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notes economiques

L'infection ukrainienne et le basculement du capitalisme

Publié le par Alexandre Anizy

Inexorablement l’Europe s’approche du précipice, et selon notre hypothèse, l’invasion russe de l’Ukraine marque le passage du capitalisme d’une « phase de pulsations fortes » à une « phase de pulsations faibles ».   

 

Lire notre article sur Front populaire  

https://frontpopulaire.fr/o/Content/co11758434/l-infection-ukrainienne-et-le-basculement-du-capitalisme

 

Alexandre Anizy

 

Nucléaire français : le désastre qui vient

Publié le par Alexandre Anizy

Ad gurgitem per angusta.

 

 

Quelles seront les conséquences de la commande de 6 EPR par le bankster Macron ? L’effondrement de l’entreprise EDF, avec un risque élevé de catastrophe nucléaire. En effet, les faits montrent aujourd’hui que :

  • L’EPR de Flamanville est un fiasco industriel : déjà 10 ans de retard et pas de mise en service avant plusieurs années au moins… Il y a eu tellement de malfaçons que la sagesse recommande d’ailleurs de ne jamais le mettre en route !
  • L’EPR de Flamanville est un gouffre financier : il devait coûter 3,3 Milliards… et nous en sommes maintenant à 20 Milliards pour un monstre inachevé !

N.B. : dans une société saine, toutes les personnes impliquées dans un  tel échec seraient virées, comme les Américains savent si bien faire et sans attendre un gâchis de 17 Milliards : présentement ce serait notamment les dirigeants d’EDF et les responsables techniques, mais en France, la mafia des Grandes Ecoles règnent impunément…

Dans ces conditions, que représente la commande du président Macron ? 6 futurs fiascos industriels¹ et un désastre financier pour EDF (autrement dit sa faillite).  

 

            Ce choix funeste s’inscrit dans une volonté politique européiste : la privatisation totale du marché de l’énergie, comme nous l’avons déjà écrit (lire ici ). Saluons donc l’opiniâtre travail de sape de l’économie française accompli par le bankster Macron (avec notamment son complice vert-blanc-rouge, Alexis Kohler).

 

Alexandre Anizy

 

(¹) Yannick Jadot sur BFM TV, entretien matinal du 11 février 2022.

 

Quand le professeur Pastré baffe le banquier Pastré

Publié le par Alexandre Anizy

            Issu de la noblesse vermoulue qui s'accroche au pouvoir pour se servir en servant les accapareurs, Olivier Pastré se vautre dans la tartuferie, aujourd'hui dans les Echos.   

 

 

 

            Le Coronavirus, c'est un appel à nous renouveler, écrit doctement le professeur Pastré, membre éminent du Cercle des économistes dont il signe la chronique dans le quotidien du mauvais citoyen français, le milliardaire Bernard Arnault. Son article vibrant d'un réformisme de bon aloi devient hallucinant quand il écrit : « Ce qui est vrai en priorité du secteur sanitaire l'est aussi du système bancaire, contraint certes par des règles absurdes, mais qui n'a presque rien compris de la crise de 2008. » Parce que nous nous souvenons...

            A l'automne 1985, le frais émoulu professeur Olivier Pastré de l'université Paris 8 (dans la carrière universitaire, le titre compte plus que le lieu de parachutage) donnait un cours de 3ème cycle sur la modernisation des banques, s'appuyant sur le rapport éponyme qu'il allait remettre au ministre de l'économie de l'époque (un ouvrier infatué que le francisquain Mitterrand avait choisi pour accomplir la sale besogne) : dedans on y trouvait toutes les "nouveautés" (inspirées notamment de NY city) qu'un certain Jean-Charles Naouri du ministère allait mettre en œuvre (avant de trouver par enchantement des capitaux et des financements pour créer son empire... bâti sur le sable de la dette), notamment la titrisation.

            En 2007, la crise des subprimes révélait aux néophytes toute la dangerosité de la titrisation.  

            En 1986, Olivier Pastré était déjà un dirigeant d'une modeste banque. Le milieu bancaire, le professeur le connaît très bien puisqu'il y a fait aussi carrière.

            Alors quand l'économiste Pastré baffe le banquier Pastré, le lecteur averti se gausse.

 

 

Alexandre Anizy

 

Qui a livré à Microsoft les fichiers Santé des Français ?

Publié le par Alexandre Anizy

            Quand Donald Trump refuse le loup chinois dans la bergerie américaine des réseaux de communication (lire ici ) , la France de Macron confie les fichiers de Santé des Français à Microsoft. Qui a perdu le sens supérieur de l'intérêt général, comme disait l'ordolibéral Wilhelm Röpke ?

 

 

 

            Suite à un rapport de Cédric Villani sur l'intelligence artificielle, Emmanuel Macron lançait en 2018 le projet de "Plateforme des Données de Santé" (Health Data Hub pour les anti-français qui administrent la France), visant à centraliser toutes les données de santé de tous les Français.

28 mars 2018, le rapport de Cédric Villani est rendu public.

16 avril 2018 à 16h  (1), Macron recevait à l'Elysée le milliardaire Bill Gates (notoire philanthrope par optimisation fiscale), fondateur et actionnaire de Microsoft.

            La loi Santé du 24 juillet 2019 acte le projet de "Plateforme des Données de Santé".

            En novembre 2019, la chef de ce projet, Stéphanie Combes, confirmait à Mediapart que Microsoft Azure avait obtenu ce marché juteux.

Rappel : par le Cloud Act du 23 mars 2018, le gouvernement américain peut contraindre une société américaine de lui transférer les données qu'elle héberge partout dans le monde.

            Sans appel d'offre, en violation de l'article 3 de la commande publique.

            C'est pourquoi des entreprises viennent d'écrire au ministre Olivier Véran pour demander l'ouverture d'une enquête pour favoritisme.

 

            En temps de guerre, un général qui stockerait chez un ennemi potentiel les fiches militaires de tous ses soldats n'encourrait-il pas la peine pour haute trahison ?

            En temps de bataille économique permanente, le fait de livrer des données fondamentales comme celles de la santé de toute la population française, le professeur Israël Nisand « appelle cela de la haute trahison » (2). Nous aussi.

 

            Alors, quelles personnes ont signé ce putain de bon de commande ?

 

 

Alexandre Anizy

 

 

(1) AFP 16 avril 2018 à 11h04, repris par le Point.  

(2) Mediapart, article publié le 11 mars 2020.

Face à Huawei, les européistes seront-ils röpkiens comme Donald Trump ?

Publié le par Alexandre Anizy

            Après avoir lancé la relocalisation industrielle avec Barack Obama, les Etats-Unis de Donald Trump rejettent maintenant le fabricant chinois Huawei : au temps de la cyberguerre, fous ceux qui feront entrer le Cheval dans la Cité, n'est-ce pas ?      

 

 

            Dans l'économie communiste de marché chinoise (lire ici ), la nature "privée" de Huawei ne pèse(ra) rien face au nationalisme du dictatorial Parti Communiste. Est-il par conséquent raisonnable pour l'empire américain de laisser ses infrastructures de télécommunication à la merci d'un potentiel futur assaillant ? Comme l'écrivait l'ordolibéral allemand Wilhelm Röpke à propos du bloc communiste de 1958 :

« Du fait précisément que ces intérêts [commerciaux] sont puissants, les tentatives faites en vue de justifier le commerce avec les pays de l'Est doivent être éprouvées avec autant de méfiance. Marché et intérêt perdent leur indépendance et c'est en retour à l'intérêt politique supérieur de prendre les décisions auxquelles les commerçants doivent se soumettre. » (1)

Après avoir vendu à la Chine la corde pour se faire pendre (n'est-ce pas folie pour les pays capitalistes que d'avoir transféré beaucoup de technologie et d'avoir fait de la Chine "l'atelier du monde" ?), on comprend aujourd'hui le "non röpkien" des Etats-Unis.

 

            Mais pour la Commission Européenne, que vont décider l'allemande Ursula von der Leyden qui apprécie les excédents commerciaux de son pays, et l'ordolibérale Margrethe Vestager qui aime tant le Marché (2) ?

 

 

Alexandre Anizy

 

 

(1) Wilhelm Röpke, Au-delà de l'offre et de la demande, Les Belles Lettres, octobre 2009, p.200.  

(2) En matière économique, la danoise Margrethe Vestager pense que c'est le marché qui décide ; en aucun cas une initiative politique, qui est « une façon de voir les choses très vieille école ».

Macron, les retraites, BlackRock, Bolkenstein

Publié le par Alexandre Anizy

 

            En marche vers la casse des retraites : notule sur une action programmée.  

 

 

            D'aucuns ont découvert récemment que la régression des retraites du bankster Macron allait satisfaire les intérêts insatiables des gestionnaires de fonds, comme BlackRock. Si les journaleux faisaient vraiment leur travail, les citoyens seraient depuis longtemps avertis.

            Prenons aujourd'hui les propos de Frits Bolkenstein (lire ici ) lors de sa conférence Construire l'Europe libérale du XXIe siècle du 10 juillet 2000 à l'Institut Walter-Eucken de Fribourg (1)  :

            « La mise en œuvre de l'ensemble des mesures proposées à Lisbonne représentera un progrès considérable dans la réalisation d'une Europe conforme aux idées ordolibérales. »

Que doivent faire les européistes pour réaliser leur projet ? Deux importants chantiers de démolition selon Bolkenstein :

― la flexibilisation des salaires et des prix par la casse des marchés du travail ;

[l'ex-DRH vautour de Danone, Muriel Pénicaud, a fondu le Code du Travail, conformément au programme du bankster Macron]

― la réforme des retraites : « (...) il est urgent de s'attaquer sérieusement à la réforme de la législation sur les retraites. Les fonds de pension doivent pouvoir profiter des nouvelles possibilités d'investissement offertes par l'euro ».

 

            Depuis 2017, l'européiste Macron et ses sbires ne font que suivre le programme ordolibéral énoncé par Frits Bolkenstein en juillet 2000 : ces gens-là sont patients et opiniâtres, antidémocrates le cas échéant (Cf. le refus du NON au référendum de 2005).

 

 

Alexandre Anizy

 

 

 

(1) Source : Pierre Dardot et Christian Laval, La nouvelle raison du monde, La Découverte, 2010.

 

 

Alimentation : la filière bio est mal partie

Publié le par Alexandre Anizy

            Si les consommateurs refusent de plus en plus les produits altérés issus de l'agriculture conventionnelle et, en se tournant vers la bio espèrent, pour certains, contribuer à une meilleure rémunération des paysans, ils seront déçus parce que la filière bio est mal partie, selon notre enquête.

 

 

 

 

            Comment en est-on arrivé là ? « ... la politique de la baisse continuelle des prix agricoles a rejeté, progressivement, l'agriculture hors du champ de l'investissement capitaliste. Les capitalistes agraires sont progressivement éliminés avec les propriétaires fonciers, cédant la place à l'essor de la production paysanne familiale. Telle fut l'évolution de l'agriculture au XXe siècle. Par conséquent, il est clair que l'agriculture paysanne constitue, non pas un résidu précapitaliste, mais une forme recréée par le capitalisme moderne, s'articulant à lui de manière exemplaire. L'agriculture paysanne actuelle ne constitue pas une sphère non-capitaliste. Elle présente simplement l'insolite visage d'un capitalisme sans capitalistes. (...) En réalité, l'investissement effréné des paysans dans l'agriculture est appelé à assumer cette tâche : assurer une production croissante sans poser des problèmes ni de rente, ni de profit. » (1) En quelques lignes, Kostas Vergopoulos résume l'évolution de l'agriculture, avec une forte accélération après la Seconde Guerre mondiale : « Les efforts de remembrement, les contrôles rigoureux des transactions sur les terrains agricoles, les dispositions du droit de succession et les autres interventions ne visent que l'optimisation des structures agricoles, voire la préservation de l'exploitation familiale, en interdisant la propriété naine. » (2)

            Mais comme l'écrivait Claude Faure, « dans la production capitaliste, la circulation s'est en effet emparée de la production en ce sens que la production n'est plus qu'un moment de la circulation. » (3). Ajoutons avec Claude Servolin que du fait du développement du mode de production capitaliste (MPC) et de la division sociale du travail, « le petit producteur se trouve donc contraint de vendre sur le marché une partie croissante de sa production, alors que, comme nous l'avons vu, cette production commercialisée est nécessairement vendue en dessous de sa valeur. » (4) Avec l'hypertrophie de la grande distribution (les GMS), la dégradation s'est accélérée.

 

 

 

 

            Notre enquête porte sur quelques produits bio, notamment de maraîchage, vendus en circuit long. La collecte de prix publics, l'analyse sectorielle et l'examen des bilans de quelques acteurs significatifs de la filière bio permettent d'établir le tableau ci-après.

 

 

Coef.

Chou de Brux.

poireau

Prix public ttc conseillé par unité de vente

 

8,30

3,25

tva

1,055

 

 

Prix public ht

 

7,87

3,08

Marge commerciale détaillant

1,33

 

 

PV ht du grossiste

 

5,92

2,32

Marge commerciale  grossiste

1,1758

 

 

PV ht du maraîcher (rendu clients)

 

5,03

1,97

alors Coef. du producteur au public

 

 

1,65

coût transport par unité de vente (U.V.)

 

0,30

0,30

coût location palette IFCO par U.V.

 

0,10

0,08

Prix vente ht du maraîcher (départ Ferme)

 

4,63

1,59

 

 

Pour ces 2 légumes, en partant des prix publics cohérents sur la dernière saison puisqu'ils sont une donnée de l'ensemble du marché des légumes, et compte tenu du fait qu'une baisse de ces prix ciblés n'est pas souhaitable car elle ne se ferait qu'au détriment des producteurs, nous obtenons pour le maraîcher un prix de vente (HT) au départ de la ferme, après avoir retiré successivement la marge commerciale du détaillant, celle du grossiste intermédiaire, puis le coût de transport et celui d'une palette spéciale.

            Malheureusement, les maraîchers n'ont pas vendu à ces prix-là.

            Pour le chou de Bruxelles, le grossiste PRONATURA Provence payait 3,70 € un produit que nous retrouvions à Paris chez NATURALIA à 7,95 €, soit en dessous du prix conseillé, ce qui n'est pas surprenant puisque PRONATURA Bretagne se vante de faire le plan de production et les prix de ses maraîchers... qui ne seraient donc que des engraisseurs de végétaux, comme la filière porcine si décriée.  

            Pour le poireau, BIOCOOP, distributeur de référence dans la filière bio, payait 1,40 €.  

            Dans ces conditions, chacun comprend que la filière bio est déjà déréglée, au sens où tous les acteurs ne sont pas dans leurs justes positions. Il est permis de douter d'une amélioration prochaine, si on observe la filière céréalière bio en partant d'une exploitation.

            Située dans les Deux-Sèvres, cette ferme vendait sa production bio à la CAVAC (très grosse coopérative pas tout bio, d'envergure internationale ― pour exemple : contrat de 20.000 tonnes de blé dur signé avec la marque italienne Barilla), qui lui payait son blé 411 € la tonne en 2017 et lui garantit un prix mini de 400 € la tonne jusqu'à 2022 (4) ; l'excédent brut d'exploitation (EBE) de cette ferme s'élevait à 59 K€ en 2017, avec 48 K€ de subventions (5) : autant dire que la Subvention, c'est la rémunération de l'exploitant. Et sur les rayons BIOCOOP (6), vous trouvez le pain BIOFOURNIL, qui appartient à la CAVAC.           

 

 

            Comme l'écrivait René Dumont à propos de l'Afrique noire (7) au début des années 60, la filière bio est mal partie. Pourtant, un homme politique très responsable avait dit :  « La France ne doit à aucun prix devenir une poussière d'agglomérations urbaines dispersées dans un désert même verdoyant et même entretenu. Sauver la nature qui sera demain le premier besoin de l'homme, c'est sauver la nature habitée et cultivée. Une nature abandonnée par le paysan, même si elle est entretenue, devient une nature artificielle et je dirais une nature funèbre. Toute autre formule, d'ailleurs, serait non seulement déplorable, mais serait ruineuse. Et même sur le plan économique, il est à mon sens plus rentable d'avoir des terres habitées et cultivées par des hommes, même si on est obligé d'aider ces hommes, que d'avoir de vastes réserves nationales, entretenues, conservées et protégées fatalement par une masse de fonctionnaires. » Georges Pompidou (8) Et on a eu la nature abîmée par l'agriculture productiviste d'hommes subventionnés pour le meilleur profit du reste de la filière, la nature désertée par les paysans (fait sociologique majeur du XXe siècle : la fin de la paysannerie), et la masse de fonctionnaires qu'on veut maintenant "dégraisser", et les mégapoles (qui sont les uniques cibles du développement au détriment de la France périphérique (9) : l'effondrement est au bout de l'entêtement mortifère). Force est de constater le fiasco, l'échec économique, écologique et sociale des 60 dernières années.     

            Nous nous gardons de toute prédiction. Ni pessimisme, ni optimisme : comme Pierre Bitoun et Yves Dupont (10), nous écrivons l'avenir en ... Soyons raisonnables puisque tout est incertain.

 

 

Alexandre Anizy

 

 

 

 

(1) Samir Amin et Kostas Vergopoulos, La question paysanne et le capitalisme, éditions anthropos-idep, 1er trimestre 1977, page 266-67. (ouvrage réédité en 2016 par NENA en livrel)

(2) Ibidem, p.217.

(3) Claude Faure, Agriculture et capitalisme, éditions anthropos, 1978, page 22.

(4) Ainsi que, pour information, 300 €/t pour le maïs, 1.350 €/t pour la lentille (mini garantis jusqu'à 2022).

(5) Le lecteur intéressé se reportera aux statistiques issues du Réseau d'Information Comptable Agricole (RICA) dans les Dossiers Agreste (Ministère de l'Agriculture).   

(6) BIOCOOP a commencé un programme de boutiques boulangerie (la première a ouvert près d'Agen) : l'accès aux bons produits sera étendu, c'est le  bénéfice des consommateurs ; pour celui du paysan, il faudra attendre, si on a la foi.  

(7) René Dumont, L'Afrique noire est mal partie, Seuil, 1962 (revue et corrigée en 1973).

(8) Georges Pompidou, discours de Saint-Flour en 1971, cité par Pierre Bitoun et Yves Dupont (9), p.174.

(9) Pour comprendre la situation française actuelle, nous recommandons vivement le dernier ouvrage de Christophe Guilluy, No society. La fin de la classe moyenne occidentale, Flammarion, octobre 2018.   

(10) Pierre Bitoun et Yves Dupont, Le sacrifice des paysans. Une catastrophe sociale et anthropologique, éditions L'Echappée, 4e trimestre 2016.

 

L'Allemagne siphonne l'Europe

Publié le par Alexandre Anizy

Dans un article de bonne facture, le professeur d'économie Kostas Vergopoulos montre la responsabilité de l'Allemagne dans le fiasco européiste.

De temps en temps, les néoconservateurs de Libération laissent passer un article pour maintenir l'illusion de leur indépendance progressiste. C'est ainsi que le 11 octobre 2016 le professeur d'économie Kostas Vergopoulos, avec la précision et la concision qui le caractérisent (1), pointe l'enrichissement de l'Allemagne aux dépens de ses partenaires, ce qui explique son intransigeance dogmatique en matières monétaire, financière et budgétaire.

L'Allemagne s'enrichit, l'Europe s'appauvrit

A force d'accumuler des excédents au détriment de ses partenaires et de bénéficier en premier lieu de la politique de prêts de la Banque centrale européenne, la première puissance du Vieux Continent met en danger l'Union et sa monnaie.

Que l'entreprise européenne se préci­pite vers son point de non-retour est un sentiment largement partagé même par les partisans du projet européen et de sa monnaie unique. Toutefois, au cours

du sommet de Bratislava qui s'est tenu le 16 septembre, les dirigeants européens, malgré leurs doléances envers Berlin, n'ont eu droit qu'à une timide mise en cause par le couple franco-allemand de l'image "non attrayante" de l'Europe auprès de ses citoyens.

Or, il est rare que la qualité de l'image se limite à un problème de communication, surtout dans la région du monde qui, malgré ses excédents extérieurs records, bat aussi tous les records dans les domaines du ralen­tissement économique et du chômage.

Cela devrait être une question infiniment plus grave qu'un simple problème commu­nicationnel. Il y a déjà trop de signes dou­loureux dans la vie des dizaines de millions d'Européens pour prétendre que tout cela n'est qu'un simple problème d'image et se contenter d'un délai de six mois de réflexion pour l'améliorer.

Or, si l'Europe, tant sociale qu'économique, présente aujourd'hui un spectacle "déplorable", ce n'est pas parce que le reste du monde l'entraînerait dans son sillage dépressif. Au contraire : c'est le Vieux Continent, le plus grand marché mondial, qui, comme un énorme «trou noir», tire vers le bas le reste de la planète. Lorsque les Etats-Unis, le Japon,

la Chine et les autres économies émergentes essaient par tous les moyens de relancer leurs économies, l'Europe est la seule région qui, au contraire, s'entête dans l'austérité de ses dépenses et de ses revenus. Dans ce contexte, c'est tout à fait logique que le Vieux Continent, notamment l'Allemagne, extorque des surplus extérieurs faramineux, profitant des dépenses expansives des autres et de la restriction des siennes. Rien que pour l'année passée 2015, le surplus extérieur allemand atteignait 319 milliards de dollars, soit 8,9% de son PIB, dont plus de la moitié provient de la zone euro. Or, l'excédent alle­mand implique du même coup un déficit équivalent pour le reste du monde, notam­ment pour les pays membres de la zone euro. Cette dernière «pompe» les finances, tandis que leurs partenaires en subissent les effets. Les excédents de l'Allemagne exercent des effets de contraction sur les économies par­tenaires, notamment celles de la zone euro. Pour éviter ces effets néfastes, le pays excé­dentaire aurait dû relancer sa demande inté­rieure, ce que Berlin refuse au nom de sa compétitivité. De même, l'utilisation loyale, idéale, devrait être le

recyclage de ces excédents dans les pays déficitaires, ce que l'Al­lemagne refuse également, les investis­sements alle­mands à l'étranger ne dépassant pas 1,5% de son PIB. A l'intérieur même de

Face au danger d'assèchement des écono­mies européennes, la Banque centrale euro­péenne et son président, Mario Draghi, appliquent depuis 2012 la politique dite d'«assouplissement quantitatif» fournissant des liquidités à faible taux d'intérêt. De cette politique, sèchement désavouée par Berlin, l'Allemagne est pourtant, jusqu'à aujourd'hui, le principal bénéficiaire : les crédits bon marché de la BCE sont répartis parmi les pays membres non en fonction de leurs besoins, mais en fonction de leur participation au capital de la BCE. Autrement dit, les pays déjà compéti­tifs et excédentaires reçoivent la part du lion, tandis que les pays qui en ont le plus besoin n'en reçoivent que des miettes, la Grèce en étant formellement exclue sous le prétexte de sa dette excessive.Selon le journal écono­mique Handelsblatt, dans son édition du 6 septembre, l'Allemagne s'est déjà approprié plus de 30,5 milliards d'euros par an du pro­gramme de l'assouplissement quantitatif de la BCE au cours des années 20U-2015, ce qui lui permet de présenter un excédent budgé­taire annuel de18,5 milliards. Or, si la BCE ne prête qu'aux pays déjà solvables, cela impli­querait qu'elle ne remplit plus les fonctions de «créancier de dernier ressort» revenant à la notion de Banque centrale, mais qu'elle se comporte comme une banale banque com­merciale. Elle donne à ceux qui ont déjà et ne donne rien à ceux qui n'ont pas.

Le président de la Bundesbank, Jens Weid­mann, vient de clarifier mieux que tout autre la conception allemande de l'Union : l'Eu­rope ne devrait pas être un tout, mais plutôt une simple addition de pays solides sur le plan national, et compétitifs sur le plan international (1). Selon lui, le transfert de ressources parmi les pays membres est inad­missible, fût-il par solidarité envers les pays en difficulté, car cela nuirait à la discipline budgétaire de chaque nation membre. Or, si la solidarité des gagnants envers les <<perdants» de l'euro est exclue, à quoi la monnaie unique sert-elle, sinon à rendre leur redressement encore plus inattei­gnable ? De toute façon, l'austérité imposée par l'Allemagne dans ses partenaires depuis 2010 n'a pas optimisé le fonctionnement de la zone monétaire, n'a pas renforcé la convergence ni la cohésion d'ensemble, mais, au contraire, elle a ressuscité les an­ciennes divergences parmi ses pays mem­bres, tout en rajoutant des nouvelles.Son bilan se résume aux excédents thésaurisés pour l'Allemagne et à la persistante réces­sion pour ses partenaires.

Au cours des années 2010-2016, au lieu de stabiliser les économies de ses pays mem­bres, la monnaie commune fonctionne comme un important facteur de leur désta­bilisation. Pourtant, si un jour la zone moné­taire devait s'éclater, par suite des effets dévastateurs de l'austérité en période de récession, le plus grand perdant de l'affaire risquerait de s'avérer celui qui aujourd'hui paraît comme son principal gagnant.

(1) Lire le Monde du 18septembre.

Par

KOSTAS VERGOPOULOS

Professeur émérite des sciences économiques, université Paris-VIII.

(dans Libération du 11 octobre 2016)

Alors vraiment, toutes choses égales par ailleurs, nous ne voyons pas ce qui obligerait l'Allemagne à sortir de l'euro, qui est sa poule aux oeufs d'or. Seul un économiste comme Stiglitz (2) peut émettre l'abracadabrant souhait d'une telle sortie volontaire.

Alexandre Anizy

(1) Nous nous souvenons d'un cours magistral à Paris VIII en 1985-86 dans lequel Vergopoulos soutenait la thèse d'une politique keynésienne de Reagan.

(2) Joseph Stiglitz, prix Nobel d'économie en 2001, dans le Parisien du 11 octobre 2016 :

« C'est elle [l'Allemagne] la source du problème. La meilleure chose serait qu'elle sorte de la zone euro. »

Les banksters saignent le système monétaire en Italie et ailleurs

Publié le par Alexandre Anizy

Après la crise de 2008, rien n'a vraiment changé : ni les hommes, ni les armes financières massives.

Depuis l'arrêt du système de Bretton Woods (par le républicain Richard Nixon) et la mise en place de la déréglementation (par le démocrate Jimmy Carter, puis le coup mortel de Bill Clinton - le président de Wall Street avec son banquier détaché Lawrence Summers, celui qui "libéra" le marché des dérivés... et qu'on retrouva auprès du débutant Barack Obama...), le système bancaire jouit d'une telle autonomie qu'il échappe à la justice et à la décence : l'intérêt général n'est qu'un élément impératif de langage recouvrant ses décisions.

Il est vrai que cette observation vaut aussi pour d'autres secteurs économiques. Dans la jungle libérale, on a vu ainsi des dirigeants s'enrichir personnellement au fur et à mesure que leurs entreprises se délitaient. Voici quelques exemples :

http://www.alexandreanizy.com/article-7217718.html

http://www.alexandreanizy.com/article-7219813.html

C'est d'ailleurs un processus normal, selon le magistrat Jean Maillard : « Les dirigeants peuvent devenir, contrairement à ce qu'on pourrait croire, les meilleurs ennemis de leur entreprise car ils sont les mieux placés pour la dévaliser ». (1) Et Gregory Mankiw, professeur d'économie à Harvard et ancien conseiller de George Bush Jr, a même affirmé qu' «il serait irrationnel pour les [PDG] de caisses d'épargne(2) de ne pas piller leur entreprise» (3).

Pour les firmes bancaires, Aurore Lalucq en collaboration avec William K. Black a montré l'ampleur des dégâts causés par les banksters dans le livret Les banquiers contre les banques : le rôle de la fraude dans la crise des subprimes y est clairement exposé. La crise ne pouvait pas être évité puisque les régulateurs qui devaient veiller au bon fonctionnement du système étaient des adeptes de la déréglementation : « Pendant les années précédant la crise, la culture de la Federal Reserve a été confortée par un président [Alan Greenspan] dont la conviction philosophique était puissante, profonde et impérieuse : le marché et la discipline qu'il exerce maîtrisent plus efficacement les risques que la réglementation et la surveillance de l'Etat.»(déclaration de Rich Spillenkothen, directeur de la supervision et de la réglementation des banques au Federal Reserve Board de 1991 à 2006, cité p.73) Il convient de citer ici Timothy Geithner, président de la Fed de New York (2003 à 2008) et donc responsable de certaines grandes banques impliquées dans la crise : « Je n'ai jamais été un régulateur». Il deviendra le premier Secrétaire d'Etat au Trésor de Barack Obama.

Alors, vous devinez la suite.

Après la crise de 2008, d'aucuns pourraient croire que les choses ont changé : que nenni ! L'environnement criminogène est toujours présent :

  • la déréglementation ;
  • Bâle ;
  • les normes comptables ;
  • la doxa néolibérale.

« Ce qui est resté secret, mais qui fut récemment dévoilé, c'est que Timothy Geithner est intervenu auprès des procureurs d'Etat et fédéraux pour s'opposer aux enquêtes - sans parler des poursuites - contre les fraudeurs en col blanc (Black 2012). Son argument consistait à dire que le système financier était fragile et que nous ne pouvions pas vraiment nous permettre de tout démanteler par des enquêtes et des poursuites judiciaires. Quelle excellente idée de laisser des criminels à la barre des plus grands établissements financiers pour assurer la stabilité financière.» (p.84)

En la matière comme dans les autres, l'Europe n'a pas fait mieux. En France, la crise a accentué la concentration bancaire (le too big to fail vaut plus que jamais) : sans compter le hors bilan où sont logées les poisons financiers, le bilan de la seule BNP Paribas est d'environ 2.000 milliards d'euros, soit le PIB de la France.

En 2014, 5 % des 7.000 milliards d'euros inscrits au bilan des banques françaises sont constitués de prêts aux PME : c'est très peu. En 2014, l'encours des produits dérivés (actifs financiers dont faisaient partie les subprimes) de 710.000 milliards de dollars dépasse son niveau de 2008 : 90 % de ce volume sont des instruments sur les taux de change et les taux d'intérêt. Les banques réalisent 90 % de la création monétaire, fixant ses prix, et elles manipulent les marchés (Cf le scandale du Libor, etc.) : plus les Banques Centrales injectent des liquidités, plus les marchés de titres, actions et obligations et leurs dérivés augmentent ; plus le bilan des banques augmentent, plus leurs profits croissent. L'argent injecté ne va pas aux entreprises et aux ménages (via le crédit) : c'est pourquoi il est faux de dire que les banques soutiennent la croissance.

Les ingrédients de la crise de 2008 (la bulle financière, l'endettement, le marché de l'immobilier) ont retrouvé leurs niveaux de dangerosité : où explosera la bombe ? Italie, Londres, Allemagne, Chine ?

Le cas des banques italiennes est édifiant : 360 milliards de créances douteuses, avec un besoin d'argent frais de 40 milliards. Dans les années 90, elles ont fourgué leur propre dette à leurs clients sous forme de produits souvent risqués, avec l'aimable bienveillance des autorités publiques de l'époque dont un certain Mario Draghi au Trésor italien ... le même Mario Draghi (après un passage chez Goldman Sachs, la banque qui monta la tricherie de l'Etat grec sur ses comptes pour rentrer dans l'euro) qui aujourd'hui à la tête de la BCE veut que les Etats achètent les créances pourries des banques : l'addition arrive, et les banksters l'orientent à nouveau vers les contribuables !

Mais pour redresser la banque Unicredit dont la capitalisation boursière a fondu de 62 % depuis le début de l'année 2016, un cavalier vient de surgir : Jean-Pierre Mustier, le cador de la Société Générale, un des responsables aveugles (si on croit ses dires) de la catastrophe Kerviel...

Puisqu'au fond rien n'a changé, tout va pouvoir recommencer.

Alexandre Anizy

(1) Les banquiers contre les banques (éditions Charles Léopold Mayer, octobre 2015, 10 €), page 17.

(2) Fin des années 1980, plus de 1.600 caisses d'épargne américaines (les Savings and Loans) font faillite à cause de pratiques bancaires frauduleuses d'ampleur systémique : plus de 800 responsables de caisses (dirigeants et cadres supérieurs) ont été condamné à des peines de prison fermes. Grâce à la dépénalisation qui suivra (Wall Street tient le stylo du législateur), l'après-subprimes ne sera pas comme l'après-Savings&Loans.

(3) « L'auteur du manuel d'économie le plus vendu au monde [Gregory Mankiw] estime donc qu'il est irrationnel de ne pas être un escroc. » (Aurore Lalucq, page 68), du moins quand on est banquier...

Un ménage des économistes David Thesmar et Augustin Landier

Publié le par Alexandre Anizy

Dans le jargon des médias, on parle de "ménage" quand un journaliste monnaye sa présence active dans une réunion (colloque, séminaire, salon, etc.). Chez les économistes, cela peut prendre une autre forme : la phobie déontologique.

David Thesmar et Augustin Landier ont signé une étude sur les chauffeurs français de la société Uber, dont la conclusion lui est favorable : cela ressemble à une communication de recherche universitaire, sauf que c'est Uber qui a financé le travail (pour le savoir, il faut lire attentivement une note de bas de page)... et qui a sans doute facilité les papiers dans le Financial Times ou les Echos.

On connaissait l'aversion de David Thesmar pour la régulation du système bancaire,

http://www.alexandreanizy.com/article-25157646.html

comme celle d'Augustin Landier pour la Banque Publique d'Investissement (BPI), mais on n'imaginait pas qu'ils souffraient de phobie déontologique.

Dans ce milieu, on sait bien que le concept de conflit d'intérêts n'a pas pénétré quelques cervelles très médiatisées, puisqu'elles se présent(ai)ent en "économistes experts" pour parler des lois bancaires ou bien de la dette grecque, comme par exemple :

Jean-Hervé Lorenzi

http://www.alexandreanizy.com/article-jean-herve-lorenzi-ou-le-fabuleux-business-d-un-economiste-intermediaire-70797819.html

Olivier Pastré

http://www.alexandreanizy.com/article-l-hypocrisie-du-noble-olivier-pastre-economiste-en-cercle-39931815.html

Daniel Cohen

http://www.alexandreanizy.com/article-vers-une-restructuration-de-la-dette-grecque-et-le-cas-daniel-cohen-72427148.html

Mais aujourd'hui, il semble qu'une étape ait été franchie par David Thesmar et Augustin Landier. En effet, on peut légitimement se demander si ces deux économistes de ménages étaient libres de tout engagement, si Uber n'était pas déjà dans leur cercle de financement, quand ils ont signé leur article dans le Monde du 25 septembre 2013 dans lequel ils écrivent :

« Aujourd’hui, de nouveau à la frontière technologique, l’innovation ne se décrète pas, fût-ce par des commissions d’industriels bien informés des réalités de l’entreprise : la résurrection du planisme, c’est le retour d’une vision créationniste de l’économie, inadaptée à la réalité darwinienne de l’innovation contemporaine. » ;

« Oui, la France se désindustrialise : ce n’est ni une pathologie ni une catastrophe. Cette évolution, «grand espoir du XXe siècle» selon l’économiste Jean Fourastié, il est temps que l’Etat choisisse de l’accompagner plutôt que de la combattre inutilement. » ;

Pourtant ces 2 lascars ne peuvent pas ne pas ignorer qu'un manageur azimuté Serge Tchuruk a mis en œuvre cette brillante idée : un groupe industriel sans usine. Sous le sabre de ce polytechnicien de surface, Alcatel n'a pas cessé de s'autodétruire, de restructurations en plans d'économie ou d'échappatoire comme ce mariage naufrage avec Lucent... pour finir dans l'escarcelle du groupe finlandais Nokia, avec quelques millions de deniers pour Michel Combes, président inspiré par l'affreux maître (1) : si Tchuruk a montré qu'il n'était pas un entrepreneur schumpetérien, c'était par contre un mercenaire avisé puisque son patrimoine personnel a monstrueusement augmenté tandis que la valeur d'Alcatel fondait sous son règne.

Au fond, cette étude lamentable de Thesmar et Landier révèle deux choses : les libéraux peuvent souffrir de phobie déontologique et ces néoconservateurs ont leur (a)morale qui n'est pas la nôtre.

Alexandre Anizy

(1) Dans cette Bérézina de l'industrie française, il faut mentionner l'autre grand gagnant : Philippe Camus.

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