'aide financière [à la Grèce, ndAA] », « pour des raisons juridiques et par principe ».


Il faut ajouter les raisons économiques, que Christian Saint-Etienne, dont nous apprécions peu les jugements de valeur (c'est rien de le dire : voir notre note du 12 mai 2008 http://www.alexandreanizy.com/article-19486954.html ), résume bien :

« Ensuite l'Allemagne, menant une politique de désinflation salariale compétitive au sein de la zone euro, affaiblit ses partenaires en croquant des pans entiers de leur demande intérieure, tout en les empêchant d'exporter chez elle par manque de demande intérieure. Que ce choix soit suicidaire pour l'Allemagne elle-même à moyen terme ne retient pas ce pays d'accentuer sa politique, fasciné qu'il est par l'incapacité de la France et de l'Italie à réagir alors que, sans forcer le trait, il dépèce ces pays à vif. » (dans le Monde du 5 février 2010)

Concernant la Grèce, 65 % environ de sa dette serait détenu par 3 grandes banques internationales, dont la Deutsche Bank.


Si on comprend l'embarras du gouvernement allemand (ses contribuables engraisseraient leur banque via les caisses de l'Etat grec ...), on devine aussi que rien ne changera dans le « machin bruxellois ».



Alexandre Anizy

Dominique Strauss-Kahn parle bien "econo-globish"

Publié le par Alexandre Anizy

Dominique Strauss-Kahn, l'ami du CAC 40, a été placé à la tête du Fonds Monétaire International (FMI) par le Président ubiquiste Sarkozy de Nagy Bocsa : il le méritait sans conteste. Sous l'ère Jospin, il avait montré l'étendue de son talent d'illusionniste.


Etant loin de sa base électorale française, DSK n'a plus besoin de maquiller ses préférences doctrinales et ses propos conservateurs. C'est ainsi que le FMI, sous sa direction, vient de sommer le Portugal de diminuer ses dépenses budgétaires par une baisse de la masse salariale des fonctionnaires et par une réduction des aides sociales.

Gageons que s'il était en France, DSK l'ami du CAC 40 aurait noyé, comme Sarkozy de Nagy Bocsa, son remède néolibéral dans une chicorée socialiste : c'est le talent que nous lui reconnaissons.


En effet, DSK maîtrise parfaitement l'« econo-globish », cette langue économique pratiquée sur notre planète par l'ensemble des décideurs qui veillent à ce qu'hors de cette théorie dominante, point de salut ! C'est d'ailleurs pourquoi il a obtenu le job : une sorte de fondé de pouvoir des grosses fortunes.



Alexandre Anizy 

Toujours la même embrouille de Jacques Julliard

Publié le par Alexandre Anizy

Comme il y a 30 ans, l'intellectuel servile Jacques Julliard s'est jeté dans la bataille idéologique, hier sous le masque de la modernité (la deuxième gauche et Rocard : quelle fumisterie !), aujourd'hui celui de la régénération ; mais dans les deux cas, il s'agite pour brouiller les termes du débat afin que rien ne change.

La cohérence politique de ce personnage n'étant pas une de ses qualités, nous dégotons d'emblée une contradiction majeure parmi les « 20 thèses pour repartir du pied gauche » (article dans Libération du 18 janvier 2010), lorsqu'il parle des syndicats.

D'abord, c'est le constat auquel arrivent bien de nos concitoyens :

« Privés de toute perspective d'avenir, de tout projet positif, les syndicats se sont repliés sur une posture purement défensive de préservation de l'emploi et des rémunérations. Les grandes entreprises (…) dans le meilleur des cas, regardent les syndicats comme des auxiliaires utiles dans le maintien de l'ordre social. »

Au printemps 2009, grâce à une gestion pédestre et stérile du mécontentement populaire, les sieurs Thibault et Chérèque ont montré toute l'étendue de leur capacité de nuisance, pour les salariés évidemment.


Puis vient la proposition absurde concernant la régénération :

« Le facteur déclenchant pourrait être la constitution d'un bloc syndical, doté d'un programme d'urgence, dont la CGT et la CFDT doivent prendre l'initiative. (…) Ce nouveau bloc devra envisager la coordination de son action à l'échelle internationale, et d'abord européenne. »

Comment des organisations syndicales vermoulues peuvent-elles se transformer en forces du changement, qui plus est dans un cadre européen ? Le savant Jacques Julliard ne se donne même pas la peine de raconter cette métamorphose abracadabrantesque.



En fait, cet intellectuel servile nous sert le même plat de résistance qu'hier, à savoir : une deuxième gauche, un étendard forcément rassembleur (hier la modernité, maintenant la régénération), un nouvel acteur social (hier la CFDT prétendument autogestionnaire, maintenant le bloc syndical aux contours aussi flous que le programme d'actions), et toujours la même société civile …

Si les temps ont changé, Jacques Julliard quant à lui s'est fossilisé.



Alexandre Anizy 

 

Régressions identitaires : Etienne Balibar et Emmanuel Todd

Publié le par Alexandre Anizy

 

Pour le philosophe Etienne Balibar, l'évolution néolibérale de l'Europe a deux conséquences notables.

« La première, c'est que la classe ouvrière (au sens large, oscillant entre le salariat et le précariat) … (…) … tend à identifier la défense de son statut (…) avec l'exclusion des migrants. (…) Comme si (…) la fétichisation de la forme nationale et la conversion de l'étranger en ennemi pouvaient conjurer la disparition du contenu social. » (dans Libération du 21 décembre 2009)

« Le deuxième phénomène est tout autre: c'est la confiscation de la politique en Europe par les gouvernements (…). (…) Cette confiscation s'explique par le fait que la classe politique et administrative qui se distribue entre les lieux du pouvoir postule toujours « l'ignorance du peuple » et n'a d'autre horizon que sa propre reproduction. » (idem)

La ratification du Traité de Lisbonne en Allemagne, en Hollande, en France, sans parler de l'Irlande, confirme cette analyse.


Etienne Balibar en arrive à cette proposition :

« L'effet combiné du désespoir des classes populaires (…) et de la stratégie auto-immunitaire des gouvernants, c'est qu'il n'y a plus de pouvoir « constituant », pas même vraiment de pouvoir « législatif » en Europe. Etatisme sans Etat (…). Mais c'est aussi que le discours nationaliste envahit tout (…). Mais ne nous y trompons pas, la xénophobie vise l'étranger en général. Elle vise la différence. » (ibidem)

Disons d'abord que la désignation des pantins Van Rompuy et baronne Ashton est un commencement de preuve quant à la pertinence de l'analyse.

(lire notre note http://www.alexandreanizy.com/article-la-tete-de-l-union-europeenne-40351675.html )

Disons enfin qu'en ce qui concerne la France, l'historien Emmanuel Todd analyse correctement le mécanisme de la régression identitaire :

« L'habileté du sarkozysme est de fonctionner sur deux pôles : d'un côté la haine, le ressentiment ; de l'autre la mise en scène d'actes en faveur du culte musulman ou les nominations de Rachida Dati ou Rama Yade (…). (…) dans tous les cas la thématique ethnique est utilisée pour faire oublier les thématiques de classe. » (dans le Monde du 27 décembre 2009)

Il nous semble intéressant de souligner ce point de convergence entre ces deux intellectuels.


Etienne Balibar en conclue logiquement que nous vivons « la fin de son utopie [le dépassement des nationalismes] ». Hormis « l'hypothèse communiste » qui résout tout d'un coup, comme il le souligne malicieusement, il n' y a point d'autres formulations d'ensemble. C'est « l'affaire d'une génération ».

« Surtout, il y faudrait des mots nouveaux, mieux articulés aux résistances et aux révoltes, comme aux aspirations générales de la société (…). »

En somme, la bataille idéologique ne fait que débuter.



Alexandre Anizy

Démocratie : Chantal Delsol a-t-elle vraiment lu Jacques Rancière ?

Publié le par Alexandre Anizy

La démocratie est en danger dans la vieille Europe : « Nous voyons s’avancer tout doucement la justification d’un nouveau régime : une oligarchie. », écrit Chantal Delsol dans un article (Figaro du 3 décembre 2009), dont nous avons tiré la substance essentielle dans notre note précédente :

http://www.alexandreanizy.com/article-daniel-cohn-bendit-l-antidemocrate-recidiviste-vise-par-chantal-delsol--40593781.html

 

Mais elle balance aussi des noms : « Ceux qui remettent en cause la démocratie, rien qu’en langue française, forment déjà une pléiade qui mériterait des travaux approfondis. Je ne citerais ici que Rancière, Badiou, Milner. »

 

Seulement voilà, concernant Jacques Rancière, nous nous interrogeons sur la pertinence du propos : ceux qui ont lu le livre titré « la haine de la démocratie », dont nous avons fait une présentation fournie dans notre note du 29 mai 2007,

http://www.alexandreanizy.com/article-6704177.html ,

ne peuvent qu’être interloqués par cette saillie imbécile. En effet, dans cet ouvrage, Jacques Rancière défend « l’idée démocrate » face à ceux qu’il nomme « les républicains », et il dénonce la sournoise prise de contrôle des institutions par l’oligarchie … comme l’écrit Chantal Delsol dans son article cité en référence.

 

Alors, que faut-il penser du contresens de Chantal Delsol ?

Peut-être que sa lecture de Rancière s’est arrêtée au titre du livre.

Ce qui ne serait pas sérieux de la part d’une philosophe patentée du Figaro, vous en conviendrez, n’est-ce pas ? 

 

 

Alexandre Anizy

 

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