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La création de monnaie doit redevenir une fonction régalienne

Publié le par Alexandre Anizy

 

L'économiste autrichien Joseph Schumpeter a écrit que le banquier est l'éphore de l'économie capitaliste, autrement dit le régulateur du système. C'est pourquoi cette fonction-clé ne peut être strictement privée, au risque de voir une caste cupide accaparer une part toujours croissante de la richesse produite.

 

Or, que s'est-il passé mercredi 21 décembre, lorsque la BCE a ouvert son guichet aux banques de la zone euro ? (Lire aussi la note précédente)

 

Pour dire simplement les choses, les banques vont payer des crédits qui arrivaient à terme (environ 300 Milliards d'euros) avec un nouveau crédit de la banque centrale : en somme, une substitution qui ne touche en rien la structure de leurs bilans. Autrement dit, cette opération n'assainit en aucune manière leur situation financière. Bien au contraire elle l'aggrave du fait du comportement irresponsable des dirigeants du système bancaire.

En effet, les banques profitent de l'aveuglement idéologique (seulement ?) des maîtres de la BCE, notamment son président Mario Draghi (un ancien dirigeant de Goldman Sachs, la banque qui a aidé la Grèce à maquiller ses comptes … tout ne se tient-il pas ?), pour emprunter environ 190 Milliards à un taux de 1 % qu'elles placeront sur le marché à 6 % (si on prend le taux exigé par le marché pour les obligations italiennes).

D'un strict point de vue technique, un banquier qui refuserait d'exécuter ce "carry trade" commettrait une faute professionnelle, selon les valeurs en vigueur dans ce métier.

Il y a donc une création ex nihilo de valeur financière déconnectée de l'ensemble du circuit, qui pèsera ensuite notamment par les prix sur la viabilité du système économique.

 

La cupidité vorace d'une oligarchie irresponsable conduit le système au chaos.

 

Laisser l'administration de l'économie entre les mains des banquiers, ce serait comme si nous acceptions le commerce de produits frelatés par des dealers camés.  Ce constat doit se traduire en termes d'économie politique : par exemple, l’État, dans la mesure où il n'est pas lui-même gangréné par l'élite malfaisante, doit reprendre en main la création de monnaie.

Techniquement, il peut le faire de différentes manières.

Il va de soi que nous écartons d'emblée la nationalisation des banques : pourquoi le peuple devrait-il indemniser des accapareurs qui se sont déjà largement goinfrés ?

 

 

Alexandre Anizy

 

La goinfrerie des banques au guichet de la BCE

Publié le par Alexandre Anizy

 

Le mercredi 21 décembre 2011, 523 établissements bancaires de la zone euro se sont présentés au guichet de la Banque Centrale Européenne (BCE) pour une demande de refinancement à long terme (LTRO, pour les initiés) de 489,191 Milliards d'euros, que la BCE a servie au taux juteux de 1 %. Pour certains analystes, environ 61 % de ce montant serait en fait un recyclage de lignes de crédit à 7 jours, 3 mois et 1 an, soit les 230 Milliards qui arriveront à échéance au 1er trimestre 2012 avec les 50 Milliards échus, ce qui porterait l'apport net de liquidités au système bancaire à 191 Milliards.

Une deuxième distribution est programmée en février 2012.

Comme l'a précisé Mario Draghi, le président de la BCE, les banques sont libres de « choisir ce qu'elles feront » de cet argent.

 

Que faut-il penser de cette opération ?

 

La veille de cette "soupe bancaire", les experts estimaient la demande entre 100 et 400 Milliards (soulignons la précision : de 1 à 4…). Ils observaient également qu'emprunter à 1 % pour ensuite acheter des obligations italiennes à 6 % constitue une aubaine tentante, quasiment sans risque, utile puisque les dites obligations peuvent être gagées pour encore emprunter à la BCE. Ils ajoutaient : si la demande se situe dans le bas de la fourchette, cela signifierait que les banques se seraient limitées à leurs propres besoins ; si elle atteint le haut de la fourchette, les banques n'auraient pas résisté au profit facile.

 

Nous constatons que les prévisions hautes sont allègrement dépassées. Il faut en conclure que les banques se sont goinfrées d'un crédit juteux et illimité.

 

Dans la Tribune du 22 décembre, le spécialiste Jean-Louis Mullenbach commente ainsi l'évènement : « Même avec ce prêt à 3 ans de la BCE au taux de 1 %, je ne vois pas les banques acheter massivement des emprunts d’État. »

Le mot-clé du propos, c'est massivement.

 

 

Alexandre Anizy

 

 

Sous la mine de Pierre Borromée

Publié le par Alexandre Anizy

 

« L'hermine était pourpre » (Fayard, 2011, livrel de 204 pages) est un roman de Pierre Borromée, qui vient d'obtenir le Prix du Quai des Orfèvres 2012, ce qui est mérité lorsqu'on découvre sa prose subtile.

Prenons l'incipit :

« Il aimait ces départs avant l'aube, quand sa voiture s'enfonçait dans la nuit sur ces routes de campagne qu'il connaissait si bien, semblant appareiller pour une destination sans retour, comme un marin fuyant un foyer dont il serait las. »

 

Si vous cherchez un polar, voilà un bel ouvrage … que rien ne vient gâcher.

 

 

Alexandre Anizy

 

 

Manotti & Doa ou comment gâcher un bon ouvrage

Publié le par Alexandre Anizy

 

Deux auteurs de polars, Dominique Manotti et Doa, dont nous avons déjà évoqué les qualités indéniables, ont écrit à 4 mains « l'honorable société » (Gallimard, collection Série Noire, bouquinel de 332 pages), en plaçant en exergue cette citation de Karl Marx :

« Toute classe qui aspire à la domination doit conquérir d'abord le pouvoir politique pour représenter à son tour son intérêt propre comme étant l'intérêt général. » L'idéologie allemande

Force est de constater qu'ils étaient ambitieux.

 

Ils racontent une histoire qui débute par un cambriolage, qui vire au meurtre sous les yeux horrifiés de pirates informatiques mal intentionnés pour la bonne cause, une action ordinaire des luttes économiques impitoyables, surtout quand elles tournent autour du nucléaire puisque la raison d’État s'en mêle, quand la France est en train de succomber aux postures putassières d'un candidat – qui n'a jamais beaucoup travaillé, lui – à l'élection présidentielle.

 

L'intrigue est habile et le style se veut mordant, efficace (à l'américaine ?).

« Le studio est grand, aéré, au dernier étage d'un vieil immeuble parisien, au fond d'une cour. Les deux fenêtres sont ouvertes. Dehors, les toits et, ici et là, les échos de télés en sourdine. (…) Trois jeunes sont là. » (p.7)

 

Mais patatras ! La fin, du fait de son improbabilité (l'ex future Première Dame en amour avec le flic raté sur la plage ensoleillée … du grand n'importe quoi !), disqualifie le projet d'une peinture sociale sous-jacente.

Manotti & Doa, ou l'art de s'autodétruire dans la chute.

 

 

Alexandre Anizy

 

 

Camilla Läckberg n'atteint pas les sommets

Publié le par Alexandre Anizy

 

Ayant à faire un court voyage, nous achetâmes un petit polar de Camilla Läckberg : « cyanure » (Actes sud, novembre 2011, 157 pages, 16,80 € ; traduction de Lena Grumbach).

 

C'est un huis clos au large de Fjällbacka : un richissime Suédois meurt empoisonné au cours d'un repas familial, juste après avoir débiné ses rejetons, en présence d'un policier invité qui devra mener seul l'enquête puisque l'île est coupée du monde à cause d'une tempête.

 

Ça se lit facilement, sans déplaisir, mais on est surpris de trouver chez un éditeur ambitieux un texte empli de trivialités consternantes, comme par exemple :

« Il était persuadé que s'il jetait un coup d'œil derrière ses oreilles, il découvrirait les cicatrices d'un certain nombre d'interventions chirurgicales. Heureusement, il réussit [italiques de AA] à s'en abstenir. » (p.14)

 

« Il se laissa tomber dans un fauteuil et enfouit le visage entre ses mains. On aurait pu entendre une mouche voler dans la pièce alors que tous l'observaient. » (p.54)

 

Nous arrivâmes à destination sans encombre et sans avoir atteint les sommets du genre policier.

 

 

Alexandre Anizy

 

 

 

La sagesse de Michel Beaud "face au pire des mondes"

Publié le par Alexandre Anizy

 

Quel plaisir de lire le nouvel ouvrage du professeur Michel Beaud ! En effet, la rigueur des raisonnements, la nécessité d'énumérer les faits et les chiffres, la complexité des choses n'ont jamais altéré la qualité de la prose de M. Beaud, faite d'élégance des mots et du rythme.

 

« Face au pire des mondes » (Seuil, octobre 2011, bouquinel de 262 pages) est une démonstration de la descente infernale de l'humanité vers la pollution irréversible, un monde pire puisque

« (…) les bases sont déjà en place :

  • l'ultralibéralisme ;

  • un intolérable et injustifiable degré d'inégalités ;

  • le privilège d'irresponsabilité dont bénéficient les puissants ;

  • et la spirale de la consommation sans cesse renouvelée. » (p.181)

 

L'impunité dont jouit déjà l'oligarchie incitera « les dirigeants des grands groupes et des principaux États [a opté] pour des technologies puissantes et centralisées, à la fois hautement rentables pour les groupes et plus faciles à mettre en œuvre, contrôler et utiliser pour maîtriser les populations (…). » (p.182)

Le règne de l'irresponsabilité progresse inexorablement par le truchement d'une "terrifiante pathologie idéologique" (l'ultralibéralisme) :

« Cette tromperie érigée en vérité universelle est l'habillage idéologique de la domination des puissants : un moyen, pour les grandes puissances, de mieux faire accepter l'entrée dans les autres pays de leurs marchandises, de leurs capitaux et de leurs firmes ; pour les grandes firmes, de faire accepter leurs conditions par les petites et moyennes ; et pour les entreprises, de faire accepter l'alourdissement de la pression sur les travailleurs. Sous la bannière de l'ultralibéralisme, la part des revenus du travail a baissé dans le revenu national des grands pays capitalistes. » (p.183)

 

Comme Michel Beaud, nous pensons qu'un sursaut peut encore retourner la situation. Car à leurs façons, les peuples se montrent meilleurs économistes que les experts ânonnant la doxa dans les médias.

 

 

Alexandre Anizy