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Piglia a raté sa cible

Publié le par Alexandre Anizy

 

Quelle déception ! Ricardo Piglia nous avait agréablement surpris avec Argent brûlé, mais nous faillîmes abandonner Cible nocturne (Gallimard, décembre 2012, 303 pages, 22 €) à moult reprises. Pourquoi ?

Il est difficile de répondre en quelques lignes, parce que l'architectonique est d'aplomb et le style digne des meilleurs. Seulement voilà, il nous semble que Piglia s'est embarqué dans un projet de polar borgésien – c'est d'ailleurs probablement la réminiscence de lectures anciennes qui nous retînt -, dans lequel nous ne sommes pas vraiment entrés.

 

Nota bene : dans le contexte politique français actuel (où d'aucuns parlent d' union nationale), comme dans toutes les situations de conflits en général, il est bon de ne pas oublier que

« Les gens qui parlent de conciliation et de dialogue sont toujours ceux qui tiennent la queue de la poêle et font leur petite cuisine. Telle est la vérité. » (p.278)

 

 

 

Alexandre Anizy

 

(Nos livrels sont en exclusivité sur Amazon)

 

 

 

La servante et le catcheur d' Horacio Castellanos Moya

Publié le par Alexandre Anizy

 

« Si tu vas à San Salvador,

Va voir la femme

Qui sait lire dans les yeux du sort... »

Bernard Lavilliers chantait un lieu paradisiaque... tandis qu' Horacio Castellanos Moya raconte dans son dernier roman (La servante et le catcheur, éditions Métailié, 2013, disponible en livrel) une ville où les hommes crèvent de trouille dès qu'ils mettent le nez dehors : le Salvador des escadrons de la mort n'était pas une villégiature.

 

Dans ce polar noir, personne n'est innocent : la servante qui fut violée par un fils du maître qu'elle respecte ne le dénoncera pas, sa fille "de père inconnu" se fera aussi engrosser et élèvera seule son fils en travaillant dur pour lui offrir l'université et espérer un logis décent, mais finira canarder par son rejeton dans un attentat... Le personnage central incarne la putréfaction d'un pays sous une dictature militaire : un catcheur célèbre devenu flic tortionnaire, qui crache ses boyaux tout au long de sa dernière opération avant de prendre des bastos...

 

Dans son article paru dans le Monde (janvier 2013), si Virginie Despentes dépeint correctement l'ambiance : « Tous les personnages avancent avec un sac opaque sur la tête et, quelles que soient leurs fonctions, mentent et vivent dans la terreur qu'on apprenne ce qu'ils cachent. », elle s'égare quand elle affirme que la servante est « l'alter ego » du catcheur, car si personne n'est innocent, les gens ne sont pas indifférenciés pour autant.

 

Pour nous tenir dans ce monde carcéral durant le temps de l'enlèvement, Horacio Castellanos Moya a fortement privilégié la forme dialoguée, ce qui confère au texte une puissance émotionnelle. Mais, au bout du compte, il en diminue la portée, puisqu'il donne à voir « une réalité absurde et brutale, où toute idée de politique est remplacée par la notion d'ultra-violence » (V. Despentes, idem), ce qui nous dérange.

 

 

Alexandre Anizy

 

(Nos livrels sont en exclusivité sur Amazon)

 

 

 

L'abandon de la Sécurité nationale

Publié le par Alexandre Anizy

 

François Heisbourg, coauteur du Livre blanc 2013 de la Défense, le dit clairement : « L'européanisation de notre défense est un objectif »,

parce que la réelle nouveauté,

« c'est le pivot américain. Les États-Unis interviennent désormais en deuxième rideau en Europe et en Méditerranée. On l'a vu récemment en Libye et au Mali (...) ». (in Libération du 30 avril 2013)

 

Autrement dit, les États-Unis sous-traitent la fonction de police régionale, dans le cadre de l'OTAN de préférence, puisqu'ils situent l'enjeu central dans la zone Asie-PAcifique (¹). Mais rien ne peut se faire sans eux, puisque la France a perdu son « autonomie stratégique (capacité de ravitaillement en vol, transport stratégique, renseignement). [La France] ne peut plus mener d'opérations que les États-Unis n'approuveraient pas. » (Vincent Desportes, ancien directeur de l’École de Guerre, in Libération du 29 avril 2013)

 

Acceptant ce rôle de second couteau, les experts en tirent les conséquences pour formater les Armées en fonction d'une restriction budgétaire envisagée de 2 % par an : diminution de 50 avions de combat, baisse de 25 % des bateaux de surface, réduction de 24.000 hommes. Ces choix seront faits parce qu'on refuse de repenser la dissuasion nucléaire, et parce que la question de la modernisation de cette force ne se posera que pour la loi de programmation 2020-2025... De toute évidence, l'ardente obligation de prévoir et d'anticiper n'était pas à l'ordre du jour des réunions des experts, et l'approche comptable prévalait (²).

 

Disons-le franchement : ce Livre blanc 2013 n'est pas à la hauteur des véritables enjeux. Pire : il ignore l'état pitoyable de l'armée.

« Mais regardez les équipements avec lesquels on s'est battu au Mali : près de 90 % d'entre eux étaient utilisés en 1991 dans l'opération Daguet [1ère guerre du Golfe], et ils avaient déjà 20 ans ! » (Vincent Desportes, idem)

Parce que la question de la force nucléaire est tabou, comme le dit le général Desportes, et que les politiciens ne sont plus que des comptables bornés, on ne remédiera pas aux problèmes de la vétusté et de l'obsolescence de l'équipement des armées.

De la débandade de 1940, Marc Bloch témoignait dans L'étrange défaite (poche Folio, novembre 2012) : « Beaucoup d'erreurs diverses, dont les effets s'accumulèrent, ont mené nos armées au désastre. Une grande carence, cependant, les domine toutes. Nos chefs ou ceux qui agissaient en leur nom n'ont pas su penser cette guerre. » (p.66) On dirait que l'Histoire se répète.

 

Nous avons d'ores et déjà une armée dépendante.

Avec des Livres blancs de cet acabit et des politiciens habités par des rêveries d'Europe, nous aurons une armée de figuration dans 30 ans.

 

 

Alexandre Anizy

 

(Nos livrels sont en exclusivité sur Amazon)

 

(¹) : lire Gérard Chaliand, Vers le nouvel ordre mondial, Seuil, avril 2013  

 

(²) : rions un peu des domestic spirits comme celui de Christine Kerdellant (une Hec dileuse de perles) : « Le Livre a un gros défaut : il sanctuarise le nucléaire (alors qu'on peut économiser en ce domaine comme ailleurs, en réduisant le nombre de têtes nucléaires par exemple) (…). » (Express du 15 mai 2013) Le simplisme comptable pilotant la réflexion stratégique … Pauvre France !

Nous avons déjà épinglé en août 2009 cette journaliste pro business : lire la note

http://www.alexandreanizy.com/article-35147547.html

Remarquez, on peut trouver une utilité aux chroniques de la dame Express : en les lisant, on a un condensé de la pensée unique des imbéciles qui se voient en élite.

 

 

Annexe 1

Clouons le bec à Pierre Lellouche qui a déclaré : « Ce livre blanc contribue au déclassement de la France » (in Figaro du 30 avril 2013). Quand on est un farouche atlantiste, un ami des néoconservateurs américains Paul Wolfowitz, Richard Perle, Condoleeza Rice, quand on fut le président de l'assemblée parlementaire de l'OTAN, il est indécent de parler du déclassement de la France puisqu'on y a contribué.

 

Annexe 2

Xavier Bertrand (député maire UMP), pour qui la dissuasion nucléaire est de toute évidence tabou, voit dans la future loi de programmation (issue du Livre blanc et du débat parlementaire à venir) un « désengagement du gouvernement à soutenir nos fleurons industriels (…) la survie du tissu industriel et des emplois associés n'est pas garantie. » (in Figaro du 30 avril 2013, le journal de la famille Dassault – industriel militaire notoire). Puisque ce franc mac n'est pas connu pour être un expert des questions militaires, et si on écarte une action de lobbying, pourquoi cet article amassant les idées reçues ?

 

 

 

L'abandon de la langue nationale

Publié le par Alexandre Anizy

 

De même qu'elle avait su utiliser l'ouvrier socialiste Bérégovoy pour libéraliser les marchés financiers français (juillet 84 – mars 86), la bourgeoisie (¹) use aujourd'hui d'une Geneviève Fioraso pour commencer l'abandon légal de la langue nationale dans l'enseignement avec son projet de loi. L’ Académie Française ne s'y est pas trompée le 21 mars en pointant « les dangers d'une mesure, qui se présente comme d'application technique, alors qu'en réalité elle favorise une marginalisation de notre langue ».

 

Comme l'argument technique, ou le tabou qu'il convient de lever, sont d'une portée insignifiante, le gouvernement affirme que cette mise à jour, voire mise en conformité pour certains établissements, permettra d'attirer les étudiants brésiliens, chinois, indiens, etc. Soit. Mais si ces étrangers veulent vraiment étudier en anglais, ils choisiront les pays anglophones … et par conséquent ceux qui débarqueront en France le feront pour cause de candidatures rejetées à Harvard, Stanford, and so on … ou bien en deuxième choix après d'autres destinations. Autrement dit, en ne ciblant pas la crème des étudiants étrangers, le gouvernement place d'emblée notre système d'enseignement supérieur dans la "seconde division" ! Est-ce vraiment leur ambition ?

Donnons un exemple qui montre la ringardise des politiciens comme Geneviève Fioraso : l'école de commerce de Rennes (plus chic : ESC Rennes School of business) a décidé d'ouvrir en 2009 une antenne à l'université de Rabat (Maroc) pour pallier la baisse du nombre de ses étudiants chinois, qui restent de plus en plus chez eux parce que la Chine a développé ses propres universités et autres Business Schools ! Ce que dit son directeur à Ouest France du 28 décembre 2009 : « nous avons aujourd'hui 80 % de professeurs étrangers ainsi qu'un tiers de nos élèves. Nos cours sont, eux, dispensés en anglais. » Résultat : fuite en avant au Maroc...

 

Mais pire qu'un positionnement aberrant, ce projet de loi est un véritable sabordage linguistique. En effet, quand une langue n'est plus employée pour décrire les phénomènes scientifiques, techniques, économiques, etc., elle se délite rapidement.

 

Le renoncement ne date pas d'aujourd'hui, puisqu'à Bruxelles l'anglais a supplanté l'autre langue officielle de l'Union Européenne (ils vont jusqu'à oublier de produire en français des documents officiels...). Il est vrai que nos gouvernants donnaient le la , à commencer par l'incompétente ministre Christine Lagarde qui communiquait en anglais avec ses Services de Bercy, ce qui lui valut d'être interpeler à l'Assemblée par le député Jean-Pierre Brard ; ajoutons la ministre Valérie Pécresse , qui reçut le Prix de la Carpette anglaise en novembre 2008 pour ses déclarations pro anglais à l'université. Arrêtons ici la longue liste des déserteurs. (²)

 

Comme le pense Claude Hagège, comme l'écrit Michel Guillou, « Les vrais modernes, ce ne sont pas ceux qui prônent l'anglais partout et avant tout, mais ceux qui mènent le combat de la diversité et du multilinguisme. Ils ont un train d'avance. » (in Humanité du 14 mai 2013)

 

 

 

Alexandre Anizy

 

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(¹) : La définition de Marc Bloch nous convient : « J'appelle donc bourgeois de chez nous un Français qui ne doit pas ses ressources au travail de ses mains ; dont les revenus, quelle qu'en soit l'origine, comme la très variable ampleur, lui permettent une aisance de moyens et lui procurent une sécurité, dans ce niveau, très supérieure aux hasardeuses possibilités du salaire ouvrier ; dont l'instruction, tantôt reçue dès l'enfance, si la famille est d'établissement ancien, tantôt acquise au cours d'une ascension sociale exceptionnelle, dépasse par sa richesse, sa tonalité ou ses prétentions, la norme de culture tout à fait commune ; qui enfin se sent ou se croit appartenir à une classe vouée à tenir dans la nation un rôle directeur et par mille détails, du costume, de la langue, de la bienséance, marque, plus ou moins instinctivement, son attachement à cette originalité du groupe et à ce prestige collectif. » (L'étrange défaite, poche Folio, novembre 2012, p.195)

 

(²) : le quotidien branchouillard Libération n'a pas manqué de se mettre à l'avant-garde de la soumission au village global libéral en faisant sa front page in English. L'éditorial de la pensée unique (notons que le patron normalien Demorand est resté à l'écart de ce torchon, par courage sans doute), signé Alexandra Schwartzbrod et Fabrice Rousselot, finit par cet argument idiot : « Imaginerait-on un instant empêcher Guillaume Canet de faire des films en anglais sous prétexte que cela porte atteinte à notre cinéma national ? » Non, on n'imagine pas, car Canet est totalement libre d'aller travailler en anglais aux USA, notamment pour tourner une resucée d'un film original français.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Comment couler NKM à Paris ?

Publié le par Alexandre Anizy

 

Si vous êtes, comme nous, pour une alternance politique à Paris,

si vous êtes inscrit sur la liste électorale en vigueur à Paris (ayant obtenu le fichier, le système contrôle en ligne la validité de votre inscription),

si vous êtes d'accord pour payer 3 € votre bulletin de vote électronique,

alors nous vous encourageons à entrer dans le processus électoral mis en place sur

www.primaireparis.fr

Comme c'est bien fichu, vous n'en aurez pas pour longtemps à vous inscrire et payer.

Et lorsque la fenêtre de vote s'ouvrira, nous serons informés.

 

A ce jour, il se dit dans la presse qu'il n'y aurait que 6.000 inscrits environ, et que 80 % des voix se porteraient sur un seul nom.

 

Avec cette primaire, nous avons un moyen de tuer dans l’œuf un papillon qui, à peine élu au premier rang de la Cité, s'occuperait aussitôt de son festin national ! Une certaine NKM, une héritière surnommée l'emmerdeuse par le président Chirac. (¹)

 

Pour cela, il faut tous voter Chenva Tieu.

 

Pour 3 euros seulement,

si tous les gars du Mondiapart voulaient se donner la peine,

un tir groupé de seulement 10 % des abonnés (soit 6.000 voix environ) sur un seul nom changerait la donne,

nous pourrions commencer notre plan de l'alternance politique à Paris en coulant NKM.

(Temporairement, bien sûr, car la chienlit bien née rebondit vite)

 

Soyons positifs : votons tous pour Chenva Tieu.

(un vote pour le candidat de la diversité – comme ils disent -, c'est chouette, non ?)

 

Chers amis, il n'y a pas de mal à faire du bien !

 

 

Alexandre Anizy

 

(Nos livrels sont en exclusivité sur Amazon)

 

(¹) : pour connaître tout le bien que nous pensons de la passagère de Longjumeau, lire

http://www.alexandreanizy.com/article-23751181.html

http://www.alexandreanizy.com/article-36649941.html

 

 

Les lois du hollandisme

Publié le par Alexandre Anizy

 

D'aucuns pensent que le culbuto molletiste Hollande n'a jamais pris de décisions politiques courageuses, et qu'il se contentera de gérer la France comme il manœuvrait au PS pour conserver le pouvoir : en bref, un moussaillon de pédalo sans cap qui ferait des ronds dans l'eau. Rien n'est plus faux, comme nous l'avons déjà dit, notamment dans

http://www.alexandreanizy.com/article-l-hollandisme-revolutionnaire-est-un-pari-stupide-100715653.html

 

Pour conquérir le pouvoir, le populiste Hollande avait une méthode : lire

http://www.alexandreanizy.com/article-le-populisme-incantatoire-de-hollande-117371913.html

 

Pour se maintenir au pouvoir tout en dirigeant la France vers son idéal politique, le culbuto molletiste fera voter les lois du hollandisme en appliquant sa méthode, i.e. l'inverse de son jumeau Sarkozy de Nagy Bocsa.

On a vu dans Les lois du sarkozysme que le lider minimo s'agitait pour secouer les tambours médiatiques et noyer son action dans un impressionnisme de surface. Par conséquent, le hollandisme consistera à étouffer les débats dans les méandres formatés d'un dialogue social inutile mais interminable, où la cacophonie gouvernementale et socialiste le sert plus qu'elle ne le dessert, pour aboutir à des lois et des choix qu'un sarkozyste sincère aurait été heureux de présenter, comme par exemples :

  • régression sociale pour remplir les caisses de retraite ;

  • régression sociale détricotant le Code du travail (tuer le SMIC avec des "smc" de branches ; ouverture des commerces le dimanche ; etc.) ;

  • adhésion au diktat bruxello-berlinois (privatisations ; laisser-faire la "zone commerciale transatlantique" ardemment souhaitée par les États-Unis pour doper LEUR économie ; sous couvert d'un bon sens comptable, nouvelle(s) hausse(s) de la fiscalité - TVA ou impôts, ce sera selon la faisabilité du moment) pour remplir les caisses de l’État ;

  • abandon de l'indépendance nationale en acceptant la tutelle de l'OTAN dans les opérations et en votant des budgets de défense rabougris.

Le plan de communication serait incomplet s'il n'intégrait pas le tintamarre médiatique sur des sujets sociétaux, parce qu'en principe ils ne coûtent pas grand-chose à mettre en œuvre mais permettent de ringardiser les politiciens qui s'opposent au camp du Progrès, du Mouvement, enfin toute cette rhétorique issue du XVIIIe siècle ! (Cf. Jean-Claude Michéa)

 

Dans leur volonté d'aboutir à une économie communiste de marché (¹), en quatre ans les lois du hollandisme dépasseront les lois du sarkozysme.

 

Alexandre Anizy

 

(Nos livrels sont en exclusivité sur Amazon)

 

(¹) : concernant ce concept baroque, lire les notes ci-dessous

http://www.alexandreanizy.com/article-16224090.html

et

http://www.alexandreanizy.com/article-16193103.html

 

 

 

 

 

Les lois du sarkozysme

Publié le par Alexandre Anizy

 

Sous prétexte qu'il était dans une agitation quasi perpétuelle, d'aucuns (¹) ont considéré la frénésie législative du président ubiquiste Sarkozy de Nagy Bocsa comme une ardoise sans cesse rédigée sous le coup de la nécessité du moment. A notre avis, c'était sous-estimer l'animal politique. Thomas Clay vient de le montrer dans un essai remarquable de concision titré Les lois du sarkozysme (Odile Jacob, mars 2013, 88 pages, 13,90 €), dont nous présentons ici quelques traits.

 

« Alors que l'on pouvait croire le sarkozysme brouillon et obsessionnellement rivé à l'actualité, sans idéologie, sans projet véritable, sans vision d'avenir, son décryptage montre au contraire une pensée politique parfaitement structurée qui s'est acharnée à insuffler de nouvelles valeurs à notre pays, en détricotant méthodiquement celles qui l'ont fait ce qu'il est. La mutation a été d'autant plus insidieuse qu'elle a été masquée par un impressionnisme de surface, qui égarait par son approche faussement confuse. » (p.9)

Une analyse juridique, méthodique, et rétrospective permet de lever l'écran de fumée savamment entretenu :

« Dans les codicilles de ces lois innombrables que plus personne ne parvenait à suivre, et au détour de dispositions inintelligibles, se cachaient les vraies racines idéologiques du sarkozysme. » (p.13)

Par lois sarkozystes, il faut comprendre aussi bien les lois publiées que les lois immanentes.

 

L'ambition du projet sarkozyste est d'abord la destruction méthodique des valeurs du pacte républicain, dont les grandes lois datent de Clemenceau (période 1905 – 1907) et de de Gaulle (période 1944 - 1946) : laïcité, identité nationale, sécurité, liberté, patrimoine, jeux, collectivités territoriales & service public, protection des consommateurs, travail … constitution, droit de grève, sécurité sociale, économie, fonction publique. Sur tous ces thèmes, Thomas Clay revoit le travail du kärcher sarkozyste.

Prenons un seul exemple : la laïcité. Après avoir rencontré le pape nazillon le 20 décembre 2007, le président ubiquiste déclare que « les racines de la France sont essentiellement chrétiennes », annonçant de la sorte la capitulation de la laïcité qu'il traduisit politiquement par une tentative : permettre aux instituts catholiques de délivrer des diplômes profanes, i.e. comme dans l'enseignement supérieur public, en leur octroyant au passage plus de pognon, ce qui portait atteinte à la loi du 9 décembre 1905 concernant la séparation des Églises et de l'État. Dans le même temps, le "lider minimo" martelait que l'enseignement supérieur était une priorité de son quinquennat, et qu'il voulait refonder cette loi du 9 décembre 1905 !

Voilà justement le grand truc de l'action sarkozyste :

« Toute la méthode sarkozyste est là : on clame qu'il faut revoir une loi fondamentale, ce qui provoque des résistances très fortes, et finalement on renonce alors que, dans le même temps, on s'attaque aux fondements du texte, de manière insidieuse, presque occulte – et le mal est fait. » (p.20)

Une autre illustration de la méthode ? L'identité nationale. Souvenez-vous du social-traître Eric Besson tentant de fabriquer des ridicules débats nauséabonds …

 

 

Mais que veut construire Nicolas Sarkozy de Nagy Bocsa ? Deux sources d'inspiration liées pour cet animal politique : l'individualisme et le modèle américain (²).

C'est d'ailleurs aux diplomates américains qu'il présenta sa candidature aux Présidentielles de 2007, seize mois avant le peuple français... (source : télégrammes diplomatiques dévoilés par Wikileaks, cités p.55)

Il y a des actes qui posent la nature profonde d'un homme.

Celui-ci en est un.

 

Dans sa conclusion, Thomas Clay fait référence au Vade-mecum du petit homme d’État de Pierre Gatérat (ouvrage publié en 1952) : quelques paragraphes d'une ironie mordante à savourer.

 

 

Alexandre Anizy

 

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(¹) : comme les chroniqueurs politiques, notamment ce Renaud Dély, toujours reproducteur en chef du café du commerce politiquement correct...

(²) : il se baptisait lui-même « Sarkozy l'Américain », tandis que ce même Eric Besson parlait d' « un néoconservateur américain à passeport français » (cité p.55)

 

 

Laisser béton LA Gauche et LE Socialisme comme Michéa (II)

Publié le par Alexandre Anizy

 

Point de malentendus ! Ce dont il s'agit maintenant, c'est l'abandon du concept de gauche, comme Jean-Claude Michéa (¹) le précise dans Les mystères de la gauchede l'idéal des Lumières au triomphe du capitalisme absolu - (Climats, mars 2013, 132 pages, 14 €), et puis de socialisme comme nous le préconisons, parce qu'ils sont devenus source d'une confusion préjudiciable aux forces de libération.

(cet article a pour préambule une note humoristique

http://www.alexandreanizy.com/article-marcela-iacub-est-bien-de-gauche-et-on-s-en-branle-avec-michea-i-116628933.html )

 

 

Michéa met fort justement en exergue de son essai cette citation de Confucius :

« Si les dénominations ne sont pas correctes, les discours ne sont pas conformes à la réalité, et si les discours ne sont pas conformes à la réalité, les actions entreprises n'atteignent pas leur but. » ;

comme il enchaîne d'emblée avec cet avis de Cornélius Castoriadis de 1986 :

« il y a longtemps que le clivage gauche-droite, en France comme ailleurs, ne correspond plus ni aux grands problèmes de notre temps ni à des choix politiques radicalement opposés. »

Or, quand on veut sortir du capitalisme ou plus largement transformer significativement le modèle économique et social dans lequel nous vivons, il convient de rassembler au moyen d'un signifiant maître sans équivoque des groupes d'hommes issus de catégories sociales différentes et travaillant dans divers secteurs économiques. C'est ainsi que Michéa pose la question des questions (selon nous), et il estime que le nom de gauche ne joue plus ce rôle. Ce qu'il parvient à démontrer.

 

Il rappelle tout d'abord que ni Marx, ni Engels, ni les autres figures du mouvement socialiste et anarchiste ne se sont définis comme étant de gauche. Pour eux, la droite rassemble les partis défendant les intérêts de l'aristocratie terrienne et de la hiérarchie catholique, et la gauche est l'ensemble divisé représentant les fractions de la classe moyenne (qui va de la grande bourgeoisie industrielle et libérale – acquise à Adolphe Thiers – à la petite bourgeoisie républicaine et radicale – l'atelier et la boutique. Quant au mouvement socialiste, il combattait à la fois le féodal et le capital, en maintenant « en toutes circonstances sa précieuse indépendance politique et organisationnelle » (p.19)

Michéa ne manque pas de dire que les 2 répressions de classe les plus meurtrières du XIXe à l'encontre du mouvement ouvrier ont été l’œuvre de gouvernement de gauche (Cavaignac en juin 1848, Thiers en mai 1871 contre la Commune de Paris).

 

C'est l'affaire Dreyfus et la menace d'un Coup d’État de la droite qui pousse les parlementaires socialistes (pas les syndicats) à négocier le compromis de la défense républicaine, véritable acte de naissance de la gauche moderne qu'on appellera aussi plus tard le camp du progrès :

« Sans l'existence de ce pacte d'intégration progressive du mouvement ouvrier socialiste dans la gauche bourgeoise et républicaine d' Émile Combes, de Joseph Caillaux ou de Georges Clemenceauintégration dont Jean Jaurès allait produire la légitimation philosophique la plus brillante -, il serait évidemment impossible de comprendre le sens particulier qui aura été celui du mot "gauche" tout au long du XXe siècle. » (p.21)

 

Alors aujourd'hui la question est de savoir si le ralliement de la gauche officielle au dogme mythique de l'économie de marché est un accident de l'histoire, ou bien le fruit logique d'un processus inscrit dans la matrice du compromis tactique lors de l'affaire Dreyfus. A la suite de Castoriadis (et d'autres), Michéa soutient la 2ème hypothèse.

Ce qui a permis le glissement très rapide du compromis défensif initial à la configuration politique inédite, l'opérateur philosophique majeur, c'est « la métaphysique du Progrès et du "Sens de l'Histoire" qui définissait – depuis le XVIIIe siècle – le noyau dur de toutes les conceptions bourgeoises du monde ». (p.23) Cette métaphysique est le véritable code source de la gauche originelle, inspirée quasi exclusive par les Lumières et leurs épigones : on la retrouve dans le marxisme originel (son déterminisme scientifique : le mode de production capitaliste (MPC) est une étape historique nécessaire entre le mode de production féodal et la société communiste future … ; la grande industrie est donc la seule organisation possible de la production, y compris pour l'agriculture … on sait les ravages occasionnés par son application en Russie) qui a plus à voir avec les récits des Lumières (comme le Tableau historique des progrès de l'esprit humain de Condorcet) qu'à une pensée dialectique soucieuse des faits.

« Le côté déterministe-scientifique dans la pensée de Marx fut justement la brèche par laquellle pénétra le processus d' "idéologisation", lui vivant, et d'autant plus dans l'héritage théorique laissé au mouvement ouvrier » (Guy Debord, la Société du Spectacle, thèse 84, cité p.24)

Car en fait le projet socialiste originel est une critique radicale de la modernité industrielle, i.e. cette croyance religieuse en un sens de l'histoire et au progrès matériel illimité, autrement dit le centre de gravité intellectuel du "parti du mouvement", celui de la gauche républicaine et bourgeoise.

 

Pour les socialistes originels, il y a 3 conséquences politiques majeures du code source, qui ont compliqué leur tâche d'opposants.

1. La fascination de Marx pour les vertus émancipatrices de la grande industrie (aujourd'hui, c'est Internet et les nouvelles technologies …) aboutit chez ses exégètes à l'appréciation négative des classes moyennes traditionnelles : elles sont conservatrices, voire « réactionnaires : elles cherchent à faire tourner à l'envers la roue de l'histoire » (p.26). Donc pas d'alliance politique.

2. Cette métaphysique du Progrès conduit à l'abandon progressif de l'analyse marxiste du Capital, « à commencer par l'idée principielle selon laquelle « la richesse des sociétés où règne le mode de production capitaliste s'annonce comme une immense accumulation de marchandises » » (p.28) Evidemment, les premières marchandises de la Révolution industrielle ont une utilité réelle incontestable.

[ « (…) (150 ans plus tard, un Badiou ou un Negri n'ont toujours pas dépassé ce niveau de réflexion, alors même qu'ils ont sous les yeux un monde capitaliste développé que Marx ne pouvait pas connaître). » (p.29) ]

Mais lorsque le système capitaliste produit des marchandises (biens et services), il le fait en fonction de leurs valeurs d'échange (i.e. leur capacité à accroître le capital investi) et non pas de leurs valeurs d'usage.

Or « la valeur d'échange est le condottiere de la valeur d'usage, qui finit par mener la guerre pour son propre compte » (Guy Debord, idem, thèse 46, cité p.29) … et pour surmonter la crise des débouchés, la société capitaliste deviendra une société de consommation fondée sur le crédit, l'obsolescence programmée et la propagande publicitaire.

En 2013, la sacro-sainte croissance n'est que le nom politiquement correct de l'accumulation illimitée du capital.

  1. Cette métaphysique du Progrès liquide le projet socialiste originel (les Pierre Leroux, Charles Fourier, Victor Considérant) pour « l'idéologie de la pure liberté qui égalise tout et qui écarte toute idée de mal historique » (Guy Debord, ibidem, thèse 92, cité p.32), c'est à dire la marque de fabrique de la philosophie libérale : la société sans classe (idéal socialiste originel qui a disparu de tous les programmes politiques de la gauche actuelle) disparaît dans la nuit libérale où toutes les relations tendent à devenir grises, i.e. conclues sur un marché entre des parties à l'abri du regard des autres, de l’État (voir les très discrètes transactions financières offshore de gré à gré, le contrat de travail qui "s'individualise" de plus en plus par entreprise). Or Pierre Leroux avait justement introduit le mot socialisme pour l'opposer à l'individualisme.

 

Pour le libéral Benjamin Constant, il faut garantir à chacun la possibilité « de jouir paisiblement de son indépendance privée ». Toutes formes d'appartenance ou d'identité non librement choisies sont potentiellement des formes oppressives et discriminantes. Ceci implique l'appartenance sexuelle ou l'apparence physique.

C'est ici que Marcela Iacub revient … à gauche comme dit précédemment.

http://www.alexandreanizy.com/article-marcela-iacub-est-bien-de-gauche-et-on-s-en-branle-avec-michea-i-116628933.html

Pour un libéral authentique, la patrie, la nation, n'ont pas de sens : n'est-ce pas ce que dit Guy Sorman en 1997 avec « le monde est ma tribu » ? N'est-ce pas ce que fait une des premières fortunes de France en exfiltrant son patrimoine à partir de 2006 puis en demandant la nationalité belge en 2012 ? Pour ces fondamentalistes libéraux, qui se gaussent des traditions populaires et des frontières géographiques constitutives des cultures authentiques, le marché mondial unique est la seule instance de socialisation compatible avec la liberté individuelle de l'homme abstrait sans aucun lien avec le passé : c'est bien le cosmopolitisme bourgeois que d'aucuns opposaient à l'internationalisme prolétarien avec ses fondement patriotiques et communautaires.

 

Venons-en à la conclusion pratique de Michéa :

puisque la gauche et la droite parlementaires puisent au même code source ;

puisque la gauche a clairement abandonné l'idée de sortir du capitalisme, versant économique de la philosophie libérale ;

puisque droite et gauche à tour de rôle appliquent le même programme économique (à quelques détails près) dans le cadre d'une mise en scène rodée (le simulacre d'un affrontement dans lequel il faudrait voir le suborneur DSK ou le social-traître Pascal Lamy (²) du Parti Socialiste comme les descendants des martyrs de la Commune !) ;

puisque les valeurs traditionnelles (sens des limites et des dettes symboliques, attachement à la notion de morale et de mérite individuel : en résumé, « le roc anthropologique originaire de Marcel Mauss »), qui s'opposent à l'individualisme abstrait du libéralisme moderne (par définition réfractaire aux notions de frontières, d'identités nationales), ne sont ni de droite ni de gauche et peuvent constituer le point de départ privilégié d'un nouveau projet socialiste originel ;

et si "la gauche vraiment de gauche" comprend que le capitalisme est « un fait social total, autrement dit une totalité dialectique dont tous les moments sont inséparables (qu'ils soient économiques, politiques et culturels) », et qu'elle doit par conséquent se démarquer radicalement du "libéralisme culturel mitterrandien" (qui convient simplement de corriger la répartition inégalitaire de la richesse produite mais qui contribue au « culte de la croissance illimitée, l'aliénation des consommateurs, la mobilité géographique et professionnelle incessante, la destruction méthodique des villes et des campagnes, l'abrutissement médiatique généralisé ou encore la transgression morale et culturelle permanente » (p.55)),

si on accepte cette analyse,

alors « la question pratique du signifiant maître sous lequel il conviendra de ranger le nouveau front de libération populaire (une fois qu'on aura renoncé à placer ce « bloc historique » – pour reprendre l'expression de Gramsci – sous le signe exclusif de la gauche, du progrès et de la philosophie des Lumières) devient en grande partie anecdotique. » (p.56)

 

Pour notre part, nous renonçons bien volontiers à nous situer dans la gauche. Mais contrairement à Michéa, nous ne pensons pas que la question du signifiant maître soit anecdotique : s'il veut être audible et intelligible, ce nouveau bloc historique, comment peut-il l'être s'il continue à user de concepts pervertis comme gauche et même socialisme ?

Conséquemment, nous pensons que les intellectuels responsables doivent de toute urgence forger les nouveaux concepts philosophiquement cohérents qui permettront de nommer le chemin de la transformation.

En citant Lautréamont dans son dernier paragraphe,

« les idées s'améliorent, le sens des mots y participe » (p.58),

Michéa ne dit-il pas la même chose ?

 

 

 

Alexandre Anizy

 

(Nos livrels sont en exclusivité sur Amazon)

 

(¹) : nous avons écrit en 2011

(voir http://www.alexandreanizy.com/article-impasse-michea-85708337.html )

que Michéa était dans une impasse intellectuelle ; avec ce livre, dans lequel il affine encore son analyse, il semble aussi avoir fait le premier pas libérateur : renoncer à l'usage de concepts abâtardis ; pour les pas suivants, i.e. s'atteler à la création des outils de la Transformation, nous pensons déjà que « la société de décence » n'est pas un signifiant maître.

 

(²) : ce Pascal Lamy, dont nous soulignons à chaque fois l'imposture cynique (voir les notes sur www.alexandreanizy.com ), qui avouait à l'historien américain Rawi Abdelal que « lorsqu'il s'agit de libéraliser, il n'y a plus de droite en France ; la gauche devait le faire parce que la droite ne l'aurait jamais fait » (cité p.48)

 

Lire Mammouth d' Antonio Pennacchi

Publié le par Alexandre Anizy

 

A ceux qui se posent la question de la disparition de la classe ouvrière, nous recommandons Mammouth d' Antonio Pennacchi (Liana Levi, traduction de Nathalie Bauer, disponible en livrel à 13,99 € - trop cher !), pour dégrossir le sujet.

 

En effet, ce livre raconte une époque, et plus particulièrement la vie dans l'usine : les hommes, les machines, leurs rapports ; la lutte syndicale, les rapports sociaux ; les mouvements sociaux en Italie. Tout cela dans une usine, quelques personnages, en peu de jours. Le pari littéraire est audacieux, mais le résultat est un roman de bonne facture.

 

Pour ceux qui ne savent rien de la difficulté de représenter le personnel (comme délégué syndical ou d'entreprise), il faut lire Mammouth et découvrir le poids des responsabilités qui pèsent sur Benassa, le leader syndical de l'usine de câbles Supercavi, notamment au moment de la prise d'assaut pacifique de la centrale nucléaire, et puis l'usure du temps qui passe avec ses changements d'organisation, la fin des illusions, mais encore la sincérité de l'engagement et le refus de la professionnalisation...

 

Avec Mammouth, la littérature prend du sens parce que c'est une leçon de vie.

 

 

Alexandre Anizy

 

(Nos livrels sont en exclusivité sur Amazon)