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notes culturelles

L'eau de Rutger Kopland

Publié le par Alexandre Anizy

L’eau

 

Comme avec l’eau même, jouer

avec la pensée qu’on saura un jour

enfin ce que c’est.

 

Ç’a été la pluie, une rivière, une mer,

ici c’était, ici je l’ai vu

 

et je vois de l’eau et ne sais ce que c’est

 

Rutger Kopland

(La chimie de l’âme, poésie/Gallimard, mars 2025)

 

Les âmes féroces de Marie Vingtras

Publié le par Alexandre Anizy

            Marie Vingtras fut récompensée à juste titre.

 

Comme nous avions apprécié Blizzard (éditions de l’Olivier, 2021), le cadeau reçu cet été tombait à pic, puisque nous venions d’écouter Marie Vingtras sous une tente installée près de l’Aqualud (cette horreur architecturale du front de mer du Touquet). Répondant à une question, elle affirmait ne pas avoir de plan détaillé lorsque commençait son travail d’écriture. Pour Les âmes féroces (2024), elle n’avait qu’un impératif : les 4 saisons.

Nous lûmes avec plaisir son roman chorale et, nous souvenant mieux de Blizzard, la réponse laconique devenait évidente.

Pour le prochain, madame devrait quand même changer le canevas.

 

Alexandre Anizy  

 

Le nouvel Ante Tomić

Publié le par Alexandre Anizy

Après la daube livresque avalée sur le sable chaud des stations balnéaires, vous avez peut-être besoin d’un rafraîchissement pour évacuer tout ça ? Un livre léger fabriqué sérieusement ?

Notre prescription : Ante Tomić, Les enfants de Sainte Marguerite, Noir sur Blanc, 2024.  

 

Alexandre Anizy  

Un cannibale qui lit Abdellatif Laâbi

Publié le par Alexandre Anizy

Il y a un cannibale qui me lit  

 

Il y a un cannibale qui me lit

C’est un lecteur férocement intelligent

un lecteur de rêve

Il ne laisse passer aucun mot

sans en soupeser le poids de sang

Il soulève même les virgules

pour découvrir les morceaux de choix   

Il sait lui que la page vibre

d’une splendide respiration

Ah cet émoi qui rend la proie

alléchante et déjà soumise

Il attend la fatigue

qui descend sur le visage

comme un masque de sacrifice 

Il cherche la faille pour bondir

l’adjectif de trop

la répétition qui ne pardonne pas

Il y a un cannibale qui me lit

pour se nourrir

 

Abdellatif Laâbi

L’arbre à poèmes, Poésie Gallimard, 2022 

 

La haine est habillée comme des gens paisibles de Rutger Kopland

Publié le par Alexandre Anizy

   La haine est habillée

comme des gens paisibles

 

Pour Bukowski

 

III

 

La haine est habillée comme des gens paisibles,

en toges, costumes sur mesure et velours côtelé.

La haine a l’air très banale.

 

Parmi tes juges, il y a les grands réformateurs,

la classe ouvrière ne t’attend pas toi, mais

eux. Tout comme ils attendent Dieu oui.

 

Parmi tes admirateurs, il y a les braves

dormeurs payés qui trouvent qu’on peut tuer

sans problème, pas une mouche mais un peuple.

 

La haine pour les hommes est en général habillée

dans des mots d’amour pour les hommes.

 

Rutger Kopland

(La chimie de l’âme, poésie/Gallimard, mars 2025)

 

N.B. : au temps du génocide palestinien à Gaza, chacun devrait méditer sur ce sujet. A. Anizy.

 

Sacré James !

Publié le par Alexandre Anizy

 

Nous posons tout et nous ne retenons rien.

(Choix de poèmes, Unes, 2025)

 

 

Alexandre Anizy  

 

Découvrir Ante Tomić

Publié le par Alexandre Anizy

Pour ce faire, deux livres.

 

Autant commencer par le premier roman publié par Ante Tomić en 2000 : Qu’est-ce qu’un homme sans moustache ? (Noir et Blanc, 2023). Une satire drôle et grinçante, portée par un style léché.

Quelques années plus tard, l’auteur récidiva avec Miracle à la Combe aux Aspics (Noir et Blanc, 2021) : toujours aussi fort et soigné. En le lisant, on songe à Franz Bartelt.

 

Cependant, ce serait une erreur de cantonner Ante Tomić dans un genre frivole : n’a-t-il pas signé en 2017 la Déclaration sur la langue commune des Croates, Serbes, Bosniens et Monténégrins, qui s’opposait notamment à la ségrégation linguistique ? Cette guerre picrocholine a-t-elle un sens, hormis peut-être pour l’éminent Claude Hagège ?

 

En dégustant la verve romanesque d’Ante Tomić, il n’est pas interdit de réfléchir à la question balkanique. 

 

Alexandre Anizy  

 

Pourquoi j'aime la France de Leonard Cohen

Publié le par Alexandre Anizy

Pourquoi j’aime la France ?

 

Ô France, tu as donné ta langue à mes enfants, tes amants et tes champignons à ma femme. Tu as chanté mes chansons. Tu as livré mon oncle et ma tante aux nazis. J’ai connu les poitrines de cuir de la police sur la place de la Bastille. J’ai pris de l’argent aux communistes. J’ai offert mon milieu de vie aux bourgades laiteuses du Lubéron. J’ai fui devant des chiens de ferme sur une route, aux portes de Roussillon. Ma main tremble en terre de France. Je suis venu vers toi avec une philosophie souillée de la sainteté et tu m’as fait asseoir pour une interview. Ô France, où l’on m’a pris tellement au sérieux que j’ai dû revoir ma position. Ô France, chaque petit Messie te remercie pour sa solitude. Je veux être autre part, mais je suis toujours en France. Sois forte, sois nucléaire, ma France. Flirte avec chaque camp, et parle, parle, n’arrête jamais de parler de la manière de vivre sans Di-u.

 

Leonard Cohen

Le livre du désir, Points poche, 2013

 

Début d'une période selon Leonard Cohen

Publié le par Alexandre Anizy

N’est-ce pas prémonitoire ?  

 

Début d'une période

(extrait)

 

Nous sommes au début d’une période d’ahurissement, un curieux moment où les gens trouvent la lumière au sein du désespoir et le vertige au sommet de leurs espérances. C’est un moment religieux aussi et là est le danger. Les gens vont vouloir obéir à la voix de l’Autorité, et bien des constructions étranges sur la nature exacte de l’Autorité vont se faire jour dans les esprits. Une fois de plus, la famille va apparaître comme le Fondement, très honoré, très glorifié, mais ceux d’entre nous qui ont été transpercés par d’autres possibilités, ne vont faire qu’effleurer les mouvements, même si ce sont les mouvements de l’amour. L’ardent désir d’Ordre va inciter de nombreuses personnes obstinées et sans concessions à l’imposer. La tristesse du zoo va s’abattre sur la société.

(…)

 

Leonard Cohen

Le livre du désir, Points poche, 2013

 

 

On ne peut pas ne pas ajouter ce texte.

 

 

oh and one more thing

you aren’t going to like

what comes after America

 

[Ah ! et encore une chose

vous n’allez pas aimer

ce qui va venir après l’Amérique]

 

Leonard Cohen, ibidem.

 

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