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Viande à brûler. Journal d'un chômeur de César Fauxbras

Publié le par Alexandre Anizy

 

Un éditeur au fait de la misère sociale en développement accéléré a eu la bonne idée d'aller fouiner du côté des années trente pour y repêcher un auteur oublié, César Fauxbras, qui était en ballotage au Goncourt de 1935 avec son roman Viande à brûler. Journal d'un chômeur (éditions Allia, mars 2014, livrel à 4,49 € ).

 

Dans ce livre, l'auteur raconte sans fioritures la chute sociale d'un jeune fondé de pouvoir, qu'il fait vivre auprès d'autres chômeurs nécessiteux. L'histoire est bien rythmée, le style en adéquation avec le milieu qu'il dépeint. Par exemple :

« Sans cesser de maugréer, il remplit une formule que je portai au commissariat, pour légalisation. De là, je me rendis au Service du Chômage, qui fonctionne dans une annexe de la mairie. C'est une espèce de hangar, coupé par une cloison longitudinale afin que les serviettes et les torchons, je veux dire les bureaucrates et les chômeurs, ne se mélangent pas. (...) J'appris ainsi qu'un chômeur ne mérite pas plus d'égards qu'un apache. » ( p.4 et 6 )

Si le traitement social du chômage (une expression horrible des technocrates qui gouvernent) a changé depuis les années 30, la dèche est redevenue une situation permanente pour un bon nombre de (non)travailleurs. Tina serait plutôt Tini.

 

César Fauxbras montre les difficultés ordinaires et les affres des déclassés. Il faut croire qu'au fond, rien ici, non, rien n'a changé.

 

 

Alexandre Anizy

 

 

 

Milan Kundera est un garnement

Publié le par Alexandre Anizy

            On sait que Milan Kundera a soigneusement contrôlé l'édition de son œuvre dans la collection de la Pléiade (Gallimard, en 2011), parachevant ainsi son travail d'écrivain. Et voilà qu'il sort de son chapeau une nouvelle fugue romanesque titrée La fête de l'insignifiance (Gallimard, mars 2014, 142 pages, 15,90 €). Que faut-il en penser ?

 

            D'une part, nous y voyons comme un pied-de-nez à son éditeur français (1) et au milieu littéraire qui l'avait déjà enterré : Milan est resté un garnement qui rit sous cape de son audace relative. Au soir de sa vie, Kundera veut montrer qu'il fut et qu'il demeure à jamais un homme libre.

 

            D'autre part, cet opus inespéré n'est pas sans importance, puisqu'on y trouve à la fin cette approche philosophique :

« L'insignifiance, mon ami, c'est l'essence de l'existence. Elle est avec nous partout et toujours. (...) il faut l'aimer, l'insignifiance, il faut apprendre à l'aimer. (...) Respirez, D'Ardelo, mon ami, respirez cette insignifiance qui nous entoure, elle est la clé de la sagesse, elle est la clé de la bonne humeur... » (p.139)

Parce que le monde ne serait qu'un chaos, qu'il serait stupide de prendre au sérieux.

            Pour autant, l'homme libre doit-il accepter la représentation du monde imposée à tous par la volonté agglomérée de seulement 1 % de la population ? Pour autant, faut-il excuser l'attitude des collabos de 1942, ou bien celle des mouchard de la Guépéou ?

 

 

            Finalement, dans notre monde paradoxal, il n'est pas étonnant que le vieux monsieur grognon que nous avons salué un matin d'été au Touquet soit l'auteur de cette juvénile plaisanterie, qui n'est pas une sottie.

 

 

Alexandre Anizy

 

 

 

(1) Il semble que Gallimard ait modérément apprécié puisque, ayant inscrit La fête de l'insignifiance dans la bibliographie de ce livre, il a commis une erreur (volontaire ?) lorsqu'il précisa que « Tous ces livres sont publiés en deux tomes dans la Bibliothèque de la pléiade, avec préface et biographies des oeuvres par François Ricard ».

 

De l'ignorance de Milan Kundera

Publié le par Alexandre Anizy

            Après  La lenteur, dont nous avons dit le bien que nous en pensions (1), Milan Kundera a composé deux autres fugues (2) : si nous restons dubitatif sur L'identité ( peut-on affirmer qu'une œuvre soit réussie si l'intention n'apparaît pas évidente dès la première lecture ? ), nous ne faisons aucune réserve sur L'ignorance.

 

            Dans le troisième volet de ce qui était appelée la trilogie française (3), Kundera aborde le thème du retour au pays natal, ou plus précisément de la difficulté de ce retour. Il montre des moments psychologiques qui aboutiront à l'évidence d'une impossibilité de revenir, en tout cas pour Josef.

 

            Prenons un de ces moments psychologiques : Irena retrouve à Prague ses anciennes amies.

« En Bohême, on ne boit pas de bon vin et on n'a pas l'habitude de garder d'anciens millésimes. Elle a acheté ce vieux vin de Bordeaux avec d'autant plus de plaisir : pour surprendre ses invitées, pour leur faire fête, pour regagner leur amitié.

Elle a failli tout gâcher. Gênées, ses amies observent les bouteilles jusqu'à ce que l'une d'elles, pleine d'assurance et fière de sa simplicité, proclame sa préférence pour la bière. Ragaillardies par ce franc-parler, les autres acquiescent et la fervente de bière appelle le garçon.

Irena se reproche d'avoir commis une faute avec sa caisse de bordeaux ; d'avoir bêtement mis en lumière tout ce qui les sépare : sa longue absence du pays, ses habitudes d'étrangère, son aisance. » (Pléiade, tome II, page 477)

Et d'autres subtilités sont révélées durant cette rencontre condensée dans un court passage.

 

            Du point de vue formel, i.e. la fugue romanesque, L'ignorance est un chef d'œuvre.

 

 

Alexandre Anizy

 

 

(1)   http://www.alexandreanizy.com/article-21222716.html

 

(2) Kundera considère que ses romans écrits en tchèque ont l'architectonique d'une sonate, tandis que ceux en français ont celle d'une fugue. Dans l'édition La Pléiade, que l'écrivain a minutieusement contrôlée, on renvoie le lecteur à une analyse musicologique de L'ignorance par Massimo Rizzante ( « L'Art de la fugue romanesque », L'Atelier du roman, n°33, mars 2003).

 

(3) Ceci n'est pas anodin : jusqu'en février 2011, Kundera interdisait la traduction des 3 textes ( L'ignorance fut publié en 2003 ) dans sa langue natale.

 

 

Le franc mac Valls larguera Hollande en 2016 si...

Publié le par Alexandre Anizy

            Contraint de feindre l'attention au mécontentement exprimé dans les urnes, le culbuto molletiste Hollande a décidé d'en profiter pour ménager son avenir : en choisissant comme Premier Ministre le franc mac Valls pour continuer sa politique économique catastrophique pour la France, mais pas pour les Français huppés, il se donne les moyens de saper la popularité de l'impétrant (ne serait-ce que par l'usure ordinaire du pouvoir), et de le "tuer" en 2015 pour expier la prévisible débâcle socialiste aux élections régionales.

            Mais il est probable que le franc mac Valls a d'ores et déjà programmé le moment d'une démission tapageuse, à savoir peu avant le vote de 2015. Cependant, comme l'ivresse du pouvoir ne l'épargnera pas, il est possible qu'il se sente au-dessus des contingences électorales. Alors le couperet tombera.

 

            Et si Hollande ne peut pas exécuter la manœuvre sacrificielle, alors c'est Valls qui aura la main pour un largage tonitruant au début de 2016, soit le premier acte de sa campagne présidentielle.  

 

            Dans ce théâtre de marionnettes soumises à l'oligarchie, on cherchera en vain le commencement d'un intérêt pour l'avenir de la France et de son peuple.

 

 

Alexandre Anizy