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Hubert Védrine, figure d'un nouvel esclavagisme

Publié le par Alexandre Anizy

Les médias faisant leurs choux gras de l'émotion naturelle suscitée par l'impuissance des hommes face à la force des éléments terrestres, ou bien par les violences de la guerre, ou bien par la mort d'un enfant noyé dont le corps s'est échoué sur une plage turque, il ne faut pas s'étonner quand la machine s'emballe, puisque cette frénésie est un gage de profit. C'est à ce moment crucial que les politiciens roublards entrent en scène pour instrumentaliser l'événement, comme Mutti Merkel l'a fait avec cynisme lorsqu'elle déclara l'Allemagne prête à accueillir sans restriction 800.000 migrants pour finalement, à peine 7 jours après, fermer unilatéralement ses frontières en menaçant d'achever le dit espace de Schengen si des mesures nouvelles et urgentes n'étaient prises.

C'est dans ce cadre-là que la parole est donnée à Hubert Védrine. (1)

« Le principe même de Schengen, qui remonte à 1985, mis en œuvre en 1997, est que la circulation interne est libre parce qu'il y a un contrôle externe. Il faut rétablir ce double aspect. », dit cet expert au-dessus de tout soupçon.

D'abord on se dit qu'il y a quelque chose qui cloche dans le propos : comment des hauts fonctionnaires et des hommes politiques avertis, qui ont pensé Schengen pendant 30 ans et l'ont mis en œuvre pendant 18 ans, ont-ils pu oublier l'instauration d'une véritable frontière Schengen ? (2) Il nous faut évidemment écarter l'hypothèse de l'imbécilité, parce les eurocrates étaient très diplômés et les politiciens expérimentés, comme Hubert de Védrine qui cumulent les 2 qualités. Par conséquent, cet oubli fâcheux fut un choix qu'il convient d'expliquer. Si Schengen avait été pensé et surtout mis en œuvre entièrement dès 1997, des signes incontestables de la perte de souveraineté des pays membres auraient été visibles, ce que les peuples (3) d'Europe n'étaient pas prêts à accepter. L'inachevé dans l'espace Schengen est un choix politique : ce qui intéressaient les européistes et les eurocrates, c'étaient la libre circulation des gens dans l'espace Schengen ... pour que le plombier polonais puisse casser les prix en France, pour que le boucher roumain puisse travailler à bas prix dans les abattoirs allemands. Comme le constate Hubert Védrine lui-même : « Le sans-frontiérisme a fait des ravages. »

On doit souligner ici l'erreur sémantique d'un grossier Védrine, lui d'ordinaire si précis voire pointilleux, quand il parle de "rétablir" le double aspect du principe de Schengen (circulation interne libre parce qu'il y a contrôle externe) : on ne peut "rétablir" une chose ou un principe que si cette chose ou ce principe a déjà existé. Or les points de contrôle sérieux dans Schengen n'ont jamais été installés, puisqu'on les réclame aujourd'hui. En toute connaissance de cause.

Face à l'immigration économique (4), que faut-il faire maintenant dans l'urgence ?

« La cogestion doit être mise en place entre pays de départ (Afrique de l'Ouest, Amérique du Sud, Asie), pays de transit (Maghreb, Balkans) et pays d'arrivée (Europe). Il n'y a pas de raison que seuls les pays d'arrivée aient à gérer cela, en bout de chaîne, dans les pires conditions. »

Le diplomate Védrine avec tout le talent et le tact qu'on lui reconnaît valide ainsi la fermeture des frontières allemandes en passant sous silence le cynisme de la compassion allemande et l'unilatéralisme sans scrupule de ce mini empire. Est-ce vraiment à la Hongrie et maintenant à la Croatie de gérer dans l'urgence, seules, administrativement et humainement le flot d'immigrés que l'Allemagne désire accueillir si généreusement ? Bien sûr que non.

Mais déjà le "sage" Védrine s'intéresse au moyen terme :

« Une conférence annuelle rassemblerait ces pays. Des quotas annuels seraient définis, par métiers, en fonction des demandes de départ des demandeurs, et des besoins de l'Europe ; les aides au retour seraient accrues. »

Autrefois, les négriers nantais (et d'ailleurs) piochaient violemment de la main d'œuvre dans le vivier africain pour l'exporter dans le Nouveau Monde, et revenir au port avec d'autres marchandises : c'était le commerce triangulaire. Aujourd'hui, de manière plus rationnelle, pour ne pas dire scientifique, on prépare l'instauration d'une nouvelle captation de ressources humaines des pays périphériques, dans le but de maintenir le statu quo des rapports internationaux de domination économique en pesant sur les revenus des gens de peu des pays du centre. Autrement dit, une nouvelle forme d'esclavagisme est en gestation pour une mondialisation toujours plus heureuse.

Ajoutons que Hubert Védrine est précautionneux et attentionné à l'égard de l'Allemagne. La question du retour sera intégrée au global deal (on parle globish dans ces instances-là), parce qu'il n'est pas utile d'intégrer cette population intérimaire. (5) De la sorte, l'Allemagne généreuse n'aura pas à retoucher son droit du sang. L'idée allemande ne sera pas altérée.

Hubert Védrine en figure d'un nouvel esclavagisme comprend ce genre de choses et ne sait rien refuser à l'Allemagne, hier comme aujourd'hui.

Alexandre Anizy

(1) dans le Figaro du samedi 19 septembre 2015

(2) à commencer par de vrais points de contrôle à la frontière, ce qui est aujourd'hui demandé dans l'urgence...

(3) Nous résumons la définition simple du peuple par Michel Onfray : le peuple, c'est l'ensemble des personnes qui subissent le Pouvoir.

(4) La question de la différenciation entre l'immigration politique et l'immigration économique n'est pas l'objet de ce billet.

(5) Il nous revient le refrain d'une chanson de François Béranger :

"Mamadou m'a dit, Mamadou m'a dit,

On a pressé le citron, on peut jeter la peau"

Les postures de Saint-John Perse et Michel Houellebecq

Publié le par Alexandre Anizy

L'un se voyait en génie alors qu'il est faussaire : Saint-John Perse.

Ayant commis une indélicatesse à son égard, Gaston Gallimard s'en explique par écrit le 28 septembre 1945 et, voulant obtenir l'édition originale des inédits que le poète tient en réserve, il évoque une publication dans la Pléiade : « Je rêve aussi d'une édition dans la "Pléiade". » (1) Saint-John Perse le prend au mot et va le tanner pour qu'il puisse créer "son Pléiade" : « Plus concrètement, il [SJP] a décidé de l'architecture de l'ouvrage, conçu la biographie, mis sur pied l'apparat critique ; il a également retouché ou imaginé une partie de sa correspondance, organisé la bibliographie et la table des matières. Il a même choisi son masque sculpté par un artiste hongrois pour la couverture. » (2) C'est pourquoi Renée Ventresque écrit : « Il faut prendre la "Pléiade" pour ce qu'elle est, une œuvre littéraire extraordinaire à tous les sens du terme (...) » (3). Une œuvre dans laquelle l'auteur emmêle le vécu et le fictif du poète Saint-John Perse et du diplomate Alexis Léger - alors qu'il les cloisonnait dans la réalité -, dans une mise en scène de "génie".

Pour commencer, il va rabaisser Francis Jammes (qui croyait être son protecteur) en reconstruisant leur amitié avec des fausses lettres : « Sévère, injuste, voire malhonnête à l'égard de Jammes, la "Pléiade" l'est indiscutablement. D'abord elle contrevient à la réalité des faits (...) » (4)

Ensuite, il pulvérise un inspirateur reconnu, Victor Segalen (l'Anabase du "génie" doit un peu à Stèles), et il cache sa source, Tibet révolté de Jacques Bucot (5) ; il utilise Paul Claudel en faire-valoir, tout en faisant de lui un grand absent des Lettres de son "Pléiade" ; du diplomate Léger, il présente les modestes connaissances de l'Asie comme base de son ascension au Quai d'Orsay et source d'une école diplomatique (!), et il le met en valeur dans le récit de l'enlèvement au sérail dans "la Relation respectueuse" : « En fait, bousculant allègrement siècles et genres, le texte convoque à l'envi les souvenirs littéraires. L'unique dent d'or dont s'enorgueillit le "commissaire de police de quartier" n'est pas sans rappeler Fontenelle. L'esquisse qui élude irrévérencieusement la féminité de la Présidente Li en la transformant en un "être chèvre-pied" fait signe vers Ronsard, etc. Tout est à l'avenant dans cette scène d'opérette réglée par un diplomate sûr de ses classiques. » (6)

Enfin, en matière politique, le Saint-John Perse de la Pléiade révise le passé, soucieux d'apparaître comme un bon démocrate... alors qu'il fut hostile à la Résistance organisée par De Gaulle (pour preuves : la dénonciation de Paul Reynaud, la note de SJP à Roosevelt où il veut démontrer que De Gaulle répudie l'ordre légal). Le diplomate Léger est un fétichiste du droit - en cela, il est en phase avec le poète Saint-John Perse qui use souvent du vocabulaire juridique - : c'est pourquoi nous parions qu'il aurait été un zélé eurocrate ordolibéral.

Grâce notamment à Renée Ventresque, le talent de faussaire de Saint-John Perse n'est plus à démontrer. Alors, si la "Pléiade" de Saint-John Perse est bien le collage d'un bloc imaginaire, son œuvre poétique n'est-elle pas aussi celui d'un lettré sachant emprunter ? (7)

L'autre se dit conservateur alors qu'il n'est qu'un ambitieux cynique : Michel Houellebecq.

En janvier 2015, pour la sortie du roman Soumission , le quotidien Le Monde demande une chronique à Christine Angot. Le fait de ne pas apprécier les romans de cette femme écrivain (8) n'empêche pas d'en tirer quelques remarques pertinentes : "passer outre" est même l'ardente obligation des intellectuels.

« Je n’avais pas envie de m’intéresser à lui, il ne s’intéresse pas au réel, qui est caché, invisible, enfoui, mais à la réalité visible, qu’il interprète, en fonction de sa mélancolie et en faisant appel à nos pulsions morbides, et ça je n’aime pas. » (9) Et encore : « Je peux même comprendre qu’il ait envie de suivre les opinions mortifères générales, qui se situent à la crête des vagues, et qui permettent d’ignorer les fonds. Il observe les opinions, les synthétise, les interprète, et offre sa vision aux lecteurs qui la confrontent à la leur. » (10) Houellebecq se soumet à la pente, dit-elle encore.

La pente du déclin forcément, mais aussi de la laideur, de la facilité. Ce que nous avons exprimé dans un billet : « L'art houellebecquien consiste à truffer sa prose de scènes porno à la manière de feu Gérard de Villiers, de considérations philosophiques pour appâter les germanophones, de propos tendancieux pour susciter la polémique utile au plan de promotion. Ce sont des impératifs commerciaux savamment intégrés dans la ligne de création : un style putassier, certes, mais un style. » (11) Notre analyse est confirmée par ce que Houellebecq aurait dit à l'écrivain Marc-Edouard Nabe : « « Si tu veux avoir des lecteurs, mets-toi à leur niveau ! Fais de toi un personnage aussi plat, flou, médiocre, moche et honteux qu’[eux]. C’est le secret, Marc-Edouard. Toi, tu veux trop soulever le lecteur de terre. » C’est du moins ce que rapporte Nabe dans la préface à son Régal des vermines, republié en 2006 au Dilettante. » (12)

En tout cas, Houellebecq a appliqué méticuleusement sa recette : « Houellebecq, lui, à partir du moment où il arrive à définir des types sociaux qu’il réduit à leur physique et à leur discours ça lui suffit, il les promène dans son dispositif comme des Playmobil, et c’est tout, (...) » (13) Pourtant, selon Angot, « Le but, à travers la littérature, n’est pas de nier l’humain ni de l’humilier. Le roman c’est la suspension du mépris. La société a des pulsions mortifères qui l’ont conduite à porter aux nues (...), ça ne nous oblige pas à faire le même choix. » (14) Mais voilà, Houellebecq ne fait que saisir des mouvements significatifs des sociétés développées, réduisant ses personnages en archétypes, en Playmobil. Christine Angot en vient à l'opposer à Céline dont elle dit : « Dans ses grands romans il n’y a pas la moindre petitesse. Ses personnages sont tous quelqu’un. » Mais ce n'est pas le cas chez Houellebecq : « « Et moi, je n’étais pas quelqu’un ? » H [vacharde, Angot réduit l'auteur à une lettre - ndAA] veut nous mettre à nous aussi cette idée dans la tête. Que peut-être on n’est pas quelqu’un. Puisque l’humanisme le fait vomir. » (15)

Face à Céline, Houellebecq ne tient pas la comparaison : ce n'est pas un grand écrivain, mais un bon marchand photographe qui réduit les humains en choses, plutôt minables, forcément. Des pas quelqu'un.

En ce mois d'août, l'enquête menée par la journaliste Ariane Chemin, levant un peu le voile sur Michel Houellebecq, apporte un début de réponse sur son ambition littéraire et personnelle.

« « Je suis le Perec d’aujourd’hui. J’ai besoin de vous », c’est avec ces mots qu’il s’était présenté à l’éditeur Maurice Nadeau, en 1994. Houellebecq songeait déjà à la postérité. « J’aime les citadelles qu’on bâtit dans l’azur/ Je veux l’éternité, ou au moins ses prémisses », dit un de ses poèmes, écrit bien avant qu’il se perche avenue de Choisy. » (16)

Qu'un écrivain vise l'immortalité en son for intérieur, il est permis d'en rire mais après tout, puisque le chemin d'une consécration toujours relative est semé d'embûches de toutes sortes, n'est-ce pas une condition pour que ces hommes-là puissent se dépasser ? Mais avec Houellebecq, on est vite ramené à la surface élémentaire, au plancher des vaches :

« « Pourquoi écrivez-vous ? » a demandé un jour un journaliste espagnol à Michel Houellebecq. « Parce que je suis vaniteux et que j’aime le regard et les applaudissements des

gens », répondait-il avec une belle franchise. » (17) Pour le pognon, aurait-il pu ajouter, lui qui s'est exilé en Irlande pour échapper à l'impôt, juste le temps d'amasser un magot suffisant pour vivre en rentier pépère.

Sûr de son succès, le vaniteux H est devenu tyrannique : les salariés de l'édition le craignent, les gens des médias le cajolent pour éviter le boycott pur et dur comme Ariane Chemin ; ses confrères vont le découvrir à leurs dépens, notamment à l'occasion de la prochaine publication : « Mais les honneurs aujourd’hui s’accumulent. Un Cahier de l’Herne se prépare pour 2016, confié à deux spécialistes, la dix-neuviémiste Agathe Novak-Lechevalier (Paris-X), son universitaire préférée, et le jovial prof écossais Gavin Bowd. Il a confié des photos, ses compositions de jeune élève. Tout le monde veut en être, mais il choisit personnellement chaque intervenant de ces mélanges, écartant les épisodes de sa vie et les auteurs qui l’indisposent. Le point de vue d’un critique de cinéma ? « Tous des cons ! » Tel contributeur ? « Pas lui. Dans dix ans on n’en entendra plus parler. » Houellebecq tisse sa toge. » (18)

Le petit Michel a grandi : sa morale souple et son sens des affaires lui promettent une vieillesse heureuse. Si demain les Martiens débarquent sur la Terre, Houellebecq se fera et pensera illico martien, comme Mutti Merkel. (19) Psychologiquement, il est déjà prêt pour devenir le témoin d'un monde infâme.

L'un se voyait en génie, l'autre prétend avoir un don ; Saint-John Perse et Michel Houellebecq sont deux personnages aux méthodes ignominieuses. La littérature doit s'en accommoder, si elle veut tirer profit des œuvres réalisées par des êtres médiocres voire pires. N'empêche ! L'humanité n'a que foutre de ces gens-là.

Alexandre Anizy

(1) cité à la page 34 de la remarquable étude de Renée Ventresque : La Pléiade de Saint-John Perse - La Poésie contre l'Histoire (classiques Garnier, collection Etudes de littérature des XX et XXI siècles sous la direction de Didier Alexandre, 2012, 442 pages, 59 €)

(2) Renée Ventresque, idem, p. 14.

(3) Ibidem, p. 17.

(4) Ibid., p. 167

(5) Pendant 25 ans, SJP poursuivra de sa rage le critique Maurice Saillet, qui a pointé les similitudes de Anabase avec Tibet révolté, l'importance des "sources livresques".

(6) Ibid., p. 262.

(7) Ibid. p. 370. En 1988, Catherine Mayaux a montré comment SJP a utilisé le texte de Jacques Bucot.

(8) Lire par exemples les billets suivants :

http://www.alexandreanizy.com/article-22500873.html

http://www.alexandreanizy.com/article-pour-estoquer-les-petits-de-christine-angot-68637034.html

(9) Christine Angot, Le Monde du 16 janvier 2015.

(10) Idem.

(11) Alexandre Anizy, la fonte de Houellebecq, 12 mai 2015 :

http://www.alexandreanizy.com/2015/05/la-fonte-de-houellebecq.html

(12) Ariane Chemin, Six vies de Michel Houellebecq, dans Le Monde du 18 au 23 août 2015.

(13) Christine Angot, Le Monde du 16 janvier 2015.

(14) Idem.

(15) Ibidem.

(16) Ariane Chemin, Six vies de Michel Houellebecq, dans Le Monde du 18 au 23 août 2015.

(17) Idem.

(18) Ibidem.

(19) Alexandre Anizy, Les mues de Mutti Merkel :

http://www.alexandreanizy.com/article-31636234.html

Jérôme Leroy fait l'ange

Publié le par Alexandre Anizy

Quelque chose est dans l'air , chantait Barbara en 1981, sans imaginer de quoi il retournait réellement : le francisquain Mitterrand viciait l'espace politique pour quatre décennies, dont nous allons bientôt sortir. Pour le meilleur ou pour le pire ? Deux écrivains l'ont reniflé à leurs manières : Houellebecq dont nous avons récemment parlé (1), et Jérôme Leroy avec L'ange gardien (Gallimard, 2014, en livrel à 14,99 € - trop cher !).

Chez Leroy, il s'agit d'une redistribution consensuelle des cartes, après élimination d'une secte incrustée au cœur de l'Etat pour défendre par tous les moyens illégaux l'intérêt de la bourgeoisie d'affaires : l'organisation est sacrifiée par une large alliance politique au nom de l'unité nationale menée par une Noire blanchie sous le harnais culturel de Sciences-Po. On devine que les affaires vont pouvoir reprendre, comme avant.

Ce polar est terriblement crédible puisque les marionnettes ont déjà commencé leur exercice du pouvoir.

Alexandre Anizy

(1) lire notre billet

http://www.alexandreanizy.com/2015/05/la-fonte-de-houellebecq.html

L'engagement léniniste par Romain Slocombe

Publié le par Alexandre Anizy

Si tous les gars rêvant de mondes meilleurs, de combats héroïques, de paradis, lisent Avis à mon exécuteur de Romain Slocombe (en livrel) avant que de s'engager, le XXIe siècle sera peut-être moins épouvantable. Seulement voilà, il y a le poids incommensurable des intérêts nationaux, et ceux de particuliers, les carcans religieux et la folie de certains hommes : il est donc probable que des temps obscurs d'arbitraires et d'horreurs reviendront.

Le roman de Slocombe raconte la vie d'un révolutionnaire fanatique qui sombre dans la machinerie abjecte du système léniniste, en l'occurrence le NKVD. Espion au service des maîtres du Kremlin n'était pas une sinécure ; c'était même un ticket garanti pour l'enfer et le cimetière, en vitesse accélérée. Après un début difficile (on a vraiment failli décrocher), l'auteur entre dans son sujet et il tient alors le cap.

Au passage, certains découvriront à quoi servait réellement le Komintern, comment le PCUS organisa en Espagne la liquidation des anarchistes, de leurs frères jumeaux - les chiens trotskystes (comme ils disaient)-, pourquoi Aragon craignait sa femme Elsa Triolet et ses patrons, etc. Un travail de documentation est restitué sans nuire à la fluidité du texte.

Evidemment, parce qu'il achevait le mythe léniniste (la bête bougerait-elle encore ?), la presse n'a pas beaucoup aidé Slocombe à élargir son audience : il n'a augmenté significativement ni le nombre de ses lecteurs, ni même celui de ses amis et de ses suiveurs sur la Toile (1). C'est aussi pour cette raison que nous le saluons.

Alexandre Anizy

(1) On blague.

Qu'est-ce qu'a dit Marin Ledun ?

Publié le par Alexandre Anizy

L'homme qui a vu l'homme est un polar de Marin Ledun (Ombres noires 2014, en livrel à 7,99 €), dont le titre un tantinet débile a dû rebuter quelques aficionados. C'est dommage parce que l'oeuvre est de bonne facture, bien que le style soit perfectible :

« Les pneus crissent (1) sur le bitume gelé. Une Mégane break grise s'engage sur l'aire de repos et s'avance sur le parking. Elle freine brutalement derrière une Opel Corsa verte et lui bloque le passage. Des portes s'ouvrent. » (incipit)

Question langage, on est plus proche de Houellebecq que de Proust, c'est évident, mais on ne visite Marin Ledun ni pour sa musique, ni pour son vocabulaire, car il faut reconnaître qu'il sait tresser son récit en Euskadi. Si le credo du héros est simple "ETA, GAL, Etat français, Etat espagnol : tous pourris !", le livre a aussi le mérite d'expliquer pourquoi.

L'homme qui a vu l'homme est un roman d'une construction solide, mais avec une décoration faiblarde.

Alexandre Anizy

(1) Ici, on ne peut pas ne pas citer un morceau de la critique drôle de Frédéric Pagès dans le Canard enchaîné du 22 juillet 2015, à propos de Guillaume Musso :

« Crisser. Ne pas oublier le mot magique qui fait l'écrivain. Exemples : "Il démarra brusquement, faisant crisser le gravier sous les roues de la camionnette" ; "Je m'installai sur le siège avant et fis crisser les pneus en démarrant". Rendons justice à Guillaume Musso : même dans les romans rive gauche intellos, ça crisse énormément. Décrétons donc un moratoire : pendant un an, aucun pneu, aucun gravier ne crissera plus dans aucun roman. Et les lettres françaises seront sauvées dans l'instant présent. »

De la déconnexion de Jürgen Habermas

Publié le par Alexandre Anizy

L'allemand Jürgen Habermas, un philosophe de la construction européenne, se répand dans les médias européens pour fustiger le comportement « brusque et teutonique » de l'Allemagne à l'égard de la Grèce dans la nuit du 13 juillet. Nous lui faisons crédit pour cette apparente parole contraire dans un pays trop sûr du et de son droit. Pour le reste, pas du tout.

Le reste commence par une vision idyllique du passé :

« Après la réunification [1989], l'Allemagne s'est d'abord occupée de ses propres problèmes et puis, ayant pris conscience de sa normalité retrouvée d'Etat-nation, elle s'est en quelque sorte reposée sur la satisfaction d'elle-même.» (1)

Avant 1989, l'Allemagne aurait donc pensé d'abord l'Europe ? Si en économie, pour sa reconstruction elle pensait Europe, parce que le plan Marshall s'inscrivait de toute façon dans ce cadre-là, en géopolitique elle était (et reste) d'abord OTAN, tout en oeuvrant pour ses intérêts nationaux : difficile par exemple de ne pas qualifier d'anti-européens ses agissements souterrains en Yougoslavie avant 1989, bien avant son coup de théâtre diplomatique pour la Slovénie. (2)

Le reste se poursuit par une absolution anticipée de l'Allemagne pour les dégâts à venir, puisque « le gouvernement allemand est tombé dans un piège - le piège historique d'une position semi-hégémonique - dont l'Union européenne avait justement réussi à nous protéger jusqu'à maintenant », et puisque le gouvernement allemand joue « un rôle, qu'il a en apparence accepté à son corps défendant ». D'après l'analyse d'Habermas, la classe dirigeante allemande d'aujourd'hui ressemblera au peuple allemand des années 30 : elle ne savait pas...

Le reste, c'est penser que Wolfgang Schäuble « reste à mes yeux, aujourd'hui comme hier, un Européen convaincu », alors que ce politicien ne la conçoit qu'à la mode allemande, cette Europe.

Le reste consiste à approuver la fuite en avant institutionnelle telle qu'elle est déjà vendue par la clique eurocratique : « La communauté monétaire est trop hétérogène. Nous n'avons par conséquent pas d'autre choix que de faire marche arrière ou aller de l'avant. » Mais un peu à la manière de la pleurnicheuse du PS, le social-traître Jacques Delors fossoyeur de l'Europe : « Cela ne pourra fonctionner que si l'on réussit à instituer un système de partis s'étendant à l'Europe entière et à inclure les populations elles-mêmes dans un processus politique qui jusqu'à présent leur échappe. » Le problème, voyez-vous monsieur Habermas, c'est que justement les partis, du moins ceux qui se nomment eux-mêmes de gouvernement, en tant que représentants des intérêts de l'oligarchie ils n'envisagent pas du tout l'entrée des peuples souverains sur la scène européenne.

En résumé, le philosophe allemand Jürgen Habermas persiste à creuser le sillon de l'impasse européenne : il parle de politique hors situation comme on parle d'agriculture hors sol.

Alexandre Anizy

(1) dans l'Obs du 30 juillet 2015

(2) Cf. Georges Valance : La revanche de l'Allemagne, éditions Perrin

La Grèce a son Grouchy : Yanis Varoufakis

Publié le par Alexandre Anizy

Yanis Varoufakis poursuit sa campagne de promotion personnelle sur la scène médiatique en acceptant d'enfiler les habits de l'iconoclaste que la société du spectacle lui tend. Pour répondre à ses détracteurs, il vient de déclarer (1) qu'il aurait travaillé sur un plan B dès le mois de décembre 2014.

Admettons que ce ne soit ni un bobard ni de la poudre de communication étayée par un document de travail de 3 feuillets A4. Il n'empêche que le "brillant économiste marxiste occasionnel" planche bien tardivement sur le plan d'une bataille annoncée, tandis que ses adversaires occupent la Place forte et préparent les mouvements depuis belle lurette. En fait, la déclaration de Varoufakis ne dit qu'une chose sérieuse : il est comme Grouchy à Waterloo.

Mais en quoi consistait son plan B ? Mettre en place un système bancaire parallèle pour riposter aux agressions de la BCE, rien de moins. Qu'a-t-il fait en décembre ? Travailler avec 5 personnes sur ce projet secret... alors qu'il en aurait fallu 1.000 pour le mettre en oeuvre, selon le "rebelle" himself !

Varoufakis dit aussi que le 29 juin 2015 (jour de la fermeture des banques grecques), sa fine équipe attendait le feu vert du Premier Ministre « pour connecter l'ordinateur portable»... Heureusement, si Alexis Tsipras est un falot, il n'est pas idiot : il refusa ce plan B sans consistance.

Tout ceci confirme notre analyse de février 2015 : les électeurs grecs ont donné le pouvoir à des politiciens falots, par conséquent démunis pour la bataille qu'ils engageaient. Lire notre billet :

http://www.alexandreanizy.com/article-la-grece-dirigee-par-des-falots-tsipras-et-varoufakis-125559005.html

Alexandre Anizy

Nota Bene : pour un gouvernement français de patriotes solidaires, nous avons déjà donné ce qui devrait être la Menace systémique face aux inéluctables agressions financières de l'étranger. Lire notre billet :

http://www.alexandreanizy.com/article-anticiper-la-saignee-d-avant-2017-grace-a-francois-morin-121507060.html

(1) Sur le Forum officiel des institutions financières et monétaires (Omfif)

Un fossoyeur de l'Europe : Jacques Delors

Publié le par Alexandre Anizy

C'est un marronnier de l'été : l'éloge unanime de l'oligarchie pour le social-traitre Jacques Delors, la pleurnicheuse du PS présentée comme un grand bâtisseur de l'Europe alors qu'il en est plutôt un fossoyeur.

En effet, lorsqu'il arriva à la tête de la Commission européenne, il s'attela à un vaste chantier : la création du marché unique. Il a réussi parce qu'il céda tout aux néolibéraux menés par l'épicière anglaise Margaret Thatcher : c'est Denis MacShane, un ancien ministre britannique bien informé qui le dit.

« Jacques Delors s'est attaché inlassablement à intégrer les valeurs et l'approche britannique dans la construction commune de l'Europe. » (1)

« Le paradoxe de Jacques Delors est qu'il a travaillé en bonne entente avec Margaret Thatcher pour créer l'Acte Unique et pour commencer à transformer la communauté économique en une union politique partielle. » (idem)

Ce qu'il fit en France, Delors le répéta au niveau européen en planifiant la mystification des peuples. Qui mieux que Denis MacShane peut le dire :

« Jacques Delors a donné aux Anglais le plus grand marché libre et ouvert que le monde ait jamais vu.»

Alexandre Anizy

(1) dans le Journal du Dimanche du 19 juillet 2015

DSK the country killer ose la leçon à l'Allemagne

Publié le par Alexandre Anizy

Dominique Strauss-Kahn, l'oracle de la bourgeoisie d'affaires, vient d'ouvrir un compte sur les réseaux sociaux, où il va pouvoir gazouiller ad libitum. Il commence très fort ce week-end avec sa lettre à un ami allemand à propos de la Grèce.

Or, qui était le patron du FMI, que nous pouvons surnommer the country killer institution, lorsque le massacre économique de la Grèce a commencé ? DSK.

Quel ministre a permis à Jean-Luc Lagardère de commettre le hold-up du siècle lors de la création de la société EADS ? Encore DSK. (1)

Quand on élève l'incompétence à ce niveau stratosphérique, on mérite le titre de champion du monde.

Puisque nous sommes dans le conseil avec la lettre de DSK, donnons lui gratuitement celui de rester dans son vrai domaine d'expertise :

monsieur DSK, retournez forniquer à l'insu de votre plein gré les putes de Lille ou Marrakech ou Hambourg ou etc. !

Alexandre Anizy

(1) lire notre billet

http://www.alexandreanizy.com/article-7183428.html

Nicolas Barré un ordurier des Echos

Publié le par Alexandre Anizy

Depuis une semaine, la presse française répand l'idée que le culbuto molletiste Hollande met tout en oeuvre pour empêcher un "Grexit", sans poser la bonne question concernant cette médiation : pour la France, est-ce honorable de participer activement au dépouillement politique et économique de la Grèce ?

Pour savoir que la négociation ne finira jamais, il faut comprendre la vraie raison des nouvelles exigences de l'Allemagne - et ses acolytes - déposées ce week-end sur la table (comme l'a raconté Varoufakis dans un entretien en Angleterre, à chaque étape de la négociation, Mutti Merkel et son ministre handicapé ajoutaient une condition impérative) : si Merkel présente au Bundestag un texte sur un 3ème plan d'austérité, il risque fort d'être rejeté ... et l'Allemagne apparaîtrait alors comme la force négative d'une Union qui n'est plus européenne depuis belle lurette. C'est pourquoi Mutti Merkel allonge sans cesse la liste des demandes et conditions, en exigeant bien sûr que le texte soit d'abord approuvé par le Parlement grec avant de passer devant le sien (et quelques autres).

Pour la France, est-ce honorable de participer à ce simulacre ?

Mais de cela, l'éditorial de Nicolas Barré ne parle pas ce matin. Par contre, on y lit :

« Depuis le début, le gouvernement Tsipras (...) négocie avec une grenade dégoupillée à la main (...). » ;

« Ne fait-il [Tsipras] que gagner du temps ou est-il sincère ? on ne peut en vouloir à ses partenaires, eux qui essuient les insultes de ses ministres (...) »

Passons sur les expressions guerrières employées par le publiciste (des études en psychologie ont montré l'effet positif des dites expressions pour la mémorisation du récit chez les lecteurs), pour nous interroger sur l'exercice de son métier : il affirme que des négociateurs grecs ont insulté des ministres européens. Qui ? Quoi ? A qui ? Quand ? Nicolas Barré ne l'écrit pas. C'est pourtant le b.a.ba du journalisme.

Force est de constater que monsieur Nicolas Barré fait de la propagande au bazooka, du journalisme à la Goebbels. Nicolas Barré est un ordurier des Echos.

Alexandre Anizy