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Le galop d'essai d'Arnaud Poissonnier

Publié le par Alexandre Anizy

 

            Arnaud Poissonnier est un banquier qui a bien tourné... mais pourra-t-il mieux faire dans le domaine littéraire ? Comme il sait faire sa pub, même dans le Perche, nous entrons immédiatement dans le vif du sujet.

 

 

            Comme l'auteur est un homme bien formé (bac +10), il sait structurer ses idées pour une présentation efficace, raconter une histoire pour capter l'attention du client... C'est pourquoi malheureusement son premier roman titré Adopt (éditions Tonbooktoo, juin 2020) vire parfois à l'exposé professionnel :

« Cette association avait été fondée en 1939 par deux soeurs protestantes, Deby et Merill Tiger, qui cherchaient des familles de placement pour les orphelins de guerre un peu partout dans le monde. Malgré le scandale des rafles d'enfants au Canada... (...). Entre les années 1945 et 1970, près de 600.000 d'entre elles furent séquestrées... (...). En 2010, l'association était présente dans 77 pays du monde [du monde ? serait-elle aussi sur Mars ?] et se targuait de pouvoir placer plus de 25.000 enfants par an, soit près de 30 % du "marché" de l'adoption internationale. » (p31 à 33)

Pire encore, l'usage sans modération du gloubi-boulga globish de professionnels incultes :

 « Sur la home page on retrouvait en gros la nouvelle base line de l'association "ne pas l'adopter c'est l'abandonner une seconde fois". Matthias, le spécialiste du marketing philanthropique, n'avait lui-même pas trouvé mieux. Le site était simple et efficace, un slider déroulant en home page affichait... » (p.46)

Too much. Ben nous, on dit Globish go home ! En vieux schnock goûtant la langue de Molière.

 

            A ce régime-là, vous comprenez qu'on a vite fermé l'ouvrage qui rapporte 21,50 € (moins la taxe et les coûts, of course) à une société de M. Arnaud Poissonnier, propriétaire de la marque "Tonbooktoo".

 

Alexandre Anizy

 

 

L'eau de Jurica Pavičić

Publié le par Alexandre Anizy

            Enfin un polar croate, publié grâce aux subventions européennes : il serait donc possible de tirer quelque chose de bien des institutions bruxelloises...

 

 

            L'eau rouge de Jurica Pavičić (Agullo éditions, 2020, traduit du croate par Olivier Lannuzel ; titre original Crvena voda, 2017) est un roman habilement structuré, dont le style neutre mais joliment travaillé maintient l'attention du lecteur. Lisons l'incipit et plus :

« Pour commencer, Vesna se souvient du temps qu'il a fait. C'était une journée chaude et splendide de septembre, comme si le ciel se moquait d'eux par avance. La brise marine avait adouci la chaleur de l'été indien durant tout l'après-midi. ».

Plus loin :

« L'enterrement ressemble à n'importe quel enterrement dans une petite bourgade, pense Gorki. C'est ce qu'on dirait, et pourtant ce n'est pas ça.

Près de la tombe ouverte, le cercueil est posé sur la plaque de pierre, sous une croix, et devant la croix, une photographie de la défunte. Sur cette photo, Silva Vela telle que tout le monde se la rappelle, et lui aussi se la rappelle ainsi : une adolescente aux longs cheveux bruns, qui fixe l'objectif avec effronterie, une mèche lui tombe sur les yeux. » (p.230 de 307)

 

            En filigrane, les bouleversements politiques, économiques et sociaux en Croatie (de la guerre civile yougoslave à l'entrée dans l'Union Européenne).  

 

Alexandre Anizy