Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Bois II d'Elisabeth Filhol

Publié le par Alexandre Anizy

            Le travail d'Elisabeth Filhol nous semble ô combien plus intéressant et utile que la dernière mièvrerie littéraire d'une Vanessa Schneider, insignifiante comme ses articles dans le quotidien vespéral. Malheureusement, grâce aux connivences professionnelles et autres renvois d'ascenseurs, c'est la mauvaise monnaie qui circule abondamment dans les tuyaux médiatiques. Comme toujours.

 

            Pourtant, après La centrale où elle exposait la vie sans fard des intérimaires du nucléaire, Elisabeth Filhol raconte dans Bois II (éditions POL, août 2014, en livrel à 11,99 € - trop cher !) l'extinction préméditée d'une fabrique française. Plus exactement le combat des salariés pour ne pas crever à petit feu. Le vote, la grève et la séquestration, la négociation, les comportements des acteurs de ce genre de situation critique, l'auteur s'emploie à les dépeindre avec minutie, comme elle explique avec simplicité les subtilités financières à l'œuvre dans les mouvements de la mondialisation.

            Filhol n'ignore sans doute pas Fayol.

 

            Mettons un bémol : le texte aurait gagné en intensité sans les passages d'ordre géologique qui frisent la vacuité. Alors amis lecteurs, sautez-les allègrement ! Vous n'en apprécierez que mieux le cœur de l'ouvrage d'Elisabeth Filhol.  

 

 

Alexandre Anizy

 

Les raisons de la Berluskozy

Publié le par Alexandre Anizy

            Comme le maître italien expert en bunga bunga est revenu au pouvoir pour faire voter des lois ad hoc qui l'ont libéré des affaires judiciaires, nous pensons que les motivations de l'élève Sarkozy de Nagy Bocsa pour sa reconquête ne valent pas mieux.

            La France aura donc la berlue.

 

 

Alexandre Anizy

 

Le retour de Gérard Laveau

Publié le par Alexandre Anizy

            Après une absence des rayons numériques indépendante de sa volonté, Gérard Laveau revient sur le marché : Le pas de l'ombre (roman), Tcherno et Total pace maker (polars) sont à nouveau en vente libre sur tous les sites marchands pour la modique somme de 1,99 €. ( "Spécial copinage" comme disait Charlie Hebdo de la grande époque Cavanna, Sylvie Caster, Reiser, etc. ). 

           

            De plus, il a l'élégance d'y ajouter un nouvel opus : Sommeil de la grenade (Edilivre, 2014, livre et livrel beaucoup trop chers !). Le héros Georges Amer file un mauvais coton ; heureusement son associée Torpédo a de la ressource, du cran et du chien. Ils finissent par triompher de l'adversité, mais le lecteur sent que l'agence de détectives est à un carrefour. Le prochain tome sera attendu avec impatience.

 

            En attendant, téléchargez vite les rééditions en livrels à 1,99 € !

 

 

Alexandre Anizy

 

Faire monter la cote de Sophie Divry sans condition

Publié le par Alexandre Anizy

            Dans la déferlante littéraire de la rentrée, La condition pavillonnaire de Sophie Divry (Noir sur blanc, avril 2014, livrel à 11,99 € - trop cher !) a retenu notre attention, puisque l'excellent titre suggérait une vision similaire à celle recouvrant notre formule : le ghetto cadre.

 

            L'auteur, qui travaille par ailleurs dans un mensuel sympathique quoique dogmatique, ne nous a pas déçu. Ayant opté pour une écriture sèche - pas de gras, pas de joliesse dans ces lignes au cordeau -, de celle qui plombe d'ennui le lecteur tant le verbe ascétique finit généralement en pauvreté langagière, Divry réussit  à tenir la distance. C'était un pari difficile de raconter ainsi une vie grattée jusqu'à l'os.

            « Bientôt tu seras protégée de toute cette vulgarité. Tu viens d'avoir le bac. Mention bien. Aussi dépasses-tu tes parents, prends-tu une voie qu'eux-mêmes n'ont pas pu prendre dans leur jeunesse ; eux qui n'ont travaillé que dans le secrétariat et le petit patronat, qui ont mis de l'argent de côté pour toi et conçu un unique enfant en souvenir de la pauvreté : cette enfant va monter d'un cran. Ils le voient dans ton regard, ce filet de mépris lié à ton ambition. » (chapitre 1)

 

            Cafardeux et dépressifs, passez votre chemin ! Quant aux autres humains, imprégnez-vous de cette noirceur pour relativiser votre spleenétique condition.

 

            Divry est d'ici (et maintenant).

 

 

Alexandre Anizy

 

L'épopée noire d'Alberto Garlini

Publié le par Alexandre Anizy

            Né en 1969, au temps des événements, Alberto Garlini a pris la peine de se documenter pour écrire Les noirs et les rouges (Gallimard, 2013, traduction de Vincent Raynaud, livrel à 19,99 € - Anthune... trop cher !). Qu'il en soit remercié.

 

            D'un style alerte, Garlini nous embarque dans la galère des années de plomb. C'est l'épopée de Stefano : shots à tire-larigot !

           

            Pour autant, vous ne trouverez pas de congruence entre le titre et le texte, parce que les Rouges sont absents. Mais on s'en fiche, puisque l'auteur impose le rythme des fachos sous tension.

 

            Du bon goulot. Contrat exécuté.

 

 

Alexandre Anizy

 

Incident Dalibor Frioux

Publié le par Alexandre Anizy

            Dans le tunnel de Dalibor Frioux (Incident voyageurs, Seuil, août 2014, livrel à 13,99 € - trop cher !), nous avons craqué au passage 26 et quitté la barge livre.

            Nous tirons une sonnette d'alarme.

 

 

Alexandre Anizy

 

Après la guerre : Le Corre est too much

Publié le par Alexandre Anizy

            Les gazettes le portent au pinacle : comme avec un Manoukian en haut de l'affiche (1), nous aurions dû nous méfier... Mais comme nous aimons lire dangereusement, nous achetâmes le dernier Hervé Le Corre titré Après la guerre (Rivages, 2014, livrel à 13,99 € - trop cher !), qui vient de nous achever.

 

            Ce n'est pas que ce gars-là écrive platement et qu'il sache peaufiner une architectonique d'enfer pour un thriller, qui nous font renâcler pour ce billet. Non ! C'est l'empilement des livres dans le livre. Pensez donc : on a droit à la Collaboration, la Résistance, les flics pourris de Bordeaux, les camps de la mort (c'est quand même pas du Primo Levi ou Boris Pahor), le retour des déportés et l'incommunicabilité de l'horreur, les gueules cassées, et même l'Algérie, les saloperies de l'armée française, la désertion, et puis la vengeance, les retrouvailles du final... Ça fait beaucoup, Le Corre.

 

            D'ailleurs le final, parlons-en. Après nous avoir mené en cargo, passant d'un lieu ou d'une époque à un autre, le méchant finit par être tué mais pas par le gentil qui rentre du bled comme d'aucuns pouvaient l'imaginer... Du coup, ils s'interrogeront peut-être sur l'utilité d'un si long détour en Algérie ? (Pour notre part, nous avons allègrement sauté ces chapitres, préjugeant qu'ils étaient hors sujet) Le final étant si ordinaire, on parierait, si on était joueur, que l'auteur l'a torché après un conseil appuyé de l'éditeur pour mettre un terme à son histoire filandreuse.

 

            Franchement, avec Après la guerre, Le Corre est too much.

 

 

Alexandre Anizy

 

 

 

(1) lire notre billet Avec Ian Manook l'hebdo Elle vous prend pour des connes

 

http://www.alexandreanizy.com/article-avec-ian-manook-l-hebdo-elle-vous-prend-pour-des-connes-124255779.html

 

Souvenirs du Résistant déporté Maurice Wolf (es brennt)

Publié le par Alexandre Anizy

            En cette année de commémoration de la Grande Boucherie et en ce jour de Libération de Paris en 1944, il peut être utile de lire le livre de souvenirs d'un Résistant déporté à Auschwitz pour se convaincre que les hommes retiennent peu les leçons de l'Histoire, par exemple celui de Maurice & Stéphane Wolf titré Es brennt (L'Harmattan, mars 2008, 248 pages, 23 €).

 

            Avec une sobriété stylistique qui sied au propos, l'ancien combattant torturé par la Gestapo relate des faits d'armes et des scènes de la vie quotidienne sous l'Occupation : nous ne sommes pas dans le récit et le décorum habituels. C'est une raison de plus pour ne pas éteindre la flamme !

 

 

 

Alexandre Anizy

 

Avec Amazon pour la baisse du prix des livrels

Publié le par Alexandre Anizy

            Amazon a lancé une offensive commerciale mondiale pour arracher une baisse du prix des livrels : Amazon veut un prix public maximum de 9,99 $ pour la première édition numérique (sa cible Hachette les vend actuellement entre 12,99 et 19,99 $), avec une nouvelle répartition monétaire du prix hors taxe : 50 % pour l'auteur, 30 % pour le distributeur et 20 % pour l'éditeur.

            Nous appuyons cette offensive (1), parce qu'elle avantage le lecteur sans nuire aux auteurs.

            Bien sûr, nous n'ignorons pas l'objectif réel d'Amazon : d'abord augmenter sa part de marché pour enfin rentabiliser ses investissements, puis être en mesure d'imposer le prix public qui lui permettra d'éliminer des adversaires (Amazon prendra soin d'en laisser sur le tapis pour ne pas tomber sous le coup des lois). Depuis 20 ans, il faut savoir qu'Amazon n'a pas beaucoup gagné d'argent avec les livres, autrement dit que la pertinence de son modèle économique reste à démontrer.

            Ce sont les spéculations boursières qui ont monstrueusement enrichi certains actionnaires d'Amazon, avec en première ligne le fondateur Jeff Bezos, et non pas les résultats économiques de l'entreprise.

           

            Connaître le dessein final du marchand Bezos ne peut pas être une raison suffisante pour s'opposer à une offensive bénéfique pour le lecteur, l'auteur, et même l'éditeur.

 

            Passons sur ces auteurs établis sur le marché, 909 Américains et plus de 1.188 Allemands, qui ont pétitionné pour la défense de leurs revenus et accessoirement de leurs éditeurs, laissant le lecteur à sa peine. Pour eux, faudrait-il que rien ne change ?

 

            Examinons plutôt la riposte des éditeurs. Leurs arguments sont pour l'essentiel :

  • si Amazon devient dominant, il abusera de sa position ;
  • si Amazon devient dominant, l'offre éditoriale s'appauvrira ;
  • le service d'autoédition d'Amazon ne rend pas le service que l'éditeur assure aux auteurs, à savoir la promotion et la diffusion mondiale.

            Nous constatons que du point de vue économique le lecteur ne fait pas partie des préoccupations des éditeurs. Est-ce bien raisonnable ? Quant à la promesse d'une offre éditoriale non restreinte par les critères de rentabilité ou d'idéologie (i.e. la pensée unique, la morale, etc.), chacun devrait savoir ce qu'il faut penser des promesses...

            Alors les éditeurs sont-ils d'horribles conservateurs ? Non, évidemment. Mais ils ne veulent pas tuer la poule aux oeufs d'or en devenant des entrepreneurs schumpéteriens, c'est à dire s'emparer d'une innovation technique pour changer la donne. En effet, si les éditeurs prenaient en main la diffusion des livrels, voici les avantages que le marché en tirerait :

  • le prix maximum de 9,99 $ serait possible pour le plus grand bénéfice du lecteur, sans nuire aux profits des éditeurs...
  • puisque la répartition du prix hors taxe serait de 50 % pour l'auteur, 50 % pour l'éditeur ;
  • aucun argument économique sérieux justifierait la restriction de l'offre éditoriale.

            Mais pourquoi les éditeurs n'agissent-ils pas dans ce sens ? Il faut croire qu'ils préfèrent pour l'instant maintenir l'illusion d'un marché libre du livre que les gentils libraires orienteraient par leurs conseils gracieux aux lecteurs non conditionnés. Le marché du livre étant déjà concentré au niveau mondial, il importe à l'édition de ne pas apparaître comme une banale industrie où le poids du capital pèse sur le choix du lecteur.

 

            Que fait le ministre de la Culture Aurélie Filippetti dans cette bataille (2) ? Il défend les mastodontes de l'édition au détriment du consommateur, au nom du pluralisme. Les saloperies se font toujours en vertu des grands principes. Au moins en tant qu'écrivain, madame Filippetti reste constante dans la reconnaissance du ventre et du reste, puisqu'elle disait déjà en 2012 :

            « Et moi je l'ai ressenti en tant qu'auteur : j'aurais pu écrire le même livre que celui que j'ai rédigé (Les derniers jours de la classe ouvrière, 2003). Mais si je n'avais pas eu Jean-Marc Roberts (le patron de Stock), le résultat n'aurait pas été le même. On a besoin de  cette médiation, pour se reconnaître, soi-même, comme auteur, et pour savoir que son texte est vraiment un livre. Tous les textes ne sont pas des livres. C'est l'éditeur qui fait la littérature. » (cité par Pierre Assouline, Monde des Livres du 5 juillet 2012)

            Comme vous y allez, madame Filippetti ! Disons plus judicieusement que l'éditeur fait son commerce, et qu'il doit offrir pour cela un produit de qualité (et à son goût, et plutôt conforme aux idées dominantes du moment, etc.), ce qui lui impose parfois de demander à des auteurs de revoir leurs textes. Comment l'éditeur choisit-il un auteur ? Le cas de figure de l'auteur Filippetti est un bon exemple (mais il n'est pas le seul, évidemment) : nous avons un Normalien (2 avantages compétitifs à cette filière : il sait écrire, et vous aurez un accueil favorable du réseau de l'Ecole Normale Supérieure, ce qui limite le risque du fiasco commercial), qui plus est jeune adhérente du parti des Verts devenue membre du cabinet ministériel d'Yves Cochet à peine sortie de l'école, ce qui lui permit d'être élue conseillère municipale du Ve arrondissement de Paris en mars 2001, à 28 ans... Pour l'éditeur Roberts, il y avait là une belle histoire, tout ce qu'il faut pour la promotion du livre (Les derniers jours de la classe ouvrière, 2003) dans les médias. Ainsi, que l'auteur devenu ministre Filippetti ne crache pas dans la soupe de l'édition, qui lui reprocherait cette attitude ô combien morale ?

 

 

            En résumé, pour la baisse du prix des livrels nous soutenons l'offensive d'Amazon et rejetons la position des éditeurs tenue pour de mauvaises raisons.

 

 

 

Alexandre Anizy

 

 

(1) Nous n'avons pas attendu Amazon pour dire ce que nous pensons du marché du livre

http://www.alexandreanizy.com/article-la-loi-lang-nuit-gravement-a-la-culture-122057518.html

 

(2) Tout le bien que nous pensons de madame Aurélie Filippetti dans :

            http://www.alexandreanizy.com/article-29282017.html

            ET

http://www.alexandreanizy.com/article-32658578.html

 

Guerre en Ukraine comme au Kosovo ?

Publié le par Alexandre Anizy

            Contrairement à la parole de Bush à Gorbatchev, les Etats-Unis ont bien tiré avantage de la situation en 1990, notamment en laissant l'Allemagne, tant que sa politique étrangère fondée sur le multilatéralisme (1) ne s'oppose pas à la stratégie américaine d'encerclement, contribuée à l'éclatement de la Yougoslavie par ses liaisons secrètes et paramilitaires, par sa diplomatie partisane (2). Ce foyer de guerre n'était pas encore éteint en septembre 1994 que l'Allemagne exprimait clairement sa vision continentale dans le document Schäuble - Lamers (2 responsables politiques du CDU de Helmut Kohl) en posant l'élargissement à l'Est ( une sorte de Neue Ausdehnung ostwärts ) comme une priorité de l'Union Allemande (UE). Comme par hasard, en 1994 la CIA pronostiquait un éclatement de l'Ukraine sur le modèle de la Yougoslavie.

 

            Si en 2008 l'Allemagne (et la France) bloquait le processus d'élargissement de l'OTAN à l'Ukraine, appliquant ainsi le principe multilatéraliste, elle ne le fit pas en 2013 lorsque l'Union allemande (UE) l'inscrit entre les lignes de l'accord d'association et de libre-échange... Or comme Gilles Andréani, nous pensons qu' « autrement lourd de conséquences a été l'élargissement de l'OTAN, qu'il était totalement déraisonnable d'envisager sérieusement pour des pays aussi proches à tous points de vue de la Russie que l'Ukraine et la Géorgie ». (dans Commentaire n° 146, été 2014, page 288) Mais le pouvoir russe étant considéré comme une "menace majeure" puisqu'il exprimerait une volonté de "reconquête impériale" selon le stratège américain Brzezinski (d'origine polonaise), il serait naïf de croire à l'arrêt de l'encerclement de la Russie, une entreprise commencée dès 1990. Pourquoi ? Dans son livre La revanche de la géographie  (3), Robert D. Kaplan donne une réponse en nous rappelant la thèse de Mackinder (de 1919) :

« Le nouveau Heartland correspond donc plus ou moins à ce que deviendrait l'Empire soviétique à son apogée lors de la guerre froide. Ou plutôt devrais-je dire : l'Empire soviétique plus la Norvège, le nord de la Turquie, l'Iran et l'ouest de la Chine. La plupart des Chinois vivant sur les côtes, sujettes à la mousson, le Heartland de Mackinder est une Eurasie centrale qui exclut les zones fortement peuplées de la Chine, de l'Inde et de l'Europe de l'Ouest. »  

En Ukraine, l'Empire américain est une puissance maritime qui poursuit son travail d'encerclement du Heartland  par le biais des Européens otanesques, tandis qu'il se prépare à un choc en mer de Chine.

            Il faut être un atlantiste zélé qui a perdu la rigueur intellectuelle comme Camille Grand pour tenir un raisonnement spécieux visant à démontrer que la Russie est "l'agresseur" dans la crise ukrainienne ; mais comme ce propagandiste de l'Occident ( défini comme « un ensemble géographique et un groupe de pays partageant valeurs et intérêts, est uni pourra préserver une certaine vision des relations internationales et de l'ordre européen pendant la paix froide (4) qui s'annonce » ) penche décidément trop pour l'Empire américain, il finit par se contredire en avouant la finalité réelle de l'accord d'association et de libre échange entre l'Union allemande (UE) et l'Ukraine :

« L'Union européenne avait feint de croire, ou s'était persuadée, que l'accord d'association avec l'Ukraine n'était qu'un accord technique et commercial repoussant à long terme la perspective d'adhésion, alors qu'il s'agit bien d'un choix stratégique perçu comme tel à Kiev et à Moscou. » (dans Commentaire n° 146, été 2014, page 296)

 

            En invoquant l'autonomie et la volonté des manifestants de la place Maïdan mais en s'appuyant sur les nationalistes d'extrême-droite "Secteur droit", qui revendiquent l'héritage du collaborateur ukrainien Bandera de 1941, l'Union allemande (UE) mit le président ukrainien Ianoukovitch démocratiquement élu dans l'obligation de se démettre (5), et elle veilla à l'installation de Porochenko, un autre oligarque compromis qui a le bon goût d'avoir choisi depuis longtemps l'ultralibéralisme et le camp de l'OTAN. Il ne faut pas être dupes de la manœuvre Maïdan : « Un air de "déjà vu", dans la logique des révolutions néolibérales - dites de couleur - ayant frappé l'espace postsoviétique dans la décennie 2000, sous l'impulsion d'ONG à financement anglo-saxon, d'opposants et de relais locaux, sponsorisés par la manne dollarisée des "droits de l'homme". » ( Jean Geronimo, Humanité du 6 août 2014 ) (6)

            Alors la question se pose aujourd'hui : ayant favorisé l'arrivée de Porochenko au pouvoir et compte tenu de la guerre totale qu'il mène contre les Ukrainiens du Donbass, l'Union allemande laissera-t-elle Kiev oppresser la minorité russe après sa probable victoire militaire, comme elle a abandonné la minorité serbe aux mains des criminels de l'UCK ? (7) 

 

            Force est de constater que la pax americana est devenue inordinatio americana.

 

 

 

Alexandre Anizy

 

 

 

(1) Selon Pascal Boniface, une nouvelle forme de puissance qui repose « sur une capacité à jouer sur une toile de fond multilatérale et à s'adapter continuellement à la nouvelle géométrie mondiale », cité par Georges Valance, La revanche de l'Allemagne, éditions Perrin, octobre 1999, page 264.

 

(2) lire nos billets sur ce thème, notamment :

http://www.alexandreanizy.com/article-l-europe-est-morte-a-pristina-en-1999-selon-jacques-hogard-123950760.html

http://www.alexandreanizy.com/article-au-kosovo-l-allemagne-achevait-la-yougoslavie-124277964.html

 

(3) Robert D. Kaplan, La revanche de la géographie, éditions du Toucan, 2014 : chapitre 4 - l'Eurasie est au cœur de toutes les luttes.

 

(4) Le concept de paix froide que reprend à son compte Camille Grand, et qui veut mettre sous tension l'Occident ( « Pour l'OTAN, qui prépare un sommet des chefs d'Etat et de gouvernement pour les 4 et 5 septembre 2014 au Pays de Galles, la crise ukrainienne impose un retour aux fondamentaux de la défense collective. » ) en ne le plaçant pas dans la posture de "l'agresseur" (rappel : les guerres de l'Occident sont toujours "défensives", pour éviter un génocide, ou pour rétablir la démocratie, ou pour garantir l'autodétermination d'un peuple, souvent les 3 ensemble car c'est plus facile à vendre aux gens dans les médias), ne correspond pas à la réalité des faits actuels. Nous préférons le concept de guerre tiède de Jean Gerenimo, définie « comme la forme actualisée et désidéologisée de la guerre froide, recentrée sur le contrôle des Etats stratégiques - "pivots" - sur les plans politique et énergétique et opposant, in fine, l'axe euro-atlantique UE-USA (via l'OTAN) à l'axe eurasien sino-russe (via l'Organisation de coopération de Shangaï, OSC) », bien que nous soyons dubitatifs sur la solidité de l'axe sino-russe.

 

(5) Le fait d'être un nouveau riche corrompu et une fripouille, comme sa rivale Iulia Timochenko, ne lui retire pas sa légitimité ; comme l'écrit Gilles Andréani, l'Ukraine a « une vie politique inefficace et corrompue jusqu'à l'extravagance »  (dans Commentaire n° 146, été 2014, page 287)

 

(6) Lire aussi le livre de Jean Geronimo titré La pensée stratégique russe , Sigest, mars 2012.  

 

(7) Dans son rapport rendu public le 29 juillet 2014, le procureur américain Clint Williamson confirme le trafic d'organes humains organisé par les dirigeants de l'UCK.

            Du coup, le docker somalien Bernard Kouchner en poste au Kosovo pour l'Empire, qui a toujours nié ces faits criminels de l'UCK, devient définitivement une âme damnée.