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notes economiques

La crise de l'euro Land n'est pas finie

Publié le par Alexandre Anizy

Le plan européen de 750 Milliards d'euros répond momentanément au déchaînement de la spéculation financière, en levant 2 tabous d'importances inégales : la levée mineure est la garantie offerte notamment par l'Allemagne aux emprunteurs en délicatesse avec le marché ; l'achat sans limite par la BCE de dettes publiques sur le marché secondaire constitue la levée majeure, parce qu'elle signifie que les banques engluées dans la dette grecque pourront se défaire de ces actifs pourris (selon les critères du marché). Autrement dit, les spéculateurs sachant désormais qu'il y a un acheteur en dernier ressort dans l'euro land, ils vont pouvoir reprendre les petites affaires et les grandes manoeuvres : « business as usal », comme ils disent.

Ayant été très sollicité dans les médias pour commenter l'événement, l'écono-globish Daniel Cohen usa d'un euphémisme fort imagé : « Parmi les banques, ce sont surtout les banques grecques qui bénéficieront du plan, car le risque de faillite est écarté. Les autres banques de la zone euro seront aussi soulagées. »


A moyen terme, le problème financier de la Grèce n'est pas résolu, car « il est difficile de croire que la Grèce puisse échapper à la restructuration de sa dette », écrit Martin Wolf dans son article "Grèce : pourquoi le plan échouera". A moyen terme, « sans signe de constitution rapide d'Etats-Unis d'Europe, hurlent aujourd'hui les marchés, mais aussi Stiglitz, l'euro ne survivra pas. » martèle le dogmatique Pierre-Antoine Delhommais dans le quotidien vespéral.



En conclusion, nous soulignons l'euphorie des marchés dès l'ouverture lundi matin, parce qu'elle montre concrètement leur satisfaction d'avoir obtenu la garantie du remboursement des dettes des Etats et acquis la certitude d'une purge généralisée en Europe. Autrement dit, on va « pomper la richesse des salariés et des contribuables vers les actionnaires et les financiers », comme le résume bien Thomas Coutrot.



Alexandre Anizy

 

Mettre hors d'état de nuire les agences de notation

Publié le par Alexandre Anizy

A travers le cas de l'agent examinateur Moritz Kraemer (Responsable Europe de la notation des pays chez Standard & Poor's), nous avons déjà révélé la logique débile qui justifie les notes de son agence. Voir les articles suivants :

http://www.alexandreanizy.com/article-27525105.html

et

http://www.alexandreanizy.com/article-mauvaise-note-pour-moritz-kraemer-de-standard-poor-s-44167373.html


Aujourd'hui, nous montrons l'incompétence – c'est un euphémisme – des mêmes agences à travers le cas Abacus 2007-AC1, le portefeuille de titres de créances variées (CDO, collaterized debt obligations) qui vaut quelques soucis passagers, car au bout du compte, ils n'écoperont d'aucune sanction puisque toutes les précautions juridiques ont été prises, à la Banque Goldman Sachs.

Rappelons les faits. Le propriétaire d'un fonds spéculatif, John Paulson, qui veut miser en Bourse sur la baisse d'un titre, demande à Goldman Sachs de créer, avec l'aide du cabinet "structureur" ACA Capital, et placer un CDO : ce sera Abacus 2007-AC1, présenté le 26 février 2007. Ce CDO reposait sur 90 titres adossés à des prêts immobiliers dits "subprime" ou "midprime", référencés par un organisme légal, le Cusip, dont les données sont accessibles au milieu financier.

« L'information est disponible, mais chaque titre subprime est rédigé sur 50 à 60 pages et souvent différemment selon les juristes. Il eût fallu mobiliser du personnel adéquat pour éplucher les 5.700 pages du dérivé de dette Abacus. » Rama Cont, directeur du Centre d'ingénierie financière de l'université Columbia.

Si on prend le premier paquet titrisé de la liste Abacus (numéro 00075QAM4), il avait obtenu la note BBB chez Standard & Poors et Fitch, la note Baa2 chez Moody's, soit des notes juste au-dessus du niveau spéculatif. Ceux qui le voulait pouvait découvrir que c'était un actif pourri, puisqu'en février 2007, au moment où Goldman Sachs le présente, il a déjà perdu plus de 76 millions de dollars, soit un niveau extraordinaire d'insolvabilité des emprunteurs (7,05 %) atteint en 6 mois ! Malgré cette performance dans la pourriture, la note BBB ne sera pas modifiée.

Et maintenant le tour de magie de 2 agences de notation (Moody's et Standard & Poor's) : des titres notés BBB ou pire, synthétisés dans Abacus 2007-AC1, obtiendront le fameux AAA, indispensable sésame pour une émission sur le marché. Pourquoi ? C'est un mystère.

Pire ! Selon l'expert, ces dites obligations n'étant en fait que des produits dérivés d'obligations de dettes n'auraient jamais dû être notées !


Rappelons encore que ces mêmes agences de notation accordaient le fameux AAA pour Enron, Freddie Mac, Fannie Mae, à la veille de leurs effondrements.

Et ce sont des zozos de cet acabit qui allument les feux de la spéculation boursière contre la Grèce, le Portugal (1), etc …


Ces agences de notation opaques sont de véritables fléaux, que le gouvernement français devrait sans délai mettre hors d'état de nuire parce que, comme l'affirmait De Gaulle, la politique de la France ne se décide pas à la corbeille … de Marc Ladreit de Lacharrière par exemple (en dernière analyse, le patron de l'agence de notation Fitch).



Alexandre Anizy

 

(1) : l'agence Moody's a déclaré hier qu'il y avait une « très forte probabilité » pour qu'elle dégrade, « d'ici à trois mois », la note du Portugal d'un ou deux crans … suivant ainsi la dégradation de Standard & Poor's d'il y a huit jours. Le feu est ainsi bien entretenu (voir hier la baisse de l'euro sur les marchés, la chute des Bourses).


P-.S. : dans son éditorial du 5 mai, le Monde, dont la situation financière est calamiteuse, défend les agence de notation. Ne chercher aucun rapport évidemment.

 

Une autre solution pour la Grèce : suspendre le paiement de la dette publique, sortir de l'euro, relocaliser le financement de l'Etat

Publié le par Alexandre Anizy

 

Le problème financier de la Grèce va être momentanément résolu ces jours-ci. Puisque les échéances politiques et l'état de l'opinion en Allemagne comme la fragilité du pouvoir légitime grec étaient connues depuis des mois, l'hypothèse d'un choix délibéré d'une pression extérieure progressive sur le gouvernement de Papandréou, pour obtenir une saignée importante qui ne guérira pas le malade, ne peut pas être écartée. Pour autant, les problèmes économiques et sociaux de la Grèce ne seront pas finis.

A notre avis, une autre stratégie d'économie politique n'a été débattue - sauf erreur de notre part - que de manière fragmentée par les "spécialistes" : c'est pourquoi il nous paraît intéressant d'en présenter un schéma général.


L'Union Allemande va finalement présenter sa "potion magique" complémentée par le FMI, qui obtient ainsi la légitimité de ses futures interventions directes dans les affaires grecques. Si la question de trésorerie est réglée, rien d'autre ne l'est réellement :

« le problème immédiat de la Grèce, ce sont les taux d'intérêt élevés dont elle doit s'acquitter. Lui proposer des liquidités à un taux écrasant, alors que le pays n'a pas accès au marché, ne ferait qu'aggraver son problème de solvabilité. » (Martin Wolf, le Monde du 7 avril 2010)

Il est bon de rappeler que les importants déficits budgétaires dans la zone euro sont des symptômes de la crise et non pas la cause : « Aussi les catastrophes budgétaires actuelles résultent-elles, en définitive, d'un recours à une politique monétaire accommodante [de la BCE, ndAA) mise en oeuvre pour compenser la faible croissance de la demande dans le centre de la zone euro, et, en premier lieu, en Allemagne. » (Martin Wolf)

La réduction budgétaire drastique promise par le gouvernement grec « paraît irréalisable, vu l'absence de politique monétaire et de flexibilité du taux de change » (Martin Wolf) Le FMI, qui est spécialiste en matière de balance des paiements, n'a aucune expertise en matière d'endettement (la Grèce est rongée par son service de la dette) :

« Personne sur les marchés, qui déterminent le destin des pays endettés, ne croit en effet que le Fonds Monétaire International réussira à imposer aux Grecs des conditions politiquement inacceptables ». (Jacques Attali, Express du 18 avril 2010)

En conséquence, la Grèce paiera de plus en plus cher ses emprunts et sera acculée au défaut de paiement, toutes choses égales par ailleurs. C'est pourquoi la solution de suspendre le paiement de la dette publique (voir Charles Wyplosz, le Monde du 28 avril 2010) est le première décision d'un plan de sauvetage alternatif, puisqu'elle aurait permis aux Grecs de négocier sans couteau sur la gorge le rééchelonnement de leur dette, tout en se donnant un peu de temps pour restaurer son budget.

Seulement voilà, les banques europénnes (notamment BNP et Deutsche Bank) sont les gros créanciers de la Grèce : si elles plongent, c'est un nouveau plan de sauvetage en perspective … à moins de laisser à leur sort les mauvaises banques (i.e. celles qui ont prêté à un client déjà surendetté, comme la Grèce). Le lobby bancaire a su se faire entendre, puisque la solution du défaut de paiement a d'emblée été écartée par les gouvernements européens …


Mais une suspension de paiement ne constitue pas en soi un programme d'économie politique : elle donne du temps pour négocier sereinement, tout en empêchant les caisses de l'Etat de se vider. Dans le schéma général d'une autre stratégie d'économie politique, la sortie de l'euro est la deuxième décision, capitale, parce qu'elle donnerait la maîtrise de la politique monétaire et la flexibilité du taux de change (voir Martin Wolf ci-dessus).

Nous n'aborderons pas ici les enjeux d'une sortie de l'euro (voir nos notes économiques sur ce sujet).

Parce que cette deuxième décision est lourde de conséquences, elle doit s'inscrire dans une vaste stratégie économique cohérente.


La troisième décision, c'est la relocalisation de la dette publique, car « pour s'affranchir du pouvoir de bailleurs abusifs, il faut changer de bailleurs. » (Frédéric Lordon, le Monde diplomatique, mai 2010)

Prenons un exemple. Le Japon n'a pas cédé aux sirènes de la mondialisation financière (il en avait les moyens, mais c'est un autre débat) : « Par un compromis typique de la façon japonaise, système bancaire et caisses de retraite ont en effet activement "joué le jeu", c'est à dire orienté massivement les avoirs des ménages vers les titres de la dette publique. » (Frédéric Lordon) C'est ainsi que la dette publique du Japon culmine à 200 points du PIB, quand la Grèce en crise n'est qu'à 130 points …

« (…) emprunter sur les marchés, c'est se soumettre au verdict des marchés. » (Frédéric Lordon) : pour l'avoir oublié (vraiment ?), l'oligarchie grecque (1) va faire payer très cher à "son peuple" les conséquences désastreuses de ses errements politiques.

Précisément, en Grèce, la relocalisation de la dette publique impliquerait le recours à un financement monétaire des déficits.



Ebaucher en quelques lignes, le schéma général d'une autre stratégie d'économie politique montre qu'il est possible de proposer un autre destin au peuple grec.



Alexandre Anizy


(1) : si la situation n'était pas dramatique, on se gausserait de cette curieuse alternance politique entre les familles Caramanlis et Papandréou.

 

Sortir de l'euro selon Yves de Kerdrel

Publié le par Alexandre Anizy

La foudre se serait-elle abattue sur Yves de Kerdrel (chroniqueur libéral au Figaro de la famille Dassault), lui octroyant une lucidité qui manque cruellement à ses prêches quotidiens ?


Extraits de son papier du 2 mars 2010 :


« (…) l'euro dont la décomposition se déroule sous nos yeux, comme un film au ralenti, va laisser des millions de chômeurs, des friches industrielles gigantesques, une paupérisation européenne encore incalculable, un laxisme budgétaire qu'il faudra des années à purger, et une Allemagne toujours plus forte au sein de notre Vieux Continent. »


« La BCE de Wim Duisenberg, puis de Jean-Claude Trichet, porte une responsabilité colossale dans la chronique de cette mort annoncée. Elle a mis l'Europe industrielle à genoux, et enrichi les rentiers. »

« L'euro a été imaginé comme un socle pour l'Europe, alors que, comme l'avait montré Philippe Séguin, cette monnaie obligeait chaque pays à renoncer à sa politique économique. »


« La question est désormais de sortir de ce nœud de vipères avec le moins de morsures possibles, tant les dégâts sont déjà nombreux. »


Cet article serait-il un cadeau de la Providence ?

Il est vrai que « le miracle est, avec la vigne, l'une des principales cultures de la France ». (Pierre Daninos, les carnets du major Thompson)



Alexandre Anizy

 

FEU sur l'euro !

Publié le par Alexandre Anizy

L'euro est un malentendu historique. La France en est l'instigateur : obnubilé par la nécessité d'un nouvel élan pour concrétiser l'idée européenne, le francisquain Mitterrand accepte les conditions mortifères posées par l'Allemagne du chancelier Helmut Kohl et du président de la Bundesbank Karl Otto Pöhl, à savoir l'indépendance de la banque centrale, les critères de convergence astreignants qui seront prolongés en 1997 par le pacte de stabilité signé à Amsterdam, sans en retirer un quelconque bénéfice. Au contraire, les partenaires de l'Allemagne font les frais de son égoïsme : explosion du Système Monétaire Européen (SME) suite à la hausse des taux d'intérêt décidée après la réunifcation du pays, compression des coûts salariaux, hausse de la TVA pour améliorer les finances publiques tout en bridant la consommation intérieure … Depuis 20 ans, l'Allemagne, du fait de sa stratégie économique non coopérative, a mis en berne la croissance européenne.


Depuis quasiment 10 ans, tous les hommes politiques français, de droite comme de gauche, demandent un gouvernement économique de la zone euro, et précisément pour quelques uns, un changement des statuts de la BCE, l'octroi de pouvoirs réels à l'Eurogroupe (le Conseil des ministres de l'économie des pays de la zone euro). Rien n'y fait, et la ratification honteuse du traité de Lisbonne n'est qu'une nouvelle étape d'un calvaire.


Avec la crise, d'aucuns espéraient un revirement pro-européen de la part de l'Allemagne. Que nenni ! Elle persiste dans son orthodoxie financière (héritage anesthésique d'un traumatisme passé), qui habille de plus en plus modestement le choix maintes fois réitéré de la suprématie de l'intérêt national. Or, l'Allemagne sait de par son expérience de la réunifcation que la réussite d'une union monétaire dépend d'une solidarité et d'une coopération politique, économique et financière sans faille.

La crise grecque nous donne aujourd'hui la certitude du maintien de la ligne politique allemande. Quand le Spiegel évoque l'injection de 20 à 25 milliards d'euros, dont 4 à 5 d'origine allemande, le ministère des Finances dément aussitôt à la fois l'information mais aussi l'hypothèse d'une aide de la zone euro à la Grèce. Quant à Axel Weber, probable successeur de l'euro imperator Trichet, il confirme la posture de l'Allemagne : « Il est impossible de justifier auprès des électeurs qu'on aide un autre pays afin que ce dernier puisse s'épargner les douloureux efforts d'adaption qu'on a soi-même endurés. »

Dans cette affaire, la vertu n'est que le paravent de l'égoïsme.



Il faut maintenant tirer les leçons de l'expérience. Force est de constater que les objections majeures soulevées par des économistes renommés lors de la création de l'euro ont été validées : d'une part, sans un ministère des finances européen, la banque centrale fédérale gère une monnaie inachevée ; d'autre part, l'Allemagne s'arc-boute dorénavant contre les Tables de la Loi européenne pour tuer dans l'oeuf les velléités de changement émanant de ses voisins autrefois naïfs.

Espérer encore un revirement unilatéral de l'Allemagne serait une nouvelle illusion. Parier sur une future modification en profondeur des textes qui régissent la monnaie européenne serait un marché de dupes qui feraient fi des difficultés juridiques et de l'urgence sociale. Par conséquent, il importe pour quelques pays, dont la France, de formuler abruptement la question de la sortie de l'euro dans l'intérêt de la construction de l'Europe. Il faut en finir avec le pacte de stabilité et de croissance, avec la politique monétaire confisquée par le milieu de la finance. Les Etats européens doivent se réapproprier les instruments indispensables pour la mise en oeuvre des politiques économiques choisies démocratiquement par leurs peuples.


Feu sur l'euro !



Alexandre Anizy

 

 

Deux options pour l'euro selon Jean-Jacques Rosa et Philippe Villin

Publié le par Alexandre Anizy

L'économiste libéral Jean-Jacques Rosa et Philippe Villin ont publié dans le Figaro du 21 février 2010 un article intéressant, où la question de l'euro est concrétement posée à partir des problèmes grecs et espagnols.


« Il ne fait aucun doute que le pays est piètrement géré. (…) Il faut même espérer que le gouvernement d'Athènes aura l'énergie nécessaire pour refuser la potion germanique de M. Trichet et Mme Merkel, qui assurerait à la Grèce de mourir guérie, mais toujours dans l'euro. Car le problème de la Grèce est d'abord et avant tout un problème de compétitivité. »

Avec un euro cher et une activité exportatrice limitée, ce pays est « incapable de vendre ses produits et ses services aux consommateurs extérieurs ». Inexorablement, les comptes extérieurs se dégradent … et les mesures d'austérité de la BCE ne résoudront rien à ce sujet.

« Le cas grec montre bien que la valeur extérieur de la monnaie de la maison Europe, qui convient à une Allemagne qui l'impose aux autres partenaires (…) est totalement inadaptée à une économie aux caractéristiques très différentes, comme celle de la Grèce. »

Le cas de l'Espagne est beaucoup plus grave, eu égard à sa taille économique et financière dans l'Europe. Ce pays est en dépression profonde : 20 % de la population active au chômage, avec des banques aux comptes douteux (Cf. leurs engagements dans le financement de l'immobilier). Or le « socialiste » Zapatero a décidé de mettre en oeuvre le traitement médecinal Trichet – Merkel : « (…) l'économie espagnole s'enfoncera dans une dépression aggravée, générant licenciements supplémentaires, faillites d'entreprises industrielles et commerciales et, in fine, probablement bancaires ... »

Seule une dévaluation de l'ordre de 30 à 50 % permettrait l'ajustement à un moindre coût, précipitant la reprise notamment en réactivant le marché immobilier. Dans l'autre cas, si l'Espagne s'effondre économiquement, c'est l'Europe qui est touchée.



Comment sortir de ce scénario noir ? Selon Rosa et Villin, il existe 2 options.

« La première consiste à reconnaître l'échec patent de l'euro. », parce que, par exemple, il a « contraint les pays qui l'ont choisi à s'ajuster sur une croissance inférieure à celle des autres pays européens restés en dehors de l'union monétaire ». Avec un taux de change surévalué, non seulement l'Allemagne peut exporter ses biens manufacturés hors Europe, forte de ses positionnements « produits » sur le marché mondial, mais encore elle gagne inexorablement des parts de marché dans le commerce intra-européen pour ses produits courants, puisque la concurrence a disparu du fait de la suppression de l'ajustement des changes. « Cet avantage compétitif structurel (et inéquitable) dont bénéficie l'Allemagne, conduit à la délocalisation progressive, hors zone euro, des industries qui faisaient la fierté de pays comme la France et l'Italie. »

L'aggravation des crises grecques et espagnoles peut être l'occasion de mettre un terme à cette construction de guingois : l'euro.

Vive le retour aux monnaies nationales dans une union douanière réaffirmée !

« Cette option est radicale, mais c'est probablement la plus sérieuse et la plus réaliste si l'on ne veut pas que l'Europe de demain ressemble au rêve allemand des années 1930 : une zone industrielle autour du Rhin s'étendant de Rotterdam aux Alpes bavaroises, et s'appuyant sur un Hinterland de sous-traitance à bas coût dans les pays de l'Est, débouchant à l'ouest et au sud sur des régions agricoles, ou aujourd'hui touristiques – une zone Med en somme -, dont les travailleurs se contenteraient d'un faible pouvoir d'achat. »


La seconde option est moins radicale, moins efficace.

Après avoir placé Mutti Merkel devant ce choix (abandon de l'euro ou sortie de l'Allemagne de l'euro / révision en profondeur des conditions de gestion de l'euro), l'Allemagne accepterait une modification du pacte de stabilité dans le sens de la souplesse, de même qu'une modification importante du mandat de la BCE (instaurer l'équilibre des objectifs entre croissance et emploi / stabilité des prix), tout en donnant beaucoup de temps (10 à 15 ans) aux pays pour résorber leurs déficits.

Dans la foulée, inspirée par le nouveau paradigme, Mutti Merkel déciderait des mesures de relance en Allemagne qui jouerait ainsi « le rôle contracyclique que la plus grande des économies européennes se doit de tenir, si elle est sincèrement attachée à la perspective d'une Europe solidaire. »

Dans ces conditions, tout en restant un instrument discutable et contestable, l'euro permettrait d'éviter le pire dans l'immédiat.



En conclusion, les auteurs nous assurent que faute d'un tel aggiornamento les niveaux de vie des Européens seraient sacrifiés au profit de la seule Allemagne.



Alexandre Anizy

 

La Grande Purge selon Philippe Dessertine

Publié le par Alexandre Anizy

Le professeur Philippe Dessertine, qui ne parle pas l'econo-globish, ce qui est déjà une qualité, exprime souvent son analyse avec sincérité, c'est à dire sans fioriture (sans tabou, dirait un causeur …). S'il faut le ranger dans le camp des hystériques des déficits, auquel nous nous opposons bien évidemment, son dernier article paru dans le Figaro du 22 février a le mérite d'exposer clairement une analyse économique de la situation.


« L'affaire de la Grèce donne raison à cette assertion [« en fait, rien n'a changé »], au-delà de toute espérance. » : avant 2007, une politique monétaire visant à préserver le principe d'une croissance « sacrée autant que mortifère » ; après septembre 2008, un sauvetage sans contrepartie du système bancaire par l'ouverture des robinets financiers des États.

« A une différence près, infime : cette fois, les débiteurs insolvables ne sont plus les acteurs privés, mais les États, tous autant qu'ils sont, chargés de leurs propres déficits et, léger détail sans importance, de toutes les dettes pourries du système financier. »

[Le point fondamental qui nous oppose à Philippe Dessertine est le suivant : en vertu de quels principes, de quelles règles, peut-il affirmer que les États sont des « débiteurs insolvables » ?]

Pour mémoire : (re)lire notre note « l'hystérie des déficits » http://www.alexandreanizy.com/article-l-hysterie-des-deficits-44697700.html

Présentons ici un calcul approximatif et imparfait, mais édifiant, de Thomas Piketty. Entre septembre et décembre 2008, la FED et la BCE ont créé près de 2.000 milliards d'euros d'argent nouveau, qu'elles ont prêté aux banques à un taux d'environ 1 % pour des durées de 3 à 6 mois qu'elles ont renouvelées en gros toute l'année 2009. Estimons qu'avec ces 2.000 milliards, les banques ont prêté quant à elles à des taux de l'ordre de 5 %, ou bien qu'elles ont remboursé des dettes ayant un taux du même ordre : « la marge réalisée serait alors de 80 milliards (4 % de 2.000), soit l'équivalent de 80 % des profits réalisés par les banques. »


La spirale infernale va reprendre, nous dit Philippe Dessertine, mais cette fois-ci la prochaine « embardée sera irrécupérable ». Pourquoi ? Parce que le modèle économique de l'Occident a « quelque chose de pourri » : consommation effrénée, primes à la casse pour sauver le secteur automobile, grands équipements financés par de nouvelles largesses publiques …

Goldman Sachs, « la plus belle des banques d'affaires est à nouveau aux premières loges pour se délecter du naufrage », comme dans le cas de la Grèce : début 2000, la banque américaine offrait au gouvernement grec des produits de camouflage pour leur dette souveraine ; en 2010, elle refinance cette dette au prix fort, et en même temps elle spécule sur le risque de défaut de paiement de la Grèce …

A ce propos, qu'est-ce qui a mis en branle la crise grecque ? Selon Thomas Piketty, ce serait l'annonce par la BCE de l'euro imperator Jean-Claude Trichet qu'elle continue à s'appuyer sur les agences de notation pour acheter des titres publics, alors que rien ne l'y oblige dans ses statuts !

On a bien en effet les mêmes acteurs, les mêmes bêtises dogmatiques, la même cupidité.


« La moralisation du capitalisme, la lutte contre les bonus et autres fariboles ne remplaceront jamais la vraie réforme de fond, celle de la consommation des pays les plus riches, vivant bien au-dessus de leurs moyens. La vérité est qu'il faudra bien se résoudre un jour ou l'autre à la douloureuse destruction massive de dettes (…). Pas un désendettement homéopathique (…), un vrai, un lourd, signifiant une terrible contraction de toutes les finances publiques, de la consommation, des retraites, des allocations, des salaires ; liste non exhaustives. »

Bref, pour Philippe Dessertine, il faudra passer au guichet pour payer l'addition ; plus on attendra, plus la saignée nécessaire sera douloureuse. Au jour d'aujourd'hui, il ne serait déjà plus possible d'épargner les plus faibles (individus et peuples) dans le prochain cataclysme.



Alexandre Anizy


N.B. : Pour nous, une autre sortie de crise est possible, loin de l'orthodoxie économique de Philippe Dessertine comme de la recommandation monétaire du néo keynésienn Olivier Blanchard (toujours en retard d'une crise ou d'une mesure appropriée … voir notre note http://www.alexandreanizy.com/article-un-econo-globish-dans-sa-misere-olivier-blanchard-45230349.html ) déjà mise en œuvre à son insu aux États-Unis :

« (…) depuis un an, la FED a imprimé 300 milliards de dollars pour acquérir des bons du Trésor, sans demander leur avis aux marchés. L'Europe devra elle aussi accepter qu'une inflation à 4 % ou 5 % est la moins mauvaise façon de se débarrasser de la dette. Faute de quoi les citoyens européens devront une fois de plus régler la note. » (Thomas Piketty, déjà cité)

Euthanasier le rentier, comme disait Keynes, mais aussi changer d'autres règles économiques : c'est un plus vaste chantier.

 

Un econo-globish dans sa misère : Olivier Blanchard

Publié le par Alexandre Anizy

Olivier Blanchard, économiste en chef du FMI et à ce titre un des papes de l'econo-globish (car ils ont la foi dans leur science, ces doctrinaires sentencieux), n'avait pas vu venir la crise en 2007, et en mai 2008 il n'en avait toujours pas compris la gravité : (re)lire notre note du 21 janvier 2009 http://www.alexandreanizy.com/article-27005227.html ).

Aujourd'hui, bien installé dans son fauteuil, formé par des années d'études statistiques et de modèlisation, il est enfin apte à donner les réponses appropriées préconisées par l'orthodoxie néokeynésienne.


C'est ainsi que dans une note interne il demande aux gouvernements d'élever leurs objectifs de réduction de dette publique, i.e. de durcir les plans d'austérité en préparation.

Mais Olivier Blanchard est un sujet instruit et malin : il assortit sa recommandation de type néolibéral d'une timide proposition d'inspiration keynésienne, à savoir le doublement de l'objectif d'inflation (pour la BCE, ce serait passer de 2 à 4 %).


Que voulez-vous, ce monsieur ne veut pas apparaître comme l'inspirateur des plans de misère en gestation. Cette deuxième proposition montre aussi qu'Olivier Blanchard, économiste en chef lucide, ne croit pas pouvoir résoudre le problème de la dette par une pure orthodoxie financière.


Ne désespérons pas ! Quand la crise sera finie et qu'il ne sera plus aux commandes de l'institution internationale, Olivier Blanchard conviendra peut-être que notre politique économique préconisée aurait pu faire gagner du temps : lire notre note du 26 novembre 2009

http://www.alexandreanizy.com/article-pour-l-inflation-et-l-hyperimpot-40061722.html ).


Pour finir, une devinette : d'après vous, de cette double demande iconoclaste pour le milieu de l'econo-globish, qu'a retenu l'euro imperator Jean-Claude Trichet ? Assainir les finances publiques pour que la zone euro respecte le pacte de stabilité et de croissance, évidemment.



Alexandre Anizy

 

L'hystérie des déficits

Publié le par Alexandre Anizy

Dans sa dernière chronique, l'américain Paul Krugman (Prix Nobel d'économie) évoquait une hystérie des déficits : ceux qui affirmaient la présence d'armes de destruction massive en Irak matraquent aujourd'hui l'opinion publique d'une certitude, à savoir que « le creusement des déficits menace la relance américaine ». Pour Krugman, c'est le contraire qui est vrai : une relance massive de l'emploi garantira le retour à une croissance forte et durable qui résorbera les déficits.

Barack Obama vient d'opter pour un projet de budget 2011 de rigueur, reprenant ainsi la thèse des Républicains. Or, les Etats-Unis ont déjà connu une énorme hausse du ratio de leur dette entre 1981 et 1992, quand les Républicains dirigeaient le pays …


En 2014, les niveaux de dette prévisibles au jour d'aujourd'hui n'auront rien d'exceptionnels : aux Etats-Unis, ils égaleront le record, et celui du Royaume-Uni, à savoir 250 %, fut atteint à deux reprises. Pour ces deux pays, dans le passé, la dette a été apurée sans difficulté, notamment avec des prix stables au XIXème siècle, et avec l'aide de l'inflation dans la seconde moitié du XXème siècle.


En vérité, la dette est soutenable.

Ceux qui réduiront drastiquement les déficits avant que les dépenses du secteur privé se soient redressées, commettront une erreur : les économies basculeront probablement dans la récession, comme le Japon dans les années 1990.



Alexandre Anizy

 

Thierry Breton un autre professeur Tournesol de l'econo-globish

Publié le par Alexandre Anizy

Qui est Thierry Breton ?

Un ingénieur Supélec branché informatique, à ses débuts.

Un écrivain, qui n'a pas écrit personnellement tous ses livres, recruté par un garagiste autodidacte au réseau bien maçonné, qui s'initiera à la politique.

Un soi-disant « grand Manager » qui n'a jamais redressé durablement et globalement une entreprise (voir Thomson, France Télécom).

Un ministre de l'économie et des finances et de l'industrie sans envergure.

Au jour d'aujourd'hui, président-directeur général de la société Atos Origin : une position sociale trop étriquée pour ce vieux jeune loup.


Et c'est ainsi que réapparut Thierry Breton, l'ingénieur électricien qui se pique d'économie, dans les colonnes du quotidien vespéral. Il y apporte sa modeste contribution dans la propagande de l' econo-globish, pour faire inscrire dans la Constitution des limites supérieures à l'endettement de l'Etat.

Comme nous sommes sérieux, nous ne perdons pas notre temps (et le vôtre, chers internautes) à répondre aux arguments absurdes, déjà ressassés dans tous les médias, d'un hussard de l'oligarchie qui a besoin de formation en économie, puisqu'il écrit : « Ma conviction est faite : le véritable investissement d'avenir, c'est le désendettement. »

En économie, les mots ont un sens : en ne sachant pas, Thierry Breton voudrait embarquer la France vers d'autres maux.


Mais alors, quel est l'intérêt de l'article paru dans le Monde du 2 février ? Thierry Breton tenait absolument à nous faire part de sa découverte : la corrélation évidente entre la croissance et le déficit publique, sur la période de 1981 à 2010.

A notre avis, avec une démonstration aussi savante que la sienne, quelqu'un devrait pouvoir mettre en évidence, sur la même période, la corrélation entre l'accroissement du déficit et l'augmentation du nombre d'obèses.



C'est grave et triste à dire, mais de nos jours, l'oligarchie française apprécie les professeurs Tournesol de l' econo-globish.



Alexandre Anizy


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