L'abandon de la langue nationale

Publié le par Alexandre Anizy

 

De même qu'elle avait su utiliser l'ouvrier socialiste Bérégovoy pour libéraliser les marchés financiers français (juillet 84 – mars 86), la bourgeoisie (¹) use aujourd'hui d'une Geneviève Fioraso pour commencer l'abandon légal de la langue nationale dans l'enseignement avec son projet de loi. L’ Académie Française ne s'y est pas trompée le 21 mars en pointant « les dangers d'une mesure, qui se présente comme d'application technique, alors qu'en réalité elle favorise une marginalisation de notre langue ».

 

Comme l'argument technique, ou le tabou qu'il convient de lever, sont d'une portée insignifiante, le gouvernement affirme que cette mise à jour, voire mise en conformité pour certains établissements, permettra d'attirer les étudiants brésiliens, chinois, indiens, etc. Soit. Mais si ces étrangers veulent vraiment étudier en anglais, ils choisiront les pays anglophones … et par conséquent ceux qui débarqueront en France le feront pour cause de candidatures rejetées à Harvard, Stanford, and so on … ou bien en deuxième choix après d'autres destinations. Autrement dit, en ne ciblant pas la crème des étudiants étrangers, le gouvernement place d'emblée notre système d'enseignement supérieur dans la "seconde division" ! Est-ce vraiment leur ambition ?

Donnons un exemple qui montre la ringardise des politiciens comme Geneviève Fioraso : l'école de commerce de Rennes (plus chic : ESC Rennes School of business) a décidé d'ouvrir en 2009 une antenne à l'université de Rabat (Maroc) pour pallier la baisse du nombre de ses étudiants chinois, qui restent de plus en plus chez eux parce que la Chine a développé ses propres universités et autres Business Schools ! Ce que dit son directeur à Ouest France du 28 décembre 2009 : « nous avons aujourd'hui 80 % de professeurs étrangers ainsi qu'un tiers de nos élèves. Nos cours sont, eux, dispensés en anglais. » Résultat : fuite en avant au Maroc...

 

Mais pire qu'un positionnement aberrant, ce projet de loi est un véritable sabordage linguistique. En effet, quand une langue n'est plus employée pour décrire les phénomènes scientifiques, techniques, économiques, etc., elle se délite rapidement.

 

Le renoncement ne date pas d'aujourd'hui, puisqu'à Bruxelles l'anglais a supplanté l'autre langue officielle de l'Union Européenne (ils vont jusqu'à oublier de produire en français des documents officiels...). Il est vrai que nos gouvernants donnaient le la , à commencer par l'incompétente ministre Christine Lagarde qui communiquait en anglais avec ses Services de Bercy, ce qui lui valut d'être interpeler à l'Assemblée par le député Jean-Pierre Brard ; ajoutons la ministre Valérie Pécresse , qui reçut le Prix de la Carpette anglaise en novembre 2008 pour ses déclarations pro anglais à l'université. Arrêtons ici la longue liste des déserteurs. (²)

 

Comme le pense Claude Hagège, comme l'écrit Michel Guillou, « Les vrais modernes, ce ne sont pas ceux qui prônent l'anglais partout et avant tout, mais ceux qui mènent le combat de la diversité et du multilinguisme. Ils ont un train d'avance. » (in Humanité du 14 mai 2013)

 

 

 

Alexandre Anizy

 

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(¹) : La définition de Marc Bloch nous convient : « J'appelle donc bourgeois de chez nous un Français qui ne doit pas ses ressources au travail de ses mains ; dont les revenus, quelle qu'en soit l'origine, comme la très variable ampleur, lui permettent une aisance de moyens et lui procurent une sécurité, dans ce niveau, très supérieure aux hasardeuses possibilités du salaire ouvrier ; dont l'instruction, tantôt reçue dès l'enfance, si la famille est d'établissement ancien, tantôt acquise au cours d'une ascension sociale exceptionnelle, dépasse par sa richesse, sa tonalité ou ses prétentions, la norme de culture tout à fait commune ; qui enfin se sent ou se croit appartenir à une classe vouée à tenir dans la nation un rôle directeur et par mille détails, du costume, de la langue, de la bienséance, marque, plus ou moins instinctivement, son attachement à cette originalité du groupe et à ce prestige collectif. » (L'étrange défaite, poche Folio, novembre 2012, p.195)

 

(²) : le quotidien branchouillard Libération n'a pas manqué de se mettre à l'avant-garde de la soumission au village global libéral en faisant sa front page in English. L'éditorial de la pensée unique (notons que le patron normalien Demorand est resté à l'écart de ce torchon, par courage sans doute), signé Alexandra Schwartzbrod et Fabrice Rousselot, finit par cet argument idiot : « Imaginerait-on un instant empêcher Guillaume Canet de faire des films en anglais sous prétexte que cela porte atteinte à notre cinéma national ? » Non, on n'imagine pas, car Canet est totalement libre d'aller travailler en anglais aux USA, notamment pour tourner une resucée d'un film original français.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Publié dans Notes politiques

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