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notes politiques

Que le Parti Socialiste meure (III) !

Publié le par Alexandre Anizy

(Suite des notes du 11 et 13 juin 2009 « Que le Parti Socialiste meure ! (I) et (II) »)

 

Faudrait-il regretter les « jeunes » cadres ? Non.

Aurélie FILIPPETTI avait imaginé un atterrissage en douceur au Parlement de Strasbourg, puisqu’elle savait sa circonscription vouée à la disparition : n’ayant pu se placer qu’en 3ème position sur la liste de l’Est (le 2ème étant Liêm Hoang Ngoc, un économiste keynésien – qui ne se dit pas keynésien aujourd’hui ? -, très proche d’Henri EMMANUELLI, membre du Conseil National du PS depuis 2003 – une fidélité dont FILIPPETTI la carriériste normale ne pouvait pas se prévaloir -), elle subit le rude coup de la défaite du PS avec sérénité, puisqu’elle est toujours député.

Benoît HAMON n’a pas eu la présence d’esprit de se garder un mandat de repli : pour un apparatchik et pour le jouvenceau du « club des ambitieux », on frise la faute professionnelle ! Pour ce personnage, nous n’aurons pas de regret non plus, tant il est déjà une caricature du politicien : alors qu’il avait affirmé qu’il quitterait son poste de porte-parole du PS s’il n’était pas réélu député européen, il est évidemment revenu sur son engagement dès mardi … Benoît ne nous étonne pas …

A sa place, nous nous interrogerions sur le fait troublant que Martine AUBRY et ses sbires n’aient pas réussi à imposer quelque part en position assurée (la 1 ou 2) le leader d’une motion ayant obtenue 18,5 % des voix au congrès de Reims, car pour un autre au moins cela fut possible. Benoît HAMON : un apparatchik habile, peut-être, un médiocre négociateur, c’est sûr !

Elu, Vincent PEILLON le bourgeois prétendant sort son épingle du jeu, même s’il démontre une nouvelle fois sa capacité de nuisance, puisqu’avec lui le score du Parti dégringole dans le Midi, comme en Picardie.

Nous en bouderions presque notre plaisir.

 

Manuel VALLS fut égal à lui-même dans l’analyse, que nous résumons par un « cap à droite » ! Ce doit être parce qu’il est plus facile d’être élu à Evry avec une étiquette socialiste sur un projet politique régressif, que le franc mac VALLS ne quitte pas le navire Solferino : le courage politique dans toute sa splendeur …    

Arnaud MONTEBOURG, qui a épousé le Château, sera toujours mal placé, avec ou sans gambit, pour représenter les gens de peu.

 

Franchement, dans l’attelage indiscipliné de ce groupement électoral en déconfiture, qui voulez-vous retenir sérieusement ?

 

Alexandre ANIZY

Que le Parti Socialiste meure ! (II)

Publié le par Alexandre Anizy

(Suite de la note du 11 juin 2009 « Que le Parti Socialiste meure ! (I) »)

 

Faudrait-il regretter le Parti Socialiste ? Non.

 

Emmanuel TODD (démographe, sociologue ; le concepteur de « la fracture sociale » chère au candidat CHIRAC de 1995) le présentait ainsi le 24 novembre 2006 dans Libération :

« Le Parti Socialiste est une organisation à l’intérieur de laquelle, jusqu’à l’arrivée des nouveaux adhérents par Internet, 40 % des adhérents étaient des élus, et une proportion considérable des employés municipaux, départementaux ou régionaux. »

 

Comme le disait déjà Rémi LEFEBVRE (professeur de science politique), auteur avec Frédéric SAWICKI du livre « la Société des socialistes » (éditions du Croquant), avant le congrès de Reims, la rénovation annoncée ne sera qu’une somme de petits replâtrages. C’est ainsi qu’aujourd’hui le premier acte de Martine AUBRY est de créer un comité des sages (et pourquoi pas une commission ?) … Avant Reims, comme aujourd’hui, tous les scénarios plausibles avaient un risque commun : aucune clarification idéologique.

« C’est le signe d’un parti qui n’est plus structuré par des loyautés idéologiques durables. Les courants sont devenus des coteries instables. »

Un exemple ? « (…) le courant strauss-kahnien était l’un des plus structurés avec une vraie identité idéologique construite autour de la modernisation et du refus du surmoi marxiste. Il n’a pas résisté au départ de son leader … »

 

L’invocation permanente à une modernisation (en quoi consiste-t-elle réellement ? Quels en sont les « marqueurs » ?), et le rejet de Marx, ne constituent pas une doctrine.

 

Rémi LEFEBVRE posait les bonnes questions, comme :

« (…) quelles sont, sur la durée, les positions sur l’Europe de Julien DRAY, Arnaud MONTEBOURG ou Vincent PEILLON ? Qu’est-ce qui distingue, sur le fond, Ségolène ROYAL, François HOLLANDE ou Bertrand DELANOë ? »

« Les clivages sont artificiels et ne masquent que des luttes d’intérêts. La déshérence idéologique est totale.»

Les fameux adhérents à 20 euros ont déserté le PS après la défaite électorale, conséquence normale et immédiate de l’échec.

« Le PS se retrouve à son étiage historique autour de 130.000 adhérents, plus que jamais rétracté sur son réseau d’élus [« le poids des grands féodaux du PS demeure donc très important. »]. Et ceux-ci n’ont pas intérêt à ce qu’arrive le nouvel adhérent (…). Le PS est un monde fermé, qui ne cherche pas à recruter. Sa logique est celle d’un repli sur soi. »

C’est « un PS de bobocrates dont les dirigeants, tellement arrogants, sont coupés du peuple », comme dit Jean-Luc MéLENCHON (16 novembre 2008, Aujourd’hui)

 

Après Reims, la suite a plutôt donné raison à Remi LEFEBVRE, n’est-ce pas ?

 

Que peut-on attendre d’apparatchiks centrés sur leurs besoins ? Rien.

 

Alexandre Anizy

Que le Parti Socialiste meure ! (I)

Publié le par Alexandre Anizy

Le Parti Socialiste vient de subir une défaite électorale importante. Une de plus. Ce serait grave si le PS était réellement le parti d’opposition à cette droite politiquement habile, qui appliquera jusqu’au bout son plan de régression. Mais ce n’est pas le cas.

 

En effet, en matière économique (au sens large), le PS n’offre aucune alternative : le fait que le Président ubiquiste de droite SARKOZY DE NAGY BOCSA ait œuvré pour la nomination du « socialiste » STRAUSS-KAHN (le meilleur économiste du PS, paraît-il) à la tête du Fonds Monétaire International (FMI), une organisation tenue par l’Empire, dont les pays pauvres se souviennent encore des plans catastrophiques dits de restructuration, n’est-elle pas la meilleure démonstration de l’unification idéologique des grands partis et leaders politiques français ?

Dominique STRAUSS-KAHN tient le même discours à Washington et à Paris : étant sain de corps et d’esprit, pourquoi ses propos seraient-ils « de gauche » en France et « apolitiques » ailleurs ? L’exemple allemand (le gouvernement CDU-SPD de Mutti MERKEL) n’est-il pas une autre preuve de l’unification idéologique de l’oligarchie ?

 

En matière européenne, la bible des politiciens (tout ce qui se fait encore aujourd’hui en matière de dérégulation, de privatisations, etc., n’est que la suite logique du programme exposé dans cet ouvrage) n’est autre que le fameux livre de 1986 du social-traître Jacques DELORS, qui était assisté du « socialiste » Pascal LAMY (un autre individu sain de corps et d’esprit, placé et maintenu à la tête de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) – une autre institution tenue par l’Empire - : « socialiste » en France et « apolitique » ailleurs, pareillement ?). Le PS a-t-il renié ce livre et son auteur malfaisant ? Que nenni ! C’est même sa fille (Martine AUBRY) qui tient le parti …  

Fondamentalement, PS et UMP ont le même projet européen (Turquie comprise).

(A suivre)

 

Alexandre ANIZY

Européennes : offrez un ticket retraite à Daniel COHN-BENDIT !

Publié le par Alexandre Anizy

Si sa production éditoriale révèle une absence de talent littéraire, il faut reconnaître à Daniel COHN-BENDIT ses qualités de « bretteur électoral ». Le dernier opus vient le confirmer : « Que faire ? » (Hachette Littératures, mars 2009, 177 pages, 14 €) semble le fruit d’une dictée retranscrite et rapidement corrigée. Peu importe, puisqu’il n’était qu’un élément matériel de la campagne électorale du député.

 

Naturellement, cela commence par une coquetterie de politicien :

« Etre un professionnel de la politique n’a pas de sens en soi. Entrevoir la fonction d’élu comme une carrière, c’est très rapidement se dissocier de ceux qui nous ont élus (…) » (p.9)

Puis, « Dany » nous parle de son sujet de prédilection : lui.

« (…) je suis fondamentalement un démocrate. J’ai l’antitotalitarisme chevillé au corps (…) J’ai exprimé cela, naguère, en disant que j’étais libéral-libertaire (…) ». (p.10)

 Il aime tellement la démocratie et la liberté, « Dany », qu’il a approuvé les saloperies impérialistes du néoconservateur George W. BUSH.

Aujourd’hui, il se définit comme un « radical-réformiste » : bien que siégeant à Strasbourg, il a pu au cours de ses nombreuses années de mandat savourer les délices du cassoulet radical.

 

Nous vous faisons grâce du premier chapitre (46 pages, soit un tiers de l'ouvrage environ) où l’ancien combattant de rue nous rappelle ses faits d’armes (politiques, évidemment) :

« J’ai bien conscience qu’il ne s’agit là que d’un cheminement personnel qui n’a pas nécessairement pour vocation, à lui seul, d’éclairer toute la diversité et la richesse de la culture politique écologiste. » (p.26)

On admire l’artiste dans son numéro de modestie.

Faute avouée est à demi pardonnée, n’est-ce pas ?

 

A 30 ans, Daniel COHN-BENDIT était un petit con de la 1ère averse qui provoquait les bourgeois en signant un bazar de propos plus ou moins intelligents ou sulfureux. A plus de 60 ans, Daniel COHN-BENDIT est un vieux con des neiges d’antan qui, en exhibant son nombril, continue à draguer les bourgeois pour les placer dans l’escarcelle du Prince.

 

Electeurs de toutes les provinces, unissez-vous (en votant) pour mettre à la retraite Daniel COHN-BENDIT !

 

Alexandre ANIZY

 

 : le fils de Daniel COHN-BENDIT n’a pas tort lorsqu’il dit à son père qu’il ressemble à Nicolas SARKOZY DE NAGY BOCSA.

Union Européenne : Alain LIPIETZ est une pleureuse fédéraliste

Publié le par Alexandre Anizy

Suite à un article paru dans Libération dans lequel 36 économistes apportaient leur soutien au Front de Gauche, Alain LIPIETZ l'économiste brillant, forcément brillant, dont on dit que la contribution au projet de la liste de Daniel Cohn-Bendit est importante, a daigné prendre la plume pour leur répondre.

 

D’abord, nos remarquons que, comme un professeur du haut de sa chaire, Alain LIPIETZ s'autorise à qualifier de « bons économistes » les 36 sympathisants du Front de Gauche : la suffisance du personnage suinte à chaque paragraphe.

 

Ensuite, alors que les 36 économistes en appellent à une « véritable planification » pour l'impératif écologique, Alain LIPIETZ feint de croire qu'ils n'ont pas remarqué les dernières œuvres de l'Union Européenne en la matière : c'est une tactique habituelle dans les pseudo-débats de l'État républicain.

 

Enfin, concernant le traité de Lisbonne, Alain LIPIETZ fait partie de ces gens qui mettent la charrue avant les bœufs, à savoir : il faut d'abord voter ce traité (parce que c'est « un pas important pour l'organisation de l'Union Européenne », comme ils disent), et ensuite y apporter un 1er amendement constitutionnel grâce à une initiative parlementaire, comme le Parlement sortant l'a promis. Questions :

  • les nouveaux députés européens se sentiront-ils tenus par la promesse des sortants ?
  • En période électorale, les promesses ne se ramassent-elles pas à la pelle ?

Selon nous, Alain LIPIETZ démontre ici qu'on peut être un économiste brillant, forcément brillant, et un vieux député européen, sans avoir appris pour autant.

Il est vrai aussi que Mr LIPIETZ croit qu'un citoyen, même de son acabit, peut obtenir réparations par voie judiciaire pour des faits peu glorieux de la SNCF durant la Seconde Guerre Mondiale : la soif de justice aveugle même les meilleurs d'entre nous, n'est-ce pas?

 

Au bout du texte, que retenons-nous de cet article médiocre ? Seule une Europe plus fédérale peut financer la conversion écologiste : le lecteur peinera à en trouver la démonstration. Alain LIPIETZ est une pleureuse fédéraliste.

 

Alexandre ANIZY

Union Européenne : un soi-disant axe franco-allemand

Publié le par Alexandre Anizy

Nous vivons une époque formidable, comme disait le regretté REISER. Autrefois, les dirigeants politiques communiquaient lorsqu’ils avaient une idée à faire passer ; aujourd’hui, ils occupent l’espace médiatique pour masquer le conformisme, voire le vide, de leurs projets.

Prenons par exemple la tribune de la chancelière MERKEL et du Président ubiquiste SARKOZY DE NAGY BOCSA, publiée en France par le Journal du Dimanche du 31 mai 2009. A les lire, on pourrait croire naïvement que l’entente franco-allemande est de retour, ce que les faits contredisent.

 

La question turque.

« Angela MERKEL et moi sommes sur la même ligne. La Turquie ne peut entrer dans l’Union (…) » déclare le Président ubiquiste SARKOZY DE NAGY BOCSA.

Le mot Turquie est absent du texte signé.

Un espace économique et de sécurité avec la Russie et la Turquie.

C’est une proposition française du 5 mai, qui reste sans suite.

Une agence européenne d’achat du gaz.

C’est encore une proposition française, qui n’est pas reprise dans le texte célébrant la communauté de vue des 2 pays. En la matière, l’Allemagne joue en solo depuis belles lurettes.

Un gouvernement économique de la zone euro.

Voilà un autre cheval de bataille (sans doute exclusivement électoral !) du Président ubiquiste SARKOZY DE NAGY BOCSA. Qu’en pense Mutti MERKEL ?

« Je m’oppose aux exigences souvent sans fin d’une coordination renforcée des politiques économiques au sein de la zone euro (…) » (27 mai 2009)

Un « noyau dur » pour relancer la construction européenne.

(Comme ils disent).

Là aussi, Mutti MERKEL a mis son veto politique, parce qu’elle y voit une menace de déséquilibre pour l’Union Européenne.

La haute administration française pense que les dirigeants allemands changeront d’avis après leurs élections de l’automne : l’angélisme frappe même des esprits brillants, forcément brillants …

 

Alors, sur quoi repose le soi-disant axe franco-allemand ?

D’abord, une critique convenue d’une Europe « bureaucratique qui applique mécaniquement les règles ».

« Une Europe forte ne signifie pas nécessairement toujours plus de compétence européenne, toujours plus de législation européenne ou toujours plus de moyens financiers ».

Ensuite et en somme, moins de régulation.

C'est-à-dire le contraire des discours lénifiants lors des récents moments chauds de l’actuelle crise financière : guère rassurant pour la suite des événements.


Alexandre ANIZY        

Daniel COHN-BENDIT comme un bulletin SARKOZY

Publié le par Alexandre Anizy

Daniel COHN-BENDIT est un politicien intelligent. Lors d’un voyage de soutien aux Verts italiens, le 20 avril,  il a déclaré :

« La transversalité est nécessaire, si on veut être influents, il faut regarder toute la société. Les Verts ont un train de retard parce qu'ils ont peur d'être happés par Berlusconi. Il faut se risquer, se mélanger. On ne peut pas rester toujours dans le même coin. »

Selon nous, la transversalité d'un Cohn-Bendit a comme un goût de plat mitonné dans une casserole de la IVème république française.

 

François BAYROU ne s'est pas beaucoup trompé :

« (…) il est allé en Italie demander aux Verts italiens de se rapprocher de Berlusconi. Aujourd'hui, en prétendant qu'il ne faudrait parler que d'Europe, il fait la même campagne que l'UMP qui lui vote tous les jours des félicitations. ».

 

Comme toujours, c'est en voulant éviter le gadin qu'on précipite la chute. Dimanche 24 mai, Daniel Cohn-Bendit se défendait en affirmant qu'il trouvait Nicolas Sarkozy très « berlusconien ».

 

Résumons la fumée de l’ex soixante-huitard :

a) les Verts italiens doivent manger dans l'auge berlusconienne ;

b) "le style de Sarkozy, c'est un style très berlusconien".

On peut en déduire que Daniel Cohn-Bendit ne verra aucun inconvénient à ce que les Verts français votent des lois sarkozyennes.

 

Soyons concis : Cohn-Bendit, c’est comme un bulletin Sarkozy.

 

Alexandre ANIZY

Critique du "oui à la Turquie" de Michel ROCARD l'idiot utile (IV)

Publié le par Alexandre Anizy

La position de Michel ROCARD recèle une contradiction majeure.

Avec lui, nous faisons ce sombre diagnostic : « Nous allons tout droit vers une confrontation mondiale des formes d’organisation économique, sociale et financière. » (p.139), dans laquelle la guerre est une option. Dire que les Etats-Unis maintiendront fort probablement leur choix d’une totale liberté des agents économiques, avec corrélativement l’instabilité et le durcissement social, relève simplement du bon sens. En conséquence, une bataille économique entre l’Union Européenne et les Etats-Unis sera inéluctable.

« Dans la perspective de cette confrontation entre les Etats-Unis et l’Europe – sans même parler de la Chine -, il est essentiel que l’Europe fasse masse : l’adhésion de 71 nouveaux millions de citoyens consommateurs en plus des 550 millions de citoyens européens est donc décisive. Il faut que l’immense marché turc (…) joue dans le sens de l’Europe. » (p.140)

L’adhésion de la Turquie est donc essentiellement une affaire d’économie, précisément de taille critique.

 

Notre première objection est un rappel des réalités microéconomiques : en matière de fusion-acquisition, les faits montrent que (1 + 1) ne font bien entendu jamais 3 comme le font souvent miroiter les initiateurs de l’opération, mais plutôt 1,8 voire moins. Autrement dit, cet élargissement de l’espace économique européen sera accompagné d’une destruction interne de valeurs.

 

Notre deuxième objection est importante : l’adhésion turque affaiblira la position politique de l’Europe sur l’échiquier mondial. En effet, comme le dit Michel ROCARD, « c’est en Turquie que prennent naissance le Tigre et l’Euphrate. La Turquie est le réservoir d’eau de l’Irak, de la Syrie, du Liban et d’Israël (…). » (p.99). Ainsi, l’Europe ne sera plus en dehors de ce conflit régional, mais à la marge qui l’impliquera forcément dans la gestion commune de l’eau qui deviendra un impératif régional.

Affirmer que l’Europe renforcera sa position géostratégique, alors qu’elle s’introduira de manière passive (i.e. sans objectifs politiques et militaires, avec les moyens nécessaires à la réalisation de ses objectifs) sur un champ de bataille, c’est ignorer les leçons de l’Histoire et de la polémologie.  

Est-ce pour cette raison que l’actuel commissaire européen en charge de la justice et des affaires intérieures, le français Jacques BARROT, faisant fi de la solidarité de l’équipe bruxelloise, a déclaré devant les étudiants de Paris II-Melun que l’entrée d’Ankara serait une « erreur considérable » ?

 

Le raisonnement de Michel ROCARD bute finalement sur une contradiction majeure, qui constitue notre troisième objection. Si l’adhésion turque permet d’accroître la taille du marché européen, elle augmente de facto les risques de grippage interne de la mécanique eurocratique en introduisant un nouvel acteur qui, conscient de son poids démographique et de son potentiel économique, exercera inéluctablement une nouvelle force centrifuge. En adepte du « parler vrai », Michel ROCARD le reconnaît quand il dit : « Seulement voilà, l’Europe fédérale et politique est une chimère. Si elle était à l’ordre du jour, (…) l’adhésion turque la rendrait plus difficile. (…) freinerait l’élaboration d’une diplomatie européenne commune ». (p.116) Ainsi, parce que l’entrée de la Turquie affaiblirait sérieusement l’unité politique européenne, ROCARD admet enfin que l’idéal européen (i.e. le fédéralisme) est déjà mort depuis 1972 avec l’entrée de la Grande-Bretagne.

Mais si l’idéal européen est mort, dans la confrontation économique mondiale à venir comment peut-on avancer l’idée d’un renforcement ou même d’une défense du modèle social européen grâce à l’adhésion de la Turquie ? S’il constate la fin du rêve d’une union politique et économique (i.e. une unité d’action budgétaire et monétaire), Michel ROCARD n’en tire pas la conséquence logique : la mort du modèle social européen, si tant est qu’il existât. Il ne le fait pas, parce qu’en bon politicien il continue à vendre au peuple un projet social commun, alors qu’il sait pertinemment que l’Europe n’est plus qu’ « un club de nations cherchant à intégrer leurs économies » (p.136)

C’est ainsi que la social-démocratie européenne est d’abord au service de l’oligarchie avant d’être au service des peuples.

 

 

En conclusion, nous tenons à saluer cet essai où la logique rocardienne présente quelques ratés, qui sont autant de révélateurs des objectifs réels de la construction européenne en cours. Parce que Michel ROCARD se considère comme brillant, il nous montre les contradictions qu’il croit dépasser, jouant ainsi le rôle d’un idiot utile. D’aucuns ajouteront qu’il en a l’habitude.

 

Alexandre ANIZY

Le "oui à la Turquie" de Michel ROCARD l'idiot utile (III)

Publié le par Alexandre Anizy

Pour Michel ROCARD, l’Europe que devrait rejoindre la Turquie n’est pas celle dont il rêvait : « Seulement voilà, l’Europe fédérale et politique est une chimère. » (p.116)

D’ailleurs, précise-t-il, si cette Europe était toujours l’objet de la construction en cours, l’adhésion de la Turquie, du fait de sa taille, son poids et sa situation, « freinerait l’élaboration d’une diplomatie européenne commune ». Il en veut pour preuve l’hostilité de 2 hommes politiques français, Valéry GISCARD D’ESTAING et François BAYROU, héritiers du mouvement fédéraliste qui est avec le courant social-démocrate à l’origine de l’Europe.

 

L’Europe fédérale est décédée depuis belle lurette. « Cette triple adhésion, Angleterre, Danemark et Irlande, se fait en 1972. Je n’aurai mis que 30 ans à comprendre que c’est de 1972 qu’il faut dater la mort de l’Europe politique. » (p.127)

Michel ROCARD est un énarque tellement intelligent qu’il a mis 30 ans pour découvrir la mort de son rêve européen : gageons que dans 30 ans, il constatera que le vaisseau bruxellois aura coulé le modèle européen qu’il prétendait défendre !

L’ironie de l’Histoire veut que ce soit le Président Georges POMPIDOU qui ait signé l’acte de décès de l’Europe politique et fédérale en levant le veto gaulliste. Nous ne doutons pas que cette décision fut longuement mûrie chez cet homme issu du milieu financier, mais il n’empêche que les intérêts de la France et de l’Europe n’auraient pas été soignés dans ce volte-face : « On bâcle en six mois la fin de la négociation. L’élargissement de la CEE à la Grande-Bretagne est le plus vite et le plus mal négocié de tous les traités que nous devons connaître. » (p.125)

 

Qu’est-ce que l’Europe aujourd’hui ?

« C’est un objet constitutionnel non identifié (…). Elle ne peut donc se définir que comme un club de nations cherchant à intégrer leurs économies, mais pas leurs identités nationales. » (p.136)

 

Alexandre ANIZY

Le "oui à la Turquie" de Michel ROCARD l'idiot utile (II)

Publié le par Alexandre Anizy

La Turquie est une chance pour l’Europe

Michel ROCARD n’ignore pas les 3 cactus dans le dossier de l’adhésion turque : le problème kurde, le génocide arménien, la question chypriote. Mais comme pour les Allemands et les Français, pour les catholiques et les protestants irlandais, demain pour les Polonais et les Allemands, l’Europe finira par réconcilier les populations de Turquie, parce que « c’est ce que l’Europe sait le mieux faire ». (p.93) Bien sûr, admettre le génocide arménien, perdre la partie turque de Chypre, accorder l’autonomie aux Kurdes (avec ce que cela implique : langue, culture, patrimoine), constitueront pour la Turquie « cette perte de prestige et ce malaise [qui] devront être compensés par un succès majeur, comme le serait l’adhésion pleine et entière à l’Europe. » (p.97)
Chez ROCARD, n’y a-t-il pas une surestimation de la valeur du ticket européen ? 

 

Pour l’Union Européenne, la Turquie est la clé pour accéder à la 2ème réserve mondiale de pétrole (cette zone comprenant 5 pays de langues turciques : Kazakhstan, Ouzbékistan, Turkménistan, Kirghizistan, Azerbaïdjan), mais aussi aux ressources naturelles sibériennes, où « il est important que l’Europe ne laisse pas les seuls consortiums chinois appuyés par le Japon s’attaquer à ces gisements. » (p.98) Concernant l’eau, la Turquie avec le Tigre et l’Euphrate est le réservoir de l’Irak, de la Syrie, du Liban et d’Israël : l’expérience du charbon et de l’acier pourra servir de modèle pour une gestion commune de l’eau.

« Et puis soyons purement égoïstes. » : la Turquie représente un immense marché de 71 millions de consommateurs (90 millions dans moins de 20 ans), dont la demande connaît une des progressions les plus rapides du monde. « La Turquie élargira la taille et la compétitivité [c’est nous qui soulignons, ndAAA] du marché intérieur de l’Union. » (p.108) Concernant l’immigration, les chiffres (d’une étude fort opportune) sont sans appel : pour la période allant de 2015 à 2030, avec une Turquie intégrée à l’Union, c’est 640.000 immigrés turcs complémentaires ; avec une Turquie hors de l’Union, c’est 1.480.000 turcs supplémentaires en Europe. Le non-dit de cet argumentaire est le suivant : le rejet de l’adhésion engendrera, du fait de la perte d’attractivité, un arrêt des investissements (IDE), i.e. des délocalisations des pays majeurs en Turquie, ce qui provoquera une hausse importante de l’immigration vers l’Europe.

(A suivre …)

 

Alexandre ANIZY

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