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Samedi 26 mai 2012 6 26 /05 /Mai /2012 07:27

 

Velibor Čolić est entré dans la prestigieuse collection de Gallimard avec son roman Sarajevo omnibus (mars 2012, 176 pages, 15,90 €) : il atteint ainsi le Golgotha de beaucoup d'écrivailleurs ambitieux. Nous qui avions apprécié son Jesus et Tito,

http://www.alexandreanizy.com/article-velibor-oli-tcholitj-n-est-ni-footballeur-ni-jesus-ni-tito-53667706.html

ne pouvions pas manquer cette nouvelle rencontre.

 

Malheureusement, Sarajevo omnibus joue sur un autre registre : l'évocation d'un XXe siècle tragique à partir de lieux emblématiques comme le Pont Latin et de personnages les ayant fréquentés. Si Velibor Čolić garde ses distances avec le pathos, il n'en devient pas moins plus sérieux. Mais c'est plutôt l'architectonique de l'ouvrage qui suscite notre réserve : si « le romancier n'a de compte à rendre à personne, sauf à Cervantès » (Milan Kundera, cité en avant-propos), le même auteur dit aussi que « … composer un roman c'est juxtaposer différents espaces émotionnels, et que c'est là, selon moi, l'art le plus subtil d'un romancier. » (l'art du roman, poche folio septembre 2009, page 110-111), et de ce point de vue, le but n'est pas atteint.

 

Ayant lu La route de Sarajevo de Vladimir Dedijer (que le temps passe...), qui raconte justement l'attentat de Sarajevo du 28 juin 1914 (partie centrale de la chronique de Čolić), nous l'avons cherché dans la bibliothèque pour le feuilleter : on y retrouve les protagonistes (Gavrilo Princip l'assassin, Čabrinović – le 1er nationaliste qui lança la grenade sur la capote de l'automobile du prince héritier, rebondissant pour éclater sous le véhicule suivant -, le colonel Dimitrijević – le chef de l'organisation secrète "la main noire" -, etc.) et la confirmation que les conjurés ont eu beaucoup de chance pour réussir (après le 1er attentat manqué, les autorités décident de changer l'itinéraire prévu et d'emprunter le quai Appel à vive allure – évitant ainsi les petites rues du centre -, mais, les 2 premières voitures du convoi se trompant et prenant le 1er itinéraire, la 3ème qui porte François-Ferdinand d'Autriche s'arrête brutalement sur ordre du gouverneur Potoriek … à l'endroit où se tient Princip ! « Au premier moment, j'eus l'intention de lancer la bombe que je portais dans ma ceinture, du côté gauche. Mais la vis était serrée si fort que j'aurais eu du mal à l'ouvrir. Et puis, dans une foule aussi dense, il aurait été difficile de la sortir et de la lancer. Je sortis donc le révolver et le levai en direction de l'automobile, sans viser. J'ai même détourné la tête en tirant. » (p.306) récit de Princip lors de l'interrogatoire du 3 juillet).

A quoi tient l'orientation d'un siècle vers la boucherie ?

 

Prions pour que Velibor Čolić retrouve la grâce d'un style plus léger sans quitter les ors de la rue Sébastien Bottin !

 

Alexandre Anizy

Par Alexandre Anizy - Publié dans : Notes culturelles
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Samedi 12 mai 2012 6 12 /05 /Mai /2012 07:51

En 1999, les éditions Actes Sud publiait les « œuvres poétiques » de Jean SéNAC (831 pages, 199 FF) : remercions cette entreprise d’avoir osé ce projet insensé d’un point de vue financier.

 

René de CECCATTY commençait sa préface par ses mots : « La poésie aura le dernier mot, comme pour PASOLINI. De la vie tragiquement terminée dans une cave, la nuit du 29 ou 30 août 1973, reste une œuvre considérable que l’on peut désormais classer à la hauteur de LORCA, de WHITMAN, de CAVAFY, de PENNA et bien sûr de ce frère dont il admirait l’œuvre cinématographique, mais qui, lui-même, ignorait leur proximité, Pier Paolo PASOLINI. » (p.9)

 

Les références sont élogieuses, ce qui n’est pas exceptionnel dans une préface. Mais, pour tout vous dire, la production nous paraît de qualité inégale et surtout, nous n’avons pas entendu une musique personnelle dans ces feuillets épars.

 

Bien sûr, nous appréciâmes quelques morceaux qui raviront les chercheurs d’étoiles. A ceux-là, le livre est destiné.

 

 

Alexandre Anizy

 

 

P.-S. : dans les Lettres Françaises de mai 2012, vous trouverez un dossier sur ce poète assassiné.

 

 

Par Alexandre Anizy - Publié dans : Notes culturelles
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Mardi 8 mai 2012 2 08 /05 /Mai /2012 11:53

 

Les soirs de mélancolie, certains font ce bilan définitif :

 

« Immer enger, leise, leise

Ziehen sich die Lebenskreise,

Schwindet hin, was prahlt und prunkt,

Schwindet Hoffen, Hassen, Lieben,

Und ist nichts in Sicht geblieben

Als der letzte dunkle Punkt. »

 

« Ausgang », Theodor Fontane

 

Que l'on peut traduire ainsi :

 

« Les cercles de la vie, doucement, doucement,

Se tracent toujours plus étroitement.

Tout s'en va, qui n'était que pavane et parade,

L'espoir s'en va, la haine et l'amour,

Et il n'est rien resté en vue

Que le dernier point obscur. »

 

 

Pour ce poète allemand, la fin est une modeste sortie.

 

 

Alexandre Anizy

 

 

 

Par Alexandre Anizy - Publié dans : Notes culturelles
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Mercredi 2 mai 2012 3 02 /05 /Mai /2012 00:15

 

Presque un an après la parution d'un roman titré « le pas de l'ombre » (excellent livre, où le lecteur se délecte de la maîtrise du style ciselé et de l'architectonique savante), Gérard Laveau publie un polar : « Tcherno » (éditions Noirval, avril 2012, 298 pages, 23 €).

 

Inspiré par des faits réels graves, qui montrent qu'en France la Santé publique est une préoccupation mineure, l'auteur a troussé une nouvelle enquête de l'agence Torpédo & Amer dans laquelle la détermination de l'une n'a d'égale que la désillusion de l'autre, noyée dans un engagement risqué.

 

L'aventure est sur les trimards dans un cadre bucolique. Ne la ratez pas ! Comme la découverte d'un scandale d'État.

 

 

Alexandre Anizy

 

 

Par Alexandre Anizy - Publié dans : Notes culturelles
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Vendredi 27 avril 2012 5 27 /04 /Avr /2012 01:56

 

Cet auteur américain surgit en 2002 dans le milieu littéraire anglo-saxon avec un livre de nouvelles, « vous n'êtes pas seul ici » (éditions de l'Olivier, 2005), qui obtint des prix et un succès retentissant. En 2010 sortait son roman « l'intrusion » (poche folio en 2011).

 

C'est une construction romanesque comme on l'enseigne dans les écoles d'écriture américaine, que l'auteur connaît très bien. Alors cela sent le préfabriqué … et le style ne peut en cacher la fadeur.

 

« Accompagnée de Cressida, elle quitta la tranquillité étanche de l'entrée [hum ! NdAA], passa par les portes à tambour, avant d'émerger dans Congress Street, et toutes deux se firent happer par l'air frais de la nuit, qui trimballait avec lui le vacarme et la trépidation de la voie express. » (p.197)

 

On dirait du John Grisham évolué, puisque Adam Haslett est tendance avec son trader homosexuel qui surfe sur la ligne blanche et finit blousé par un subalterne tocard sur les marchés asiatiques.

La dose écolo n'a pas été oubliée dans le shaker.

Mais il n'a pas encore mis en pratique ses cours de maquillage : dommage.

 

 

Alexandre Anizy

Par Alexandre Anizy - Publié dans : Notes culturelles
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