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Chef d'oeuvre : Boris Pahor, pèlerin parmi les ombres (Nekropola)

Publié le par Alexandre Anizy

Le slovène Boris Pahor a écrit un chef d’œuvre (1) : Pèlerin parmi les ombres (titre original : Nekropola), en collection poche de la Table ronde (8,70 €). Il raconte les camps de concentration et d’extermination de la Seconde Guerre mondiale, aussi bien (d’un strict point de vue littéraire) que le fit Primo Levi dans Si c’est un homme, ou bien encore Imre Kertész dans Être sans Destin. Chacun de ces trois récits part d’un angle différent : ils nous paraissent complémentaires.

 

Nous nous souvenons que des historiens s’interrogeaient sur le silence des rescapés, tout en admettant d’emblée combien il leur semblait difficile de narrer l’indicible horreur. Au cours de son récit, Boris Pahor parle à un moment d’impudeur, et cet argument peut aussi expliquer en partie ce silence :

« En cet instant, j’aimerais dire quelque chose à mes anciens camarades mais j’ai l’impression que tout ce que je leur dirai en pensée sera faux. Je suis vivant, voilà pourquoi mes sentiments les plus sincères sont quelque part impudiques. » (p.120)

Un autre argument, terrible, est celui de l’application inversée du principe salvateur dans cet enfer :

« Car la première condition pour survivre un minimum est la suppression radicale de toutes les images qui n’appartiennent pas à l’empire du mal. » (p.35)

 

En écrivant ces lignes, nous nous interrogeons sur ce que Boris Pahor a pu penser de l’éclatement de la Yougoslavie et son cortège de monstruosités.

 

 

Alexandre Anizy

  

 

(1) Comme Primo Levi, Pahor dut publier à compte d’auteur le récit de sa traversée de l’enfer… c’est dire l’aveuglement des éditeurs, lorsqu’ils sont prisonniers de leur logique marchande.  

 

Discorde à l'AG de sauvetage de la Quinzaine Littéraire

Publié le par Alexandre Anizy

La Quinzaine Littéraire va mal : elle perd 6.000 euros par mois. C’est pourquoi en mai, Maurice Nadeau, le fondateur et dirigeant de la revue qui s’est éteint le 16 juin à 102 ans, lançait une souscription pour la sauver, sous la forme d’actions d’une valeur nominale de 100 €. Le 9 juillet, les fondateurs actionnaires étaient convoqués par courriel à l’Assemblée Générale constitutive d’une SAS, nommée Société des Contributeurs et Lecteurs de la Quinzaine Littéraire (SCLQL), au Centre Wallonie Bruxelles (salle de spectacles - vendredi 12 juillet à 9 h.). Et la séance fut animée.

 

Que s’est-il donc passé à cette AG constitutive menée par le président de séance Jean Lacoste ? Si l’esprit de Maurice Nadeau était dans toutes les têtes, pour d’aucuns il convenait de ne pas le graver dans les statuts de la SAS, accordant ipso facto un blanc-seing. Donnons les faits :

·        Pas de feuille de présence des actionnaires : ni émargement, ni contrôle des présents (une trentaine environ, sur 481 selon Gilles Nadeau) ;

·        Pas de certificat du dépositaire (malgré notre demande d’une copie au président de séance) ;

·        Pas de remise d’une copie de la liste des actionnaires ;

·        Refus du président de séance Jean Lacoste (et futur Président de la SAS) de mettre au vote la modification des statuts, notamment l’objet de la société ;

·        Vote des personnes présentes pour l’approbation des statuts présentés par Jean Lacoste ;

·        Election de Jean Lacoste au poste de Président de la SAS.  

Comme on le constate, le formalisme juridique n’est pas le point fort de l’équipe en place. Et pour la gestion ?

 

Or en droit, la forme c’est le fond. Notamment pour les SAS, forme juridique choisie par les saigneurs du fortin délabré, qui offre l’avantage d’une grande liberté de manœuvre : les SAS organisent leur administration, leur mode de décision, selon les statuts qu’elles se donnent.

 

Que voulaient les fondateurs actionnaires réunis ce jour-là ? Sauver la Quinzaine Littéraire en ayant la garantie du maintien de son indépendance, dans l’esprit qui animait son fondateur. C’est pourquoi nous avons demandé d’ajouter dans l’objet de la société (1) que « la SAS ne pourra s’associer avec une autre personne morale ou physique dans une autre structure que si elle en détient au minimum la minorité de blocage ». Modeste, notre demande qui visait à inscrire dans le marbre des statuts la garantie du maintien de l’esprit de la maison, cette demande de garantie fut rejetée par le futur Président Lacoste, qui ainsi se garde les mains totalement libres pour soumettre la Quinzaine Littéraire aux desiderata d’un autre partenaire.    

Il est juste de remarquer que l’argent des fondateurs actionnaires intéressait, pas leur volonté. Mais puisque SAS il y a, le fait du Prince ne peut nous étonner.

 

Nul ne sait ce qu’il adviendra de la Quinzaine Littéraire. Somme toute, cette pseudo AG constitutive fut croquignole, puisqu’elle a vu un quarteron d’intellectuels anciens mettre la main piteusement sur l’entreprise d’un trotskyste historique.

 

 

Alexandre Anizy

 

 

(1)    En page 2 des statuts de la SAS soumis à l’AG constitutive du 12 juillet, l’article 3 – objet dit :

« La société a pour objet de détenir des Titres de la société NOUVELLE QUINZAINE LITTERAIRE, éditant le journal La Quinzaine Littéraire.

Elle regroupe des personnes physiques ou morales attachées à l’existence de la Quinzaine Littéraire, soucieuses d’en assurer l’indépendance et de contribuer à son développement. 

Elle peut réaliser toutes les opérations qui sont compatibles avec cet objet, s’y rapportent et contribuent à sa réalisation. »

 

 

Programme de l'oligarchie psumpesque

Publié le par Alexandre Anizy

Il faut remercier le ministre Stéphane Le Foll, le bien nommé, pour avoir crument exprimé la vérité sur le programme ambitieux de l’oligarchie psumpesque :

« Changer de cap serait une erreur, mais je ne dis pas qu’il ne faut rien changer. Je pense en particulier que notre discours, lui, doit changer. » (le Monde du 10 juillet 2013)

La priorité politique sera celle des mots dans la lutte contre les maux : ils mettront un bonnet rose sur le vocabulaire. Autrement dit, ils s’agiteront dans les médias (1) pour mettre un coup de peinture fraîche sur l’immeuble France en voie de délabrement.  

 

La soumission est au pouvoir.

 

 

Alexandre Anizy

 

(1) : l’entretien de Michel Sapin chez Mediapart ce jour-même fait partie du plan (d’artillerie) de communication.

 

Goûter à Pouchkine

Publié le par Alexandre Anizy

 

Il y a peut-être dix ans, nous avons lu le volume I des œuvres poétiques de Pouchkine (éditions L'âge d'homme, 1981) : grande déception, puisque nous restâmes insensibles à ses vers.

Nous n'étions pas au kairos : il eût été vain d'insister.

 

Cette année, la fille du capitaine (en livrel gratuit) nous permet d'apprécier le talent du prosateur : fluidité de la langue, composition du récit. Au final, on obtient la simplicité de l'émotion dans le cadre juste d'une Russie complexe.

 

Puisque nous nous sommes enfin rencontrés, d'autres rendez-vous viendront.

 

 

Alexandre Anizy

 

 

Hokusai de Shotaro Ishinomori

Publié le par Alexandre Anizy

 

Bien que la bibliothèque de nos enfants soit bien fournie en mangas depuis quelques années, nous n'avons pas accroché à cette forme japonaise de la bande dessinée. Mais cette invasion pacifique nous a permis de découvrir Hokusai de Shotaro Ishinomori (éditions Kana, 2011, 592 pages).

 

Dans ce manga particulier, le réputé Ishinomori raconte à sa manière la vie du peintre japonais Hokusai, inventeur du mot "manga" qui changeait de nom comme il changeait de motifs ou de techniques, marquant ainsi linguistiquement son œuvre. Et pour la première fois, le coup de crayon de l'artiste retint notre attention : il nous donna envie de regarder et lire.

 

A notre avis, Hokusai est plus et mieux qu'un manga.

 

 

Alexandre Anizy