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Que la guerre était jolie est un fade polar

Publié le par Alexandre Anizy

            Puisque l'auteur aime les citations, détournons-en une : "Quelle connerie ce polar !"  

 

 

 

            C'était le moment de prendre du repos, alors une brève plus promotionnelle qu'autre chose sur le dernier ouvrage de Christian Roux attira notre attention, vu le titre : Que la guerre était jolie (Rivages, janvier 2018, en livrel).

            Dire que ce polar est une connerie est aussi excessif que de donner ce titre racoleur, mais c'est comme un droit de réponse de lecteur abusé. En effet, l'histoire se déroule dans une ville moyenne à une heure de Paris, dans un quartier abandonné par ses habitants et par le maire ripou qui voudrait bien s'en mettre encore dans les poches en montant une vaste opération de rénovation immobilière. Le décor étant dressé par Roux, ils sont venus, ils sont tous là, les personnages habituels...  

            Et le style moyen vous embarquera vers le point final, si vous êtes diabolique !

  

 

 

Alexandre Anizy

22 mars 68 : naissance d'un anti-démocrate

Publié le par Alexandre Anizy

         La vieillesse du philosophe Alain fut un naufrage, la vie politique de Daniel Cohn-Bendit une imposture.

 

 

 

         Après la votation suisse contre les minarets, la crapule écolo-libérale Daniel Cohn-Bendit a récidivé dans sa hargne « anti-démocratie » lors d’un entretien au Temps le 2 décembre :

         « Je suis pour une démocratie directe « encadrée » par une Constitution qui ne permette pas de voter sur n’importe quoi. »

         Après la « démocratie représentative », Cohn-Bendit nous offre donc un nouveau concept : la « démocratie directe encadrée ». S’il dit par quoi (mais une démocratie n’est-elle pas toujours régie par une Constitution ?), nous ignorons tout du « par qui ? ».

         Mais on peut deviner en lisant la suite du propos :

« La priorité de l’élite politique suisse hostile à ce vote doit être de remobiliser la population en vue d’un nouveau référendum. (…) Capituler devant cette angoisse populaire serait une défaite pour tous les démocrates. (…) La Suisse ne doit pas se laisser ligoter par cette décision populaire jusqu’à la fin des temps. »

         Pour Cohn-Bendit, le schéma est simple : l’élite politique doit faire revoter le peuple quand celui-ci n’a pas répondu dans le bon sens, enfin, celui de l’élite, vous aviez compris … Pourquoi ?

         Peut-être parce que l’élite constitue une sorte d’avant-garde de la démocratie (avant-garde, on a déjà entendu cette bonne blague ailleurs, vous souvenez-vous ?), ou bien parce que ce sont des gens inspirés (puisqu’ils savent ce qui est bien ou mal pour le peuple), alors que les populaires réagissent en fonction de leur angoisse, de leurs instincts primaires, vous voyez le genre …

 

         Avec le « Non » irlandais, nous avions déjà eu une première coulée anti-démocratique de la crapule écolo-libérale Daniel Cohn-Bendit : voir notre note

http://www.alexandreanizy.com/article-20346686.html

         Avec la votation suisse, il récidive en enrichissant son propos : le projet politique anti-démocratique se précise.

 

 

         D’aucuns penseront que nous exagérons ou qu’un parti-pris fausse notre analyse, mais il se trouve que la philosophe Chantal Delsol, qui a selon nous de mauvaises fréquentations politiques (1), le dit aussi :

         « Ce n’est pas le vote suisse qui représente un nouveau missile contre la démocratie, mais les réactions au vote suisse. » ;

         « Autrement dit, il y a une voix extérieure et sommitale qui juge ce qu’un peuple décide, et jauge cela à une aune … Laquelle d’ailleurs ? » ;

         « Nous voyons s’avancer tout doucement la justification d’un nouveau régime : une oligarchie. Elle ne fera pas tomber les démocraties par quelque révolution démodée. Elle agira sournoisement, comme elle a déjà commencé à le faire. » (Figaro 3 décembre 2009).

 

 

         A notre avis, la crapule écolo-libérale Daniel Cohn-Bendit joue bien son rôle au sein du club anti-démocratique. 

 

 

 

Alexandre Anizy

 

 

(1) : Chantal Delsol est l’épouse du politicien Charles Millon.

 

Un quatrain de Cheng à notre oreille

Publié le par Alexandre Anizy

            Soufflons un vers au vert académicien. 

 

 

Me voici, pierre d'attente,

Où es-tu, source amie ?

Il suffit que tu viennes,

Bruisse la mélodie.

 

 

Parce que l'original s'effondre dans le final :

 

Me voici, pierre d'attente,

Où es-tu, source amie ?

Il suffit que tu viennes,

Pour que soit   mélodie.

 

François Cheng

( Enfin le royaume, Gallimard, mars 2018)

 

Un polar autour de l'assassinat de Martin Luther King

Publié le par Alexandre Anizy

            Il faut être gonflée pour bâtir un polar autour de l'assassinat de Martin Luther King à Memphis : le défi est brillamment relevé.  

 

 

            Les éditions de l'Aube viennent de publier en livrel¹ (février 2018) La route de tous les dangers de Kris Nelscott (un pseudonyme de Kristine Kathryn Rusch). D'aucuns apprécieront d'abord le style agréable ― ce qui n'empêche pas les maladresses, comme "balancer gentiment" ou la répétition de soupçon  :

« Ses seins ont bougé l'un après l'autre pendant qu'elle signait et j'ai ressenti le violent désir de les toucher.

Je me suis levé et me suis retourné vers la fenêtre chiasseuse. Ce n'est qu'une cliente, me suis-je dit en joignant les mains derrière mon dos.

"Vous savez, Smokey, a-t-elle dit, je crois que ce serait mieux si je joignais un chèque à moi. Vous ne craignez pas qu'un chèque libellé au nom de votre agence attire les soupçons ?"

Je me suis retourné. Ses cheveux se balançaient gentiment contre son visage, ses joues étaient encore un peu colorées et son corps semblait littéralement moulé par ses vêtements. Elle était belle, d'une beauté que je n'avais pas soupçonnée jusqu'alors, et qui m'attirait follement.

A cet instant, j'ai quasiment pu sentir la main de ma tante me caressant la joue, ma tante qui me disait que les garçons noirs ne devaient pas reluquer les filles blanches. » (p.101/314)

D'autres goûteront l'architectonique bigrement ficelée, parce que Kris Nelscott a du métier.       

 

            C'est pourquoi on attend les suivants.

 

 

 

Alexandre Anizy

 

 

(¹) : Nous signalons aux éditions de l'Aube que dans Adobe Digital Editions, et donc dans notre tablette, l'ouvrage se retrouve avec l'ISBN pour titre et l'auteur inconnu. Si vous pouviez faire attention pour les suivants...  

Les bastos du SAC tirées par Collombat & Davodeau

Publié le par Alexandre Anizy

            Côté mitraille, dans les années 1970 ça ne tombe pas comme à Gravelotte, mais quand même, et les assassins sauvent souvent leurs peaux.   

 

 

            Cher pays de notre enfance (Futuropolis, octobre 2015, en livrel), un mauvais titre ironique qui dessert l'ouvrage, est un enquête graphique de Benoît Collombat et Etienne Davodeau qu'on ne s'attendait pas à trouver sur un tel sujet. Pensez donc, les années de plomb de la Ve République française ! On y parle beaucoup du Service d'Action Civique (SAC), l'organisation parallèle des gaullistes. Forcément. 

            Un travail sérieux, un bon récit, et toujours le même président... euh ! dessin davodesque.

 

            Pour le coup, on se souvient des ministres Joseph Fontanet (lui, c'est un vrai résistant et combattant des FFL), Robert Boulin... Ah, Boulin ! Son meurtre, le combat sisyphique de sa fille contre une magistrature soudée.

 

http://www.alexandreanizy.com/article-affaire-boulin-mme-fabienne-boulin-burgeat-y-revient-38333634.html

   

            En ce temps-là, on voyait le parti de Valéry Giscard d'Estaing (résistant parisien de l'été 1944, puis engagé pour 8 mois de campagne, dont 28 jours de combat, le temps de récolter vite fait la croix de guerre 1939-1945... redorant ainsi le blason d'une famille pétainiste : « L'audace critique lui vint [à l'inspecteur des Finances François Bloch-Lainé] après son éviction de la présidence du Crédit Lyonnais par Valéry Giscard d'Estaing, fils de l'inspecteur des Finances synarque Edmond, et neveu du conseiller d'Etat René, titulaires respectifs des francisques n° 918 (janvier 1942) et 250 (août 1941), parrainés par Du Moulin de Labarthète (...) » (Annie Lacroix-Riz, Les élites françaises entre 1940 et 1944 - de la collaboration avec l'Allemagne à l'alliance américaine, Armand Colin, 2016, p. 392) ), recycler les politiciens penauds des IIIe et IVe Républiques, les partisans de l'Algérie française plus ou moins proche des terroristes de l'OAS, les jeunes loups du groupuscule Occident comme le délinquant Alain Madelin, enfin le gratin de la nation française de toute évidence...

 

            On vit une époque formidable, dessinait Reiser. Ces années-là, on flinguait du beau linge : plus classe que les Ritals, c'est ça la France !

 

 

 

Alexandre Anizy

Maos rue du Japon de Morgan Sportès

Publié le par Alexandre Anizy

            L'écrivailleur Morgan Sportès optimise ses recherches, aussi bien celle sur Pierre Overney avec son Maos que celle relative à la Japonaise (l'avouera-t-il ?).  

 

 

            Ayant fréquenté ardemment un de ces jobards maos (l'éditeur), par obligation professionnelle au moins, Morgan Sportès a tenu à faire fructifier ses travaux de recherche sur L'organisation (la Gauche Prolétarienne des clowns Benny Lévy etc.) : or l'accumulation littéraire, comme la capitaliste, a ses effets néfastes, notamment celui de la répétition qui engendre l'ennui. Pour y pallier, MS invente des situations grotesques dans un scénario improbable... ce qui déconsidère pour le coup l'ensemble du travail !

            On oubliera vite Maos, ce roman catastrophique, même si on a apprécié quelques portraits au vitriol, comme celui de l'éditeur :

            « Quoique ancien normalien, il lui avait fallu pas moins de dix ans, dix ans de pénitence après... après tout ça... pour accepter de commencer à lire les Mémoires d'outre-tombe du romanticoréac Chateaubriand. Sartre n'avait-il pas pissé sur sa tombe ? Pouvait-on lire un bonhomme sur le cadavre duquel Sartre avait pissé ? La pisse sacrale de Sartre n'était-elle pas un irrévocable non licet ? Il avait toute son oeuvre, à Sartre, entassée en désordre dans une pièce de leur nouvel appartement, en attente d'étagères, avec bien d'autres livres : Marx, Lénine, Staline, Lin Piao, Georges Bataille, Jean Genet, Althusser, Lacan, Robbe-Grillet, Foucault, Barthes, tous ses documents de l'époque, tracts, journaux, et quelques autres babioles modestes qu'il avait traînées de piaule en piaule pendant des années de débine, avant qu'il se range des voitures, qu'il accepte enfin de vivre ! » (p.16/257) ;

ou d'autres :

            « ― Et Jeannot, s'exclama Babeuf, se cognant à son tour aux accoudoirs de son coquetier ( «Aïe !»), Jeannot à qui on a fait il y a cinq ans des obsèques nationales dignes de celles de Victor Hugo, avec un cortège de deux cent mille badauds progressistes, dont tout le gratin politique et artistique de gauche, qu'est-ce que c'était Jeannot au fond, une brute bornée stalinisée, un cogneur pavlovisé : et on l'a enterré au Père-Lachaise à côté de Wilde...

― Et de Jim Morrison, dit scandalisée, une journaliste de Femmes de notre temps, Annette, la rousse, spécialiste de la rubrique showbiz. » (p.76/257)

 

            L'aphorisme que MS place en exergue d'un chapitre vaut toujours son pesant d'or :

            « A notre époque les hommes sont divisés en deux groupes, les héros c'est-à-dire les imbéciles, et les salauds c'est-à-dire les personnes intelligentes. » M. Gorki, les Petits-Bourgeois, 1902 (cité page 36/257)

 

 

 

            Ne voulant pas estimer Morgan Sportès sur ce roman désastreux, nous choisîmes Rue du Japon, dans lequel il raconte une amourette érotico-contractuelle (éditions du Seuil, janvier 1999, disponible en livrel) : s'instaure une crudité du sexe dans des scènes sophistiquées. Pour gommer une inconsistance originelle ? En tout cas, l'écrivailleur Sportès a une belle plume :

            « Allongé sur mon canapé 1925 en velours râpé et patiné par les ans, les pieds posés sur un accoudoir, je continuais de feuilleter mon livre d'estampes ; (...) Parmi toutes les images de mon livre, il y en avait une sur laquelle je revenais régulièrement, de Hashiguchi Goyo : une jeune femme mince et nue, accroupie au sol, mais de façon que sa cuisse gauche cachait son ventre et sa toison (seul un sein menu était visible) et penchée, l'air absent, sur une bassine de bois où, de ses deux mains, elle tordait une sorte de mouchoir mouillé blanc et bleu dont on pouvait supposer, mais la chose n'était que suggérée, qu'elle venait de s'éponger le sexe - les draps défaits d'un lit traditionnels japonais, qu'on apercevait en arrière-plan, laissant entendre qu'elle y avait fait l'amour. » (p.30-31) ;

 et puis :

            « Moins d'un an plus tard, nous étions revenus sur nos pas, piétinant les ombres mauves des marronniers du Luxembourg. En entrant dans le jardin, par la rue Guynemer, elle avait vu, accrochée au portail, une pancarte arborant le dessin stylisé d'un chien, barré d'un trait rouge :

― C'est interdit aux Potis, avait-elle dit. Il faut me mettre en laisse. » (p.335)

Terminus sera le point d'achèvement.

 

 

Alexandre Anizy