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La lassitude du lecteur de fond (II)

Publié le par Alexandre Anizy

Suite de notre note http://www.alexandreanizy.com/article-la-lassitude-du-lecteur-de-fond-i--41980257.html

 

 

Le deuxième remède à cette lassitude du lecteur de fond a l’avantage de maintenir une sorte de cordon ombilical avec le monde de la représentation, un fil ténu qui aurait pour objectif de ré-enchanter le sujet assommé par tant de produits frelatés. Comment ?

Par la poésie, évidemment.

 

Techniquement, la poésie permet les doses homéopathiques, c'est-à-dire de courtes phases de lecture. Elle maintient ainsi le rite en s’affranchissant de la pénibilité, i.e. la durée.

Reste à choisir entre la relecture des anciens et la découverte de nouveaux talents. Pour notre part, nous varions le menu : l’envie du moment guide notre main dans les rayons de la bibliothèque ou du libraire.

 

Par exemple, savourons aujourd’hui ces deux tercets :

 

« Vers la gaze de feu que trament les rayons,

Vole le frêle essaim des riches papillons

Qu’enivrent la lumière et le parfum des sèves ;

 

Alors mes doigts tremblants saisissent chaque fil,

Et dans les mailles d’or de ce filet subtil,

Chasseur harmonieux, j’emprisonne mes rêves. »

 

Sonnet la sieste (« les Trophées »)

De José-Maria de Heredia 

 

 

Alexandre Anizy

 

La lassitude du lecteur de fond (I)

Publié le par Alexandre Anizy

Récemment, une amie nous faisait part de ce que nous appellerons la lassitude du lecteur de fond. A force de lire avidement les bouquins consacrés à ses passions diverses, à ses occupations professionnelles, aux problèmes socio-économiques qui nous interpellent, il arrive de ressentir les effets cumulés du ballonnement et de l’écœurement.

Ô horreur ! À notre insu, nous sommes peut-être devenus des lecteurs mécaniques, au sens défini par Edith Wharton.

(Lire http://www.alexandreanizy.com/article-34213167.html )

 

Décrivons les symptômes selon notre amie :

« (…) j'emprunte un livre, par exemple, ou j'en attaque un, et souvent, même si au départ le thème semblait intéressant, voire original, je me désintéresse car j'ai le sentiment que tous ces gros pavés de bouquins sont pour être vendus à la quantité ! Et l'idée sympa de départ se dilue... »

En effet, de prime abord, le secteur de l’édition est aussi marchand que celui des produits frais ; par conséquent, il applique aussi les règles de la mercatique. Dans ces conditions, il est normal de renâcler à la lecture d’une « recette » sur-employée.    

 

Quelle sera notre prescription face à ce désintérêt soudain des livres, voire à ce désenchantement du monde ?

Contre ce mal, nous proposons 3 remèdes.

Le premier est le plus radical : sevrage total !

 

 

Alexandre Anizy

Personne ne lira Gwenaëlle Aubry

Publié le par Alexandre Anizy

 

Personne ne lira Gwenaëlle Aubry, et c'est tant mieux, puisque « Personne » (Mercure de France, juin 2009, 159 pages, 15 €) ne vaut pas le détour.


Après avoir refermé ce livre, nous nous interrogions toujours sur son utilité : si Gwenaëlle Aubry n'était pas une spécialiste d'Aristote et de Plotin, de la philosophie antique en général, nous aurions rejeté cet ouvrage raté avant même la cinquantième page ; seulement voilà, nous respectons beaucoup le milieu universitaire (trop, apparemment), parce qu'il est sans doute l'objet de toutes les attaques cyniques de l'oligarchie, et c'est pourquoi l'auteur a bénéficié d'une ligne d'indulgence excessive de notre part, comme de celle du jury Femina qui vient de lui décerner son Prix.


Que voulez-vous, le nombril de Gwenaëlle nous indiffère !


Intrigués par des critiques littéraires impressionnés par le bagage culturel de l'auteur, qui nous annonçaient un savant entrelacement des textes d'un père fou et d'une fille intellectuelle, nous avons ouvert ce roman avec empathie. Las ! Quelle ne fut pas notre déception ! Ce qui est donné pour des textes du père ne servent qu'à justifier la prose de la fille dont le babillement est avéré. On cherche en vain un sens dans ce fatras d'anecdotes, d'émotions, de réflexions …


Ne pensez pas trouver dans le style un moyen de sauver l'ouvrage du naufrage ! Il est aussi insipide que l'argument romanesque était prétentieux.

« En sa qualité de juriste, mon père était spécialiste de la décentralisation – ce qui, à supposer que l'Etat, ce soit (le) moi, manifestait une certaine cohérence. Il avait, très jeune, soutenu une thèse brillante sur le sujet, fondé un enseignement universitaire, publié livres et articles. » (p.145)

L'abus de virgules trahit le Docteur tout en plombant la musicalité.

« Il est parti pieds nus, m'a dit mon grand-père ce jour-là au téléphone. C'était le jour de mes trente ans, je m'étonnais qu'il ne m'ait pas appelée. Le soir, je donnais une fête à la campagne, dans la grande maison au bord de la rivière. J'étais là, dans la cuisine, à préparer des quiches et des gâteaux, le bébé dormait dans son couffin d'osier posé sur la table, à l'amie qui fêtait son anniversaire avec moi, j'ai dit cela aussi, mon père a disparu il est parti pieds nus, et quelques jours plus tard, encore, de retour à Paris, pour expliquer mon retard à une lecture, mon père a disparu, ces mots que je prononçais dans le silence, c'est peut-être (...) » Bien que la phrase ne soit pas finie, on arrête là, n'est-ce pas ? (p.129)


Cet ouvrage est un non livre qui ne demande qu'une réponse : des non lecteurs.


Alexandre Anizy

On ne kiffe pas la "folle Amanda" Sthers !

Publié le par Alexandre Anizy

« Keith me » (Stock, août 2008, 142 pages, 14,50 €) est un bouquin fait de bric et de broc par l’écri-nain pipole Amanda Sthers (ex Mme Bruel, si on a bien suivi). Que vous dire de ce salmigondis ? Compte tenu de son relatif jeune âge, il apparaît que l’écrivassier a forcément puisé dans des biographies sérieuses (on pense notamment à celle de François Bon - Fayard 2002, 673 pages, 20,90 € : lire notre note http://www.alexandreanizy.com/article-6959204.html ) : reconnaissons le travail de documentaliste, car le reste est consternant.

 

« J’ai commencé un baiser. Elle s’est enfuie ou je l’ai chassée. J’ai été aimé cette nuit. Et j’ai repris ma route, comme un vagabond du cœur. Je ne peux pas me résoudre à le donner à cette femme. Pas tout de suite. Je pense l’appeler quand je serai grand. Si seulement je me souvenais de son prénom. » (p.101)

Résumons : des propos affligeants, un style médiocre. 

 

Si la qualité littéraire des textes de Madame Sthers reste à prouver, nous ne doutons pas que le réseau de la « folle Amanda » lui garantisse un boulevard médiatique pour quelques temps.

 

Alexandre Anizy

 

Edwin Le Héron : PpL des banques (VII)

Publié le par Alexandre Anizy

Suite des notes

http://www.alexandreanizy.com/article-la-preference-pour-la-liquidite-des-banques-selon-edwin-le-heron-i--40533959.html 

http://www.alexandreanizy.com/article-edwin-le-heron-la-ppl-des-banques-ii--40827957.html

http://www.alexandreanizy.com/article-preference-pour-la-liquidite-des-banques-selon-edwin-le-heron-iii--40958203.html 

http://www.alexandreanizy.com/article-ppl-des-banques-selon-edwin-le-heron-iv--41123203.html  

http://www.alexandreanizy.com/article-edwin-le-heron-la-ppl-des-banques-v--41365908.html 

http://www.alexandreanizy.com/article-preference-pour-la-liquidite-des-banques-edwin-le-heron-vi--41572312.html

 

 

Au degré 1 : au niveau microéconomique des banques

 

Evaluation des paris productifs des entrepreneurs

 

Le rôle des banques dans le système capitaliste est de financer la production en opérant une sélection parmi les entreprises et leurs projets d’investissement : les banquiers sont les éphores de l’économie de marché, comme le soulignait fort justement Schumpeter. Cet examen s’opère différemment selon leur état de confiance et leurs « esprits animaux », autrement dit selon leurs anticipations en incertitude radicale.

Concernant la formation des anticipations, Keynes donne 3 caractéristiques :

  • Pour le futur, le présent est plus utile que le passé ;
  • Les prix et la production courante, qui reflète l’évaluation présente par l’opinion, repose sur la somme actualisée des rendements futurs anticipés ;
  • Par convention, on suit généralement la majorité, parce qu’on la suppose mieux informée.

En finançant l’économie et par là-même en créant de la monnaie, les banques sont soumises aux 4 risques du prêteur :

  • le risque de défaut : c’est le non-remboursement ou la valeur nulle de l’actif en cas de faillite ; pour les banques, cela peut déclencher une crise de solvabilité puis de liquidité ;
  • le risque de liquidité : parce que Peter L. Bernstein définit la liquidité comme étant la capacité d’inverser n’importe quand une décision au plus petit coût possible, il convient de ne pas confondre « réversibilité » (i.e. la capacité d’inverser une décision à chaque instant) et « liquidité » (i.e. faire une inversion au moindre coût) ; « Le risque de liquidité correspond donc à l’irréversibilité de certaines décisions (financement par crédit non refinançable), mais aussi au coût parfois élevé de la réversibilité (forte moins value, coûts de transaction élevés). » (Edwin Le Héron, p.116) ;
  • le risque de marché : il s’agit de la variation de l’évaluation des actifs de la banque ;
  • le risque de revenu : il s’agit notamment des actions (dividendes incertains), des obligations et crédits à taux variables.

 « Si tous les modes de financement soumettent à un risque de défaut, les crédits font courir de plus un risque de liquidité et les titres potentiellement tous les risques. » (ELH, p.116)

 

Comportement bancaire et choix de financement

 

Le choix du moyen de financement (par crédit ou par titres du marché financier) s’opère « principalement selon un arbitrage entre rendement et risque face aux crises possibles. La préférence pour la liquidité des banques se traduit par la volonté de réduction de leur incertitude et donc par la recherche de la plus grande réversibilité au moindre coût de leurs décisions. D’où le choix d’une structure de bilan. » (ELH, p.116)

 

        Risque du prêteur et choix du financement

Edwin Le Héron parvient à établir une hiérarchie de financement (actif) et gestion du passif.

Pour limiter le risque de défaut : imposer des ratios d’endettement maximum, des temps courts de retour sur investissement, des hypothèques et des garanties diverses ; sans « esprits animaux », les banques choisiront les emprunteurs les plus sûrs (Etats) et du Court Terme, mais dans cette position elles n’assurent plus leur rôle d’évaluation et de financement des risques d’entreprises ; on a alors :

        [crédits courts + TCN > crédits longs, obligations, actions] 

Pour limiter le risque de liquidité : rendre moins liquide son passif (grâce à l’émission de titres, au développement de l’épargne stable), et plus liquide son actif (crédits CT > crédits LT ; créances refinançables ; titrisation de créances ; titres du marché) ; « Face au risque de crise de liquidité, la structure de bilan traduit la recherche d’une « marchéïsation » de leurs activités. » (ELH, p.117) ; on a alors :

Actif : [obligations, TCN > Crédits courts > Actions > Crédits longs]

Passif :

[titres émis par les banques > Ressources stables > Monnaie]

Concernant le risque de marché : attribuer des crédits est une activité spécifique pour les banques, parce qu’elles doivent recueillir des informations, qui donnent de la valeur à ces créances ; c’est pourquoi les crédits facilitent l’évaluation et la stabilité de l’actif ; on a alors :

[crédits, obligations à taux variable > obligations et TCN à taux fixes

 > actions ]

Face au risque de revenu : (des actions notamment) exiger une forte prime de risque et ne prêter qu’aux entreprises profitables ; on a alors :

[crédits, obligations, TCN > crédits, obligations à taux variables > actions ]

 

« Ainsi le choix d’une économie de marché plutôt qu’une économie  d’endettement peut sembler efficace pour éviter les crises de liquidité, mais tend à créer un risque de solvabilité des banques plus graves encore. Une économie de marchés financiers augmente la volatilité de l’évaluation de l’actif et renchérit le coût du passif (…). Or une crise de solvabilité entraîne facilement une crise de liquidité à sa suite (…) » (ELH, p.117)

Sur le plan macroéconomique, la liquidité des marchés financiers ressemble souvent à un mirage, notamment pour les actions : ils représentent une porte de sortie … dont le prix n’est pas assuré ! Ce mirage est dû à la confusion entre réversibilité et liquidité.

 

(A suivre)

 

 

Alexandre Anizy

 

Rappel : « La préférence pour la liquidité des banques : une analyse postkeynésienne du comportement bancaire » est la contribution d’Edwin Le Héron au numéro des Cahiers lillois d’économie et de sociologie titré « Monnaie et taux d’intérêt en analyse keynésienne »  (L’Harmattan, septembre 2002, 182 pages, 16 €).  

 

Préférence pour la liquidité des banques : Edwin Le Héron (VI)

Publié le par Alexandre Anizy

Suite des notes

http://www.alexandreanizy.com/article-la-preference-pour-la-liquidite-des-banques-selon-edwin-le-heron-i--40533959.html 

http://www.alexandreanizy.com/article-edwin-le-heron-la-ppl-des-banques-ii--40827957.html

http://www.alexandreanizy.com/article-preference-pour-la-liquidite-des-banques-selon-edwin-le-heron-iii--40958203.html 

http://www.alexandreanizy.com/article-ppl-des-banques-selon-edwin-le-heron-iv--41123203.html  

http://www.alexandreanizy.com/article-edwin-le-heron-la-ppl-des-banques-v--41365908.html  

 

 

B. Préférence pour la liquidité et comportements des banques

 

« Le financement est nécessaire pour toute la production. Toutefois nous considérons que la production courante est financée par les fonds de roulement des entreprises et par des autorisations de découvert (revolving funds) accordés par les banques au taux courant. (…). De plus, pour simplifier, nous considérerons par hypothèse qu’aucune épargne monétaire nette des ménages n’est faite sur ce financement courant. » (Edwin Le Héron, p.112)

Il s’agit pour l’auteur d’analyser le financement nouveau de l’investissement, la croissance de la production, la stratégie financière des entreprises, précisément de déterminer l’offre de financement des banques (i.e. le flux nouveau de monnaie) par opposition à l’offre de monnaie que représente le stock de monnaie (i.e. la masse monétaire de l’économie), étant entendu que la demande de monnaie pour les motifs de transaction, précaution et spéculation est en stock, et que la demande de financement concerne le flux nouveau (motif d’entreprise et de financement). Si les banques satisfont en principe cette demande de financement nouveau, l’auteur prend également en compte les marchés financiers où les entreprises peuvent trouver ces liquidités grâce aux ménages qui acceptent d’être moins liquides (autrement dit, ils diminuent leurs stocks de liquidités à cause d’une baisse de leur préférence pour la liquidité).

 

« La préférence pour la liquidité des banques s’exerce à 3 niveaux : au premier degré au niveau microéconomique des banques commerciales, au second degré au niveau macroéconomique, à la fois entre les banques commerciales elles-mêmes et avec la banque centrale, enfin au troisième degré en économie ouverte, entre les banques centrales. » (ELH, p.113)

La préférence pour la liquidité des banques commerciales a pour objectifs de diminuer les 2 risques de crise microéconomique dans leur activité :

  • la crise de liquidité (une crise de court terme), quand leur passif monétaire est très liquide par rapport à leur actif ;
  • la crise de solvabilité (une crise liée à des problèmes de long terme), quand la rentabilité d’une banque est insuffisante, quand la valeur insuffisante de l’actif par rapport à celle du passif mène à la faillite.

« Bien sûr les interactions entre ces deux types de crises sont fortes. » (ELH, p.114)

 

(A suivre)

 

Alexandre Anizy

 

Rappel : « La préférence pour la liquidité des banques : une analyse postkeynésienne du comportement bancaire » est la contribution d’Edwin Le Héron au numéro des Cahiers lillois d’économie et de sociologie titré « Monnaie et taux d’intérêt en analyse keynésienne »  (L’Harmattan, septembre 2002, 182 pages, 16 €).  

 

Edwin Le Héron : la PpL des banques (V)

Publié le par Alexandre Anizy

Suite des notes

http://www.alexandreanizy.com/article-la-preference-pour-la-liquidite-des-banques-selon-edwin-le-heron-i--40533959.html 

http://www.alexandreanizy.com/article-edwin-le-heron-la-ppl-des-banques-ii--40827957.html

http://www.alexandreanizy.com/article-preference-pour-la-liquidite-des-banques-selon-edwin-le-heron-iii--40958203.html  

http://www.alexandreanizy.com/article-ppl-des-banques-selon-edwin-le-heron-iv--41123203.html   

 

La politique monétaire de la banque centrale

La banque centrale (BC) ne cherche pas à maximiser ses profits. Son premier objectif est d’assurer la qualité du signe monétaire.

 

La BC ne peut pas empêcher directement la création monétaire. Elle agit sur les banques de second rang (et donc indirectement sur l’économie) que par la fixation du taux d’intérêt du marché monétaire, par une politique d’open market, par une politique de réserves obligatoires (dont l’objectif est de changer le besoin de liquidités des banques). Mais parce que la BC peut provoquer un effondrement du système bancaire au moyen d’une crise provoquée de liquidités, elle se garde bien d’instaurer une politique de contrainte forte de liquidités sans avoir vérifié préalablement que les banques les plus importantes ne seront pas touchées.

 

« La BC ne peut pas non plus provoquer la création monétaire. Seule une demande d’un agent non financier peut être à l’origine de la croissance de l’offre de monnaie des banques commerciales. La demande de monnaie est motrice. » (Edwin Le Héron, p.108)

Néanmoins, par son discours et son comportement, la BC influe les acteurs économiques : il faut noter qu’ « Ainsi la politique monétaire connaît une certaine « efficacité » par son action sur la demande de monnaie (modification du prix de la monnaie et de la confiance des agents non financiers) plutôt que sur l’offre. » (ELH, p.109)  Autrement dit, la BC est d’autant plus efficace lorsqu’il s’agit de freiner la croissance monétaire ; dans le cas contraire (i.e. susciter la création de monnaie), l’échec est au bout du chemin comme l’a confirmé celui de la politique monétaire de taux zéro au Japon.

 

Avec les banques commerciales, la politique monétaire de la BC consiste à peser sur les coûts de production de la monnaie :

  • Soit directement par le taux d’intérêt du marché monétaire ;
  • Soit indirectement en modifiant les réserves obligatoires, ou en intervenant sur le marché par des apports ou des reprises de liquidités (politique d’open market) ;
  • Soit en modifiant à la hausse les règles prudentielles, ce qui implique une augmentation du coût de fonctionnement des banques.

Agir sur l’un de ces 3 éléments permet de modifier le coût de refinancement des banques, qu’Edwin Le Héron nomme taux exogène du marché monétaire. « Ce taux est largement conventionnel (ce qu’affirmait déjà Keynes). » (ELH, p.109)

Chaque banque centrale possède sa tradition institutionnelle, ses routines, son mode de pensée économique : « L’examen minutieux des discours, des publications régulières, (…), renseigne sur la convention et le modèle sous-jacent utilisés par la banque centrale. Nous pouvons les résumer dans la fonction de réaction de la banque centrale. » (ELH, p.109) C’est une fonction propre à chaque BC et pour un moment donné … mais fortement dépendante du mode de pensée économique dominant et de la tradition locale.

« La politique monétaire est considérée comme « crédible » lorsque les agents économiques pensent que la BC ne changera pas de comportement et continuera à suivre les mêmes règles, donc que sa fonction de réaction est stable. Nous parlerons de « confiance » lorsqu’il y a compréhension mutuelle entre la BC et les agents économiques, c'est-à-dire lorsque les actions de la BC sont en adéquation avec celles des autres agents.» (ELH, p.111et 112)

Une fonction de réaction stable n’implique pas un taux directeur stable.

 

(A suivre)

 

Alexandre Anizy

 

 

Rappel : « La préférence pour la liquidité des banques : une analyse postkeynésienne du comportement bancaire » est la contribution d’Edwin Le Héron au numéro des Cahiers lillois d’économie et de sociologie titré « Monnaie et taux d’intérêt en analyse keynésienne »  (L’Harmattan, septembre 2002, 182 pages, 16 €).  

 

Pauvre Rachida Dati : être politique selon Friedrich von Logau

Publié le par Alexandre Anizy

A celle qui de Montaigne

Ne connaît que l'avenue,

Et qui sans être titrée

Sut s'élever fissa …


« Être l'un, paraître l'autre,

Dire l'autre, penser l'un ;

Tout louer, tout supporter,

Toujours feindre, toujours plaire,

Donner voile à tous les vents ;

Servir les bons, les mauvais ;

Dans tout ce qu'on fait, qu'on trame,

Ne jamais songer qu'à soi :

Quiconque à cela s'applique

Aujourd'hui est politique. »

                         Friedrich von Logau


L'épigramme s'intitule « L'art du monde contemporain ».

Bien que ce poète allemand vécût de juin 1604 à juillet 1655, il est resté d'actualité : n'est-ce pas, Mademoiselle Rachida Dati ?


Alexandre Anizy

 

PpL des banques selon Edwin Le Héron (IV)

Publié le par Alexandre Anizy

Suite des notes

http://www.alexandreanizy.com/article-la-preference-pour-la-liquidite-des-banques-selon-edwin-le-heron-i--40533959.html 

http://www.alexandreanizy.com/article-edwin-le-heron-la-ppl-des-banques-ii--40827957.html

http://www.alexandreanizy.com/article-preference-pour-la-liquidite-des-banques-selon-edwin-le-heron-iii--40958203.html

 

Généralisation du principe de la préférence pour la liquidité et offre de monnaie endogène

 

Le pôle Banque est constitué de 2 entités : les banques de second rang qui créent la monnaie pour le financement de l’économie (crédit ou achat de titres sur les marchés financiers), et une banque centrale (BC) qui veille à la qualité du signe monétaire.

 

A. La Banque Centrale est une institution de régulation de la monnaie

 

La monnaie est un bien social particulier puisque c’est l’équivalent général, un produit fabriqué par des banques concurrentielles.

« Les banques, entrepreneurs en monnaie, seraient des entreprises comme les autres si leur produit ne possédait de fortes spécificités. (…) [la monnaie est] l’équivalent général, c'est-à-dire un pouvoir d’achat et une capacité de remboursement des dettes sans limites. » (Edwin Le Héron, p.105)

Que se passe-t-il quand une ou plusieurs banques échouent dans leur activité de production de monnaie ? Cela se produit quand elles ont financé des paris productifs irréalisables, plus précisément quand le marché ne valide pas la production correspondante :

« Le pouvoir d’acheter distribué par les banques (micro) ne se transforme pas alors en pouvoir d’achat (macro). La fausse monnaie, c'est-à-dire sans contrepartie équivalente à l’actif d’une banque, circulera toujours au passif de l’ensemble des banques, indiscernable de la bonne monnaie. » (ELH, p.106)

A ceci, il faut ajouter évidemment « la possibilité d’une utilisation spéculative de la monnaie détenue pour motif de finance ».

 

Si créer de la monnaie est chose facile, l’activité bancaire ne l’est pas : l’équilibre de la structure de bilan des banques est essentiel.

« La hiérarchisation du secteur, avec l’émergence d’une banque centrale et d’une monnaie ultime, et la réglementation prudentielle ne peuvent suffire à garantir l’absence de crise de liquidité dans le système bancaire, d’où la nécessité d’une théorie qualitative de la monnaie. Ce n’est pas la quantité de monnaie qui est importante mais la qualité de ses contreparties. » (ELH, p.106)

Nous sommes ici au cœur du problème de l’automne 2008.

Ajoutons qu’une validation par le marché est une condition nécessaire mais insuffisante à long terme. En effet, une activité spéculative peut être validée par le marché financier : toutes choses égales par ailleurs, l’accroissement de la quantité de monnaie a pour contrepartie la hausse des cours.

 

 

Keynes définit la monnaie comme la liquidité par excellence, une qualité assurée par 3 propriétés (cf. la Théorie générale) :

  • Une élasticité de production négligeable pour les agents non financiers ;
  • Une élasticité de substitution proche de 0 ;
  • Une élasticité de la demande à l’offre proche de 1.

Edwin Le Héron propose qu’on considère ces propriétés comme des conditions à respecter (ce que Keynes avait lui-même envisagé).  

« L’enjeu du système monétaire est de maintenir la liquidité de la monnaie par la vérification de ces 3 conditions tout en assurant la liquidité de la production, c'est-à-dire les flux monétaires issus de la demande effective. » (ELH, p.107)

Si la demande de monnaie est motrice, s’il n’y a pas de rationnement monétaire et que la politique monétaire se réduit à la fixation exogène du taux d’intérêt, alors la quantité de monnaie est essentiellement due aux entrepreneurs : dans ce cas, l’élasticité de production peut tendre vers 1.

« L’abondance du signe monétaire peut conduire à sa destruction (inflation et hyper inflation) et à son remplacement (dollarisation par exemple). » (ELH, p.107)

Si l’offre exogène de monnaie est constante et verticale, la monnaie peut bloquer la croissance et empêcher le plein emploi dans l’économie. Mais « cette hypothèse est contradictoire avec l’endogénéïsation de la monnaie par le principe de la demande effective. » (ELH, p.107)

L’inélasticité de sa production, propriété de l’or pour laquelle on lui donne vocation à servir d’étalon de valeur, est précisément la source du mal, selon Keynes.

Dans ce cas, ce sont les banquiers qui ont un rôle déterminant. L’attribut de liquidité se retourne contre la production.

 

Il convient donc de se situer entre ces 2 extrêmes : l’horizontalisme pur et le verticalisme.

 

(A suivre)

 

Alexandre Anizy

 

 

Rappel : « La préférence pour la liquidité des banques : une analyse postkeynésienne du comportement bancaire » est la contribution d’Edwin Le Héron au numéro des Cahiers lillois d’économie et de sociologie titré « Monnaie et taux d’intérêt en analyse keynésienne »  (L’Harmattan, septembre 2002, 182 pages, 16 €).  

 

Préférence pour la liquidité des banques selon Edwin Le Héron (III)

Publié le par Alexandre Anizy

Suite des notes

http://www.alexandreanizy.com/article-la-preference-pour-la-liquidite-des-banques-selon-edwin-le-heron-i--40533959.html  

http://www.alexandreanizy.com/article-edwin-le-heron-la-ppl-des-banques-ii--40827957.html

 

Grâce à Nicholas Kaldor, Sidney Weintraub et Paul Davidson (apôtres d’une pensée monétaire anti-monétariste), la théorie postkeynésienne s’écarta peu à peu de l’idée que la monnaie est comme un actif financier : c’était le retour à une logique de flux, avec le « finance motive » de 1937 au centre du débat.

Edwin Le Héron cite le précurseur français Jacques Le Bourva qui « développa en 1959 et 1962 une conception de la monnaie endogène reprise indépendamment 20 ans plus tard par Nicholas Kaldor et Basil Moore sous le nom d’horizontalisme. » (p.101)

A partir de 1975, on assiste à une généralisation, voire un dépassement de l’économie monétaire de production par les postkeynésiens, qui s’intéressent aux problèmes de l’offre de monnaie, du taux d’intérêt et du comportement bancaire.

Quatre tendances keynésiennes se dessinent.

 

  1. La vision traditionnelle

Au départ, une banque unique qui peut créer librement de la monnaie de crédit ; ensuite, la politique monétaire impose des limites, la banque centrale peut déterminer la quantité de monnaie. L’offre de monnaie reste exogène. 

 

  1. Théorie de Tobin des choix de portefeuille appliquée aux banques commerciales concurrentielles

Face à une structure des dépôts incertaine, avec comme objectif la neutralité face au risque, les banques fixent le taux d’intérêt pour couvrir ces risques, en ajustant l’offre de crédit à la demande des agents non financiers. On a donc une structure de financement non neutre et une possible instabilité du secteur bancaire. L’offre de monnaie est ici endogène et le taux d’intérêt exogène mais pas unique.

 

  1. Les horizontalistes

Pour eux, les banques sont des intermédiaires entre la banque centrale qui fixe le prix de la monnaie, et les emprunteurs (demande pour les besoins industriels, commerciaux et financiers). Le pouvoir des banques commerciales est dans leur capacité à délivrer du pouvoir d’achat aux entrepreneurs, à déterminer les innovations financières. Ici, l’offre est endogène au taux d’intérêt courant considéré comme exogène et fixé par la banque centrale. L’offre est infiniment élastique : sa courbe est horizontale (s’opposant ainsi radicalement à la courbe d’offre verticale des monétaristes).

Plaisantons en disant qu’avec eux le motif de financement et la préférence pour la liquidité passent à la trappe.

 

Quatrième approche

(avec Kregel, Le Héron, Messori, Wray, Heise)

Pour eux, les banques de second rang peuvent imposer une contrainte monétaire, par des conditions de financement plus difficiles (comme des taux plus élevés, des garanties plus importantes, des horizons de financement plus courts) ou par un rationnement du financement.

« Elles sont productrices de monnaie face à une incertitude non probabilisable et influencent la croissance et l’emploi par leurs propres anticipations de la demande. Si l’offre ne peut être supérieure à la demande de monnaie, elle peut par contre être inférieure et donc la contraindre. » (ELH, p.104)

« Sous les influences de la banque centrale et de la demande effective des entreprises, l’offre de monnaie et le taux d’intérêt sont endogènes, mais déterminés principalement par le comportement bancaire. » (ELH, p.104)

 

 

Face aux problèmes théoriques de la Théorie générale, face aux perspectives soulevées par les articles de 1937, dans son article cité en rappel Edwin Le Héron abandonne l’idée d’une offre de monnaie exogène (ou constante à court terme), reformule la théorie de l’intérêt et vise à dépasser le concept d’ « autorités monétaires ».

« La solution que nous proposons est de généraliser la principe de la préférence pour la liquidité et de l’étendre notamment aux Banques pour la détermination du taux d’intérêt et du volume de financement, afin de comprendre un éventuel rationnement, cette « rareté désirée ». » (ELH, p.104)

 

Si les « horizontalistes » abandonnent ce principe, Edwin Le Héron le généralise, retrouvant ainsi, dit-il, certaines idées de Keynes du « Traité sur la monnaie ». Pour notre part, nous nous souvenons des temps déjà lointains où Edwin Le Héron rejetait le Keynes du Traité, et constatons avec satisfaction que son approche théorique s’est donc enrichie.

 

(A suivre)

 

Alexandre Anizy  

  

 

Rappel : « La préférence pour la liquidité des banques : une analyse postkeynésienne du comportement bancaire » est la contribution d’Edwin Le Héron au numéro des Cahiers lillois d’économie et de sociologie titré « Monnaie et taux d’intérêt en analyse keynésienne »  (L’Harmattan, septembre 2002, 182 pages, 16 €).

 

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