Un desaccord avec Milan KUNDERA

Publié le par Alexandre Anizy

Dans son dernier livre « une rencontre »(a), au chapitre évoquant l’amitié et l’inimitié, Milan Kundera écrit : « (...) (aujourd’hui, je le sais : à l’ère du bilan, la plaie la plus douloureuse est celle des amitiés cassées ; et rien n’est plus bête que de sacrifier une amitié à la politique. Je suis fier de ne l’avoir jamais fait. J’ai admiré Mitterrand pour la fidélité qu’il a su garder à ses vieux amis. (…) C’est cette fidélité qui était sa noblesse). » (p.133)

Il ajoute :

« Contrairement à la puérile fidélité à une conviction, la fidélité à un ami est une vertu, peut-être la seule, la dernière. » (p.134)

 

Le propos n’est pas contradictoire, mais pour le moins imprécis.

Si on ne voit pas, par exemple, en quoi mourir pour une idée serait puéril (est-ce vraiment ainsi qu’il faudrait qualifier le geste de Jan Palach ?), on comprend encore moins, puisque les hommes évoluent sans doute plus que les idées, pourquoi la fidélité à un ami serait élevée au rang de vertu.

 

Revenons à l’Occupation et au francisquain Mitterrand , puisque Kundera nous y invite en quelque sorte, pour expliciter notre désaccord. Dans le film "l armee des ombres" (b) de Jean-Pierre Melville, le groupe de résistants dirigés par Paul Meurisse décide d’éliminer leur amie Simone Signoret, parce qu’elle a déjà parlé. Trahir est un acte de rupture. Elle est donc flinguée par nécessité et sans détestation, parce qu’il faut être inhumain pour haïr celui qui a parlé sous la torture (ou le chantage à la déchéance humaine). Mais on ne peut pas en dire autant pour René Bousquet, ce fonctionnaire haut collaborateur, dont Mitterrand ne s’écarta jamais : dans ce cas, la faiblesse de Mitterrand ne peut être en aucun cas un signe de noblesse.

 

Ce sont les actes qui définissent le mieux les hommes. Toujours. Et les actes de bravoure du passé ne peuvent pas effacer les saloperies du présent : la vie de Joseph Darnand, le Chef de la Milice, illustre parfaitement notre pensée.

En restant fidèle à un ami qui a changé en mal, on se montre simplement incapable d’apprécier raisonnablement une situation : ce n’est qu’un lâche aveuglement.

 

 

Alexandre Anizy

 

(a) : éditions Gallimard, mars 2009, 204 pages, 17,90 €.

(b) : un chef d’œuvre.

Publié dans Notes culturelles

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