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Dans la caverne d'Alikavazovic

Publié le par Alexandre Anizy

            Pas grand-chose dans la caverne d'Ali kava (zovic).

 

 

            Nous attendions beaucoup de Jakuta Alikavazovic depuis 2010 (1) alors, après avoir lu L'avancée de la nuit (éditions de l'Olivier, août 2017, en livrel), la déception est à la hauteur de l'attente. Il semble qu'elle ait trouvé son style : tricotage laborieux autour de personnages fantomatiques dans des histoires éthérées. On est loin d'un récit documentaire à la Daša Drndić (2).

 

            La clausule du commencement augurait un ouvrage savamment ciselé :

            « Au lit avec Sylvia, qui sommeillait ou faisait mine de sommeiller, et les vagues lueurs de l'extérieur, des bateaux-mouches, les habillaient de lumière, passaient indifféremment sur leurs corps, sur les draps, au plafond. » (p.5/206) ;

mais nous déchantâmes dès la page suivante :

            « (...) le genre qui allongée dans l'herbe paraissait le prolongement de l'herbe, et plus encore : son expression, sa tendresse ― qui, allongée dans l'herbe, paraissait l'intelligence de l'herbe, son génie. »

parce que ce n'était qu'une adéquation exceptionnelle du rythme alikavazovicien à la scène décrite.

 

Plus loin, l'auteur écrit :

            « (...) que, n'ayant rien à dire de son père, ou ne voulant rien dire de son père, elle avait eu recours à l'un de ses accessoires, à l'un de ses artifices ― une simple citation. » (p.46/206) ;

ce qui pourrait lui être reproché puisque citer, c'est parfois parler sans rien dire. 

 

            Le pire dans cette histoire, c'est y mettre un peu de Yougoslavie pour lui donner un semblant de consistance : quand on s'appelle Alikavazovic et qu'on bénéficie de subsides pour écrire une œuvre, un tel remplissage frise l'indécence. Au moins Maya Ombasic y est née ! (3)  

 

 

Alexandre Anizy

 

 

(1) Lire notre billet : http://www.alexandreanizy.com/article-demain-l-envol-de-jakuta-alikavazovic-54390351.html

(2) Lire notre billet :

http://www.alexandreanizy.com/article-sonnenschein-de-da-a-drndi-119453466.html

(3) Lire notre billet Mostarghia de Maya Ombasic  

Mostarghia de Maya Ombasic

Publié le par Alexandre Anizy

            Inexorablement, la diaspora yougoslave émet des répliques littéraires de l'explosion balkanique, qui nous rappellent l'horreur de la guerre civile aux portes de l'Europe, comme disaient les planqués de Bruxelles. Maya Ombasic y met aussi beaucoup de talent dans son Mostarghia.

 

 

            Laissons-lui la parole, même si sa mémoire est parfois défaillante (ou bien est-ce une coquille ?) : en 1984, c'est la Coupe d'Europe, et non pas le Mundial.

 

            « Ce sportif de haut niveau, fierté de la famille, s'est finalement éteint à l'âge de 39 ans. Durant la coupe du monde de foot de 1984, il avait fait partie de la sélection yougoslave. Dès ses 13 ans, il était devenu l'idole de toute une ville avec cet inoubliable but marqué de la tête, alors que le Velež de Mostar jouait contre l'Etoile rouge de Belgrade. Mais il avait laissé le foot derrière lui, dans son pays dévasté par la guerre et les nationalismes. Pour nourrir sa famille, il travaillait dans une usine de chips. Depuis quelque temps, il se plaignait d'une douleur dans le dos que tous les médecins mettaient sur le compte de ses muscles trop sollicités. Quand on lui a découvert un cancer grave, tu as arrêté de parler pendant plus d'une semaine. Semir et toi, vous passiez des nuits blanches à boire et à parler de votre incurable mostarghia. (...) J'ai observé, bouleversée, la longue déchéance d'un mythe : Semir était le héros de mon enfance, l'homme parfait, le cousin généreux qui ressemblait à Tom Cruise dans "Top Gun" et faisait rêver toutes les filles. La fleuriste de la rue Notre-Dame, dépassée par la demande, m'appelait deux fois par jour : que devait-elle inscrire sur tous ces bouquets dont on lui passait commande de partout dans le monde ? (...) Ta voix [celle de son père] éteinte à l'autre bout du fil : « Tu cherches encore ? » Comment le savais-tu ? Je constate une fois de plus que nous sommes connectés par des liens invisibles, et cette proximité m'effraye. « Ecris ceci : les étoiles retournent aux étoiles. » Le téléphone m'en tombe presque des mains. C'est exactement ce que je ressens. Dans la poésie que tu incarnes, tu te montres léger et inattendu, profond et juste. Et c'est souvent quand tu es le plus détestable que tu viens tout racheter en passant du côté du soleil. » (p.108/164)

 

            Pour avoir un aperçu des affres de l'exil, vous pouvez lire Mostarghia : c'est un récit éloquent. En une phrase il résume le bordel encore inachevé :

            « En un mot : les problèmes de la Fédération yougoslave transposés sur le territoire de la Bosnie-Herzégovine. » (p.53/164)

 

 

            Et dire que le milliardaire philosophe Bernard-Henri Lévy, et Kouchner le médecin atlantiste mais pas si humanitaire que cela, ont œuvré à leur manière multiculturelle à la prolongation de la douleur yougoslave pour satisfaire leur besoin permanent de publicité.

 

 

Alexandre Anizy  

Bel-Ami Macron Premier des Pingouins

Publié le par Alexandre Anizy

            Lire le monde avec les yeux d'Anatole France et du philosophe Alain.   

 

 

            Le 14 octobre 1908, le désabusé Anatole France publiait L'île des Pingouins chez Calmann-Lévy, et trois ans plus tard dans Les Dieux ont soif, l'écrivain socialiste déniaisé révélait son désenchantement.

            « Comme tous les vrais aristocrates, comme les patriciens de la Rome républicaine, comme les lords de la vieille Angleterre, ces hommes puissants affectaient une grande sévérité de mœurs. (...) Sans autre occupation que de pousser du doigt un bouton de nickel, ces mystiques, amassant des richesses dont ils ne voyaient pas même les signes, acquéraient la vaine possibilité d'assouvir des désirs qu'ils n'éprouveraient jamais. »

(La Pléiade, tome IV, p.234)

 

            Quant à nous aujourd'hui, après avoir subi le Pingouin normal, verrons-nous le Pingouin jupitérien devenir empereur ? 

            « Le vieil esprit théologique est au fond l'esprit politique dans le sens plein du mot ; c'est l'esprit qui s'applique plutôt aux hommes qu'aux choses. (...) Mais le gouvernant, à quelque degré qu'il soit gouvernant, a pour métier de persuader, d'amuser, de détourner, d'effrayer ; car c'est dans la masse des hommes qu'il taille (...). Remarquez que, dans la pratique du commandement, (...) et sous cette idée du fouet j'entends la menace, la promesse et la récompense. (...) Ce n'est donc nullement par hasard que les meneurs d'hommes sont religieux. Inversement, et par la nature même de ses travaux, l'artisan n'est point théologien du tout. Deux idées, l'intrigue et le travail, forment deux classes d'esprits, l'ambitieux et l'industrieux. L'ambitieux espère, prie, promet, menace ; l'industrieux observe, mesure, pèse, invente. Le premier règle ses opinions sur ses désirs, et l'autre sur l'objet. Le premier compte sur sa gloire, sur son autorité, sur sa majesté ; ce sont ses armes et ses outils. L'autre nettoie sa pioche. » Alain (Mars ou la guerre jugée, La Pléiade, p.630-31)

 

            « Ainsi tout l'art de gouverner se réduit à tirer parti des ennemis que l'on se fait par l'imprévoyance, la sottise et la vanité. Une vue sommaire des causes, un contrôle sévère, un mépris tranquille [ la communication non verbale trahit toujours les ambitieux : ah ! le geste dédaigneux du bras de Bel-Ami Macron qui rejette le peuple français lors d'un conférence de presse estivale, à l'étranger qui plus est... ] arrêtent aussitôt cette politique de vieux enfants, comme on l'a vu, comme on le verra. Et sans que les hommes changent beaucoup. Car ce n'est pas difficile. Seulement ce qui est difficile, c'est de croire que ce n'est pas difficile. » Alain (Mars ou la guerre jugée, La Pléiade, p.628)

 

Tout est dit, non ?

 

Alexandre Anizy

Tous avec Bernie Sanders !

Publié le par Alexandre Anizy

            Si un Américain pose des bonnes bases, il ne faut pas désespérer, n'est-ce pas ?  

 

 

Quelles sont ces bases ?

            « La crise majeure que traverse notre nation ne tient pas seulement aux problèmes objectifs auxquels nous sommes confrontés ― une économie truquée, un système financier corrompu, une justice pénale sinistrée, plus l'extraordinaire menace que représente le changement climatique. La crise la plus grave vient des limites imposées à notre imagination. Celle-ci est victime d'un establishment extrêmement puissant ― dans l'économie, en politique et dans les médias ―  qui nous explique tous les jours, d'une foule de façons différentes, qu'un vrai changement est impensable et impossible. Qu'il faut voir petit, et pas grand. Que nous devons nous satisfaire du statu quo. Qu'il n'y a pas d'alternative.

            L'avenir de notre pays, et peut-être celui du monde, exige que nous fassions éclater ces limitations. L'humanité se trouve à un carrefour. Nous pouvons continuer à suivre la voie de l'avidité, du consumérisme, de l'oligarchie, de la pauvreté, de la guerre, du racisme et de la dégradation de l'environnement. Ou bien nous pouvons mener le monde dans une voie différente. » (Notre révolution, édition Les Liens qui libèrent, septembre 2017, p.511)

 

Alors que la sagesse d'un Ancien comme Bernie Sanders invite aux changements d'attitude et de paradigme, fol le freluquet jupitérien qui pipe l'idéal !

           

            Tous les hommes de bonne volonté sont ou seront sandersiens.

 

 

Alexandre Anizy

Comme Zéno Bianu commençons à être

Publié le par Alexandre Anizy

            Dans Rituel d'amplification du monde, Zéno Bianu se projette.

 

 

 

 

Je commencerai par être

un maquisard de l'esprit

un étoilement

de précipices

pour saluer sans fin

les grands isolés

une secousse

de moelle

à mourir de fou rire

un accomplisseur

secret

préférant le coup de sang

au coup de dés

un infini départ

je commencerai par être

repassionné

 

 

Zéno Bianu

(Infiniment proche et le désespoir n'existe pas, Poésie Gallimard)

 

A l'hôtel Franz Bartelt

Publié le par Alexandre Anizy

            L'aubergiste ardennais invite les curieux à une dégustation littéraire : qui refuserait quelques moments de bonheur ?

 

 

            Franz Bartelt vient de commettre un nouveau polar : Hôtel du grand cerf (Seuil, mai 2017, en livrel). Il embarque ses clients dans une histoire tarabiscotée, avec rebondissements inattendus, fausses pistes maîtrisées, désarroi instillé, et finalement moralité sauve.

            Fidèle à son style, l'auteur nous gratifie de quelques aphorismes comme :

 

« Il y a des moments où l'excès met un peu de grandeur dans les petitesses de l'existence. » (p.100/225)

 

 

            Franz Bartel est de retour sur les présentoirs : bramez-le sur toutes les places de France et de Navarre, voire sur vos pages Fessebouc !

 

 

Alexandre Anizy

 

 

Enrique Vila mi ha Matas (do)

Publié le par Alexandre Anizy

            Enrique Vila Matas ? 95 fois sur 100, on s'emmerde en le lisant.

 

 

            Nous admettons sans problème que cet auteur espagnol est un homme de génie, un romancier immortel, mais qu'on aille chercher du plaisir dans Mac et son contretemps (Christian Bourgois éditeur, 2017, en livrel), là où il n'y a que brio architectonique, plume acérée et culture encyclopédique, n'est que pure perversion intellectuelle !

 

            Alors, ayant passé l'âge des Blue whale challenges débiles, comme lire l'œuvre de Sartre en un mois ou mourir d'ennui jusqu'au point final de Mac et son contretemps, nous avons fermé le livrel à la page 66 et décidé de nous venger d'un désagréable moment en rédigeant ce billet assassin.

 

 

Alexandre Anizy

 

 

 

PS : Enrique Vila Matas est un paradoxe : lui qui a raillé ailleurs le travers français (chaque romancier a sa théorie du roman) se prostitue ici pour les dépasser dans la connerie.

Arturo Perez-Reverte est moderne

Publié le par Alexandre Anizy

            Deux hommes de bien en valent un.

 

 

            Cela faisait longtemps que nous n'avions pas ouvert un livre d'Arturo Perez-Reverte, et à force de voir la couverture dans quelques boutiques culturelles, il vint un moment où l'envie de savoir de quoi il en retournait nous brûla les doigts : Deux hommes de bien (Seuil, 2017, en livrel) finit dans notre liseuse.

 

            Avant d'embrasser la carrière d'écrivain, Arturo Perez-Reverte faisait le reporteur sur les théâtres des opérations : l'odeur du sang lui est passée pour son plus grand bien, et celui de ses lecteurs. Mais il n'est pas sûr qu'il ait changé puisqu'après tout "L'écriture est une secrète guerre intérieure" comme pourrait dire Enrique Vila Matas (ce romancier ratiocinant parfois plus que de raison), ajoutant qu'elle a tout de même "le mérite de ne pas vous mettre dans la lunette d'un tireur à la ligne de front", parce qu'il a de l'esprit.

 

            Dans son enfance, Perez-Reverte a dû lire des romans de cape et d'épée, comme Jean-Sol Partre, ce qui expliquerait son penchant chevaleresque ; plus tard, son parcours professionnel le ramena à une vision humaine des conflits absurdes qui n'ont rien de glorieux. Aujourd'hui son monde privilégie la tempérance appropriée (Cf. son commentaire sur le terrorisme) : Deux hommes de bien lui donne l'occasion de l'exposer dans le cadre de la pré-Révolution française.

 

            Du coup, avec notamment le personnage de Bringas, son livre est furieusement d'actualité.

 

 

Alexandre Anizy

Bellevue à Mali Lošinj

Publié le par Alexandre Anizy

            Découvrir la Croatie en séjournant au Bellevue, il y a des débuts plus difficiles.

 

 

            En conformité avec le principe du blog, il nous arrive de commettre quelquefois des actes gratuits qui semblent éloigner de nos préoccupations : en réalité, il faut aussi les prendre en considération pour oser un schéma général de notre philosophie,

et surtout ne pas faire comme le crétin de la Toile (hou hou méfions-nous les flics [de la pensée] sont partout ― chantait Ferrat) qui prétend démystifier l'économie en qualifiant de gauchiste un intellectuel qu'il ne connaît pas (ni vraiment lu, ni croisé dans la vie),

parce que nos billets de voyageur signalent par exemple une volonté d'harmonie épicurienne dans notre utopie.

 

            Aujourd'hui nous souhaitons vous indiquer le restaurant gastronomique de l'hôtel Bellevue (5 *) sur l'île de Mali Lošinj (Croatie) : le menu à la carte ne dépareillerait pas le tableau Michelin des "1 étoile".

 

 

Alexandre Anizy

Hisser le pavillon de William Elliott

Publié le par Alexandre Anizy

            Au Touquet, il n'y a qu'une étoile : William Elliott.  

 

 

            Après avoir passé un agréable moment et savouré des plats de haute tenue au restaurant du Westminster, on se demande pourquoi les experts ne passent pas l'établissement au niveau supérieur.

            Cette bégueulerie cacherait-elle un ostracisme à l'égard des gens du Nord ? Dans ce cas, sûr que Bel-Ami jupitérien, maître ès relations publiques, y mettra le holà...

 

            Pour nous ce soir-là, le foie de canard rôti avec huitre Régis Borde, suivi d'un ris de veau excellemment présenté, trouvèrent une conclusion personnalisée dans un gâteau chocolat & fruits rouges. 

 

            Puisque William Elliott  a déjà sa brigade et la modestie des grands chefs, il manque une étoile à sa toque.

 

 

 

Alexandre Anizy

 

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