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notes economiques

La banqueroute est la voie royale

Publié le par Alexandre Anizy

Pourquoi les Républicains seraient-ils plus vertueux que les rois ? Il faut être économiquement et historiquement inculte, ou bien sot ou aveuglé par la doxa ordo-libérale, ou bien intéressé d'une manière ou d'une autre par l'accaparement monstrueux opéré par les forces financières sur la richesse mondiale, pour persister sur la route de la servitude comme un mauvais président, le culbuto molletiste Hollande.

            Pour informer le bon peuple de France, ce que ne font jamais vraiment les medias possédés par de grandes fortunes (il n'y a rien d'exceptionnel dans cette situation), Thomas Morel et François Ruffin ont eu l'excellente idée de piocher dans l'histoire de France des cas exemplaires de réduction drastique de la dette souveraine, qu'ils ont rassemblés dans un livre salutaire titré Vive la banqueroute ! Comment la France a réglé ses dettes, de Philippe le Bel au général de Gaulle (Fakirs éditions, 2ème trimestre 2013, 134 pages, 6 €) (1)

 

            Commençons par Philippe le Bel. Ne faut-il pas du "courage" à ce souverain pour brûler sur la place publique les financiers performants de son époque, i.e. les Templiers, et ce faisant mettre la main sur la fortune de cette secte ? C'est qu'il ne transigeait pas avec la raison d'Etat qui était d'abord et surtout la sienne, à Philippe le Bel, car il n'avait pas hésité pas avant ce bon coup de l'an 1307 à dévaluer sa monnaie (il mettait moins d'or et moins d'argent dans les pièces : un "faux monnayeur", disaient les mauvaises langues). Il est vrai qu'en 1288 le remboursement de la dette absorbait 66 % des recettes royales !

            Passons à Henri II (avait-il lu ou conversé dans ses rêves avec Sun Zi ?). En 1557, la crise monétaire part de l'Espagne et les dominos tombent en quelques mois (Portugal, Pays-Bas, villes d'Italie, et même l'Allemagne). La France croulait sous les dettes en 1547 avec un taux d'intérêt de 16 %, quand Henri II monta sur le trône. Alors que fit-il dix ans plus tard ? Il profita de la crise pour unilatéralement baisser les taux et suspendre le remboursement. Mieux que ça ! Henri II emprunta sans compter, car les banquiers avaient trop peur de tout perdre s'ils refusaient de lui faire crédit ... Ils avaient déjà compris  à leurs dépens l'avantage d'un grand principe de la finance : too big to fail (trop gros pour faire faillite).

            Arrivons au XXe siècle, au franc Poincaré. C'est une grande leçon de réalisme économique. En 1926, Raymond Poincaré devient président du Conseil après l'échec du Cartel de gauche (1924 - 1926) qui s'est heurté au mur de l'argent, lorsque la Banque de France (à l'époque, c'était une banque tenue par les grandes fortunes françaises) a refusé de faire de nouveaux crédits à l'Etat. Ceci est navrant, certes, mais la faute économique et politique du Cartel est de ne pas avoir compris que la France avait commis une erreur monétaire (comme l'Angleterre d'ailleurs) : maintenir la parité franc / or de 1913 alors qu'avec la grande boucherie, 25 % de la richesse nationale et 10 % de la population active ont disparu. Pour financer la guerre, la France s'est endettée et le budget croule sous cette charge du passé qui en pompe 40 % ! C'est à un Cartel frileux et respectueux des créanciers que les 200 familles ferment le robinet du crédit, pour mieux revenir aux affaires qu'elles n'avaient pas vraiment quittées. Que va faire Poincaré après avoir donné du temps au temps ? Dévaluer le franc de 80 % !

            La Libération de 1945 est un autre exemple à méditer pour les parlementaires psumpesques et quelques autres. En lisant Vive la banqueroute, vous prendrez de l'avance (intellectuelle) par rapport à tous ces suiveurs doxistes qui se croient responsables, voire pis courageux. Vous découvrirez qu'en 1945 le sage Mendès-France était un piètre économiste et un politicien médiocre. Même l'orthodoxe Jacques Rueff en fit le constat : « Il me parut que, dans l'état d'ivresse de la Libération, avec des administrations désorganisées et très peu efficaces, il n'y avait aucune chance pour que de pareilles dispositions [celles préconisées par Mendès-France, ndAA] puissent être l'objet d'une application cohérente et rigoureuse.» (cité p.103) 

            Enfin, les auteurs n'oublient pas de se gausser du "meilleur économiste" de France, Raymond Barre, dont le bilan calamiteux n'a échappé à personne.

 

 

            Alors il ne vous reste qu'une chose à faire : passer directement commande aux éditions Fakir pour ne pas devenir un des moutons que les gouvernants actuels voudraient berner pour mieux les tondre.

 

 

 

Alexandre Anizy

 

 

(1) Commandez le livre directement dans la boutique du site  

                                   http://www.fakirpresse.info 

puisque les libraires (la Fnac par exemple) sont en train de le retourner à l'éditeur. Vous serez livrés sous 8 jours, ce qui est parfait (il n'y a pas le feu au lac, n'est-ce pas ?)  

 

 

 

Anticiper la saignée d'avant 2017 grâce à François Morin

Publié le par Alexandre Anizy

Si vous voulez connaître le scénario de la prochaine crise financière (probablement avant la fin de 2017 - ndAA), nous vous recommandons de lire sans tarder le petit livre de François Morin titré La grande saignée - contre le cataclysme financier à venir (Lux Editeur, 3ème trimestre 2013, 111 pages, 10 €), qui fait la lumière sur la folle machinerie instable qui régit le monde. Contrairement aux avis lénifiants de l'économiste Daniel Cohen qui ne peut pas ne pas penser aux intérêts du banquier Daniel Cohen (Vice Président chez Lazard), ou bien de l'économiste et banquier tunisien Olivier Pastré, l'auteur montre le degré de contamination du système financier et en tire les conséquences.

 

            Après 40 ans de dérèglementation financière et de gestion néolibérale de la monnaie (rappel : en France, ce sont Giscard et Pompidou qui livrent l'Etat français aux Forces de l'Argent en 1973), alors qu'ils sont maîtres du jeu monétaire, les banques imposent leurs taux d'intérêt aux Etats qu'elles soumettent à la discipline budgétaire pour honorer le service de la dette, et « ce n'est plus la hausse des prix des biens et des services qui déclenche une inflation, c'est une hausse du prix des actifs (immobiliers, actions, obligations, produits financiers dérivés). Ce qui provoque une éclosion de bulles spéculatives. » (p.22)

            Marquons le mouvement général de l'enfermement bancaire par quelques dates. Tout peut commencer à partir du 15 août 1971, quand les Etats-Unis rompent le lien entre le dollar et l'or (la base du système monétaire internationale mis en place par les accords de Bretton Woods signés en 1944, qui régissent la période dite des Trente Glorieuses pendant laquelle « aucune crise financière ne sévit dans le monde ») : en 1973, la libéralisation complète des taux de change est instaurée. C'est le premier abandon de souveraineté monétaire. « Une seconde libéralisation, celles des taux d'intérêt, intervient à la fin des années 1970 et durant les années 1980 », au fur et à mesure que les banques s'emparent de l'essentiel de l'émission et de la gestion de la monnaie. A la fin de cette conquête, « Taux de change et taux d'intérêt sont en effet des prix fixés par le marché dont les niveaux fluctuent dorénavant à chaque milliseconde » (p.24). Mais pour entreprendre, innover, commercer mondialement, les vrais créateurs de richesse ont besoin de la stabilité qui inspire la confiance (l'antidote de l'incertitude radicale, concept cher à Keynes et à Edwin Le Héron). Alors « Les plus grandes banques vont réagir rapidement. Elles vont proposer des "produits financiers dérivés" qui permettent aux acteurs de l'économie réelle d'être rassurés contre les risques liés aux variations des prix de marché, et principalement aux évolutions incessantes des taux de change et des taux d'intérêt ». (p.25)

            Dans les années 1990, c'est le dernier acte du processus : la libéralisation du mouvement des capitaux. La contamination peut alors se généraliser, puisque le risque lié aux variations de prix est disséminé et concentré.

            « Et c'est précisément là le point aveugle de cette dérégulation. Les produits financiers dérivés sont assurément des produits de couverture, mais ils sont en même temps des produits risqués pour ceux qui les émettent (à savoir les grandes banques). Or, il s'est avéré qu'il n'existe ni mutualisation réelle du risque pour ces titres, ni efficacité financière permettant un équilibre de prix. » (p.25)

[A ce sujet, quelle ne fut pas notre stupéfaction en août 2007, alors que les marchés s'affolaient, lorsque nous lûmes à la une du Monde l'article du dominus magnus de la firme Axa, Henri de la Croix de Castries, dans lequel il était question de "salade niçoise" et de mutualisation des risques ! C'était une communication savante qui révélait surtout l'incompétence de son auteur qui n'entravait que dalle ! (1)]

            Au jour d'aujourd'hui sur les marchés, on a donc 29 banques dites systémiques (2), dont le total des bilans au 31 décembre 2011 s'élevait à 46.115 Milliards de dollars, contre 198 Etats avec un endettement public mondial de 46.197 Milliards de dollars. Etonnant, n'est-ce pas ? Elles constituent un oligopole bancaire (3) organisé, notamment en occupant les postes-clés au sein de l'Institut de Finance International (IFI) qui regroupe 400 banques de la planète.      

 

            Pourquoi une crise financière en août 2007 ?

            Revenons aux produits financiers dérivés créés par les banques. Des obligations représentatives de créances (notamment les fameux crédits subprime) sont créées et vendues sur les marchés. Cette titrisation (nom donné à ces opérations) a en particulier donné naissance à des Collateral Debt Obligation (CDO, en français "obligations structurées adossées à des emprunts"). A la fin de 2006 aux Etats-Unis, suite à la hausse brutale des taux d'intérêt, les ménages qui ont emprunté à des taux variables ne peuvent plus payer : ils doivent vendre. Alors le marché immobilier s'effondre, comme la valeur de ces crédits. L'effondrement a vite gagné les titres financiers qui représentaient ces créances : les CDO.

            « Mais hélas, ces CDO étaient déjà entrés dans la composition d'autres CDO (des CDO square, "au carré", autrement dit des CDO de CDO !) avec lesquels ils formaient des empilements parfois très complexes. Ces constructions pyramidales ont rendu évidemment très problématique, pour ne pas dire impossible, l'évaluation des titres qui entraient dans ces constructions. » (p.31)

            Très souvent, les banques avaient acquis ces actifs toxiques pour leurs comptes propres : étant dans l'impossibilité de leur donner un prix, ils devenaient ipso facto sans valeur. Pour une banque, la perte substantielle de valeur de ses fonds propres a 4 conséquences :

  • mise en faillite (le cas Lehman Brothers en septembre 2008);
  • reprise en main partielle ou totale par l'Etat (le cas aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne)  ;
  • absorption par une autre banque ;
  • obligation de réduire son activité pour respecter le ration prudentiel de Bâle II (norme bancaire internationale), si elle est parvenue à préserver sa solvabilité et son indépendance.

            En 2008, les banques contaminées (i.e. quasiment toutes) ayant subi des pertes, elles ont restreint leur activité de crédit, et les Etats sont intervenus pour les recapitaliser. Pour l'Europe, les sommes publiques engagées s'élèvent à 5.000 Milliards d'euros. (p.33) Ce sont les marchés financiers eux-mêmes qui ont fourni les Etats, parce que les Banques Centrales ont ouvert les vannes (baisse des taux directeurs pour faciliter le refinancement des banques, rachat de titres obligataires sur le marché secondaire). Résultat immédiat : dès la fin 2009, ce sont maintenant tous les Etats qui apparaissent surendettés.

Si on prend le cas de la France, au 30 avril 2007, l'encours de la dette négociable de l'Etat s'élève à 904 Milliards d'euros. Au 30 avril 2012, le montant de l'encours est de 1.350 Milliards d'euros. (source : bulletins mensuels de l'Agence France Trésor) Ainsi sous la présidence de Sarkozy de Nagy Bocsa, cet encours a augmenté de 446 Milliards, soit une hausse de 49,34 %. En 2011, la dette publique représentait 85,8 % du PIB alors qu'elle n'était qu'à 63,9 % en 2006, soit une hausse de 21,9 points (sources de l'AFT : FMI, Eurostat, Insee).

 

            Que font les gouvernements des grands pays industriels au jour d'aujourd'hui ? En fait, ils partagent « une même vision des mesures d'urgence à engager : on rachète massivement ses dettes souveraines, on injecte des liquidités sur les marchés monétaires, on diminue très progressivement les déficits publics, on se fait la guerre entre monnaies. » (p.46) Les grandes banques centrales (BC) comme la Fed, la Banque du Japon, la Banque d'Angleterre, rachètent massivement leurs dettes souveraines respectives ; la BCE, coincée dans son carcan ordo-libéral, ne le fait pas. Résultat : le yen a perdu 45 % par rapport au dollar entre novembre 2012 et avril 2013 ; le dollar et la livre sterling ont décroché par rapport à l'euro, la monnaie unique de l'Europe qui est « le jouet des autres monnaies : elle reste la variable d'ajustement, à la hausse, de cette empoignade ». (p.48)

            « dans les périodes difficiles, banques centrales et gouvernements travaillent dans le même sens. L'intérêt supérieur du pays fait que ces deux acteurs majeurs jouent ensemble en parfaite connivence. Cette forme de consensus n'existe pas aujourd'hui en Europe. L'euro est alors la victime désignée des politiques monétaires menées par les autres pays. » (p.48)

 

            Sachant que les CDO ont été le premier poison de la crise de 2007 qui explosa le 15 septembre 2008 avec la faillite de Lehman Brothers, quel est le poison qui déclenchera la prochaine débâcle financière ?  Ce sont les credit default swap (CDS, en français les "couvertures de défaillance") : « Comme tout produit dérivé, les CDS possèdent une face "couverture" et une face "spéculative". Face "couverture", ils permettent à ceux qui les détiennent d'être assurés contre le risque de défaut de paiement d'un émetteur de dettes. (...) Face "spéculative" ensuite. Bien évidemment, la banque qui vend un CDS est en position risquée. Elle peut à tout moment être amenée à rembourser les détenteurs de CDS en cas de défaut de paiement d'un émetteur de dette. » (p.50) En contrepartie du risque qu'elles prennent, les banques émettrices de CDS touchent des primes versées par  ceux qui ont choisi de se couvrir. (4)

            Prenons ce qui s'est passé avec la faillite de Lehman Brothers. Il existait un CDS sur la dette de Lehman Brothers, émis par le groupe américain AIG. Immédiatement, AIG a dû rembourser 175 Milliards de dollars ! Sans un cent pour le faire, c'est le gouvernement américain qui a payé dans l'urgence, parce que AIG était un mastodonte systémique dont la faillite aurait déclenché une incontrôlable réaction en chaîne planétaire.

            Alors que se passe-t-il avec les CDS ? Comme c'est un produit financier, ils s'échangent sur un marché de gré à gré (pas de chambre de compensation), et par conséquent la valeur des CDS fluctuent. En principe, la valeur du CDS est à la hausse si le risque lié à la dette sous-jacente augmente (par exemple : quand une entreprise est mal gérée ou quand les indicateurs économiques d'un pays se dégradent). Ainsi très vite sur les marchés, avant d'acheter une obligation d'un pays, d'une firme, les investisseurs ont pris l'habitude de regarder la tendance sur les CDS du pays ou de la firme. « Le marché de ce produit dérivé très particulier va donc se retrouver à déterminer en grande partie la valeur des obligations sous-jacentes. » (p.52) Et il y a « un facteur aggravant qui décuple la spéculation : nul n'est tenu de posséder le produit sous-jacent pour acheter le produit dérivé correspondant. » (idem) On parle alors de "CDS nus". Aggravant, en effet. Sur les marchés, les détenteurs de CDS nus ont tout intérêt à voir la valeur du produit sous-jacent s'effondrer, car cela déclencherait le remboursement immédiat de leurs CDS. Autrement dit, concernant les dettes souveraines, les détenteurs de CDS nus ont intérêt à la propagation des défauts de paiement. Un exemple ? La fameuse troïka (FMI, BCE, Commission de l'Union Allemande) a géré le problème de la dette grecque avec en plus la hantise d'un déclenchement des CDS avec effet domino.

            Au fait, dans le système financier mondial, qui déclare officiellement le défaut de paiement d'un acteur ? C'est l'International Swaps and Derivatives Association (ISDA), une organisation sous la coupe des banques systémiques ... émettrices de CDS. 

[Dès le 2 octobre 2008, nous avions écrit que les CDS représentaient une véritable bombe, qu'il fallait désamorcer et interdire dans les plus brefs délais. Ceci n'a pas été fait. Lire notre billet :    http://www.alexandreanizy.com/article-23333443.html ]

 

 

            Nous vivons dans une bulle obligataire mondiale due à l'envolée des dettes souveraines (rappel : c'était pour sauver le système bancaire à partir de 2007, comme on l'a expliquée précédemment) et à la globalisation des marchés obligataires et celui des CDS : les salles de marché sont en interconnexion permanente. Dans cette bulle mondiale, « tout choc baissier sur la valeur des obligations se traduit négativement dans le bilan des banques. Simultanément, la hausse des taux d'intérêt - que provoque une valeur des obligations en baisse - crée un coût supplémentaire pour l'Etat s'il doit procéder à une nouvelle émission obligataire sur le marché financier. » (p.72) Bref, voilà de quoi entretenir la relation de dépendance entre les Etats et les banques systémiques.

            Du récit de l'évolution financière que François Morin a développé, « il découle que l'explosion de la bulle obligataire peut provenir soit d'un défaut de paiement d'un Etat, soit de la mise en faillite d'une banque systémique. » (p.72) Il n'est pas ridicule de penser que le système financier peut s'effondrer à cause d'un bankster, quand on sait que depuis la chute de Lehman Brothers en 2008, « à 25 reprises une quinzaine de banques à dimension systémique ont été gravement impliquées. » [UBS 4 fois, Société Générale et Goldman Sachs 3 fois, HSBC, RBS et Bank of America 2 fois] (p.74)

            Par exemple, dans le scandale du Libor, « l'enquête a démontré que la seule banque Barclays avait manipulé le Libor 173 fois entre 2005 et 2009 ! » (p.75) Face à de tels agissements, il faut comprendre que Jérôme Kerviel n'était au mieux qu'un caporal du milieu financier. (5)

 

            Quelle hypothèse pour le prochain incendie ?

            Cela pourrait commencer par un pays ou une banque ou une compagnie d'assurance ou une multinationale défaillante, qui allumerait la mèche dans la bulle obligataire mondiale décrite ci-dessus. Une fois activé, le feu n'épargnerait aucune banque. Contrairement à la crise de 2007, « les Etats seront alors aux abonnés absents en cas d'appel au secours. Trop endettés, ils assisteront impuissants à la tornade qui s'abattra sur le cœur du système financier mondial. (...) [les Etats] auront beau ériger des contrôles des changes, interdire l'accès aux guichets, bref limiter et contrôler les mouvements de capitaux, ils feront tous face à des systèmes bancaires en lambeaux et à un système monétaire et financier mondial en miettes. » (p.78) Les conséquences économiques et sociales seront terribles : récession brutale, recul important du commerce mondial, montée rapide du chômage, mouvements de masse et affrontements.

            Détaillons le processus avec François Morin. Le défaut de paiement d'un acteur économique met en branle le jeu de dominos ; la faillite en chaîne des banques perturbera gravement le marché interbancaire. Les banques centrales injecteront massivement des liquidités, mais les banquiers les placeront aussitôt sur leurs comptes de réserve dans leurs BC respectives : c'est la trappe à liquidités. La crise monétaire suivra la crise financière. Plus de financement pour les entreprises, plus de crédit à la consommation pour les ménages : la crise devient économique. Par le biais d'un fort recul du commerce mondial, l'affaissement de la production se propagera sur toute la planète qui entrera en dépression. Ceci provoquera partout des changements politiques.

            N'étant pas nihiliste, François Morin évoque une opportunité salvatrice que ne manqueront pas de saisir les Etats, car malgré leur endettement et les dogmes stupides qui les gouvernent ils ne resteront pas inactifs. « Plombées d'actifs toxiques, avec des fonds propres ne valant plus rien, ayant subi le rush des déposants, les banques seront rachetées par les Etats et, chaque fois, pour un euro, un dollar, une livre sterling, ou un yen symbolique... » (p.82) Ces nationalisations seront le premier pas vers la sortie de crise, car les Etats vont ainsi s'emparer de leurs propres dettes ... qu'ils pourront annuler, et ils pourront s'échanger entre eux leurs dettes souveraines qu'ils veilleront à effacer. Au bout du compte, dans les décombres des marchés financiers, les Etats rachèteront à bas prix ce qui restera de leurs dettes. « Aussi gravissime que soit le désastre, l'effacement des dettes souveraines dans les délais assez rapides en sera une conséquence positive. (...) Le paysage politique et social de l'après-crise, bien que dévasté, se présentera en effet comme un terrain relativement vierge à reconstruire pour chaque pays, pour chaque région. Reconstruction nationale, mais aussi internationale. » (p.84)

           

            François Morin essaie aussi de voir si un autre scénario empêcherait l'éclatement de la bulle obligataire mondiale. Mais il constate lui aussi que, tant que le néolibéralisme et sa variante ordo-libérale seront l'alpha et l'oméga des politiques économiques mondiales, la mise en service de l'outil "inflation" sera impossible et le démantèlement des Etats se poursuivra, puisqu'il représente la seule voie possible de ces fanatiques pour réduire la dette souveraine par la baisse des dépenses publiques, autrement dit la saignée qui fait crever le patient. Dans ces conditions idéologiques, Morin comprend que des faillites seront inévitables, que pour les banques modestes et les petits Etats le Système, avec notamment sa troïka (FMI, BCE, Commission de l'Union Allemande), saura trouver cahin-caha des solutions appropriées mais toujours conditionnées à des mesures drastiques inopérantes, comme la Grèce l'a déjà démontré. Mais au bout de cette route mortifère, c'est la débâcle financière.

            Finalement, pour lutter contre l'instabilité financière à l'origine du mal, François Morin en vient à poser 2 principes :

« Pour cela, les Etats doivent évidemment recouvrer leur souveraineté en matière de taux de change et de taux d'intérêt. » (p.100) ;

« Ce dont il est question, c'est plutôt de bâtir une monnaie commune à la façon, par exemple, de celle que Keynes concevait en 1944 en lui donnant le nom de bancor. » (idem)

Autant vous dire que le chemin chaotique sera long.

 

 

            Face à cette débâcle financière inéluctable (répétons-le : il n'est pas absurde de penser qu'elle se produira avant la fin de 2017) et le recul économique et sociale qu'elle engendrera, nous nous interrogeons, adoptant les 2 principes de Morin : la France peut-elle utiliser les circonstances à venir pour tirer son épingle du jeu ?

« C'est pourquoi face à un bon agresseur l'ennemi ne sait quelles positions défendre ; face à un bon défenseur, l'ennemi ne sait quelles positions attaquer. » Sun Zi (L'art de la guerre, Economica, 1990, p.115)

            Cinq banques françaises sont systémiques : elles sont donc au cœur du système monstrueux qui s'effondrera. L'Etat français peut en faire un avantage, maintenant. Dans l'hypothèse où le gouvernement déciderait de se lancer dans la manœuvre du retour au franc - moment où les forces du marché ne manqueraient pas d'agir violemment contre la France -, il serait judicieux pour l'Etat d'entrer préalablement en possession d'au moins une de ces 5 banques systémiques, afin d'être prêt lui-même à déclencher le feu dans la bulle obligataire mondiale : autrement dit, être dissuasif grâce à la menace systémique.

            Par cette anticipation, l'Etat se donnerait un peu de temps pour préparer l'après-crise et amortir le choc. En somme, il s'agit de faire mieux qu'Henri II.

 

 

 

Alexandre Anizy

 

 

(1) : lire nos billets de 2008 et 2009

         http://www.alexandreanizy.com/article-37149494.html

et

          http://www.alexandreanizy.com/article-24837940.html

 

(2) : Les 29 banques systémiques sont : 8 américaines, 17 européennes dont 5 françaises, 3 japonaises et 1 chinoise.

 

(3) Exemple cité par F. Morin (p.29) : en 2012, 55 % des transactions sur le marché des changes par la Deutsche Bank (14,56 %), la City (12,29 %), Barclays et UBS et HSBC (pour 28,15 %) 

 

(4) Le CDS est un contrat, mais pas celui d'une assurance classique : après le dommage - ici c'est le défaut de paiement constaté -, point d'expertises à n'en plus finir ... on rembourse sans délai et automatiquement le détenteur de CDS pour la somme couverte !

 

(5) Lire les billets suivants de 2008, en saluant à nouveau l'honnêteté intellectuelle et le courage du professeur Philippe Dessertine, dont nous  avons critiqué ailleurs les "errements doxiques" :

            http://www.alexandreanizy.com/article-16358916.html

            et        

http://www.alexandreanizy.com/article-19172837.html

 

 

 

 

 

Désobéir à l'Union Allemande (UA)

Publié le par Alexandre Anizy

Il ne faut pas désespérer des enseignants des écoles de commerce, car parmi eux il y en a qui comprennent quelque chose à la crise économique actuelle, et surtout qui ne se contentent plus de réciter les mantras de l'ordo-libéralisme. Certains d'entre eux vont même jusqu'à écrire, ce qui pourrait devenir une tache rouge bloquante dans leur carrière professionnelle - comme c'est le cas aujourd'hui dans le milieu universitaire pour les économistes hétérodoxes -, leur opposition aux diktats de la pensée eurocratique, c'est à dire allemande. Parmi ceux-là, Steve Ohana le fait avec un talent de pédagogue dans son livre Désobéir pour sauver l'Europe (Max Milo, septembre 2013, 187 pages, 16 €). Si cet auteur n'est pas encore sorti de l'ornière dominante (i.e. main stream dégradé), ses efforts méritent d'être salués, notamment en mettant en exergue quelques uns de ses arguments.

 

            Le chapitre (3) L'échec des politiques de compétitivité constitue l'un des points forts de cet essai, parce qu'il déconstruit un indicateur-clé de la propagande eurocratique, le fameux coût unitaire du travail : « Le coût du travail est une des clés de la compétitivité. Les pays où la dette s'est envolée sont ceux où le coût unitaire du travail a le plus augmenté. », claironne José Manuel Barroso (président de la Commission de l'UA) dans l'Express en mai 2013. Voyons ça de près.

            La compétitivité a 2 composantes : la "compétitivité-coût" qui représente le coût des matières premières et du travail (charges sociales incluses), et la "compétitivité-hors coût" (soit leur niveau de gamme, chacun étant un mélange différent de qualité, complexité, substituabilité). Notons que si un pays a la réputation (il ne faut jamais oublier la part subjective d'une qualification) d'avoir un niveau de gamme élevé, sa compétitivité peut ne pas être affectée par un coût élevé du travail, comme on le dit de l'Allemagne.

            Le coût unitaire du travail représente le coût du travail (charges comprises) nécessaire à la fabrication d'une unité d'un produit, qu'on obtient ainsi :

                        coût d'une heure de travail / quantité produite en une heure.

Pour raisonner au niveau d'un pays, la convention retenue pour moyenner les coûts unitaires de travail de tous les secteurs économiques est la suivante :

                        salaire horaire moyen / PIB réel par heure,

le PIB réel correspondant au ratio entre le PIB nominal et le niveau général des prix.

            « On montre alors que le coût unitaire du travail (CUT) s'obtient en faisant le produit de 2 termes : le niveau des prix (P) et la part du travail dans la valeur ajoutée (salaires réels / PIB réel ou encore salaire réel horaire / productivité horaire), que nous noterons (x) : CUT = P * x »" (p.37)

            C'est pourquoi la compétitivité-coût d'un pays peut se dégrader de 2 façons :

a) un changement du partage des revenus en faveur du travail ;

b) une appréciation relative du niveau des prix, venant soit des prix eux-mêmes en monnaie nationale, soit de l'appréciation de la devise domestique par rapport aux devises étrangères.

            Revenons maintenant à la propagande du misérable José Manuel Barroso, qui s'appuie sur un constat (de 2000 à 2007, le coût unitaire du travail a augmenté dans les pays périphériques et un peu baissé en Allemagne) pour lier la dette au coût unitaire du travail... et alors il faut donc baisser les salaires pour réduire la dette, n'est-ce pas ? Or cette analyse relève plus du tour de passe-passe que de l'argumentation sérieuse. Ohana y apporte 3 critiques :

a) le coût unitaire du travail des pays périphériques partaient d'un niveau beaucoup plus bas que ceux du centre ; le phénomène du rattrapage n'a rien d'exceptionnel ;

b) le Barroso ne dit évidemment rien sur la cause de cette hausse du coût unitaire du travail, car il la connaît aussi : « Le facteur principal derrière l'augmentation des coûts unitaires du travail dans les pays périphériques est donc l'augmentation des prix, pas le fait que les salariés ait une plus grande part de la valeur ajoutée. » (depuis 30 ans, la part du travail dans la valeur ajoutée est à la baisse dans tous les pays industrialisés)

c) le raisonnement de Barroso part d'une zone euro fermée, alors qu'une grande partie du commerce se fait avec l'extérieur de l'Euroland : le taux de change est donc un paramètre-clé de la compétitivité, en particulier pour les pays périphériques qui produisent plutôt en bas de gamme et pour les pays émergents ; c'est pourquoi « Le bon outil de mesure de compétitivité-coût n'est pas le coût unitaire du travail par rapport à l'Allemagne mais le taux de change effectif réel, qui mesure la compétitivité-coût moyenne d'un pays par rapport à ses principaux partenaires commerciaux (en et hors zone euro). » (p.39) Avec cet outil adéquat, les études montrent que « la perte de compétitivité-coût des pays périphériques et de la France de 2000 à 2008 vient principalement de l'appréciation de l'euro (...) » (p.40)

            Que faut-il en conclure ? Barroso et consorts font d'abord et toujours de la politique quand ils usent volontairement sans discernement d'indicateurs économiques.

 

            Dans le chapitre (4) L'échec des politiques d'austérité, Ohana montre que les fameux marchés n'étaient absolument pas demandeurs d'une politique d'austérité pour les pays sûrs, puisque l'épargne s'orientaient justement vers ces pays, et « la création de monnaie par les principales banques centrales a encore davantage amplifié ces flux vers les dettes sûres. (...) Un basculement des dettes japonaise, américaine, britannique, française ou allemande du côté risqué n'est simplement pas pensable. » (p.51) D'ailleurs quelque soit la politique budgétaire ou monétaire menée par ces pays et quelque soit l'évolution de leurs notes chez les incompétentes agences de notation, tous les pays sûrs au déclenchement de la crise en 2008 le sont restés à ce jour.     

            Concernant l'Italie qui inquiète beaucoup en ce moment, Ohana montre rapidement que c'est la politique d'austérité imposée par l'Europe et mise en œuvre par Mario Monti qui a plongé ce pays dans le marasme financier d'aujourd'hui !

            Le pire dans cette question vient peut-être des économistes eux-mêmes, quand on observe qu'ils publient des études visant à justifier les choix idéologiques des politiques. C'est notamment le cas de ces 2 tocards américains, Carmen Reinhardt et Kenneth Rogoff, qui ont affirmé en conclusion de leur "recherche sérieuse" qu'au-delà du seuil de 90 % de dette publique, la croissance future s'affaissait. Des chercheurs compétents ont vite compris la mystification, et démontré que les résultats de l'étude sérieuse des 2 tocards reposaient une mauvaise utilisation de l'outil Excel ! Il faut être un imbécile comme Olli Rehn (vice-président de la Commission européenne) pour continuer en février 2013 à justifier ses propos économiques par ces "recherches sérieuses".

 

            Dans le chapitre (5) L'échec annoncé des réformes structurelles, on voit que les pires crimes économiques se font toujours au nom du Bien, i.e. la croissance pour créer des emplois. « Les 2 années données à la France [pour atteindre les objectifs de réduction de déficit], ce n'est pas 2 années de répit, mais 2 années de réformes. Nous sommes réellement à un moment de vérité. » (le commissaire Michel Barnier, cité p.65) "Les réformes ! Les réformes !", disent en chœur et en solos les cabris eurocratiques pour parler des régressions structurelles qu'ils organisent, à savoir :

  • démantèlement de l'Etat par la réduction de son périmètre et de son budget ;
  • augmentation de la période active, baisse des pensions ou hausse des cotisations des salariés pour équilibrer les comptes sociaux ;
  • dérèglementation du marché du travail (on vous épargne les détails) ;
  • cession de biens communs (électricité, transports) aux groupes capitalistes ;
  • dérèglementation de certaines professions (avocats, vétérinaires, etc.).

            Ces régressions structurelles auraient pour objectif de débloquer ou d'augmenter la croissance potentielle (concept fumeux issu d'études sérieuses du même acabit que celle des 2 tocards américains) de certains pays européens.

            Or la question cruciale est de savoir pourquoi l'Union Allemande n'a pas retrouvé après la crise de 2007 le taux de croissance qu'elle avait avant : est-ce un problème structurel ou bien conjoncturel ? Pour Ohana, « c'est l'explication de Keynes qui est aujourd'hui la bonne : le problème est presque exclusivement conjoncturel. C'est donc la relance, et non la réforme, qui est la réponse adaptée à court terme. » (p.68) Pour justifier cette appréciation, il fait le constat simple : globalement, la zone euro ne s'est pas endettée massivement vis-à-vis de l'extérieur, et la dette périphérique a été contractée principalement avec l'Allemagne et la France. C'est pourquoi il n'y a aucune raison d'accepter un niveau de demande globale en zone euro inférieur à celui d'avant 2007. « La chute de la demande et de la croissance européenne depuis 2008 est le fruit d'un choix politique et idéologique et non d'une quelconque "fatalité structurelle". » (p.69-70)

            Pour notre part, nous préconisions un plan de relance massive dès janvier 2009. (Lire notre billet   http://www.alexandreanizy.com/article-26927883.html )

 

            Dans le chapitre (7) Le logiciel de pensée européen est erroné, Ohana résume le diagnostic des eurocrates ("la crise provient d'un excès de dépense financé à crédit et d'une perte de compétitivité") et pose le sien :

« La crise a été provoquée par des déséquilibres de compétitivité au sein de la zone euro, entre des régions fortement exportatrices et d'autres largement importatrices. Ces déséquilibres ont été entretenus par des flux capitaux du cœur de la zone vers la périphérie, conduisant à une accumulation de créances de la France et de l'Allemagne sur les banques et gouvernements périphériques. Lorsque les investisseurs des pays cœur ont commencé à rapatrier ces capitaux à partir de 2008, les pays périphériques ont été confrontés à une contraction du crédit et à un choc négatif de demande, qui s'est répercuté, via notamment les échanges commerciaux et les interconnexions bancaires, sur l'ensemble de l'économie européenne. » (p.82)

            Face à ce choc négatif puissant, même la baisse des taux de la BCE n'a pas pu restaurer le niveau antérieur d'emploi et de croissance. « C'est une situation que Keynes avait déjà identifié dans la dépression des années 1930 et à laquelle il avait donné le nom de "trappe à liquidité". » (p.82)

            Puisque l'injection de liquidités par la banque centrale n'est pas relayée par des prêts par les banques commerciales, autrement dit si le multiplicateur monétaire est quasi nul, il ne reste que 2 leviers pour sortir de la trappe à liquidité. Le premier consiste pour la banque centrale à créer des anticipations supérieures d'inflation : c'est ce que fait la FED en ce moment, parce qu'elle en a le pouvoir juridique, contrairement à la BCE. Le second consiste pour le gouvernement à pratiquer une politique keynésienne de relance, c'est à dire remplacer la perte de demande privée par un supplément de dépense publique : les gouvernements européens ont campé stupidement sur une politique opposée, et persistent aujourd'hui dans leur déni de la réalité. « Six ans après le démarrage de la crise, notre PIB par tête connaît une chute plus importante que celle des années 1930. » (p.87)

 

            Dans les chapitres suivants, Ohana montre comment la pensée eurocratique d'inspiration ordo-libérale enferme l'UA dans une impasse économique, puisque les plans de sauvetage se suivent et aggravent la crise (pour faire simple, disons que la dette de la Grèce est passée de 300 Milliards d'euros à 450 Milliards malgré les saignées !), affirme qu'on fait chaque jour de la France un malade imaginaire dans les médias (par des experts bien informés mais en service commandé, mettant en avant des succès économiques factices - « (...) (boum des exportations espagnoles, élimination des déficits courants, réduction des déficits structurels, baisse des taux d'intérêt par rapport à leur niveau avant l'OMT, etc.) destinées à masquer l'augmentation linéaire du chômage et l'appauvrissement général des Européens. » (p.117) -, des effets d'annonce comme l'union bancaire en juin 2013 qui ne recapitalise pas les banques, comme les coquilles vides des plans de relance... ). Bref, il dresse le tableau réaliste d'une Union Allemande à la dérive dans une mer mondialisée agitée.

 

 

            Il nous faut souligner maintenant nos points de désaccords, et non des moindres.

            Dans le chapitre (2) titré Comment l'Allemagne a pris le pouvoir en Europe, Ohana use du fameux "dilemme des prisonniers" (il ferait bien d'élargir ses références, parce qu'avec celle de Milgram et les articles de Télérama, cela fait light and cheap, comme susurrent les globish marketers incultes de l'ESCP ou d'ailleurs) pour dire qu'une « coopération" de la France signifiait d'accepter le sauvetage de l'euro aux conditions allemandes : austérité, compétitivité, réformes. » (p.29), que la France fut une poule mouillée en 2010 à cause de 2 évaluations erronées de Nicolas Sarkozy de Nagy Bocsa. Soit. Mais pour nous, l'Allemagne a pris le pouvoir en 1990 lors de la création de l'euro. Ce désaccord n'est pas anodin pour l'évaluation des positions politiques dans la suite des évènements.

(Lire notre billet "Euro : pourquoi l'Allemagne voulait la monnaie unique ?"

http://www.alexandreanizy.com/article-euro-pourquoi-l-allemagne-voulait-la-monnaie-unique-114734485.html  ) (¹)

 

            Dans le chapitre (13) La France doit désobéir en proposant une refondation de l'Europe, Ohana reprend les solutions généralement avancées par les économistes éclairés : « Le projet alternatif pour l'Europe doit comporter quatre volets : réformes des institutions, assainissement du système bancaire, révision des mandats de la BCE, relance de la demande au niveau fédéral. » (p.143) Cette position nous semble irréaliste. A notre avis, si l'on regarde simplement la question de la BCE, considérant les volontés de l'Allemagne au moment de la création de l'euro (voir ci-dessus et notre billet en référence), il est fort probable que l'Allemagne ne céderait pas à un ultimatum de la France, voire en profiterait pour sortir de l'euro en apparaissant à nouveau comme le pays ayant un rôle passif, alors que l'hypothèse d'une sortie unilatérale de l'euro par l'Allemagne se renforce au jour d'aujourd'hui.

           

            Pour la résolution de la crise, Ohana n'apporte donc rien au débat, parce qu'il continue à penser dans le cadre idéologique de l'eurocratie. Le jour où il décidera d'oser penser dans un autre cadre - ce serait sans doute sa "révolution copernicienne" -, tout lui sera permis, parce qu'il a une capacité d'analyse qui déjà le met à la marge du troupeau bêlant de la théorie dominante, comme par exemple lorsqu'il conclue son essai : « La France n'a pas grand-chose à perdre à désobéir, mais elle a beaucoup à perdre à laisser perdurer trop longtemps le statu quo. » (p.177)

            Ohana n'est donc pas au plus haut des cieux théoriques, mais ceux qui luttent contre l'Union Allemande peuvent y piocher des arguments contre le Léviathan.

 

 

 

Alexandre Anizy

 

 

(¹) : dans un entretien de 2002, Helmut Kohl a confirmé le rôle actif de l'Allemagne dans la création de l'euro, un récit politique à l'opposé de celui des thuriféraires du francisquain Mitterrand : "Je voulais faire l'euro car pour moi, cela signifiait l'irréversibilité de la construction européenne (...). » (cité p.145)

 

 

Zone euro : le fol jusqu'au-boutisme d'un Michel Aglietta

Publié le par Alexandre Anizy

Tous les ans et même parfois avant, Michel Aglietta, le pape de l'école de la régulation, livre un pensum où il rabâche ses recommandations économiques à partir de son analyse incomplète et erronée. On peut dire qu'il résume bien la doxa eurocratique. En 2013, c'est avec un old deal pour l'€urope où il cornaque un Thomas Brand ; mais comme ce n'est qu'une espèce de resucée du précédent, Zone euro éclatement ou fédéralisme (Michalon, 2012, 188 pages, 15 €), nous en resterons à celui-ci.

 

Disons pour commencer que le livre est une promesse non tenue (avec les européistes, c'est une habitude), puisque l'auteur n'expose pas dans une ampleur satisfaisante l'hypothèse d'un éclatement de la zone euro : il suffit de parcourir le sommaire pour s'en convaincre. Nous irons donc directement à l'objet de notre billet : les incohérences et l'omission de l'auteur.

 

 

2 mensonges en 2 phrases :

« L'euro porte une promesse de souveraineté qui a été dévoyée jusqu'ici. Cette aporie dramatique de l'union monétaire était sournoise. » (p.42)

Où le spécialiste des monnaies, coauteur d'un ouvrage remarquable titré La violence de la monnaie, a-t-il vu dans les textes fondateurs que l'euro est une promesse de souveraineté ? On ne le saura pas. Qui aurait dévoyée cette promesse ? On ne le saura pas non plus. Car dès la création de l'euro, l'expert Aglietta savait que :

« Toute la construction monétaire européenne repose sur une conception étroite et erronée de la monnaie, appelée monétarisme. Selon cette conception, la monnaie est neutre vis-à-vis des phénomènes économiques réels. » (p.43),

parce qu'il voyait, à moins d'être un imbécile aveugle, que :

« (…) le traité de Maastricht a conféré à la BCE un statut véritablement extraordinaire. Contrairement à toutes les BC du monde, sa légitimité n'est fondée sur aucune souveraineté politique. Elle est véritablement déterritorialisée. Elle ne doit même pas dialoguer avec les gouvernements ! » (p.44)

L'euro, monnaie unique (et non pas commune), est le fruit mûrement réfléchi (et défendu par des économistes réputés comme... Michel Aglietta) d'un compromis entre la France et l'Allemagne, dans lequel justement la souveraineté est sciemment écartée ! Dans ces conditions, comment l'apôtre de l'euro de Maastricht peut-il écrire que c'est « une monnaie incomplète », puisque les créateurs ont volontairement retiré un attribut à la BCE ? En effet, la BCE ne peut pas être le prêteur en dernier ressort de la monnaie centrale qu'elle gère (une aberration, pour tout vous dire).

 

Et c'est bien là la faille dramatique de cette construction eurocratique :

« Il est de ce fait juridiquement impossible à la BCE d'éradiquer la contagion lorsqu'elle s'empare de l'ensemble des marchés de dettes publiques. » (p.47)

 

Quelles sont les 3 recommandations de Michel Aglietta pour sortir de cette crise ?

« (…) faire de l'euro une monnaie complète en modifiant le mandat de la BCE, construire une gouvernance économique par l'élaboration des budgets faisant dialoguer le niveau européen et les instances législatives nationales, mutualiser les dettes publiques dans un puissant marché financier d'obligations communes (eurobonds). » (p.15)

Lors de la création de l'euro, la France et l'Allemagne s'opposaient déjà sur la 1ère recommandation, et bien que l'Allemagne ait récolté les bénéfices sonnants et trébuchants de sa vision asymétrique de la construction européenne, ce qu'elle défend ardemment aujourd'hui en présentant une « lecture moralisatrice » de la crise, l'expert Aglietta nous propose le menu surréaliste d'une politique fiction que l'on peut résumer de la sorte : poursuivons notre marche en avant fédéraliste, même si certains partenaires (comme l'Allemagne) refusent de fait les principes du fédéralisme !

Ce n'est pas raisonnable.

 

Bien sûr, Aglietta ne pouvait pas ignorer la Grèce. Après avoir établi les similitudes avec l'Argentine de 2001, comme d'autres économistes ont fait avant lui, il en vient à conclure que :

« Dans ces conditions, la voie argentine devient la seule issue possible. C'est le pari sur le rétablissement de la compétitivité par la reconquête de la souveraineté monétaire grâce à la sortie de la zone euro. » (p.81)

Et mieux encore, faisant ainsi la démonstration de son honnêteté intellectuelle, puisqu'il met à bas un argument des tenants du maintien de la Grèce dans l'euro, en évaluant le coût financier des 2 scenarii (maintien ou sortie) :

« En ce qui concerne le coût financier des 2 scénarios pour la zone euro dans son ensemble, il se distribue différemment dans le temps, mais il est grosso modo équivalent dans la durée. » (p.79)

Si la pseudo élite qui gouverne la Grèce depuis presque 40 ans est correctement informée (n'est-ce pas l'obligation morale de tous les gouvernants que de veiller à la qualité de leurs informations ?), elle sait qu'en dernière analyse le sort du peuple grec ne dépend que d'elle puisque, quelle que soit sa décision, le coût financier pour la zone euro est le même. Ce qu'on ne peut pas dire pour le peuple grec !

Selon nous, la recommandation d'Aglietta pour la Grèce met en évidence l'incohérence du projet monétaire des européistes qui s'arcboutent sur l'euro de Maastricht, alors que cet instrument monétaire volontairement bridé est paradoxalement un obstacle à leur projet fédéraliste.

Il ne faut pas s'étonner que Michel Aglietta arrête son analyse au cas de la Grèce. Car s'il avait exposé sérieusement le cas de l'Espagne, du Portugal, et même de la France, il en serait venu forcément à dresser un bilan négatif et surtout une prévision catastrophique de l'aventure maastrichtienne, toutes choses égales par ailleurs, comme les européistes Patrick Artus et Isabelle Gravet :

« Sans fédéralisme, l'hétérogénéité reste insupportable car elle ne peut être corrigée que par un profond appauvrissement des pays en difficulté. » (La crise de l'euro, Armand Colin, 2012, 180 pages, 16,50 €)

Ne pas s'engouffrer dans la faille de l'Europe eurocratique est la raison de cette lacune du pensum d'Aglietta. Il faut croire que le non masochisme est la limite à l'honnêteté intellectuelle.

 

Ainsi force est de constater que dans l'urgence les économistes européistes prônent maintenant le plongeon sans filet démocratique dans le fédéralisme : ils rêvent d'une nouvelle maison en partant de fondations ayant un vice caché.

Est-ce bien raisonnable ?

 

 

Voyons maintenant l'omission.

Concernant l'analyse de la construction de l'euro, Michel Aglietta reconnaît que le compromis fondateur de 1991 « a moulé la zone euro sur la doctrine monétaire de l'Allemagne » (p.83), que la position de l'Allemagne vaut celles du passé, à savoir :

ñ    opposition à la tentative de rénovation du SMI par le Comité des Vingt de 1972 à 1974 (refus des ajustements symétriques des pays excédentaires et déficitaires) ;

ñ    en 1979, lors de la création du Système Monétaire Européen (SME), l'Allemagne impose un système reposant sur les ajustements asymétriques des autres monnaies.

Mais pas un mot sur l'analyse connue (ô combien plus exhaustive, plus perspicace) de Jacques Sapir (1), qui démontre que seule l'Allemagne avait vraiment compris l'avantage concurrentiel énorme qu'elle s'octroyait (avec notamment l'accord des piètres négociateurs français aveuglés par leur européisme et leur intérêt politicien national de court terme) en défendant strictement ses intérêts économiques nationaux.

Cet oubli dénote une petitesse d'esprit.

 

 

Concluons : seul l'intégrisme européiste permet d'expliquer la proposition affligeante de Michel Aglietta, parce qu'il reconnaît tout de même que pour la Grèce la sortie de l'euro est une issue possible, prouvant ainsi qu'il n'est pas toujours caricatural.

 

 

Alexandre Anizy

 

(1) : lire notre billet

http://www.alexandreanizy.com/article-euro-pourquoi-l-allemagne-voulait-la-monnaie-unique-114734485.html

 

 

Revenir au franc pour lancer l'écu avec Frédéric Lordon

Publié le par Alexandre Anizy

Dans notre billet économique précédent, nous rappelions à Benjamin Coriat et Thomas Coutrot une règle indispensable au débat et au savoir-penser, puisqu’ils ont commis un procès d’intention en présentant Frédéric Lordon et Emmanuel Todd en réactionnaires d’une nation fantasmatique (1). Aujourd’hui, nous allons présenter la position de Frédéric Lordon concernant l’euro, telle qu’il l’expose dans le Monde Diplomatique d’août 2013.

 

Cela commence bien :

« Beaucoup, notamment à gauche, continuent de croire qu’on va changer l’euro. Qu’on va passer de l’euro austéritaire présent à l’euro enfin rénové, progressiste et social. Cela n’arrivera pas. »

Pourquoi ?

« 1. Jamais les marchés ne laisseront s’élaborer tranquillement, sous leurs yeux, un projet qui a pour évidente finalité de leur retirer leur pouvoir disciplinaire ; 2. Sitôt qu’un tel projet commencerait d’acquérir un tant soit peu de consistance politique et de chances d’être mis en œuvre, il se heurterait à un déchaînement de spéculation et à une crise de marché aiguë qui réduiraient à rien le temps d’institutionnalisation d’une construction monétaire alternative, et dont la seule issue, à chaud, serait le retour aux monnaies nationales. »

 

Lordon revient alors sur les pauvres idées des européistes (grosso modo : misons cette fois-ci sur les euro-obligations, ou mieux encore, un saut démocratique vers un gouvernement économique de la zone euro – ce fantasme des populistes PS lors des campagnes électorales), qu’il qualifie de solutions de carton, puisqu’il caractérise fort justement la construction européenne comme une soustraction de souveraineté économique et politique. Et depuis 2007, plus rien n’est à négocier puisque tout est inscrit dans le Traité européen : 

« Politique monétaire, maniement de l’instrument budgétaire, niveau d’endettement public, formes du financement des déficits : tous ces leviers fondamentaux ont été figés dans le marbre. » ;

C’est pourquoi « les indigentes trouvailles du concours Lépine européiste sont vouées à systématiquement passer à côté du problème central », qu’on peut résumer par cette citation :

« Car certains Etats membres ont besoin de dévaluation ; certains, de laisser se creuser les déficits ; certains, de répudier une partie de leur dette ; d’autres, d’inflation. Et tous ont surtout besoin que ces choses-là redeviennent des objets possibles de délibération démocratique ! Mais les principes allemands, inscrits dans les traités, l’interdisent… »

Alors que faire ?

Selon Frédéric Lordon, sortir de l’euro monnaie unique pour entrer dans l’euro monnaie commune.

 

Qu’est-ce qu’un euro commun ? Une monnaie dotée de représentants nationaux : euro-francs, euro-pesetas, etc.

« Ces dénominations nationales de l’euro ne sont pas directement convertibles à l’extérieur (en dollars, en yuans, etc.), ni entre elles. Toutes les convertibilités, externes et internes, passent par une nouvelle BCE, qui fait office en quelque sorte de bureau de change, mais est privée de tout pouvoir monétaire. »

Ainsi les gouvernements des Etats membres retrouveraient la maîtrise des outils de l’action politique :

« Nous voilà donc débarrassés des marchés de change intra-européens, qui étaient le foyer de crises monétaires récurrentes à l’époque du Système Monétaire Européen (SME), et protégés des marchés de change extra-européens par l’intermédiaire du nouvel euro. C’est cette double propriété qui fait la force de la monnaie commune. »

Et les peuples retrouveraient leurs souverainetés. Pour être précis, Lordon suggère de configurer la monnaie commune « à la manière de l’International Clearing Union proposée par John Maynard Keynes en 1944 ». C’est une proposition très intéressante.

 

L’auteur poursuit son raisonnement avec 2 scénarii. S’il s’agit d’instaurer une souveraineté populaire supranationale, il faut redimensionner le projet européen, et pour sa partie économique, il faut exclure les Etats membres qui n’approuveraient pas les grands principes de politique économique… S’il s’agit seulement de donner une monnaie commune à un grand marché européen, il ne faut retenir comme Etats membres que « des pays dont le salaire moyen ou minimum n’est pas inférieur à 75 % - ou quelque autre seuil à déterminer – de la moyenne des salaires moyens ou minima des autres Etats membres ».

Et à ce stade du raisonnement, Lordon constate que « c’est ici qu’on revient au syllogisme de départ : l’idée de passer de l’euro actuel à un euro refait et progressiste est un songe creux. Par construction, s’il est progressiste, les marchés financiers, qui ont tout pouvoir actuellement, ne le laisseront pas advenir. » 

Frédéric Lordon n’ignore donc pas le principe de réalité.

 

Alors que faire ?

Il faut laisser aux polytechniciens rêveurs, comme Michel Aglietta, et aux matheux ratés, comme Olivier Blanchard (2) ou Gérard Debreu, les constructions théoriques des sciences économiques qui ne voient jamais le jour ou qui ne marchent pas. Nourris des travaux de recherche, les économistes politiques doivent prôner des solutions réalistes, prenant en considération les rapports de force économiques et politiques.

Ce que dit Lordon :

« sauf la grande anesthésie définitive dans l’euro antisocial, on y reviendra [aux monnaies nationales, ndAA]. C’est là la sanction d’une construction incapable d’évoluer pour s’être privée elle-même de tout degré de liberté ».

Mais comme « ce retour forcé aux monnaies nationales, sonnant comme un échec, aura des effets dépressifs », il faut « prendre le parti de "tomber sur la monnaie commune", c'est-à-dire de provoquer la déflagration des marchés en annonçant ce projet-là, en le posant fermement comme l’horizon d’une volonté politique d’un certain nombre de pays européens (…) ».

 

Force est de constater que Frédéric Lordon propose un chemin réaliste et raisonnable, que nous résumons par "Revenir au franc pour lancer l'écu" : le projet d’une Europe solidaire, plus que nécessaire dans un XXIe siècle certainement mouvementé de par le monde. 

 

 

Alexandre Anizy

 

 

(1) : lire la réponse politique percutante de Jacques Nikonoff (avec Gilles Amiel de Ménard et Claude Lioure) dans le Marianne du 17 août 2013.

(2) : pour Aglietta et Blanchard, lire les billets que nous avons consacrés à ces deux énergumènes.

 

 

Coriat et Coutrot 2 économistes atterrés et désobligeants

Publié le par Alexandre Anizy

Benjamin Coriat et Thomas Coutrot font partie du collectif des Economistes Atterrés, pièces majeures de cette association de salubrité intellectuelle qui ambitionne d’apporter au peuple d’autres informations, d’autres modèles économiques, que celles dont les grands médias abreuvent le public en perfusion continue. C’est pourquoi nous nous étonnons de leur tribune désobligeante (dans Marianne du 27 juillet 2013, un magazine qui vire au collage de brèves dans un torchon  commercial, sous la maquette du vieux JFK) à l’égard de Frédéric Lordon (un autre EA) et d’Emmanuel Todd, qui osent penser différemment.  

 

Que leur reprochent-ils ?

« On ne comprend rien à l’histoire récente si l’on oublie qu’après la Seconde Guerre mondiale l’obsession des élites occidentales (…) prévenir un nouvel affrontement franco-allemand. »

Pour leur part, ils semblent négliger le rôle néfaste d’un certain Jean Monnet (1), un haut fonctionnaire "américain au passeport français", comme pourrait dire l’infâme Eric Besson.

« A dénoncer "la dérive autoritaire de l’Allemagne" (Todd) "qui impose tel quel son propre modèle de politique économique" (Lordon), nos duettistes nient l’adhésion complète des élites européennes au projet néolibéral. »

Même si nous ne sommes que lecteur et pas un exégète de Todd ou de Lordon, il nous paraît absurde et surtout faux d’écrire que ces duettistes ne veulent pas voir le consensus de l’oligarchie européenne sur l’agenda néolibéral.

 

Concernant Emmanuel Todd, puisque Coriat et Coutrot raillent aujourd’hui le Todd de mars 2012 qui voyait du Roosevelt chez Hollande, nous soulignons qu’à cette date-là nous n’étions pas nombreux à dire que parler de "hollandisme révolutionnaire" était une stupidité (2). Il est vrai que nous étions alors en pleine campagne présidentielle : il ne fallait donc pas désespérer Billancourt, diviser son camp, et autres balivernes de propagande de populistes.

 

La critique de Coriat et Coutrot s’épuise vite quand ils envisagent des ruptures politiques, sans doute d’abord en Grèce, au Portugal ou en Espagne, ou bien une rupture imposée (par la BCE par exemple) dans la zone euro, car nous n’avons jamais lu que Todd et Lordon s’opposent « à la construction, dans le feu des luttes, d’une nouvelle conscience collective européenne fondée sur la solidarité et la responsabilité sociale et écologique. »

En fait, cette tribune n’est qu’un procès d’intention.

 

Mais il y a peut-être du Toni Negri chez Coriat et Coutrot, le Negri qui milite pour le Traité européen de 2005, parce qu’il considère qu’il doit favoriser la concentration inéluctable des pouvoirs économiques et politiques dans une économie capitaliste, pour que le fruit tombe dans les mains d’un prolétariat élu… Comme disait Georges Gurvitch, la dialectique transcendante et apologétique d’un matérialisme historique (infantile), en guise de socle théorique de la fuite en avant vers l’économie communiste de marché… Passons, puisqu’ils valent mieux que des idiots utiles.

 

Pour autant, il est bon de leur dire qu’un intellectuel est toujours sur la mauvaise pente quand il refuse d’estimer la position d’autrui, quand il commence à penser et à proclamer que l’intelligence est de son côté :

« Oui, l’intelligence est aujourd’hui de travailler à la solidarité des peuples et des destins en Europe plutôt que de préconiser le repli sur des bases nationales qui n’ont plus de réalité que fantasmatique. »

Ainsi ceux qui n’ânonnent pas la doxa eurocratique (en gros, le système Monnet : c’est parce qu’il n’y a jamais assez d’Europe qu’il faut en remettre une couche fédérale … et demain ça ira mieux !) sont au mieux des économistes aveuglés, au pire des imbéciles.

A quand la réification des adversaires, comme au "bon vieux temps" ?

 

Si on veut débattre pour que le peuple puisse décider en connaissance de causes, il ne sert à rien d’être désobligeant. Si la politesse n’est pas une vertu, elle est la condition pour que celles-ci apparaissent.

 

 

Alexandre Anizy

 

 

(1) : lire le livre La faute de M. Monnet de Jean-Pierre Chevènement  

  

(2) lire notre billet du 4 mars 2012

          http://www.alexandreanizy.com/article-l-hollandisme-revolutionnaire-est-un-pari-stupide-100715653.html   

 

(3) lire notre billet où il est question de l’économie communiste de marché

          http://www.alexandreanizy.com/article-16224090.html 

 

Le noble Pastré toujours plus démagogue !

Publié le par Alexandre Anizy

 

Le noble Pastré, banquier tunisien sous Ben Ali et accessoirement professeur d'économie à Paris 8, vient de commettre un nouveau produit (Repenser l'économie – l'économie bottom-up, Fayard, février 2013, 154 pages, 14 €) dans lequel il prétend repenser l'économie, lui qui a accompagné¹ activement le mouvement de délabrement de l'économie française, avec le succès que les 8 millions de pauvres connaissent aujourd'hui.

 

Olivier Pastré, sorte de parangon de l'entre-soi, qui maintenant exalte et veut s'appuyer sur la France d'en-bas pour sortir de la crise (lui qui la jugeait « salutaire » quand Jacques Marseille l'accueillait par un "Vive la crise !"² : c'était en 2007) , alors qu'il défend par ailleurs sournoisement le statu quo pour un système bancaire en folie (on comprend bien … puisqu'il en est), contribue ici à sa manière à la démolition de l’État français, au profit d'une Europe fédérale qui ne viendra pas mais qui laissera le champ ouvert à la marchandisation des choses et des hommes.

 

Démagogue sans vergogne le Pastré nouveau, puisque c'est utile à l'extension du pillage capitaliste.

 

 

Alexandre Anizy

 

 

(¹) : il n'y a qu'un Vincent Giret (de Libération … mais sans doute futur cador du quotidien vespéral), qui pèche par ignorance en économie (ce n'est pas sa formation, à notre connaissance) et des écrits pastréiens en particulier, ou peut-être qui bâcle sa copie pour renvoyer un ascenseur, pour oser présenter ce lascar libéral comme un "modéré".

(²) : lire notre note du 12 novembre 2007

http://www.alexandreanizy.com/article-7244247.html

 

 

 

 

Euro : pourquoi l'Allemagne voulait-elle la monnaie unique ?

Publié le par Alexandre Anizy

 

En cette période de jubilé (traité de l’Élysée entre l'Allemagne et la France), la coutume veut que l'on regarde le passé avec mansuétude. Nous préférons le faire avec lucidité, car la crise de l'euro n'est pas finie, étant donné que les causes n'ont pas été éradiquées. C'est pourquoi il n'est pas inutile de répondre à cette simple question : pourquoi ont-ils créé l'euro sous la forme de monnaie unique ? Selon nous, l'économiste Jacques Sapir apporta une excellente réponse dans le chapitre 1 de son livre Faut-il sortir de l'euro ? (Seuil, janvier 2012, 192 pages, 14,90 €). Voici l'analyse argumentée qu'il développe.

 

Ils auraient pu créer une monnaie commune qui serait venue « s'ajouter aux monnaies nationales, les compléter et servir d'instrument pour les échanges internationaux de marchandises et de capitaux pour une zone géographique donnée, [qui] offre à la fois les avantages de la stabilité que l'on a avec une monnaie unique et une flexibilité des taux de change qui fait défaut. Avec une monnaie commune, nul n'est obligé de fixer à jamais les rapports des taux de change entre les monnaies des pays membres. » (p.24)

Oui mais voilà, pour empêcher toute spéculation à l'intérieur de sa zone, la monnaie commune impose des règles strictes limitant les mouvements de capitaux. Or les politiciens européens voulaient une libéralisation financière totale : les dits socialistes français n'y sont pas pour rien.

 

 

Au commencement de cette construction européenne, il y a le Serpent monétaire européen issu du rapport Werner de 1970 : il fut la réponse européenne à la décision des États-Unis (sous Richard Nixon) de ne plus convertir automatiquement le dollar en or au taux de 35 USD l'once. Les marges de fluctuation des monnaies membres étaient de + ou – 2,5 %.

L'adoption du principe des taux de change flottants par les États-Unis (concrètement, le gouvernement américain refuse de soutenir sa monnaie sur les marchés), conjuguée aux crises internationales (guerre du Kippour – du 6 au 24 octobre 1973 ; embargo arabe du pétrole – réunion de l'OPEP du 16 et 17 octobre 1973) perturbent fortement le Serpent monétaire qui enchaînera les crises du fait de la montée inexorable du Deutsche Mark (DM) notamment.

 

Le 27 octobre 1977, le britannique Roy Jenkins, Président de la Commission européenne, propose de créer une monnaie unique pour les neuf pays et un budget communautaire fixé à 10 % de chaque PIB, une condition technique logique pour garantir cette monnaie qui fut rejetée politiquementpar tous les pays !

10 % pour débuter, mais il aurait fallu aussi annoncer dès la création l'échéancier court atteignant 30 %. (NdAA)

 

En 1979, le Système Monétaire Européen (SME) émerge de longues négociations : les monnaies nationales vont fluctuer autour d'un cours pivot en ECU (european currency unity), fondé sur un panier de monnaies de pays membres. Hormis une légère réévaluation du DM en septembre 1979, rien ne se passe avant l'arrivée au pouvoir du francisquain Mitterrand. Après 3 dévaluations successives du franc et le virage libéral de 1982-83 sous la houlette du social-traître Jacques Delors, s'ouvre une longue période de stabilité jusqu'en 1992.

« On a ainsi oublié que le SME avait pu fonctionner, en dépit de ses défauts et de l'ouverture progressive des économies aux mouvements de capitaux, pendant 9 ans. » (p.26)

En 1992, l'échec du référendum danois déclenche la spéculation, qui provoque la dévaluation de la lire et de la peseta, et la livre quitte le SME. En 1993, les spéculateurs opèrent contre le franc, obligeant à placer les marges de fluctuation à hauteur de 15 % … Le SME ne s'en remettra pas.

 

L'analyse dominante à cette époque veut que seule une monnaie unique peut contrer la spéculation en produisant un système stable.

« Nous savons aujourd'hui qu'il n'en est rien. La spéculation s'est en fait reportée des taux de change aux taux d'intérêt de la dette souveraine entre chaque pays. » (p.26)

En réalité à cette époque, il n'était pas question pour les dirigeants libéraux européens de rejeter leur croyance dans la théorie des changes flottants, et encore moins de brider la liberté des mouvements de capitaux, ce qui laissait la possibilité à des spéculateurs professionnels comme Georges Soros de mobiliser des montants financiers colossaux. Autrement dit, en s'arc-boutant sur une théorie fallacieuse (puisqu'il a été démontré que ses bienfaits, notamment sur la croissance, ne se sont pas vérifiés) et en offrant les munitions financières aux spéculateurs par le choix du laisser-faire, les dirigeants libéraux européens ont favorisé le désastre.

Mais comme ces hommes et leurs scribes n'étaient ni idiots ni insensibles devant les faits chiffrés, il faut chercher leur(s) objectif(s).

 

C'est là que l'analyse de Jacques Sapir devient intéressante :

« En fait, c'est la volonté allemande de se servir des marchés financiers pour normaliser les politiques économiques des autres États combinée aux intérêts financiers du Royaume-Uni qui explique l'opposition absolue et adamantine de contrôler ne serait-ce qu'en partie les marchés financiers. La France avait bien identifié les implications de la position britanniques, mais elle est restée aveugle quant à la position allemande. » (p.28)

D'une part, le SME ne convenait pas à l'Allemagne, parce qu'il permettait à ses partenaires européens d'équilibrer leurs comptes nationaux grâce aux dévaluations, tout en assurant leurs développements, alors qu'il ne garantissait pas le débouché commercial aux produits de son industrie dans l'UE. D'autre part, il fallait écarter à nouveau la proposition de Roy Jenkins de 1977, i.e. l'union budgétaire : pas question de piocher dans la richesse allemande pour "subventionner le club Med", selon l'expression en vigueur depuis la faillite grecque de 2010 (le temps est passé, mais rien n'a changé en Allemagne … ).

« C'est pourquoi l'acte fondateur de la monnaie unique insiste sur la notion de responsabilité budgétaire individuelle de chaque pays. » (p.29)

 

En 1990, les Allemands n'étaient pas plus ou moins égoïstes que les autres. Ils avaient et ils ont simplement un problème majeur : leur effondrement démographique. Le versement des retraites futures va dépendre de la richesse accumulée et capitalisée. En conséquence, il était et il est d'une part hors de question de toucher au magot pour boucler les comptes d'autres nations, et il fallait d'autre part garantir la valeur future du magot en se soumettant à la logique des marchés financiers.

Les statistiques économiques montrent bien la financiarisation accélérée de l'économie allemande à partir de cette prise de conscience.

En 1990, brusquant la réunification allemande, le chancelier Helmut Kohl, en fin diplomate, propose un traité (le futur Maastricht) au francisquain Mitterrand, qui entérine l'extension de la République Fédérale Allemande et le principe de l'union monétaire. Suprême habilité : cette union monétaire « est présentée comme un sacrifice [l'Allemagne abandonnant son "cher DM", n'est-ce pas? NdAA] de l'Allemagne, alors qu'il s'agit en réalité de ce qu'elle veut obtenir. François Mitterrand s'est bercé d'illusions s'il a cru, comme on le dit, clouer la main de l'Allemagne sur la table. » (p.31)

En fait, le traité de Maastricht fut bordé par des précautions constitutionnelles multiples, notamment l'arrêt du 12 octobre 1993 du Tribunal Constitutionnel de Karlsruhe qui précise que le passage à la monnaie unique devait se faire dans le cadre d'une communauté de stabilité monétaire :

« Cette conception de l'union monétaire, communauté de stabilité monétaire, est le fondement de la loi allemande. » (p.31)

Réaffirmée dans un arrêt de septembre 2011 : la mutualisation de la dette est anticonstitutionnelle pour la Cour de Karlsruhe.

Par conséquent, ridicules sont les politiciens français, voire les "experts", lorsqu'ils glosent sur les eurobonds ou la monétisation directe de la dette réalisée par des avances de la BCE : « La porte a été fermée par la Cour de Karlsruhe. »

 

« La volonté de l'Allemagne était ainsi de faire de la monnaie unique un cadre contraignant mais sans la moindre compensation du point de vue budgétaire. Le statut de la BCE et son objectif unique, la stabilité monétaire, en découlent. » (p.32)

D'aucuns objecteront que la BCE a montré depuis l'été 2007 qu'elle pouvait enfreindre son statut pour intervenir massivement en offrant des liquidités aux banques. En effet, il fallait sauver le système bancaire … et si celui-ci s'était écroulé, la BCE aurait failli à son unique mission : la stabilité monétaire.

« Dans une Allemagne largement financiarisée, la stabilité des banques est bien devenue un objectif légitime. Le gouvernement allemand n'a pas hésité à sauver ses banques en 2008. » (p.32)

 

Fort des faits établis depuis la création de la monnaie unique, revenons sur le compromis fondateur :

- pour l'Allemagne, c'est un droit d'accès aux principaux marchés de ses voisins (France, Italie, Espagne)

  • sans restrictions tarifaires (principe du Marché Unique),

  • sans restrictions monétaires (l'arme de la dévaluation est retirée à ses concurrents) ;

- pour les autres pays, c'est l'accès au marché financier aux mêmes conditions que l'Allemagne (des taux d'intérêt très bas).

Magnanime, l'Allemagne offrait en quelque sorte à ses partenaires un permis de s'endetter à bon compte, ce dont les politiciens médiocres ou pourris (le cas des clans des 2 familles grecques qui tiennent le pouvoir depuis 40 ans) ne se privèrent pas.

Au fait, s'endetter pour quoi ? Acheter des produits allemands, par exemple.

Mais en 2008, l'avantage octroyé aux autres pays européens disparaît : les écarts sur les taux d'intérêt des dettes nationales commencent à s'amplifier. En 2011, une forte disparité est bien établie.

 

« Le compromis initial est donc clairement rompu ; mais cette rupture est asymétrique (...) » car l'Allemagne a conservé ses avantages (droit d'accès sans restrictions tarifaires et monétaires), tandis que les autres pays européens ont perdu le leur (si on considère que le permis de s'endetter sur le marché financier était un avantage – ce qui n'est pas notre appréciation).

Il est probable que l'Allemagne quittera l'euro si les autres pays remettent en cause ses choix fondamentaux (communauté de stabilité monétaire, responsabilité budgétaire individuelle de chaque pays).

 

 

Alexandre Anizy

 

 

 

 

 

Olivier Blanchard : un mea culpa sans conséquence

Publié le par Alexandre Anizy

 

L'économiste en chef du FMI, le français Olivier Blanchard, vient de confirmer que ses croyances¹ l'ont une nouvelle fois aveuglé au point de ne pas comprendre² qu'ils utilisaient de mauvais outils pour mesurer les effets de leurs désastreuses recommandations politiques (au sens étymologique), notamment en Grèce : pour un matheux dans son genre, on touche le comble du ridicule, isn't it ?

 

Olivier Blanchard a donc cosigné un article pour faire son mea culpa : c'est tout à son honneur. (Combien de points pour cette communication ?)

 

Jadis, quand un responsable commettait une faute ayant eu des conséquences dramatiques pour la population, il avait le courage de démissionner … ou d'autres prenaient la décision de l'écarter de son poste.

But the times, they have changed !

Aujourd'hui, le responsable fautif bat sa coulpe (enfin, certains d'entre eux...) et poursuit sa carrière. Aujourd'hui, les responsables ne sont pas coupables.

 

Mais restons positifs, comme toujours. Pour Olivier Blanchard, une chose n'est plus à démontrer : son honnêteté intellectuelle.

 

 

 

Alexandre Anizy

 

 

(¹) : lire sur ce sujet la note que nous avons consacrée au livre de Frédéric Lebaron.

(²) : nous l'avions averti dans la note du 19 février 2010

http://www.alexandreanizy.com/article-un-econo-globish-dans-sa-misere-olivier-blanchard-45230349.html

 

 

La nouvelle fracture territoriale selon Laurent Davezies

Publié le par Alexandre Anizy

 

Dans les années 80, il était de bon ton de parler de la "France exposée" et de la "France protégée". Grâce à une recherche pointue sur les statistiques, Laurent Davezies remet ça au goût du jour en détaillant une nouvelle fracture territoriale dans un livre : La crise qui vient(Seuil – République des Idées, octobre 2012, 112 pages, 11,80 €)

 

« Quatre France prennent forme sous nos yeux :

  • une France productive, marchande et dynamique, concentrée dans les plus grandes villes, où se forgent les nouveaux atouts de la compétitivité du pays (36 % de la population) ;

  • une France non productive, non marchande et pourtant dynamique, située à l'ouest d'une ligne Cherbourg-Nice, qui vit d'une combinaison de tourisme, de retraites et de salaires publics (44 % de la population) ;

  • une France productive, marchande et en difficulté, composée de bassins industriels déprimés, principalement dans la moitié nord du pays, dont le déclin semble difficile à enrayer (8 % de la population) ;

  • une France non productive, non marchande et en difficulté, située également dans le nord-est du pays et faite de territoires si frappés par le déclin industriel qu'ils dépendent essentiellement des injections de revenus sociaux (12 % de la population). » (p.8)

 

On le voit : la segmentation est beaucoup plus élaborée que celle d'autrefois, et le travail fouillé réserve des surprises quant à la résistance aux crises. Nous remercions l'auteur de ne pas avoir édulcoré, enjolivé les perspectives noires pour certains segments. C'est un ouvrage sérieux que tout homme politique digne de ce titre doit avoir en tête lorsqu'il préconise une politique économique pour le pays.

« L'univers dans lequel nous entrons aujourd'hui a besoin de nouveaux arbitrages publics entre croissance, développement social et cohésion territoriale. » (p.15)

 

 

Pour le constat, l'analyse des statistiques, Laurent Davezies est objectif. Pour les pistes de transformation du paysage socio-économique territorial, ça coince gravement du côté de l'exposé puisque seule la théorie dominante a droit de cité dans la discussion : la preuve en page 79.

« Que ce soit dans l'euro, ce qui exige des ajustements structurels immédiats, ou hors de l'euro, par le biais d'une dévaluation qui favoriserait à court terme les exportations, il faut améliorer la compétitivité du pays et renouer avec des taux de croissance durables. »

Dans le paragraphe suivant, en 8 lignes, l'auteur souligne les difficultés des mesures d'austérité pour atteindre leurs objectifs [pour notre part, nous aurions mis en évidence l'incohérence économique et l'inefficacité sur le terrain – voir les résultats au Portugal, en Espagne, en Grèce …]. Puis il assène son verdict sans discussion :

« Il ne nous reste donc que la voie de l'ajustement structurel aux conditions actuelles de l'économie européenne et mondiale. »

Ce raccourci péremptoire (le "donc"fait sourire) entame l'estime que nous commencions à porter à cet universitaire.

 

 

Il est vrai que dans une collection dirigée par Pierre Rosenvallon, il n'y a pas de place pour l'honnêteté intellectuelle, un luxe qu'il ne s'autorise pas dans son combat idéologique.

 

 

Alexandre Anizy

 

 

 

 

 

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