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L'intrusion d'Adam Haslett

Publié le par Alexandre Anizy

 

Cet auteur américain surgit en 2002 dans le milieu littéraire anglo-saxon avec un livre de nouvelles, « vous n'êtes pas seul ici » (éditions de l'Olivier, 2005), qui obtint des prix et un succès retentissant. En 2010 sortait son roman « l'intrusion » (poche folio en 2011).

 

C'est une construction romanesque comme on l'enseigne dans les écoles d'écriture américaine, que l'auteur connaît très bien. Alors cela sent le préfabriqué … et le style ne peut en cacher la fadeur.

 

« Accompagnée de Cressida, elle quitta la tranquillité étanche de l'entrée [hum ! NdAA], passa par les portes à tambour, avant d'émerger dans Congress Street, et toutes deux se firent happer par l'air frais de la nuit, qui trimballait avec lui le vacarme et la trépidation de la voie express. » (p.197)

 

On dirait du John Grisham évolué, puisque Adam Haslett est tendance avec son trader homosexuel qui surfe sur la ligne blanche et finit blousé par un subalterne tocard sur les marchés asiatiques.

La dose écolo n'a pas été oubliée dans le shaker.

Mais il n'a pas encore mis en pratique ses cours de maquillage : dommage.

 

 

Alexandre Anizy

Philby de Robert Littell

Publié le par Alexandre Anizy

 

« Philby. Portrait de l'espion en jeune homme » (éditions BakerStreet, novembre 2011, 330 pages, 21 €) est un livre habilement construit : Robert Littell possède indéniablement ce talent.

L'absence de style (au sens djianesque – lire la note sur ce sujet) ne nuit pas à l'intérêt du lecteur.

 

 

Alexandre Anizy

 

Sous le ministère de Dubravka Ugrešić

Publié le par Alexandre Anizy

 

En 2004, Dubravka Ugrešić publiait « le ministère de la douleur » (Albin Michel, août 2008, 325 pages, 22 €), dans lequel elle rassemblait un échantillon pas forcément représentatif de la colonie yougoslave à Amsterdam. C'est un roman âpre sur les affres de la guerre et de l'exil.

 

Nous avons particulièrement apprécié son auto-dérision.

« Il a fallu que je me retrouve dans un autre pays pour remarquer que mes compatriotes s'expriment dans une sorte de semi-langage, comme s'ils avalaient la moitié des mots, qu'ils recrachaient la moitié des voyelles. Ma langue maternelle me semble alors prononcée avec effort par quelque invalide ayant des difficultés d'élocution et devant étayer sa pensée la plus simple par des gestes, des grimaces et des intonations. » (p.14)

C'est une croate lucide sur le pays éclaté :

« Les nouveaux potentats ne sauraient se contenter du pouvoir : dans leurs Etats devaient vivre des zombies, des gens sans mémoire. Le passé yougoslave était ainsi publiquement conspué (...) » (p.75)

« La Yougoslavie avait été un pays horrible. Ils mentaient tous, comme ceux d'aujourd'hui. La seule différence, c'est que d'un seul mensonge ils en ont fait cinq. » (p.102)

 

La façon dont Dubravka Ugrešić dépeint le personnage de la bourgeoise zagréboise

(« Ah, Ines ! Ce babillage, cette affèterie austro-hongroise, ce soft-croatisme, cette prétendue chaleur méridionale, cette satisfaction de soi-même et de sa maison, dont les murs s'ornaient du butin marital, le butin du premier mariage. » p.240),

nous renvoya à celle de Slobodan Selenić quand il parle du serbe belgradois (lire nos notes sur cet auteur). Il est sûr que dans les Balkans l'auto-dénigrement est une valeur commune.

 

Grâce au talent et à l'ironie de Dubravka Ugrešić, vous parviendrez à passer le cap de cette douleur.

 

 

Alexandre Anizy