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Les archaïques des Banques Centrales, II

Publié le par Alexandre Anizy

(Lire notre note du 21 novembre 2007 « Les archaïques des Banques Centrales, I »)

 
« Le modèle le plus répandu d’organisation des institutions monétaires est une banque centrale détachée du pouvoir politique, libre de ses décisions, et s’occupant essentiellement ou uniquement de stabiliser l’inflation à un niveau faible (2 % en ce qui concerne la BCE et la Banque d’Angleterre). » (Patrick ARTUS, « les incendiaires. Les banques centrales dépassées par la globalisation », édition Perrin août 2007, p.27)

Ceci est aussi valable pour le Japon, les pays émergents, le monde anglo-saxon en général. Le cas de la Réserve Fédérale américaine (FED) se présente différemment.

 
Que signifie « indépendance » pour ces BC ?
Sans concertation avec les élus du peuple ni avec les administrations étatiques, elles décident de la politique monétaire (objectif d’une inflation inférieure à 2 %) qu’elles orientent par exemple en fixant le taux d’intérêt à court terme. Elles n’ont pas de compte à rendre.
Cette liberté d’action, une véritable carte blanche,  paraît insensée dans des pays démocratiques. Comment en est-on arrivé là ?

 
Entre 1970 et 1981, le prix du pétrole est multiplié par 14. (lire nos notes économiques « la question du pétrole »)

En France, nous résumons ainsi cette période : un taux de profit qui baisse de 33,3 %, des finances publiques excédentaires qui plongent à 3 % de PIB de déficit, un taux de chômage qui passe de 3 % à 8 %. L’inflation oscille entre 10 et 15 % et les coûts de production augmentent de 10 à 18 % par an.

Pour revenir à un taux d’inflation de 3 %, il faudra payer (la fameuse « pause » du social traître DELORS, la « parenthèse » du social traître JOSPIN, la taupe austère qui se marre en grugeant ses électeurs) un coût économique et social considérable : le taux d’intérêt réel (i.e. taux nominal – taux d’inflation) varie entre 6 et 7 % dans les années 80, le taux de chômage est à 10 %.
Les experts parlaient de « désinflation compétitive » : c’est un concept plus chic, plus positif, que « plan d’austérité ».

 
Quel est le raisonnement sous-jacent à la politique des banques centrales ? Si les acteurs privés (entreprises, ménages) pensent que la BC va laisser filer l’inflation dans le futur, ils feront des choix économiques fondés sur cette anticipation d’inflation.

Donc, lutter efficacement contre l’inflation nécessite à la fois un combat contre l’inflation et contre les anticipations d’inflation : seule une politique économique restrictive comme celle menée en France par la droite et la gauche entre 1982 et 1988 permet de rendre crédible la lutte contre l’inflation. C’est pour renforcer cette crédibilité que les banques centrales ne sont responsables que du contrôle de l’inflation, car dans le cas où elles seraient aussi en charge de la stimulation de la croissance et de l’emploi, il n’est pas idiot de penser qu’elles seraient parfois enclines à céder aux sirènes politiques en acceptant un zeste d’inflation qui, couplée à une politique conjoncturelle stimulante, permet la création d’emplois. A court terme, c’est du moins ce que dit la courbe de PHILLIPS, on troquerait de l’inflation contre des emplois.

L’indépendance totale des banques centrales vis-à-vis du pouvoir politique, avec pour seul objectif le contrôle de l’inflation, évite la dérive inflationniste.

 
Si on prend le cas de la Banque Centrale Européenne (BCE), les traités fondateurs (Maastricht 1991 et Nice 2002) précisent que son objectif principal est de maintenir la stabilité des prix, sans quantifier les choses. C’est donc en toute indépendance que la BCE a fixé elle-même le taux limite d’inflation à 2 %.

 

Aux Etats-Unis, à tout moment, le Congrès peut changer les statuts de la FED : c’est pourquoi le Président de la FED prend soin d’expliquer sa politique monétaire. Le mandat de la FED (loi de 1977) énonce 3 objectifs : l’emploi maximum, des prix stables et des taux d’intérêt stables à long terme.

Mais quelle est l’interprétation du Président actuel de la FED, Ben BERNANKE ? Sa thèse est la suivante : les objectifs de stabilité des prix et d’emploi maximum sont complémentaires et non pas substituables ; il suffit donc de veiller aux prix, les taux d’intérêt à long terme étant liés à l’inflation. Pour lui, sans contradiction, les 3 peuvent se traduire par un seul objectif, la stabilité des prix, qui maintient la valeur réelle des encaisses monétaires, ce qui facilite les échanges économiques.

 

En 1994, Alan GREENSPAN, le Président de la FED, met en oeuvre la politique des « frappes préventives » : il porte de 3 à 6 % les taux d’intérêt à court terme parce qu’il y a une reprise économique, sans inflation. Cela provoque bien entendu un ralentissement de l’activité économique, mais aussi la crise dans les pays émergents d’Amérique latine qui commence par le Mexique (la « crise tequila »).

« Or, l’inflation n’est jamais réapparue aux Etats-Unis, pour différentes raisons : gains de productivité importants, baisse des prix des matières premières jusqu’en 1998, remontée du dollar à partir de 1995. Cet épisode de 1994 aux Etats-Unis constitue sans doute le premier signe que la théorie de la crédibilité – donc des frappes préventives – n’est plus aujourd’hui adaptée. » (Patrick ARTUS, idem, p.36)

 

Beaucoup de banques centrales utilisent un objectif intermédiaire de croissance monétaire, qui résulte de la théorie monétaire : si à court terme il y a arbitrage entre inflation et croissance, à long terme l’inflation est déterminée par la croissance de la quantité de monnaie. Donc, quand la monnaie de crédit progresse plus vite, c’est un indicateur avancé de l’inflation future.

Dans le jargon de la Banque Centrale Européenne, cela devient le « pilier monétaire » : « (…) une progression plus rapide du crédit ou de la masse monétaire la conduit à passer à une politique monétaire plus restrictive puisque cette progression plus rapide est supposée annoncer le retour de l’inflation. » (Patrick ARTUS, idem, p.37)

Aux Etats-Unis, la question de l’utilisation d’une règle monétaire fait toujours débat. John TAYLOR en a laissé une : la BC doit fixer le taux d’intérêt à court terme en fonction de l’inflation et du taux d’utilisation des capacités. Et il est vrai que la FED porte toujours son attention sur ce taux.

 

Pour la BCE, il existe un autre pilier : pas d’intervention contracyclique visant à lisser l’activité économique à court terme. Parce que l’économie européenne se caractérise par une faible flexibilité des marchés des biens et du travail, une action monétaire contracyclique provoquerait rapidement l’apparition de l’inflation.

 
Disposant de ce corpus théorique, les banques centrales ont-elles été pour autant crédibles dans un passé récent ?

« Lorsqu’une banque centrale est crédible, si elle doit accroître les taux d’intérêt à court terme parce qu’elle perçoit un risque d’inflation, les taux d’intérêt à long terme ne doivent pas bouger puisque les agents économiques privés, grâce à la crédibilité, n’anticipent pas que l’inflation puisse persister à long terme. » (Patrick ARTUS, idem, p.39)

Alors, crédibles les banques centrales ? NON.

Les taux d’intérêt à long terme en Allemagne et en France ont suivi les taux à court terme de 1980 à 1984, en 1990 et 1991, de 1992 à 2000.

 
En principe, un économiste, un scientifique, bref les individus rationnels, écartent au moins de manière provisoire une théorie que l’expérience infirme. Il semble que ce ne soit pas le cas dans le milieu des banques centrales.   

 

Alexandre Anizy

A suivre … « les archaïques des banques centrales, III »

Pour l'Université réformée et contre les Grandes Ecoles

Publié le par Alexandre Anizy

On dit que la loi sur l’autonomie des universités, qui ne serait que la première pierre d’un nouvel édifice selon Valérie PéCRESSE, doit beaucoup à Bernard BELLOC, ancien Président de l’université Toulouse I devenu conseiller du Prince. Il doit sa notoriété actuelle en partie pour son étude sur le système américain, notamment californien.

 
Quelle est sa problématique ?
Il est impossible à une université d’être bonne dans tous les compartiments. « D’un côté, la massification de l’enseignement supérieur exige de très gros efforts sur les premiers cycles (…). D’autre part, l’impératif de développer à fond la recherche, (…), oblige à recruter des enseignants chercheurs qui n’ont pas le même profil que ceux capables de faire réussir les jeunes en premier cycle. »  (dans le Nouvel Obs. du 22 novembre 2007, p.52)

Pour répondre à ce défi, les Californiens ont institué un système à 3 niveaux : de bonnes facultés de 1er cycle, d’autres spécialisées dans les mastères, des universités pour la Recherche.

« Il est capital pour un pays d’être doté d’universités de recherche. C’est ce que les Allemands viennent de décider en votant des super crédits à une dizaine de leurs universités. »
« En fait, c’est l’Allemagne qui est en train de devenir pour nous un exemple européen très intéressant à tous égards. »

 
C’est bien, mais le financement de ce vaste chantier n’est pas assuré. Dans ces conditions, est-ce normal d’une part que les Grandes Ecoles continuent de siphonner une bonne partie du budget de l’enseignement supérieur ?  D’autre part, Bernard BELLOC ne dit pas grand-chose sur l’articulation Universités / Grandes Ecoles.

A notre avis, le système bicéphale actuel ne peut pas perdurer : il faut choisir entre l’Université de l’excellence (un édifice à 3 étages) et le paradis des Grandes Ecoles (où l’essentiel est d’y entrer) qui n’ont jamais été des centres de recherche « percutants » bien qu’elles ramassent une grosse part des crédits.

 
En ce qui nous concerne, nous souhaitons couper la manne publique à toutes les Grandes Ecoles : celles qui ont une véritable utilité dans le futur système d’enseignement supérieur trouveront leurs financements privés, les autres péricliteront vite.
C’est ainsi que nous pourrons répondre au besoin d’une massification de l’enseignement supérieur indispensable pour lutter dans l’économie  mondiale.

 
Alexandre Anizy

Villiers-le-bel, Robert CASTEL et la discrimination négative

Publié le par Alexandre Anizy

Pour Robert CASTEL (historien et sociologue), les jeunes des banlieues issus de l’immigration sont toujours « assignés à résidence » comme des « étrangers de l’intérieur ». Selon lui, deux ans après les émeutes, le calme actuel est trompeur. Villiers-le-bel vient de lui donner raison. 

 
Les jeunes des banlieues accumulent les contre-performances sociales, parce que la discrimination négative les frappe fort. « Etre discriminé négativement, c’est être assigné à un destin sur la base d’une caractéristique que l’on n’a pas choisie, mais que les autres vous renvoient sous la forme d’un stigmate. » (R. CASTEL, nouvel observateur 11 octobre 2007, p.46)

« On refuse une citoyenneté effective à ces jeunes (…) pourtant pour la majorité d’entre eux de nationalité française. »

« Le rêve de promotion sociale n’est pas formellement interdit aux jeunes issus de l’immigration. La France n’est pas une société de castes ou d’apartheid » Au sens strict, c’est exact.

 
Mais comment faut-il interpréter, en dernière analyse, la cabale contre le ministre Rachida DATI ?
Pour nous, la France est déjà un ensemble de communautés d’intérêts.

 
Logiquement, Robert CASTEL en arrive à ceci : « Force est de constater qu’une dynamique de séparation est en train de s’installer (…). » Pour appuyer ses dires, il affirme : « Quand on parle de jeunes de la 3ème génération, on en vient ainsi, comme le dit Etienne BALIBAR, à fabriquer une catégorie sociale juridiquement et humainement monstrueuse, qui est la condition héréditaire d’immigrant. Immigré une fois, immigré toujours, de génération en génération, quelle que soit la nationalité acquise. » [C’est nous qui surlignons]

Et d’ajouter : « Cette coagulation de discrimination raciale et de dislocation sociale fait peser sur l’ensemble de la société une menace de sécession. »

 

Il nous semble d’une part que c’est le mythe de la communauté nationale qui s’est définitivement envolé, ce qui n’est pas rien tout de même. D’autre part, les communautés d’intérêts acceptent encore de se battre économiquement et politiquement dans le cadre juridique national.
On peut s’interroger sur la durée de ce sursis, quand on mesure le discrédit de l’administration judiciaire par exemple.

 
Alexandre Anizy

En Chine, Airbus se fera dépouiller

Publié le par Alexandre Anizy

Louis GALLOIS est un patron qui a des soucis : plus le dollar américain baisse, plus ses indicateurs de gestion clignotent en rouge avec un carnet de commandes bien rempli.

Quand l’euro gagne 10 centimes par rapport au dollar, les profits d’Airbus chuteraient de 1 milliard d’euros.

Autrefois, les entreprises sainement gérées utilisaient les mesures de couverture de taux de change : Jean-François KNEPPER affirme qu’Airbus est ainsi couvert jusqu’en 2010. Et après cette date ?

Maintenant, et toutes choses égales par ailleurs, la solution classique de ce cas de gestion (se prémunir des variations de change) consiste à délocaliser la production sur les marchés abordés : on fabrique ainsi en dollar dans une zone dollar, comme la Chine par exemple, en euro dans une zone euro. La Chine présenterait aussi l’avantage de réduire les coûts salariaux, augmentant d’autant les profits.

Louis GALLOIS a donc émis dans un journal allemand cette hypothèse de travail, qui favoriserait aussi les ventes, compte tenu de la politique d’achat et d’économie générale de la Chine : les ventes viennent d’être engrangées (160 appareils) en présence du Président ubiquiste SARKOZY DE NAGY BOCSA.  

 

Il n’est pas inutile de rappeler à Messieurs Louis GALLOIS, Thomas ENDERS et consorts la mésaventure récente de Schneider Electric avec son disjoncteur C60.

Ce grand Groupe a un concurrent local, la société Chint, qui n’a pas obtenu de brevet pour son modèle de disjoncteur NB1-63 mais qui a déposé « un modèle d’utilité en 1997 », i.e. une simple formalité sans expertise.

En septembre 2007, un tribunal de Wenzhou a condamné Schneider Electric à stopper la production du C60 pour cause de contrefaçon sur un minuscule crochet logé à l’intérieur du C60, et à payer 30 millions d’euros de dommages et intérêts à la société Chint.

« C’est absurde. Le copieur nous attaque et il finit par ramasser le pactole », assène Guy DUFRAISSE (directeur de Schneider Electric pour la Chine).

Le patron fondateur de Chint, cador de la province du Zhejiang,  s’appelle Nan Cunhui : il est bien entendu membre de l’Assemblée Populaire nationale et il fréquente le forum de Davos.

Pour comprendre le système chinois, nous vous renvoyons aux nos notes économiques concernant le bluff chinois.

 
Notre pronostic : en Chine, Airbus se fera dépouiller … comme les autres !

 
Alexandre Anizy

La France gréviste ? Les vrais chiffres

Publié le par Alexandre Anizy

Avez-vous résisté au matraquage des médias, pour qui la France est le paradis des grévistes ? Difficile, n’est-ce pas, tant le chœur est à l’unisson, même dans les services publics.

Voici quelques chiffres que vous ne lirez pas souvent dans la presse, que vous n’entendrez pas beaucoup dans les entreprises audiovisuelles. Nous les devons à François DOUTRIAUX qui les a sortis dans Libération du 14 novembre 2007.

 

Le nombre de journées individuelles non travaillées pour fait de grève

4 millions en 1976 ;

3,5 millions en 1984 ;

2,1 millions en 1988 ;

900.000 en 2000 ;

1,2 millions en 2005.

Si on élimine les pics de 1982, 1995 et 2001, l’ampleur et la fréquence des mouvements sociaux diminuent, quand la population active augmente.

 
Substitution public / privé

En 1982, 2,3 millions de journées dans le privé / 200.000 dans le public ;

En 2005, 224.000 dans le privé / 1 million dans le public.

La part du public dans les mouvements sociaux est de 3 % dans les années 70, 30 % dans les années 80, 60 % à partir de 95.

Dans le secteur privé, en 2005, le nombre de journées (224.000) rapporté aux 16 millions de salariés représente 0,001 journée par salarié et par an, soit moins d’une ½ journée pour une carrière professionnelle de 40 ans !

 

Plus de grèves en France ?

« Sur la période 70-90, la France est 11ème sur les 18 pays les plus industrialisés en terme de journées non travaillées pour fait de grève. Avec 0,15 journée par salarié et par an, elle est 7,6 fois moins conflictuelle que l’Italie (1ère), 3,2 fois moins que le Royaume-Uni (7ème), 1,6 fois moins que les Etats-Unis (8ème).

Sur la période récente 90-05, la France demeure 11ème sur 18 avec une conflictualité qui s’est effondrée (0,03 journée de grève par salarié et par an) (…). »

 
Sur la période 90-05, le modèle nordique, tant encensé par la classe politique, présente une facette qu’on se garde bien de révéler : le Danemark est en tête du palmarès, la Norvège est 4ème, la Finlande 7ème.

La « flexsécurité nordique », c’est une conflictualité nettement plus importante qu’en France.

Est-ce vraiment un choix rationnel ? Est-ce vraiment un choix politique judicieux ? Nous en doutons.

Plutôt le signe d’une pensée économique et politique sclérosée.

 

Les grèves françaises sont d’envergure nationale ?

Pour la période 70-90, les conflits sociaux locaux représentaient 51,2 % des journées non travaillées pour fait de grève, contre 34,9 % pour les conflits généralisés (une profession) et contre 13,9 % pour les journées nationales.

Pour la période 90-05, les conflits locaux représentaient 85 % des grèves, contre 14 % de conflits généralisés et contre 1 % pour les journées nationales !

Où est le blocage économique (la France otage !, disent-ils) dont nous parlent le Président ubiquiste SARKOZY DE NAGY BOCSA, ses sbires et les médias qui appartiennent à ses amis ?

 

Concluons avec François DOUTRIAUX :
« Pays le plus faiblement syndicalisé de l’Union Européenne, marqué par un taux de chômage élevé et une hostilité croissante des médias à l’égard des mouvements sociaux, la France n’est pas un pays de grévistes. »

 

Alexandre Anizy

Arnaldur INDRIDASON est un géant

Publié le par Alexandre Anizy

Né en Islande en 1961, Arnaldur INDRIDASON a publié son 1er polar en 2000, « la cité des jarres », et il rencontra immédiatement le succès (20 traductions), ce qui est entièrement mérité car il joue dans la cour des grands comme MANKELL, NESBO, DAVIDSEN, pour ne citer que les Nordiques.

 
Son 2ème roman, "la femme en vert" (points poche n° 1598 janvier 2007, 348 pages), se déroule sur les hauteurs de Reykjavik, où on retrouve des ossements enterrés depuis 50 ans environ. Peu d'indices pour le commissaire Erlendur, dont la fille droguée et enceinte est dans le coma.
Il va remonter dans le temps, pour l'affaire dont le thème en toile de fond est les violences conjugales, et dans son histoire personnelle.

 
La construction est absolument remarquable : les 2 histoires du passé s’entrecroisent, le présent qui renvoie au passé du commissaire.
Pas une ligne de trop : ni misérabilisme, ni psychologie "appuyée".
Un style sobre et poignant.

 
Arnaldur INDRIDASON est à découvrir dans les meilleurs délais !

 
Alexandre Anizy

La Toile selon Jean-Louis MURAT et nos observations

Publié le par Alexandre Anizy

Dans un entretien paru dans le journal le Monde du 18 novembre 2007, Jean-Louis MURAT donne sa vision passée et présente de cet outil de travail et de commerce qu’est Internet. Bien qu’elles ne soient pas dénuées d’intérêt, ses cogitations d’ordre moral ou social ne seront pas reprises ici.

L’évolution de la pensée d’un artiste comme Jean-Louis MURAT est un retournement heureux : il nous était pénible de voir sa naïveté passée.

« Au début, je mettais environ une chanson inédite par semaine à disposition sur mon site, gratuitement. Puis j’ai arrêté. Ces titres étaient téléchargés sans un merci, sans un bonjour, et éventuellement revendus … (…). J’ai fait partie des imbéciles qui ont cru aux mirages de l’Internet, et de ce fait à la bonté naturelle de l’homme (…). »

La Toile n’est rien d’autre qu’un Minitel géant plus sophistiqué.
Les marchands y ont pris le pouvoir depuis longtemps.

La gratuité est par conséquent un leurre.

D’un strict point de vue économique, Internet est une innovation technique qui remet en cause l’organisation économique dans son ensemble, plus ou moins selon les secteurs.
Economiquement parlant, il serait aussi absurde d’être contre Internet que d’avoir été contre les moulins à vent.
Pour ceux qui s’intéressent à cette problématique, le livre « Histoire des techniques » publiée sous la direction de Bertrand GILLE (La Pléiade, 1652 p.) est une référence incontournable.

Pour l’industrie du disque, c’est une saignée, forcément, puisque « (…) chaque nuit, dans les hangars de la musique, la moitié du stock est volé. Imaginez la réaction de Renault face à des délinquants (…). »

Mais il serait absurde de croire que « l’autorisation et la possibilité de voler » persistera dans le futur : le « nouveau monde » qui se met en place aujourd’hui n’implique surtout pas la gratuité dans le futur ordre économique du capitalisme mondial.

De même, il est naïf de croire à l’anonymat des internautes.

 
Alexandre Anizy

La farce judiciaire pour CHIRAC

Publié le par Alexandre Anizy

Ainsi, après presque 9 ans d’instruction, le juge Xavière SIMEONI en arrive à la mise en examen d’un justiciable peu ordinaire, l’ancien Président de la République Jacques CHIRAC.   

Est-ce vraiment sérieux ?
Nous ne le pensons pas pour diverses raisons.

 
D’abord, CHIRAC s’appuie sur des textes qui semblent lui donner une grande latitude dans ses relations avec les chargés de mission qu’il recrutait : « Les lois DEFFERRE de décentralisation de 1982-1984 ont renforcé et conforté cette situation. (…) Il était ainsi précisé qu’ils ne rendaient compte qu’à l’autorité territoriale qui les avait « librement » désignés, laquelle décidait seule des « conditions et des modalités d’exécution du service » qui leur était demandé. » (CHIRAC, Le Monde du 22 novembre 2007, p.22)

Avec ça, il y a de quoi s’interroger sur cette mise en examen.

 
Ensuite, si on poursuit le chemin judiciaire, le dossier atterrira d’une manière ou d’une autre sur le bureau du Procureur Laurent LE MESLE, ancien collaborateur de CHIRAC à l’Elysée, nommé à ce poste sous CHIRAC. Plutôt cool, non ?

 
Enfin, si le parquet décidait de rattacher cette affaire à celle instruite par le juge PHILIBEAUX de Nanterre, là où le couloir de l’Instruction (3ème étage du TGI) est surnommé la galerie du non-lieu (Nouvel Observateur 14 septembre 2007), le pronostic habituel tient la corde haut la main. D’autant plus que le Procureur de Nanterre est un certain Philippe COURROYE, nommé sous CHIRAC à ce poste, qui a déjà relaxé  CHIRAC dans l’affaire des frais de bouche (à la mairie de Paris toujours).

 
Comme on le voit, dans son parcours judiciaire CHIRAC risque de croiser beaucoup de relations fraternelles.
A notre avis, les portes du Tribunal ne s’ouvriront pas.

 
La réaction très indulgente d’Arnaud MONTEBOURG, jadis grand pourfendeur du système chiraquien, mérite d’être soulignée :

«  Aujourd’hui, c’est bien tard de s’en prendre à un homme âgé, qui a des problèmes de santé et qui s’est retiré de la vie publique. » (Cité dans le Figaro du 22 novembre).

Ce monsieur ne nous avait pas habitués à ce genre de tardive compassion fraternelle. Mais dans l’entretien de jeudi matin à Télématin (France 2), il se ressaisissait en rappelant que Lionel JOSPIN avait commis une erreur historique en faisant bloquer la demande de Haute Cour pour CHIRAC.  
Flinguer ses amis, MONTEBOURG le réussit. Mais pour le reste…

 
Alexandre Anizy    

CFDT = syndicat jaune ?

Publié le par Alexandre Anizy

A Paris, mardi 20 novembre, le secrétaire de la CFDT François CHéRèQUE a dû quitter la manifestation sous les huées et la protection d’une dizaine de gardes du corps.

Cette mésaventure s’étant déjà produite pour son prédécesseur Nicole NOTAT, il est légitime de poser la question : la CFDT ne passerait-elle pas aux yeux d’une partie des salariés pour être en dernière analyse le syndicat du patronat ?
Apportons quelques informations au débat.

 
Le « recentrage » de la centrale ouvrière a été amorcé au début des années 80 par Edmond MAIRE, avec notamment pour adjoint un certain Jacques CHéRèQUE (le père de François).
Pour services rendus au compromis social républicain, Edmond MAIRE est devenu patron de VVF pendant de longues années, tandis que Jacques CHéRèQUE s’occupait de la pauvre Lorraine désindustrialisée : 2 postes bien rémunérés.

 
C’est sous le règne de Nicole NOTAT que les choses apparurent évidentes. Après avoir été écartée « énergiquement » d’une manifestation à Paris, elle quitta la voie syndicale pour se lancer dans les affaires.
Elle le fit d’ailleurs avec panache, puisque ses relations du CAC 40 mirent quelques deniers dans la société de madame NOTAT.
La reconversion a parfaitement réussie, ce dont nous la félicitons. Mais pouvait-il en être autrement quand on a de pareils « amis » ?

 
Par conséquent, au vu de ce qui s’est passé mardi dernier, nous ne serions pas surpris si nous apprenions que l’idée d’un changement d’orientation professionnelle commençait à émerger chez François CHéRèQUE.
A notre avis, comme pour ses prédécesseurs, l’avenir ne sera pas bouché.

 
Alexandre Anizy

Les archaïques des Banques Centrales I

Publié le par Alexandre Anizy

Patrick ARTUS, qui n’a rien d’un fantaisiste ni d’un alter mondialiste illuminé, a rédigé un petit bréviaire d’économie (« les incendiaires. Les banques centrales dépassées par la globalisation », édition Perrin août 2007, 175 pages, 14,80 €), à l’usage des personnes qui constatent la faillite des experts sans avoir les armes pour les dénoncer.

S’ils ne le savent pas encore, ils sont beaucoup plus nombreux qu’ils ne le pensent eux-mêmes. 2 enquêtes réalisées en décembre 2006 montrent que 54 % des Allemands croient qu’il faudrait revenir au mark, et que pour 52 % des Français l’euro est une mauvaise chose.

 
Si les années passent et si les crises surviennent, les mêmes experts demeurent avec leur dogme. Prenons l’exemple américain.

Aux débuts des années 90, ce pays connaît une crise immobilière de grande ampleur : le nombre des logements en construction est divisé par 2. Pire : 50 % des Caisses d’Epargne (Savings and Loans) disparaissent pour avoir été trop actives sur le marché des prêts immobiliers, i.e. à cause de la défaillance des emprunteurs.
Aux débuts des années 2000, l’éclatement de la bulle Internet a constitué un véritable krach boursier, puisque la valeur des actions baisse de 50 %.
Durant l’été 2006, c’est à nouveau un effondrement de l’activité dans le secteur immobilier et une crise financière qui se propage.

 
A chaque fois, les enchaînements sont quasiment les mêmes.

De 1985 à 1990, la Réserve Fédérale (communément appelée FED) laisse les crédits immobiliers aux ménages progresser de 13 % par an en moyenne, avec un taux d’endettement qui passe de 68 % à 85 % de leur Revenu annuel.

La FED laisse filer parce que l’inflation oscille entre 2 et 3 %. Mais en 88-89, elle s’inquiète d’une inflation à 5 % et réagit aussitôt en montant les taux d’intérêt. Ce faisant, elle déclenche la crise, parce que les emprunteurs ne peuvent plus payer : de 91 à 93, 10 % des emprunteurs font défaut sur leurs crédits hypothécaires, ce qui entraîne la saisie de leurs maisons.

 

A partir de 1997, la FED laisse monter les cours boursiers, bien que dans un premier temps son Président Alan GREENSPAN ait dénoncé l’exubérance irrationnelle des marchés financiers. Puis le discours change et tend à légitimer cette hausse extravagante due aux gains de productivité obtenus par une diffusion rapide des nouvelles technologies… L’indice Nasdaq est multiplié par 6 entre 1995 et 2000 pour être divisé par 3 entre 2000 et 2003.

Dans la période euphorique, les entreprises s’étaient endettées, notamment pour acheter d’autres entreprises surévaluées : leur taux d’endettement passe de 37 % à 47 % du Produit Intérieur Brut (PIB). La crise boursière les oblige à se désendetter, ce qui aboutit à une baisse de l’investissement et au recul de l’emploi. En 2001, 5 % des entreprises américaines ont disparu, quand le taux normal est de 1 %.

Et la FED, nous direz-vous ? Parce que l’inflation oscillait entre 1,5 et 3 % et que le taux de croissance avoisinait les 4 %, la FED ne montera pas les taux d’intérêt à 3 mois au-dessus de la fourchette 5-6 %, ce qui aurait freiné l’emballement boursier.

 
A partir de 2002, on rejoue le même scénario. Les taux d’intérêt bas amènent une croissance forte de l’endettement immobilier des ménages, qui passera de 100 à 135 % en 4 ans du Revenu annuel, et des prix des maisons. La spéculation et la construction immobilières s’affolent.
Soudain, le marché réalise qu’il y a 4 millions de maisons invendues et que la remontée de 1 à 5 % des taux d’intérêt de la FED coïncide avec ce stock pléthorique.
L’intégration des crédits immobiliers dans des actifs financiers complexes (subprimes) favorise la généralisation de la crise aux autres marchés financiers.

 

« Dans les 3 crises, l’absence de réaction de la Réserve Fédérale à la hausse des prix des actifs (immobiliers ou actions) et à la hausse de la dette (des entreprises ou des ménages) vient de ce que ces évolutions voisinent avec l’absence d’inflation. Or, c’est bien sûr, l’inflation qui est au centre des préoccupations de la Banque Centrale. » (Patrick ARTUS, p.14)

 

Alexandre Anizy

Prochainement : Les archaïques des Banques Centrales , II

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