Sous le soleil de Slobodan Selenić

Publié le par Alexandre Anizy

Aujourd'hui, prenons de l'altitude avec Slobodan Selenić, que nous classons d'emblée dans la catégorie des géants grâce notamment à « l'ombre des aïeux » (Gallimard, octobre 1999, 409 pages, 170 FRF).


C'est l'histoire d'un jeune Belgradois en formation en Angleterre, qui épouse une Anglaise et la ramène au pays ; c'est l'histoire du rapport entre une étrangère et la Serbie des années 1930, entre cette mère anglaise et son fils Mihajlo ; c'est l'histoire d'un Serbe bien éduqué, dépassé par la fureur de l'époque qui pénètre dans sa propre maison.


Comme nous, vous serez subjugués par la finesse de l'analyse psychologique, par la montée inexorable de la tension dramatique, par la maîtrise narrative et stylistique (1).

Prenons l'incipit:

« Calé sur deux grands oreillers, je suis plutôt assis que couché dans mon lit antique large comme une couche royale, qui est pour moi, depuis deux décennies au moins, le refuge le plus sûr et le centre de notre enclos bien protégé. »

Ou encore :

« Nul autre que moi n'eût pu deviner, dans l'attitude posée et raisonnable de ma chère obstinée, le volcan de sensualité qu'elle pouvait être et moins encore que, malgré la honte qui l'envahissait après ses envolées licencieuses, mon Elizabeth, si maîtresse d'elle-même en toute circonstance, emportée par les vagues furieuses du plaisir, dérivait, impuissante, comme un léger esquif dans les grandes tempêtes d'équinoxe. » (p.205)


En prime, nous vous offrons un aphorisme :

« L'esprit critique dans le patriotisme, c'est la religiosité sans la foi. » (p.171)


C'est aussi l'histoire de la Yougoslavie entre les deux Guerres mondiales, commentée sans complaisance par un intellectuel serbe. Une vision complémentaire à celle de Svetlana Velmar-Janković, avec son chef d'œuvre « dans le noir ».

Lire à son sujet les notes

http://www.alexandreanizy.com/article-20514017.html

http://www.alexandreanizy.com/article-35605079.html


Sans tarder, lisez maintenant Slobodan Selenić, un soleil dans l'ordinaire grisaille littéraire !


Alexandre Anizy


(1) : soulignons le remarquable travail de traduction de Gojko Lukić et de Gabriel Iaculli.