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Macron, les retraites, BlackRock, Bolkenstein

Publié le par Alexandre Anizy

 

            En marche vers la casse des retraites : notule sur une action programmée.  

 

 

            D'aucuns ont découvert récemment que la régression des retraites du bankster Macron allait satisfaire les intérêts insatiables des gestionnaires de fonds, comme BlackRock. Si les journaleux faisaient vraiment leur travail, les citoyens seraient depuis longtemps avertis.

            Prenons aujourd'hui les propos de Frits Bolkenstein (lire ici ) lors de sa conférence Construire l'Europe libérale du XXIe siècle du 10 juillet 2000 à l'Institut Walter-Eucken de Fribourg (1)  :

            « La mise en œuvre de l'ensemble des mesures proposées à Lisbonne représentera un progrès considérable dans la réalisation d'une Europe conforme aux idées ordolibérales. »

Que doivent faire les européistes pour réaliser leur projet ? Deux importants chantiers de démolition selon Bolkenstein :

― la flexibilisation des salaires et des prix par la casse des marchés du travail ;

[l'ex-DRH vautour de Danone, Muriel Pénicaud, a fondu le Code du Travail, conformément au programme du bankster Macron]

― la réforme des retraites : « (...) il est urgent de s'attaquer sérieusement à la réforme de la législation sur les retraites. Les fonds de pension doivent pouvoir profiter des nouvelles possibilités d'investissement offertes par l'euro ».

 

            Depuis 2017, l'européiste Macron et ses sbires ne font que suivre le programme ordolibéral énoncé par Frits Bolkenstein en juillet 2000 : ces gens-là sont patients et opiniâtres, antidémocrates le cas échéant (Cf. le refus du NON au référendum de 2005).

 

 

Alexandre Anizy

 

 

 

(1) Source : Pierre Dardot et Christian Laval, La nouvelle raison du monde, La Découverte, 2010.

 

 

La mauvaise littérature de Gisèle Bienne

Publié le par Alexandre Anizy

            S'il n'y avait que les bons sentiments...

 

 

            Le récit de Gisèle Bienne titré La malchimie (Actes Sud, 2019) aurait pu être une charge terrible contre la chimie de l'agriculture productiviste et de la médecine curative (quand elle dépasse les bornes de la raison). Au lieu de cela, l'auteur digresse : « Je suis allée me chercher une bière à la cuisine. Il me restait à préparer la prochaine séance de l'atelier d'écriture que j'animais dans un quartier de la ville, une vingtaine de personnes écrivaient sur le thème des maisons, tout ce qui tient lieu de maison aux humains sur la Terre. Leurs textes étaient bons et les séances se déroulaient dans une atmosphère amicale. » (p7/143)

            Bien sûr, elle écrit pourquoi son frère Sylvain (1) se retrouve à l'hôpital avec une leucémie aiguë : « Je suis étudiante et il conduit le tracteur de son patron, laboure, ensemence, moissonne les champs de son patron et les "traite". "Traiter", il a commencé jeune. On traite contre les maladies, pour les rendements, la propreté. On traite dans la plaine de façon préventive, curative, et intensive toujours. On traite, c'est radical et ça rapporte. Les engrais, les produits phytosanitaires, la terre absorbe tout cela. Son blé, aux épis drus et courts sur tige, donne en moyenne cent quintaux à l'hectare, dans certains endroits ça grimpe à cent dix ou cent vingt quintaux, on les appelle les "120". La plaine et le vignoble sont gâtés "côté traitements", la vigne cinq fois plus peut-être que les champs.» (p13/143)

            Plus loin elle précise : « Le vignoble de Champagne est parmi les plus pollués de France et on n'en souffle mot, le silence est d'or et l'or est dans les bouteilles. » (p16/143) La balance commerciale de la France mérite-t-elle cette indulgence ? Est-on si bien placé pour vilipender la "viande pharmaceutique" (2) des Ricains ou des Argentins ?  

            Bien sûr Gisèle Bienne a des fulgurances, qu'elle rédige maladroitement : « La visiteuse m'instruit, Bayer vous submerge de ses produits phytosanitaires qui vous détruisent à petit feu, vous amène à abandonner vos champs pour une chambre stérile et fabrique des cathéters et des poches de chimio. Diabolique, non ? » (p15/143)

            Mais dans un récit titré La malchimie, que viennent faire l'Algérien du tramway et la triste histoire d'Albertine Sarrazin ? Du remplissage émotionnel. "Hors sujet", aurait écrit Mme Canini (3), en rouge et dans la marge de la copie.

 

 

            Inutile d'éreinter longuement cet ouvrage mal fichu : comme les mercaticiens, disons que la promesse produit n'est pas tenue. C'est dommage.

 

 

Alexandre Anizy

 

 

(1) Un enfant qui lisait Kit Carson et Buck John.

(2) Avec hormones, antibiotiques, etc.

(3) Mme Canini était professeur de Français et Latin au lycée Margueritte de Verdun.  

L'essai d'Abd Al Malik

Publié le par Alexandre Anizy

            Le genre romanesque convient-il au style d'Abd Al Malik ?

 

 

            Il y a quelques années, un matin ensoleillé alors que nous attendions Daniel notre pote uruguayen, nous avons croisé Abd Al Malik au rade en face de la bibliothèque Rainer Maria Rilke : il prenait une collation après une longue nuit enivrante, surtout pour son copain. Comme il donnait les signes d'impatience du mec qui voudrait bien se tirer pour passer à autre chose, nous laissâmes filer l'artiste sans lui avoir dit combien nous apprécions son phrasé.

            Alors nous le faisons à l'occasion de la sortie de son roman Méchantes blessures (Plon, 2019, en livrel). Cependant aujourd'hui, la marque de reconnaissance est altérée par une déception. 

 

 

            Le roman est un genre qui supporte mal l'improvisation ou le mélange. Dans ce livre, Abd Al Malik couche sur la page blanche quelques idées qui devaient lui tenir à cœur dans un récit qui n'intéresse pas.

 

            Notons ici quelques exemples, en commençant par le début.

            « Hier, j'ai dîné en survêtement Tacchini au Flore. Je me suis dit que le passéisme, l'orgueil, la suffisance avaient fait de nous un peuple de vieux, composite. (...)

            La France est vieille parce qu'elle refuse d'être elle-même, c'est-à-dire spirituelle. En sortant du métro, rue du Dragon, j'ai vu une jeune fille qui dansait en plein milieu de la chaussée. Cette beauté nubile m'a fait tressaillir d'abord, puis penser que chaque époque a sa Juliette Gréco (...) » (p.6/145)

            L'incipit est de mauvais augure, puisqu'il donne à penser qu'on va subir les clichés du rappeur entiché des produits griffés, mais il est aussitôt contrebalancé par un propos digne d'un anthropologue en vogue, de préférence germanopratin. Un paragraphe plus loin, le procédé est repris en l'inversant : une phrase sentencieuse, suivie sans transition d'un plan séquence couronné d'un "lâcher de nom" (name dropping) permettant une envolée lyrique. En bref, dès la première page on sent la patte de l'auteur, mais on craint le pire.

 

            « Et précisément au moment où je regardais autour de moi j'ai réalisé que je n'avais vu aucun Blanc depuis mon arrivée. Alors, j'ai eu le sentiment étrange d'être libre. » (p.15/145)

            Ici, nous restons perplexe : ce sentiment d'altérité, même un Blanc peut le vivre en Afrique ou en Chine... mais hic et nunc, pourquoi libre ?

 

            « Je me suis alors souvenu de Régis Debray avec qui j'avais participé à une célèbre émission littéraire à la télévision. Je le considérais déjà à l'époque comme le dernier grand intellectuel du XXe siècle. Intellectuel au sens où lui-même l'entendait, c'est-à-dire un lettré qui a un projet d'influence. » (p.119/145) « (...) je constatais que les derniers des grands Mohicans intellectuels occidentaux faisaient le même constat de déliquescence généralisée, en se demandant ce qu' in fine il resterait de l'Occident, quand les machines à connecter auraient fini leur travail. Qu'un Debray en France ne disait pas autre chose qu'un Chomsky aux Etats-Unis : les réseaux sociaux et tous les outils de com' de manière générale étaient un agencement de tromperies efficaces qui mettait des fous au pouvoir (...) » (p.122/145)

            La définition de l'intellectuel colle bien au parcours de Régis Debray mais nous la rejetons, parce qu' avoir un projet d'influence exprime une volonté de pouvoir qui nous semble néfaste pour ce travail singulier. Nous préférons l'idée suivante : l'intellectuel est un lettré qui contribue aux façonnages des représentations du monde.   

            Quant à la déliquescence généralisée, nous souscrivons au constat.

 

 

            En conclusion, nous disons qu'Abd Al Malik n'a pas transformé son essai.   

 

 

Alexandre Anizy

 

Petit roman de Gaël Faye

Publié le par Alexandre Anizy

            La guerre civile burundaise et le génocide rwandais de 1993-94 à travers le prisme de l'enfance, est-ce vraiment utile ?

 

 

            Le chanteur Gaël Faye a écrit Petit pays (Poche, août 2017) pour raconter partiellement son enfance volée dans une région en proie au chaos. Restant à hauteur de petit homme et dans le bain des émotions, il maintient les lecteurs dans un rejet viscéral des horreurs guerrières inexcusables, comme il sied à toutes personnes saines d'esprit.

            La fin étant résolument mélodramatique, on se dit que l'artiste de music-hall maîtrise son art mais que le mal peut se reproduire, puisque rien n'est expliqué.

 

Alexandre Anizy

Pas de refuge pour Emmanuelle Bayamack-Tam ?

Publié le par Alexandre Anizy

            Quoi de plus normal que d'obtenir le prix Inter pour une "trendy mixture".

 

 

            Le mélange concocté par Emmanuelle Bayamack-Tam dans Arcadie (éditions P.O.L, août 2018) a tout pour séduire : genres, sexe, communauté, gourou, refuge blanc... sans oublier les migrants.

            Mais finalement, tout rentre dans l'ordre en vigueur : puisqu' « A Liberty House, on a le droit d'être vieux, laid, malade, drogué, asocial, ou improductif, mais apparemment pas jeune, pauvre et noir », bref un repaire de gens inadaptés au modèle nomade, le gourou jouisseur en délicatesse avec l'honneur zigouilla ses fidèles.  

            "Il n'y a pas de refuge" semble dire Mme Bayamack-Tam, mais « l'amour existe » : nous voilà tous ragaillardis.

 

 

Alexandre Anizy

Springora : peut-on douter de Marie-Laure Delorme ?

Publié le par Alexandre Anizy

Au cul de la ronde germanopratine.

 

            Dans la brosse à reluire de Lagardère (Journal du dimanche), la perfide Marie-Laure Delorme signe un papier cynique sur le récit de Vanessa Springora (le consentement, Grasset, 18 €). La publiciste profite de la faiblesse de Vanessa pour remettre en selle la petite frappe bhlévienne Yann Moix ( lire ici ) : de l'art d'accommoder les pestes ?

 

« Il n'y a pas une once de littérature dans le consentement. Tout est plat.», écrit-elle.  

 

            La charge contre une femme éditrice étant sans appel, il est permis de douter : Marie-Laure Delorme aurait-elle commis, comme tant d'autres journaleux dans le passé, un papier complaisant à l'égard du pédophile Gabriel Matzneff ?

 

            A la perfidie de Marie-Laure Delorme, nous préférons la lucidité de Guy Konopnicki (Marianne du 3 janvier) : «Hier, la pédophilie promettait de belles ventes aux libraires. Matzneff passait donc pour un grand écrivain. Le marché s'est révélé décevant. La médiocrité littéraire change de registre, la dénonciation des vieux dégueulasses semble porteuse.»  

 

L'opportunisme reste le courant majoritaire, hier comme aujourd'hui.

 

Alexandre Anizy

Désécriture de Marie-Claire Bancquart

Publié le par Alexandre Anizy

            Un exemple à suivre pour les "écrivains-comédiens", comme disait Paul Valéry.

 

 

 

Dans les nervures d'un chêne

dans l'odeur profonde des truffes

je m'en vais faire un atelier de désécriture.

 

                        Marie-Claire Bancquart

                                 ( Terre énergumène, Poésie Gallimard )