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Politique et Stratégie : la France est nue après le camouflet infligé par l'Alliance (Etats-Unis, Royaume-Uni, Australie)

Publié le par Alexandre Anizy

            La trahison de l’Alliance (Etats-Unis, Royaume-Uni, Australie), révélée par la rupture du contrat du siècle (les sous-marins vendus par la France à l’Australie, fabriqués selon les modifications demandées par le client), montre le terrible isolement de la France.  

 

 

            Pour qu’une aédie soit libre, elle doit maîtriser son destin tant que faire se peut. A cet effet, son Etat doit  penser la guerre aux niveaux politique, stratégique, tactique.

N.B. : Pathétique la colère feinte du franc-maçon Jean-Yves Le Drian, ministre régalien depuis bientôt 10 ans, quand le Premier Ministre australien affirme que l’Australie avait prévenu la France qu’il y avait un gros problème (quand le prix d’un contrat passe de 35 à 60 Milliards de dollars, n’importe quel acheteur compétent s’interroge a minima sur le sérieux industriel du vendeur… mais bon, en France jugulée par des énacrates et polytechniciens de surface, psychorigides droits dans leur botte, ce genre de suspicions émerge rarement  ̶  exemple : la facture de l’EPR de Flamanville est passée de 3,3 Milliards à 12,4 Milliards d’euros, et la date de livraison de 2012 à 2023… mais le chantier glisse inexorablement vers son destin catastrophique !  ̶  puisqu’elles sont immédiatement pilonnées avec des injures comme populiste ou bien complotiste). Ridicules les gesticulations diplomatiques quand on sait que la France acceptera l’accord commercial de libre-échange avec l’Australie que la Commission européenne, i.e. l’Union Allemande, signera.   

Au niveau politique, depuis 1969 la France est aux mains de la Ligue libérale-radicale : en matière de politique étrangère, l’OTAN est in fine son alpha et oméga (lire par exemple ici ). Or l’abandon de l’Afghanistan par les Etats-Unis démontre une nouvelle fois que le bouclier américain n’est actif qu’en fonction des intérêts du moment de l’Empire. Croyez-vous qu’il y ait une suspicion légitime dans la pseudo-élite qui tient la France ?  Non. Exemple du général en retraite Christophe Gomart (ex-patron de la Direction du Renseignement Militaire en 2013) : « Mais  sur le plan militaire, les Etats-Unis restent notre allié principal tout en poussant systématiquement les Européens à se doter de matériel américain. »¹.  

Au niveau stratégique, cette affaire du contrat du siècle montre que les liens forts qui nous unissent à l’Australie et au Royaume-Uni valent peu de choses quand le Maître américain décide pour lui. Car dans le conflit en cours qui les oppose à la Chine, conflit qu’ils considèrent comme vital, les Etats-Unis ne feront jamais dépendre leur stratégie d’un sous-ensemble allié,  comme l’alliance France – Australie que ce contrat du siècle augurait.

 

 

            Aux niveaux politique et stratégique, la France est nue. Et la Ligue libérale-radicale qui tient notre pays depuis 1969 ne peut pas remédier à cet état de fait, parce que son dogme lui interdit de s’opposer aux volontés du maître du jeu de la fiction du libre-échange.

            La prochaine déroute française, comme celle de mai 1940 (lire ici et ici ), s’annonce déjà.  

 

Alexandre Anizy

 

(¹) : Dans le JDD du 19 septembre 2021. On peut cependant s’interroger sur le sérieux de l’ex-général Gomart, puisqu’il affirme aussi que « Oui, on est autonomes sur le plan stratégique. », alors que le général Vincent Desportes a révélé qu’une grosse opération extérieure ne peut être réalisée par la France sans le soutien logistique américain…

 

Edouard Tétreau contre les Etats-Unis, c'est un gag

Publié le par Alexandre Anizy

Faut-il prendre au sérieux la tribune d’Edouard Tétreau dans le Figaro d’aujourd’hui ?

 

 

            A peine sorti de l’œuf (1992 - HEC), Edouard Tétreau va bosser dans la finance et dans les médias, ce qui explique en partie son intégration (trustee) au Committee for Economic Development, think tank basé à Washington, le genre d’organisation comme les Young Leaders qui formatent les cerveaux des strangers au profit des intérêts des Etats-Unis. En ce qui le concerne, sa propagande sera centrée sur les Etats-Unis d’Europe, cette invention américaine.   

            Comme financier, il semble qu’Edouard Tétreau ait vu venir la crise financière de 2008 ; comme expert géopolitique, il n’a rien vu du basculement du cœur de l’économie mondiale dans le Pacifique (avec toutes ses implications…), alors que nous en parlions déjà en 1985 à l’université avec l’économiste Michel Beaud… Edouard Tétreau, c’est encore un expert aveugle et sourd !

 

            Suite à la « trahison des Anglo-saxons (USA, U-K, Australia) » dans l'affaire du "contrat du siècle", Tréteau prend sa plume pour donner 2 recommandations :

  1. Sortir du commandement militaire intégré de l’OTAN ;
  2. Interdire à toutes les administrations, les entreprises publiques, les entreprises stratégiques ayant l’Etat directement ou indirectement dans le capital, d’avoir recours à des banques d’affaires ou des cabinets de conseil américains.  

Excellent, seulement voilà… Pour l’OTAN, Tétreau s’empresse d’ajouter : « Sortir, pourquoi pas, mais pour aller où, et avec qui ? » Apporte-t-il un début de réponse aux questions qu’il pose ? Non. Pour sa deuxième proposition, le macroniste Tétreau ne craint pas l’incohérence politique, puisque son lideur est un ami des cabinets et des industriels américains (Cf. l’affaire ALSTOM, et puis MICROSOFT pour la Santé des Français – lire ici ).

Le reste de la tribune étant hors sujet et sans intérêt, nous vous l’épargnons.  

            Membre d’une organisation américaine, Tétreau peut-il être crédible quand il mord la main de son maître ? Non.

Alors que le bankster Macron brade l’industrie française aux étrangers, le macroniste Tétreau est-il sérieux et honnête quand il invoque le patriotisme économique ? Non.  

 

Faisant depuis des années la propagande pour les Etats-Unis d’Europe, Edouard Tétreau  n’a cessé de penser contre la France ; aujourd’hui dans le Figaro du 18 septembre 2021, il préconise la sortie de l’OTAN et le patriotisme économique. Force est de constater qu’Edouard Tétreau est un intellectuel indigne.

 

Alexandre Anizy

Le colibri de Sandro Veronesi

Publié le par Alexandre Anizy

Garder raison pour Veronesi…

 

            Les années et les livres passent (lire ici ), bonifiant le talent de Sandro Veronesi, non pas le style - quoiqu’il puisse y avoir débat sur ce point :

« Patatras ! Les soixante premières pages furent assez pénibles (bon Dieu, le style !), puisqu'on a failli fermer définitivement le livrel, mais nous avons résisté stoïquement à cause de l'architectonique minutieuse... qui frise l'improbabilité. Au bout du texte : l'insatisfaction. » (lire ici ) -,

mais l’architecture. Avec Le colibri (Grasset, 2021), la fin fut heureuse.

 

Alexandre Anizy

 

Maylis de Kerangal coule en canoë

Publié le par Alexandre Anizy

Cette fois-ci, nous avons abandonné.

 

 

Maylis de Kerangal est une écrivaine, une vraie. En voici une démonstration :

« Elle imagine les milliers de personnes rassemblées en cercle, là-bas, autour d’une pelouse d’un vert si étincelant qu’on pourrait la croire vernie au pinceau, chaque brin d’herbe enluminé d’une substance mélangeant résine et essence de térébenthine ou de lavande et qui, après évaporation du solvant, aurait formé ce film solide et transparent comme un reflet argenté, comme un apprêt sur un coton neuf, un voile de cire, et songe qu’à l’heure d’apparier les organes vivants de Simon Limbres, à l’heure de les répartir dans des corps malades, des milliers de poumons se gonflent ensemble là-bas, des milliers de foies se gorgent de bière, des milliers de reins filtrent à l’unisson les substances du corps, des milliers de cœurs pompent dans l’atmosphère, et soudain elle est frappée de la fragmentation du monde, de la discontinuité absolue du réel sur ce périmètre, l’humanité pulvérisée en une divergence infinie de trajectoires  ̶  une sensation d’angoisse qu’elle avait déjà éprouvée, ce jour de mars 1984, alors qu’elle était assise dans le bus 69 et se rendait dans une clinique du 19e arrondissement pour avorter, moins de six mois après la naissance de sa fille qu’elle élevait seule, la pluie ruisselait sur les vitres, elle avait regardé un à un les visages des quelques passagers qui l’entouraient, des visages que l’on croise dans les bus parisiens en milieu de matinée, des visages aux yeux fuyant vers le lointain ou rivés à une consigne de sécurité contenue dans un pictogramme, fixés sur le bouton d’appel, égarés à l’intérieur du pavillon d’une oreille humaine, des yeux qui s’évitaient entre eux, vieilles dames à cabas, jeunes mères de famille avec enfant en kangourou, retraités en chemin vers la bibliothèque municipale pour la lecture de leur périodique quotidien, chômeurs de longue durée en costume cravate douteux, plongés dans leur journal sans parvenir à le lire, sans que jaillisse sur la page la moindre étincelle de sens, mais accrochés au papier comme pour se maintenir dans un monde où ils n’avaient pourtant plus de place, où ils ne trouveraient bientôt plus de quoi subsister, des personnes parfois situées à moins de vingt centimètres d’elle, et qui toutes ignoraient ce qu’elle allait faire, cette décision qu’elle avait prise et qui dans deux heures serait irréversible, des gens qui vivaient leur vie et avec lesquels elle ne partageait rien, rien, hormis ce bus pris dans une giboulée, ces banquettes usagées et ces poignées de plastique poisseuses qui pendaient du plafond comme des cordes préparées pour se pendre, rien, chacun sa vie, chacun la sienne, voilà, elle avait senti que ses yeux se baignaient de larmes, avait serré plus fort la barre métallique pour ne pas tomber, et sans doute fit-elle en cet instant l’expérience de la solitude. » (Réparer les vivants, éditions Verticales, 2013, p129-131 sur 209)  [Lire notre billet ici ]

Elle a osé bien que ce soit casse-gueule, et le lecteur suit parce que le style rude est en adéquation avec le moment.

 

            Mais dans Canoës (Verticales, mai 2021), quand elle maintient cette ligne stylistique, ça ne marche pas aussi bien. Exemple :

« Tel un oiseau change de couleurs pour se camoufler dans les branches et leurrer les prédateurs, la voix de Sam se coule maintenant dans celle du Midwest et cela me dépayse, oui, car elle peut être enrouée, essoufflée, déguisée pour une blague ou troublée par l’émotion, altérée par le sommeil, l’alcool, la colère, étranglée par l’anxiété, empruntée pour approcher un interlocuteur difficile, elle habite mon oreille depuis si longtemps, cette voix, qu’un mot, deux syllabes à peine me suffisent pour la détecter sans erreur possible, pour l’isoler parmi des centaines d’autres comme une piste sur la bande de mixage de celles qui m’accompagnent, pour la capter de loin  ̶  souvenir d’une liaison radio au beau milieu de la nuit, lui dans le fond d’un petit cargo en plein tangage dans la mer de Béring, moi couchée sous les combles dans un immeuble de la rue Pigalle, le téléphone qui sonne, le combiné glissé sur mon oreille d’une main endormie, allô ?, la friture d’abord, ce lointain qui grésille, et ces premières vibrations contre la membrane de mon tympan, lesquelles touchent bientôt les trois osselets, trois miettes de cartilage, quelques milligrammes, et s’amplifient, converties dans la foulée en impulsions électriques que le nerf cochléaire transmet à mon cerveau, vers le gyrus temporal gauche, à l’endroit où l’on situe les microrégions de la mémoire auditive sensibles à certaines intonations de la parole, à son rythme, à son intensité, une trajectoire sidérale, la flèche de l’amour avais-je pensé, redressé d’un seul coup dans mon lit étroit, questionnant la distance que cette voix avait parcourue, acheminée jusqu’à moi dans des câbles sous-marins transocéaniques, puis renvoyée par des antennes-relais dressées sur les plateaux continentaux, au beau milieu des plaines, au sommet des collines, et jusque dans la ville, l’onde électromagnétique invisible mais bien réelle, elle aussi, au cœur de ma chambre : elle m’est plus familière que mon pays, cette voix, elle est mon paysage. Tout le monde change ici, il n’y a que toi qui ne changes pas, la voix de Sam a tranché, froide, puis il a basculé sur le flanc et m’a tourné le dos. » (p.51-52)

            Pour nous, encore quelques pages tournées et puis basket.

            Parce que, comme l’a écrit Philippe Djian :

« (…) qui donc oserait prétendre que le style n’est qu’une question de musique ? (…) Il est donc temps d’ajouter que le style est à la fois une musique et une manière de regarder les choses, ou si l’on préfère une attitude ou encore une façon d’être, ou un point de vue, dans le sens où il s’agit de choisir la place, l’emplacement à partir duquel on observera le monde. » (Ardoise, Julliard, page 30) [Lire notre billet ici ]

 

Alexandre Anizy