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"Capitalisme et pulsion de mort" de Gilles DOSTALER et Bernard MARIS (V)

Publié le par Alexandre Anizy

Lire auparavant les notes I à IV portant le même titre.

Gilles DOSTALER et Bernard MARIS en viennent ensuite à la 3ème souffrance de l’individu (après celles de la caducité du corps et de l’invincible nature), celle qui est due à la collectivité et particulièrement à autrui : « Ce qui est proche de moi et me ressemble, je le déteste. En vérité, je déteste mon prochain. » (p.48)

Ceux qui ont lu René GIRARD ont bien sûr reconnu sa thèse de la violence mimétique, admirablement présentée dans son livre « la violence et le sacré » ; mais aussi dans « des choses cachées depuis la fondation du monde » (2 livres en collections de poche).

FREUD parle de narcissisme des petites différences pour désigner cette haine spéculaire du voisin, du collègue, de l’homme qui prend la place que le sujet enviait, alors que GIRARD la nomme rivalité mimétique tout en reconnaissant la découverte formidable de FREUD : « (…) toute pratique rituelle, toute signification mythique a son origine dans un meurtre réel. » (Freud, cité p.51)

Ceux qui s’intéressent vraiment à cette question doivent évidemment lire « totem et tabou », un grand livre de FREUD, si ce n’est le meilleur, comme le dit GIRARD.

« Derrière la rivalité mimétique, (…) la jalousie, l’envie, le désir d’accaparer ce que possède l’autre, le désir de l’autre tout simplement, pour le blesser, le mutiler et le tuer. La frustration et le sadisme sont au cœur de la rivalité mimétique. » (p.51) En conséquence, quand l’individu exprime en société ses besoins, il ne fait que désirer les objets des autres (ou que les autres désirent ouvertement), car tout ce que les autres font ou désirent lui paraît admirable et imitable, ce qui signifie que tout individu est « dans la recherche volontaire d’une adversité dont on est soi-même l’artisan ». (GIRARD, cité p.51)

 

Forts de cette analyse, DOSTALER et MARIS peuvent donner un autre sens aux mots concurrence et compétition :

« La concurrence résume la rivalité mimétique, la foule des moutons courant vers la mort. » (p.52) ;

« (…) il s’agit bien de rivalité mimétique (…). Ensemble nous quémandons. La compétition possède un contenu infantile que n’avoue pas immédiatement la concurrence. » (p.52) 

Pour FREUD, le capitalisme est un moment puéril, immature, dans l’histoire de l’humanité.

 

Le narcissisme des petites différences permet d’expliquer la servitude volontaire : « Passant du moi, égoïste et éclairé, à la foule, mimétique et aveugle, l’individu abandonne sa raison pour l’imitation et, au passage, entre dans la servitude volontaire. » (p.53) Ceci vaut pour la sphère de production. Dans celle de la consommation, l’hystérie en est une autre forme : « l’hystérique ne consomme ou n’accumule pas des objets pour jouir, évidemment, mais pour plaire à autrui. » (p.54)

Par la consommation des objets, le capitalisme promet une jouissance élevée, qui n’est pas du plaisir mais une manifestation de la pulsion de mort.

 

Alexandre ANIZY

"Capitalisme et pulsion de mort" de Gilles DOSTALER et Bernard MARIS (IV)

Publié le par Alexandre Anizy

Lire auparavant les notes I à III portant le même titre.

Gilles DOSTALER et Bernard MARIS rappellent ensuite que « l’individu de FREUD comme celui de KEYNES est un être d’emblée collectif, qui naît et grandit par le langage ». (p.43)

Un groupe, une société, c’est autre chose que la somme des individus composant l’ensemble : individuel et collectif sont antinomiques.

« Les termes antinomiques ne se résolvent pas plus que les pôles opposés d’une pile électrique ne se détruisent. Le problème consiste à trouver non leur fusion qui serait leur mort, mais leur équilibre sans cesse instable, variable selon le développement même de la société. » (PROUDHON, « Théorie de la propriété »)

« Le moi est angoissé, agressif, autodestructeur. Il se heurte au collectif qui le protège au nom de l’autorité. » (p.43), ce qui accentue le phénomène « boule de neige » : l’argent engendre plus d’argent, les structures élémentaires s’assemblent de plus en plus du fait de la dynamique de la circulation du capital – un processus complexe que le terme mondialisation cristallise bien. « L’une des tendances principales de la culture est d’agglomérer les hommes en de grandes unités » (Freud, cité p.44), parce que la technique (on a vu précédemment qu’elle est une partie de la culture) homogénéise le monde (MARX et WEBER parlaient déjà de « planète uniforme », comme plus tard KEYNES ou Karl POLANYI). Mais la formation de groupes incorpore des tendances morbides (Freud, « totem et tabous ») et « le remplacement de la puissance de l’individu par celle de la communauté est le pas culturel décisif. Son essence consiste en ce que les membres de la communautés se limitent dans leurs possibilités de satisfaction (…) ». (Freud, cité p.45)

La foule subit donc une pression culturelle, mouvement illimité d’accumulation se faisant au détriment des pulsions : par nécessité économique, la culture retire à la sexualité une grande énergie. Refoulement sexuel et pulsion de mort sont liés.  

 

« L’incapacité de concevoir une limite, propre à l’infantilisme, est au cœur du capitalisme. » (p.46) En effet, « le moi lui-même est investi de libido (…) qui se tourne vers les objets, devenant ainsi libido d’objet, et peut se retransformer en libido narcissique. » (Freud, cité p.46) Or, que fait le capitalisme, sinon ajouter des objets aux objets ?

Le capitalisme a surdéveloppé la culture pour d’abord répondre aux besoins des hommes, puis pour les stimuler (publicité et média entretenant l’insatiabilité), entraînant la société des hommes dans une frénésie accumulatrice où personne n’est satisfait : au bout du compte, il reste la frustration et le désarroi.   

(A suivre)

 

Alexandre ANIZY

"Capitalisme et pulsion de mort" de Gilles DOSTALER et Bernard MARIS (III)

Publié le par Alexandre Anizy

Lire auparavant les notes I et II portant le même titre.

Gilles DOSTALER et Bernard MARIS considèrent que FREUD a intégré 2 concepts économiques fondamentaux : la rareté et le détournement. « Au cœur de la vision de Freud se trouve une dynamique économique où les pulsions sont constamment refoulées par la gestion de la pénurie. Le principe de réalité doit être constamment rétabli. La société s’en charge. Naissent la culture et le droit. » (p.35)

Le principe de réalité s’oppose au principe de plaisir qui demande une satisfaction immédiate des besoins (exemple : le nourrisson au sein de la mère). Autrement dit, face à son environnement l’homme bride ses pulsions animales, et ce faisant, il repère l’utile, discerne la raison.

 

Or, en économie, différer dans le futur une consommation immédiate, avec la perspective d’une consommation de quantité ou de qualité supérieures, est une définition de l’investissement. La relation entre les principes de plaisir et de réalité se ramène selon Freud « au principe économique de l’épargne de dépense » : on reporte dans le futur une destruction immédiate au profit d’une satisfaction plus importante.

Ce report est appelé « détour de production ».

Investir, c’est « détourner le travail de la production immédiate de biens de consommation pour constituer du capital. Ainsi le refoulement du besoin, le refus de sa satisfaction immédiate, permet l’épargne, et le détour de production, l’utilisation de l’énergie et du travail à la constitution du capital, permet l’investissement. » (p.36) Plus le détour de production est allongé, plus l’accumulation est forte.

Cette théorie de l’investissement est due à Eugen Von BÖHM-BAWERK, de l’école dite autrichienne.

« Le capital est un détour temporel qui exclut la jouissance. La pulsion de mort, au contraire, est la jouissance immédiate de l’anéantissement. La pulsion de vie sera baptisée par un économiste « croissance », laquelle est la négation de la rareté. » (p.38)

 

Pour lutter contre la rareté, la communauté humaine attaque la nature « avec l’aide de la technique guidée par la science » (Freud, cité p.39) La technique fait évidemment partie de la culture, puisque les premiers actes culturels sont relatifs à l’usage des outils, la domestication du feu, la construction d’habitations. Si, grâce à cette accumulation culturelle et matérielle, l’homme vit incontestablement mieux et plus longtemps, est-il pour autant libéré de ses angoisses ? Force est de constater qu’on a surtout ajouté des années en bout de cycle : la vieillesse (un naufrage, disait Simone de BEAUVOIR) perdure. « La question du bonheur, elle, n’est pas résolue par le progrès technique. » (p.40)

La technique permet de satisfaire le principe de plaisir avec « soit le contenu positif du but, le gain de plaisir, soit le contenu négatif, l’évitement du déplaisir » (Freud, cité p.41) Elle permet aussi de lutter contre « la caducité de notre corps » (Freud) : les dépenses majeures dans les pays riches concernent la santé (soins, réparations des corps, entretien des personnes âgées).

« Dans le domaine de la culture, des temps lointains entraîneront de nouveaux progrès (…) augmentant encore plus la ressemblance avec Dieu ». (Freud, cité p.41) Il suffit de voir les miracles de la médecine (greffes d’organes, prothèses … début de la sélection pour la vie) pour comprendre que nous sommes sur ce chemin.

Ainsi, « l’accumulation du capital est l’approche infiniment retardée de Dieu. Cette approche asymptotique de Dieu recouvre notre désir d’éternité, ce désir de reculer la mort (…). » (p.42)

(A suivre)

 

Alexandre ANIZY

"Capitalisme et pulsion de mort" de Gilles DOSTALER et Bernard MARIS (II)

Publié le par Alexandre Anizy

Lire auparavant la note I portant le même titre.

Le premier chapitre de cet essai porte naturellement sur FREUD et la pulsion de mort.

 

C’est dans « au-delà du principe de plaisir » (1920) que FREUD expose la thèse selon laquelle l’espèce humaine est sujette à 2 sortes de pulsions (« trieb », en allemand), « celles qui veulent conduire la vie à la mort et les autres, les pulsions sexuelles, qui sans cesse tendent vers le renouvellement de la vie et l’imposent » (Freud, cité p. 27).

La chose serait trop simple si le combat se résumait à une lutte entre Eros et Thanatos. La pulsion sexuelle contient un élément sadique, si bien que « le principe de plaisir semble être tout simplement au service des pulsions de mort » (Freud, cité p. 27). En fait, la pulsion de mort se cache derrière l’Eros : la mort est « un objet de désir paradoxal et donc exemplaire : c’est l’objet de désir qui nous libère finalement du désir. C’est, aux deux sens du terme, la fin de notre souffrance » (Phillips, cité p.29). La souffrance de la séparation du monde maternel, le désir de restaurer ce « passé fusionnel ».

« Vouloir nous désintégrer et désintégrer le monde est notre désir primordial et suicidaire. » (p.29)

 

Mais la pulsion de vie est dans chaque individu, l’incitant à s’unir aux autres pour la survie de l’espèce : en la détournant, Eros utilise l’énergie de la pulsion de mort pour exploiter et détruire la nature pour le bien de l’humanité. Ainsi, nous sommes « obligés d’admettre l’hypothèse selon laquelle un principe de mort est incorporé à la structure et à la substance même de tous les efforts humains constructifs » (p.31). Autrement dit, le progrès rassemble des forces de plus en plus destructrices.

On pourrait penser que l’instinct de vie, ayant imposé la nécessité du collectif, réussit à contenir le mal grâce à la Loi (« tu ne tueras point ») et à la culture (toutes marques d’une communion de l’espèce humaine, renvoyant notamment à l’amour et au devoir d’aimer). Mais 2 problèmes apparaissent : d’une part, en faisant miroiter du bonheur (retour au « monde maternel »), la pulsion de mort apaise, de même que son contenu sadique et érotique apporte des satisfactions ; d’autre part, « la psychologie des masses … peut être tout à fait mortifère (…) [puisque] la collectivité n’est jamais pacifiée » (p.32).

L’Eros, collectif, doit toujours contenir Thanatos sous ses formes individuelles qui s’agglomèrent aussi en force collective destructrice.

(A suivre)

 

Alexandre ANIZY

"Capitalisme et pulsion de mort" de Gilles DOSTALER et Bernard MARIS (I)

Publié le par Alexandre Anizy

En lisant ce livre, nous retrouvons une problématique qui nous intéressa, il y a presque 30 ans. Bien qu’il ne soit pas exempt de critiques, que nous résumerons dans un billet à la fin des notes, « Capitalisme et pulsion de mort » (Albin Michel, janvier 2009, 168 pages, 15 €) est un ouvrage utile et opportun, puisqu’il s’agit d’une thèse sur les racines du capitalisme qui, comme chacun le pressent, est en crise profonde. Ce n’est pas un exercice de rhétorique sur l’immoralité du milieu bancaire, ni un catalogue de mesures techniques pour réamorcer le système financier en déroute.   

Gilles DOSTALER et Bernard MARIS, 2 économistes émérites ayant un lien avec l’université de Paris VIII, sont parfaitement qualifiés pour aborder un tel sujet. D’ailleurs, il n’y a qu’à regarder la bibliographie pour comprendre que ce livre ne peut être le fruit que de longues années de recherche. Son originalité (mais ils ont des précurseurs, qu’ils présentent eux-mêmes en note de la page 23 notamment) tient dans l’analyse du rapport entre les œuvres de FREUD et de KEYNES.

 

« Ce qu’enseignent FREUD et KEYNES, nous espérons le montrer dans ce livre, c’est que ce désir d’équilibre qui appartient au capitalisme, toujours présent, mais toujours repoussé dans la croissance, n’est autre qu’une pulsion de mort. » (p. 8-9) 

 

Le problème fondamental est posé en prologue grâce à Claude LéVI-STRAUSS : les démographes ont prédit un pic de population à 9 milliards d’individus en 2050, puis une baisse rapide et, « à l’échelle de quelques siècles une menace pèsera sur la survie de notre espèce. De toute façon, elle aura exercé ses ravages sur la diversité non seulement culturelle, mais aussi biologique en faisant disparaître quantité d’espèces animales et végétales. » (Cité p. 14)

Ces ravages constituent indéniablement un résultat du capitalisme défini « comme le moment où l’invention et la technique sont détournées, canalisées et systématiquement appliquées à l’accumulation des biens ». (p. 16) Dans les années 1950, en prolongement des théories freudiennes sur l’évolution des civilisations, Herbert MARCUSE avec « Eros et civilisation » et Norman BROWN avec « Eros et Thanatos » (cités par les auteurs ; répétons-le, c’est vraiment un travail sérieux, qui offre à chaque lecteur la possibilité d’aller aux sources qui l’intéressent) avaient écrit sur la lutte entre les pulsions de vie et de mort.

De mémoire, nous soulignons que le livre de MARCUSE est un bon exemple de l’approche freudo-marxiste, soit une dialectique transcendante et apologétique comme disait Georges GURVITCH.

Mais avant eux, l’économiste « KEYNES a fait le lien entre la pulsion de mort, la préférence pour la liquidité et la tendance rentière des économies » (p. 19), au point de souhaiter « l’euthanasie du rentier ».

(À suivre)

 

Alexandre ANIZY

La représentation du G20 de Londres

Publié le par Alexandre Anizy

A croire la majorité de la presse, le sommet du G20 de Londres s’est achevé sur un succès. Vous voulez un signe tangible ? Toutes les Bourses ont nettement progressé depuis le jeudi 2 avril, ce qui démontrerait le « retour de la confiance ».

Mais ce n’est qu’une coïncidence (vraiment ?) : le 2 avril était aussi le 1er jour d’application d’une nouvelle règle comptable, décidée il y a quelques mois, pour l’évaluation des actifs d’une société : le prix retenu peut être supérieur à celui du marché.

La hausse boursière due au G20 ? D’abord purement technique.

 

Si l’on examine le communiqué final de Londres, que lit-on ?

Concernant la refonte du système monétaire international : silence.

Concernant les paradis fiscaux : au lieu de se donner les moyens d’agir contre les paradis fiscaux, le G20 parle modestement de sanctions (lesquelles ? rendez-vous au prochain G20 pour le savoir, enfin peut-être …) contre ceux qui ne seraient pas coopératifs ; la City étant la place financière la plus opaque du monde et l’Etat du Delaware étant un paradis intérieur des USA, croyez-vous que ces 2 entités seront un jour considérées comme non coopératives ? Sur la 1ère liste noire publiée figurent 4 malheureux pays (Costa Rica, Uruguay, Philippines, Malaisie) quand par exemple Jersey (dépendant de Londres, rappelons-le) est sur la liste blanche, celle des pays au-dessus de tout soupçon … Une répétition de la mascarade des listes noires établies en 2000 par l’OCDE, le Gafi et le Forum de stabilité financière, qui finirent quasiment vides …

Concernant les Credit Default Swaps (CDS) : rien n’est fait concrètement et immédiatement contre cette véritable bombe au cœur du système financier mondial.

Arrêtons-nous là.

 

Que faut-il retenir du G20 de Londres ?

La Chine est une pièce maîtresse sur l’échiquier mondial, qui affirme clairement son rang lorsqu’elle demande la fin de l’étalon-dollar et la création d’une monnaie internationale de réserve, comme la Russie. Mais pour les Chinois, on ne peut s’empêcher de croire que l’effet secondaire était d’abord recherché, puisqu’il devrait être immédiat : éreinter le dollar contribue à sa dévaluation, ce qui est bon pour le commerce chinois en dernière analyse. Comme la Chine a pris des mesures qui ont déjà eu pour conséquence une baisse de 5 à 10 %, hors effet monétaire, de ses prix à l’exportation, force est de constater que le modèle mercantiliste est toujours d’actualité à Pékin.

 

D’aucuns pensent que ce G20 confirme le triomphe de la mondialisation libérale. Nous penchons pour une avancée politique de l’économie communiste de marché (lire notre note du 2 février 2008 « l’Europe à la mode HAYEK est une économie communiste de marché »).  

 

Alexandre ANIZY

Le chant mineur de George CHESBRO

Publié le par Alexandre Anizy

La construction de ce polar au style sobre est crédible. Mais nous n’y retrouvons pas la richesse de « Bone » : les personnages-clés étant récurrents, la dimension psychologique est traitée rapidement par nécessité, puisqu’il ne faut pas lasser le lecteur fidèle par des répétitions.

 

Au final, on quitte le « chant funèbre en rouge majeur » avec l’idée que George CHESBRO est un bon artisan, dont le chef d’œuvre semble bien être « Bone », mais qu’il ne joue pas dans la catégorie des BURKE, ELLROY, par exemple.

 

Alexandre Anizy

L'os de George CHESBRO

Publié le par Alexandre Anizy

New York sert de décor à « Bone » (poche Rivages noir, 1993, 431 p.), le polar de George CHESBRO qui se déroule dans le milieu des Sans Domicile Fixe, des clochards qui n’ont rien de célestes.

 

C’est un très bon livre (le meilleur de CHESBRO ?) : le contexte, le style, les caractères dépeints, donnent envie de le dévorer.

 

Alexandre Anizy

Andrea CAMILLERI manque sa prise de Makalé

Publié le par Alexandre Anizy

Nous avons déjà exprimé ici notre admiration pour les polars du vieil Andrea CAMILLERI : voir les notes du 25 août 2007 « la douceur du vieil Andrea Camilleri » et du 30 novembre 2008 « Andrea Camilleri a-t-il décroché la lune ? ». Aujourd’hui, nous parlerons de « la prise de Makalé » (Livre de poche n° 30.957), qui n’est pas un roman policier.

 

La construction est savante, mais un peu « Grand Guignol ». La charge contre le clergé et le fascisme (l’histoire se passe en 1935, au moment de la prise de Makalé) n’est que suggérée, ce qui devait être l’ambition de l’auteur.

Mais sans le style de Camilleri, ce livre serait insipide.

 

Alexandre ANIZY

Jens LAPIDUS et son Stockholm noir

Publié le par Alexandre Anizy

Si nous ne l’avions pas reçu en cadeau, nous avouons que nous n’aurions sans doute jamais pensé à lire le thriller de Jens LAPIDUS « Stockholm noir – l’argent facile » (Plon 2008, 537 pages), car en matière suédoise, nous avions déjà collationné la crème, Henning MENKEL … Et nous serions passés à côté d’un livre intéressant (dans son genre, évidemment), car Jens LAPIDUS y décrit avec moult précision le milieu en actions, notamment la mafia serbe qui règne sur la ville. Au bout du tome 1 de cette trilogie, on s’interroge sur le devenir de ce « pauvre Mrado » puisque son sort n’est guère enviable :

 

« Le truc qui gâchait tout – il allait perdre Lovisa. Annika avait déposé une demande immédiatement après la condamnation de Mrado pour trafic de drogue. Avait exigé l’autorité parentale exclusive, et pour Mrado un droit de visite une fois par mois dans un putain de parloir en présence d’une personne des services sociaux. Un étranglement mental. Qui le tuait à petit feu. » (p. 536)

 

Bien sûr, ce n’est pas la qualité du style de Jens LAPIDUS qui nous intéresse, mais sa peinture violente du crime organisé : du fait de sa profession (avocat), l’auteur en connaît un rayon. Néanmoins, nous devons le créditer d’un savoir-faire littéraire, puisqu’il nous a captivés promptement, et maintenu en permanence notre intérêt pour cette histoire.  

 

Alexandre ANIZY