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En rade amère personne ne reste

Publié le par Alexandre Anizy

            A Brest, la mer est un cimetière.

 

 

            Pour son premier roman titré Rade amère (éditions du Rouergue, 2018, en livrel), Ronan Gouézec fournit une dose punk aux lecteurs saturés de polars formatés : no future en terres de Siam !

            S'il travaille en profondeur, l'auteur pourra émerger.

 

 

Alexandre Anizy  

Parler cash pour la Frèche

Publié le par Alexandre Anizy

            Mieux qu'Emilie Frèche, on ne va pas se gêner. 

 

 

            Personne ne lui ayant jamais appris que le linge sale privé sur la place publique, c'est pas joli, Emilie Frèche couche sur le papier sa mauvaise bile qu'elle maquille en littérature dans Vivre ensemble (Stock, septembre 2018, en livrel). Si au moins le style était au rendez-vous, on pourrait peut-être l'absoudre...

 

            Dès l'incipit, le décor est planté, l'exacerbation transpire :

« La première fois qu'ils se sont vus tous les quatre, le fils de Pierre n'a pas supporté un mot du fils de Déborah, ou peut-être était-ce juste un rire, une mimique, et pris d'une rage folle, il s'est mis à hurler qu'il les détestait, que de toute façon elle ne serait jamais à son goût et Léo non plus, qu'elle ne serait jamais sa mère et Léo jamais son frère, puis il a attrapé le couteau de boucher aimanté à la crédence derrière lui et, le brandissant à leur visage, il a menacé de les tuer ― cela faisait une heure à peine qu'il les connaissait. »

Cela ressemble à un staccato de Christine Angot (1).

 

            Rapidement, la réification commence : le fils de Pierre devient « une guêpe, un vulgaire petit insecte quasi inoffensif » (p.6/191), « on dirait le labrador de papy » (p.37/191). On vous épargne les propos malvenus, voire douteux comme « avec la courtoisie d'un petit paroissien de Saint-Nicolas-du-Chardonnet » (p.84/191). La mesure, la pondération, la bienveillance, c'est pas du tout Frèche, qui la joue perso, pas collectif.

« La fameuse Françoise Gaspard, elle, était la candidate PS, et devinez comment elle a nommé sa liste ?

― Vivre ensemble ?

― Dans le mille. Et le plus terrible, c'est que cette gentille dame allait dans les réunions publiques expliquer aux gens que les villes n'avaient aucun pouvoir sur les questions d'immigration, (...) Six mois plus tard, Georgina Dufoix, qui était secrétaire d'Etat "chargée de la famille, de la population et des travailleurs immigrés", lançait un vaste programme de lutte contre le racisme en coopération avec Jack Lang, dont le slogan était "Vivre ensemble avec nos différences". Oui, oui, "vivre ensemble"... Voilà le mot magique qu'ils avaient trouvé, à gauche, pour lutter contre l'extrême-droite, (...) » (p.172/191)

Cette séquence d'autofiction est intéressante :

* en plus de l'ingrédient "vivre ensemble", si vous psalmodiez le mot fête avec un nez rouge et une plume dans le cul, vous retrouvez la bouillie du spectacle politique offert par la clique du francisquain Mitterrand, que Philippe Muray a si bien raillée : alors, Emilie Frèche, si près  de toi Muray...

* nous supposons qu'ayant fait des recherches préalables pour cibler le "vivre ensemble", Emilie Frèche ne doit pas ignorer que la bourgeoise énarque Françoise Gaspard était une minorité cachée en 1983 (elle fera son coming-out à la fin de 1998) : puisqu'Emilie n'est pas diplomate, serait-elle couarde ?   

 

            En fait, l'indignation sélective est aussi débectante que la propagande lénifiante.

 

 

Alexandre Anizy

 

(1) Cf. par exemple ce billet :

http://www.alexandreanizy.com/article-pour-estoquer-les-petits-de-christine-angot-68637034.html 

Dolores Redondo au sommet

Publié le par Alexandre Anizy

            Il n'est plus possible maintenant d'ignorer le talent de Dolores Redondo : elle rejoint les cadors comme Camilleri, Mankell, Rankin...

 

 

 

 

            Dans l'Espagne monarchique contemporaine, el pueblo sait que rien n'a changé : l'arrogance et l'immoralité des maîtres indignes piétinent l'ordre de la communauté. Malheureusement le foyer catalan sous la coupe d'une bourgeoisie d'affaires sécessionniste prépare insidieusement le retour des phalanges aux ordres de l'aristocratie dégénérée. C'est le fond du tableau de Tout cela je te le donnerai (Fleuve éditions, 2018, en livrel). 

            Pour l'architectonique, c'est du grand art.

 

 

Alexandre Anizy

L'oeuf des pauvres de Prévert

Publié le par Alexandre Anizy

 

Quand Jupiterito nous fait penser à Prévert...

 

 

 La grasse matinée

(extrait)

 

Il est terrible

le petit bruit de l'oeuf dur

cassé sur un comptoir d'étain

il est terrible ce bruit

quand il remue dans la mémoire

de l'homme qui a faim.

 

Jacques Prévert

(Paroles, dans la Pléiade volume 1, 1992)

 

Penser la planète avec Zéno Bianu plutôt que François Goullet de Rugy

Publié le par Alexandre Anizy

            Une méthode pour y parvenir, peut-être. En tout cas, plus sérieux que le nobliau François Goullet de Rugy et son petit commerce... 

 

 

 

Le vrai coeur de la planète

à Robin Renucci

 

Dire lire écrire

dire ensemble

pour embrasser l'invisible

collecter des étincelles

révéler le vrai coeur de la planète

 

dire lire écrire

lire ensemble

pour saluer tous les damnés

ouvrir un espace aimanté

jouer sans fin aux derniers des Mohicans

 

dire lire écrire

écrire ensemble

pour réaccorder le souffle

sortir du labyrinthe

préparer l'intelligence à venir

 

Zéno Bianu

( Infiniment proche et  Le désespoir n'existe pas, Poésie Gallimard )

Là où écrit Laurent Guillaume

Publié le par Alexandre Anizy

            La condescendance des loups old school s'ajoute à leur rapacité.   

 

 

            Il semble que Laurent Guillaume produise beaucoup de scenarii : il a donc du métier. C'est pourquoi vous ne serez pas déçus par Là où vivent les loups (Denoël, mai 2018, 302 pages, 19,90 €).

 

            Mais quand nous lisons : « Remerciements à Marguerite de Bengy et Christine Herme, pour avoir rendu ce texte meilleur. » (p.303), nous restons perplexe.  

 

 

Alexandre Anizy

 

L'école de Richard Brautigan

Publié le par Alexandre Anizy

            A bien y réfléchir, il y a un poème de Brautigan pour chaque moment de l'existence.

 

 

Les mémoires de Jesse James     

 

Je me souviens de ces milliers d'heures

passées à l'école les yeux rivés à l'horloge,

j'attendais la récré, la cantine ou

le moment de rentrer à la maison.

            J'attendais : n'importe quoi sauf l'école.

Mes instits auraient facilement pu chevaucher

avec Jesse James

            vu tout le temps qu'ils m'ont volé.

  

 

Richard Brautigan

(C'est tout ce que j'ai à déclarer, Le Castor astral, édition bilingue, novembre 2016)