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Pour Marcia de Richard Brautigan

Publié le par Alexandre Anizy

            Et en souvenir d'une autre (AA).  

 

Le poème Elleenlèvejamaissamontre

Pour Marcia   

 

Parce que tu as toujours une montre

accrochée à ton corps, il est normal

que tu incarnes pour moi

            l'heure juste :

avec tes longs cheveux blonds à 8h03,

et tes seins affolants à

11h17, et ton sourire rose-miaou à 5h30,

            je sais que j'ai raison.

 

Richard Brautigan

(C'est tout ce que j'ai à déclarer, Le Castor astral, édition bilingue, novembre 2016)

Des nouvelles de Gavalda et Brina Svit

Publié le par Alexandre Anizy

            Gavalda et Svit, deux femmes qui parlent des femmes. Mais pas que, heureusement.   

 

 

 

            Fendre l'armure est le titre du nouveau recueil de nouvelles d'Anna Gavalda (Le Dilettante, 2017, en livrel). Elle attaque fort avec "l'amour courtois" :

            « J'avais pas du tout envie d'y aller. J'étais crevée, je me sentais moche et en plus, j'étais pas épilée. Dans ces cas-là j'assure que dalle et comme je sais que je vais rien choper, je finis toujours défoncée comme un terrain de manoeuvres.

            Je sais, je suis trop délicate mais bon, c'est plus fort que moi, si je suis pas nickel et la chatte au carré, je m'accorde aucune ouverture. » (quasiment l'incipit)

            Là on se dit qu'elle aura du mal à tenir la distance, côté style, car même en nouvelle, il faut tenir. Mais elle tint :

            « (en vrai je ne suis pas vraiment la responsable, mais comme il habite en face de Notre-Dame et moi derrière le Stade de France, je me suis sentie obligée de rééquilibrer un peu les mangeoires.) » (p.12/161);

et termine en beauté :

            « Je soufflais sur mes doigts, je me souriais, je me motivais. Allez, que je me disais, allez... Cette fois, c'est différent, tu t'es fait blasonner.

Quand même.

C'était plus classe. » (p.27/161)

 

            Nous aurions pu parler de "Mon chien va mourir", une histoire pour âmes sensibles que Gavalda traite avec délicatesse, de "La maquisarde" aussi... Mais bon, vous le savez bien, Anna sait y faire pour fendre le coeur des lecteurs !

 

 

            Cette semaine-là, nous enchaînâmes avec Nouvelles définitions de l'amour de Brina Svit (Gallimard, janvier 2017, en livrel ― forcément trop cher avec Antoine !), qui prolongea notre plongée dans l'air féminin du temps, puisque Gavalda aurait pu écrire ceci :

            « Par manque d'amour, tout simplement. L'amour, ça s'arrose aussi, jour après jour, comme les salades. » (p.17/163)

            Mais Brina peut être beaucoup plus sérieuse, comme lorsqu'elle fait référence à son compatriote :

            « La pensée comme rage du désespoir est la seule vision pertinente pour ce moment historique de la crise grecque, écrivait son auteur, le philosophe slovène Slavoj Žižek. Le vrai courage n'est pas d'imaginer une alternative, mais de reconnaître qu'il n'en existe pas, et d'en tirer des leçons. » (p.19/163)

            Dans "l'été de Sonia", il semble qu'un type va faire preuve d'un peu de courage :

            « Il va la laisser partir, sans bouger, écoutant le bruit de ses pas et de la porte d'entrée qui va se refermer derrière elle.

― Mais c'est qui, cette femme ? On dirait une caissière de Monoprix.

― De G20, répond-il avec tendresse, en se levant enfin, enfilant le pantalon qui a glissé au pied du lit, et quittant la chambre à son tour. » (p.47/163)

Ce sera son grain de folie, à lui. Peut-être.

            Evidemment, Svit n'a pas pu s'empêcher de glisser du tango !

http://www.alexandreanizy.com/article-visage-slovene-de-brina-svit-124807375.html

 

 

            Mis à part le fait que Brina Svit soit plus nombriliste qu'Anna Gavalda, il n'en demeure pas moins qu'en les lisant on ressent une communauté de perception chez elles.

 

 

 

Alexandre Anizy

 

Les airs d'Ingrid Astier

Publié le par Alexandre Anizy

            Avec Ingrid Astier, en est-ce vraiment ?

 

            Voilà un écrivain qui maîtrise sa communication (Cf. sa page Wikipédia ) mais qui se ment un peu lorsqu'il dit qu'en se consacrant à l'écriture, c'était « un saut dans le vide, sauf que je ne savais pas si j’avais un parachute », puisque le chemin est assez balisé quand on a fait Henri IV et ENS... Passons.

 

            Haute voltige est le nouveau polar d'Ingrid Astier, publié chez Gallimard (mars 2017, en livrel à 14,99 € - trop cher, Antoine !). Pour tout vous dire, nous avons failli lâcher la liseuse à la page 9/533 après avoir lu ça :

            « La vie n'est qu'une longue chasse à courre. Pour ne pas se faire dévorer, il faut juste être du bon côté.

Les voitures s'engagèrent dans l'allée rythmée par les fûts des platanes. Sous les pneus, le gravier crissa comme du verre brisé. »

Nous pensâmes alors à une chronique de Patrick Besson (1) qui traitait des pneus dans les romans... et Ingrid Astier qui enfilait les trivialités. C'était un week-end pluvieux et frisquet. Alors nous résistâmes à l'envie de fermer le livrel.   

 

            Et soudain face au vent, le héros solitaire sur les toits de Paris nous intéresse vraiment, surtout quand il accepte le casse de l'atelier d'Enki Bilal (2). Il le fera après avoir participé à un combat de chessboxing , s'être entrainé sur le jeu de Svetozar Gligorić (3), etc.

A ce moment-là, le travail d'enquêtes et de documentation de l'auteur finit par tenir le lecteur qui veut savoir si le monte-en-l'air serbe va s'en sortir... (on ne va pas vous gâcher le plaisir !)

 

Alexandre Anizy

 

(1) Une association d'idées balkaniques, sans doute.

(2) Depuis 35 ans environ, nous considérons Bilal comme un génie de la BD !

(3) Grand joueur d'échecs serbe.