Pour le football d'art comme Jean-Claude Michéa

Publié le par Alexandre Anizy

            Dans le numéro d'été du mensuel d'Elisabeth Lévy, Causeur (1), on donne au philosophe Jean-Claude Michéa l'occasion d'exprimer son analyse sur le football :

« Mes textes sur le football ont toujours eu pour objectif, en effet, de montrer que la colonisation croissante de ce sport par la logique libérale - " l'arrêt Bosman " en a été l'un des moments-clés - ne peut conduire qu'à en dénaturer progressivement l'essence populaire, jusqu'à affecter aujourd'hui la philosophie du jeu elle-même. »

Pour autant, il est faux de penser que la majorité du public populaire aurait renoncé au futebol d'arte, et choisi le futebol de resultados : la sérieuse désaffection du public français pour son équipe façon Raymond Domenech en atteste (les sponsors ont bien chiffré le désamour en voyant la baisse de leurs chiffres d'affaires !).

 

            Pourtant, force est de constater que l'esprit du futebol de resultados dominent largement sur la planète. Mise à part l'équipe du Barça de Pep Guardiola, qui peut-on citer aujourd'hui en exemple de futebol d'arte ? Certainement pas l'équipe du Brésil qui vient de s'autodétruire ! Pourtant, la catastrophe était prévisible, et quasiment souhaitée avant le match fatal par Paulo Cesar pour que le Brésil ait l'opportunité de changer (2). Certainement pas l'Allemagne, parce que les commentateurs oublient trop vite les faiblesses révélées lors des matchs de poules, et parce qu'un commentateur averti comme Bixente Lizarazu a bien noté qu'il fallait rendre hommage aux qualités défensives des attaquants, notamment Klose. Que le buteur soit félicité par Lizarazu pour son travail défensif en dit long sur le jeu collectif allemand, fondé sur l'esprit du futebol de resultados. Pour mémoire, nous rappellerons ici que l'équipe allemande a gagné sa première Coupe du monde en 1954 (en battant la magnifique équipe d'Hongrie de Puskas), parce que ses joueurs étaient dopés comme des mules ! Par respect pour l'artiste Maradona, nous ne parlerons pas de la désespérante et soporifique équipe d'Argentine d'aujourd'hui.

 

            Autant vous dire que la finale Allemagne - Argentine de dimanche sera oubliable ... à moins d'un nouvel effondrement collectif qui créerait du spectacle !

 

 

 

Alexandre Anizy

 

 

(1) Cette référence n'est en aucune façon une incitation, encore moins un encouragement, à acheter cette presse bien-pensante.

 

(2) Entretien de Paulo Cesar dans Le JDD du 6 juillet 2014.