Svetlana VELMAR-JANKOVIC a écrit un chef d'oeuvre

Publié le par Alexandre Anizy

Née à Belgrade, Svetlana VELMAR-JANKOVIC a publié son premier roman en 1956. Ce n’est qu’en 1990 avec « Lagum », traduit en 1997 par « dans le noir » (éditions Phébus), qu’elle rencontre le succès, puisque ce livre est comparé à une sorte de « Docteur Jivago ».
Si on comprend la raison de cette référence, elle nous paraît trompeuse. En effet, nous ne retrouvons pas ni la dimension romantique de l’œuvre de Boris PASTERNAK ni la limpidité du récit.

 
« Dans le noir » est construit comme un tableau pointilliste : par touches successives, fruits intellectuels d’une démarche associative indifférente à la chronologie, la narratrice se souvient. Peu à peu, par le moyen d’une coloration ajustée des événements, l’histoire générale de cette femme se précise : Belgrade, les années 30, l’amour, les amis (les faux comme les vrais), la Deuxième Guerre Mondiale, la collaboration, la Résistance titiste, l’épuration, la survie, etc.

Evidemment, au début, on peut être rebuté par la construction narrative et la relative sécheresse des sentiments exprimés, mais la qualité du style maintient en surface le lecteur qui aurait la tentation de sombrer.

« J’ai toujours pensé que, sur la toile de fond du réel, surgissaient des événements dictés, sinon par un lien secret, du moins par une certaine connivence. A présent, alors que je suis une vieille dame, je le sais avec certitude, je sais que tout est lié, comme eût dit l’hystérique Crnjanski, ce brillant écrivain. » (p.152)

 
Concernant CRNJANSKI, VELMAR-JANKOVIC en avait déjà mis une couche : « (…) car je n’avais aucune estime pour cet être antipathique et suffisant qu’était ce M. Crnjanski, même si, à ma plus grande surprise, il avait signé un livre extraordinaire, « migrations ». » (p.85) 
Si notre mémoire est bonne, nous ajoutons ici que Bernard PIVOT, grand lecteur érudit, avait un jour, dans la presse, classé « migrations » parmi les 20 romans européens qui comptent. Ce n’est pas rien.

Par ailleurs, VELMAR-JANKOVIC, toujours dans le cadre de son histoire, commente avec finesse et admiration l’œuvre de Michel TOURNIER, notamment son livre « les Météores ».

CRNJANSKI et TOURNIER : nous en reparlerons.

« Dans le noir » est un roman remarquablement composé et écrit, et finalement émouvant. En somme, un livre majeur.

 
Alexandre Anizy