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notes culturelles

Sur le changement, trois vers de Ludwig Tieck

Publié le par Alexandre Anizy

Concernant le changement, d'une manière générale, si de l'extérieur peut surgir l'étincelle, on peut penser comme le poète allemand Ludwig Tieck :


« Von außen nichts sich je erneut,

In dir trägst du die wechselnde Zeit,

In dir nur Glück und Begebenheit. »


Ainsi traduit :


« Rien ne se renouvelle du dehors,

C'est en toi que tu portes le temps de changement,

En toi, le bonheur, en toi l'événement. »


(Ludwig Tieck, les 3 derniers vers du poème le temps)



Alexandre Anizy

 

Retour au vide léger de Nicolas Rey

Publié le par Alexandre Anizy

Tous les amis du milieu littéraire se seraient-ils passés le mot : il faut sauver le Nicolas Rey ! Et c'est ainsi qu'il engrange moultes critiques, papiers et interviews, pour son dernier roman, « un léger passage à vide » (éditions au Diable Vauvert, janvier 2010, 182 pages, 17 €).


L'ouvrage ne méritait pas cette débauche de copinage. La distanciation ironique de l'auteur ne peut pas bonifier un tombereau de niaiseries juvéniles, et le style ne nous épargne pas.


« Deux heures plus tard, ma chambre fait neuf mètres carrés. Les murs sont de couleur orange. Un Martiniquais me demande si j'ai des médicaments dans mes bagages. Ouais, je fais, vous voulez quoi ? » (p.65)


« Ils ont transporté Anaïs de mon immeuble jusqu'à son pavillon de petite fée. Je suis descendu fumer une cigarette. Les vieilles de mon étage m'ont regardé comme si j'étais un ogre pasolinien volage et forcené. Dehors, j'ai compris que même les dingues jugeaient que je tournais mal. Alors que non. » (p.97)


Pas folichon, n'est-ce pas ?

Si ça lui chante, Nicolas Rey peut bien reprendre ses beuveries en lignes : son absence ne nous gênera pas.



Alexandre Anizy

 

La milliardaire réactionnaire Elisabeth Badinter optimise sa couverture médiatique

Publié le par Alexandre Anizy

Les riches « belles âmes » (selon le mot de Raymond Aron) se bousculent au portillon. Au cours du week-end passé, ce fut un véritable déluge promotionnel qui s'abattit sur les lecteurs des magazines et des journaux. Franchement, un minimum de concertation améliorerait le plan médias de la pseudo-élite, et par conséquent ses retombées … Dans une note précédente, nous évoquions celui du maître ès propagande, à savoir l'obscène Bernard-Henri Lévy ; voyons aujourd'hui celui de la milliardaire réactionnaire Elisabeth Badinter (non exhaustif, forcément) :

Express (1 page)

Nouvel Observateur (2 pages)

Libération (2 pages)

Point (4 pages)


Quand cette héritière publie un livre, les colonnes de la presse lui sont immédiatement ouvertes. Le cas qui nous occupe aujourd'hui concerne sa dernière production, où elle repartirait au combat (de salon, rassurez-vous) contre les écologistes (ces adorateurs de Dame Nature), contre les féministes qui ne pensent pas comme elle, contre les adeptes du lien charnel et de l'attachement mammifère, si l'on en croit Emilie Lanez du Point.

Bref, rien de nouveau dans le crâne de Mme Badinter.


Ce que nous pensons de cette dame ? Un être profondément réactionnaire, prônant la possibilité d'avoir des enfants grâce à une location de ventre (la fameuse gestation pour autrui – GPA), comme les bourgeoises des temps jadis mettaient leurs progénitures en nourrice …


Bien sûr, la riche héritière Elisabeth Badinter n'a pas la puissance de feu médiatique du dandy égocentrique qui se croit un guerrier. Néanmoins, sa surface financière personnelle et surtout le poids économique de son entreprise dirigée par Maurice Lévy font qu'il serait probablement difficile de résister à une éventuelle suggestion de la grande bourgeoise féministe, quand on est un organe de presse ayant 30 % de ses recettes issues de la publicité.

Mais elle est quand même devenue une intellectuelle choyée des médias, à défaut d'être entendue.



Alexandre Anizy

 

Le milliardaire philosophe Bernard-Henri Lévy est obscène

Publié le par Alexandre Anizy

Intervenant dans le champ politique comme un homme de gauche « en guerre » contre les totalitarismes, le milliardaire philosophe Bernard-Henri Lévy nie être un acteur financier du capitalisme mondialisé. Cette posture d'écrivain immaculé est tout bonnement obscène, comme nous le montrons dans notre note

http://www.alexandreanizy.com/article-le-milliardaire-philosophe-bernard-henri-levy-optimise-sa-couverture-mediatique-44493553.html .


On pouvait encore lui accorder le crédit minimum lorsqu'il se présentait dans le champ intellectuel. A notre avis, ce n'est plus le cas aujourd'hui. Des lecteurs privilégiés du dernier livre (« De la guerre en philosophie ») ont pu découvrir en page 122 que, pour appuyer une démonstration sur Kant, le philosophe Lévy cite un ouvrage de Jean-Baptiste Botul, un auteur qui n'existe pas … Autrement dit, BHL n'accomplit même pas un travail intellectuel sérieux, à savoir par exemple des sources vérifiées et lues de préférence …

Autre hypothèse : il serait lui aussi victime d'une fiche de lecture bâclée par un sous-traitant négligeant, comme son ami Alain Minc ?



Ainsi, que ce soit dans le champ politique ou dans le champ intellectuel, force est de constater que le milliardaire philosophe Bernard-Henri Lévy est obscène.



Alexandre Anizy

 

Le milliardaire philosophe Bernard-Henri Lévy optimise sa couverture médiatique

Publié le par Alexandre Anizy

Comme à chaque fois qu'il lance un nouveau produit sur le marché, le milliardaire philosophe Bernard-Henri Lévy a soigné son plan médias en ne mégotant pas sur la masse :

Marianne (7 pages + 1 photo pleine page),

Express (3 pages + 1 photo pleine page),

Figaro du samedi (1 page avec portrait, entamée par une publication officielle des résultats de LVMH -sur 40 % de l'espace),

le Point (2 pages + 1 photo pleine page),

Journal du Dimanche (1 page - avec photo portrait-, entamée par une publicité pour le journal la Tribune – 25 % de l'espace).

Le narcissisme de cet héritier (son père André Lévy a fait fortune dans le bois – la société Becob-, notamment grâce à l'exploitation des forêts africaines) se vérifie une nouvelle fois.


Dans ce bombardement médiatique, signalons furtivement l'hommage de l'écri-nain pipole Christine Angot : plus une commande qu'un acte gratuit, n'est-ce pas ? Mais surtout l'entretien avec les gens de Marianne qui ont ébranlé le discours simpliste et racoleur du milliardaire philosophe, au point de l'acculer à cette défense pleine de morgue :

« Marianne : Modestie ou habileté pour s'abstraire d'un débat sur le capitalisme financier qui ne vous est pas étranger comme investisseur ? Vous vous êtes ainsi caché, il n'y a pas si longtemps, derrière une citation d'Althusser pour dire que « l'économie n'existe pas ». N'est-ce pas une défausse un peu obscène de vivre de l'économie et de dire qu'elle n'existe pas parce qu'un intellectuel communiste [Louis Althusser, ndAA] a fait un bon mot qui n'a avancé personne ?

Bernard-Henri Lévy : C'est votre insistance qui devient un peu obscène, vous ne trouvez pas ? Je suis un écrivain. Pas un investisseur.

Marianne : Un acteur du capitalisme financier ?

B-H. L. : Non plus. » etc.

(un entretien percutant : dans une presse ronronnante, voire servile, cela mérite d'être salué)

Pour nous, ce qui est obscène, c'est le rentier Lévy qui prétend ne pas être acteur du capitalisme financier, alors qu'il gère aussi ses affaires :

«  « (…) l'essentiel de son argent n'est pas en France ... » Mais alors où ? Tous les mois, BHL se rend en Grande-Bretagne. Il disparaît 48 heures pour retrouver ses gérants dans le salon d'un grand hôtel londonien. Là, il fait le point sur ses investissements, règle les urgences et délivre ses ordres. On peut estimer que 75 % de sa fortune est gérée de Grande-Bretagne, ce qui lui procure un redoutable système d'optimisation fiscale. De source anglaise, une autre partie de ses investissements est également gérée d'un autre pays de la communauté européenne. Ce serait, estiment certains, probablement le Luxembourg. » (enquête de Christian Moguérou dans VSD du 7 octobre 2004)

Devons-nous rappeler que Londres est pour certains un paradis fiscal, et pour beaucoup le point d'entrée vers les places offshore paradisiaques ?


Nous ne discuterons pas ici du fond, puisqu'il est sans intérêt. Seule la méthode du maître ès propagande doit être mise en évidence : dans le Monde Diplomatique de janvier 2010, Pierre Rimbert la présente intégralement dans un article titré « l'homme qui ne s'est jamais trompé », une litote digne du petit penseur très partisan.



Alexandre Anizy


P.S : en 2ème semaine, il faudra s'attendre à la 2ème vague du plan, à savoir les articles des amis (la liste des affidés étant longue, elle offre une palette de couleurs et de consistances utile pour nourrir une éventuelle polémique nécessaire pour la renommée)

 

"Voici le temps des imposteurs" de Gilbert Cesbron

Publié le par Alexandre Anizy

Si « Voici le temps des imposteurs » n'est pas le meilleur roman de Gilbert Cesbron, il est sans doute le plus critique. En effet, on peut y lire la description sans tabous (une concession ironique à la mode verbale) du monde cynique de la presse : commencer par la prise de pouvoir grotesque au journal collaborationniste le Soir, par trois Résistants quasi débutants, situe d'emblée le problème.

Bien sûr, le style sobre et incolore ne vous marquera pas. Mais il a au moins le mérite de la justesse.

« Et voici qu'au lendemain des journées d'août [1944, ndAA], parée de la victoire des autres et se baptisant « peuple », cette foule arrogante et veule instituait ses tribunaux populaires et réclamait la mort du vieux souverain qu'elle avait idolâtré. Les soldats étaient repartis, les héros se tenaient à l'écart et, pour se justifier à leurs yeux, les lâches donnaient la chasse à plus lâches qu'eux. » (p.58 de l'édition 1974 du Service Culturel de France, empruntée à la bibliothèque municipale)

En lisant ce passage, nous pensons à Alphonse Boudard (« les combattants du petit bonheur »; en poche) : lire notre note http://www.alexandreanizy.com/article-15357832.html .


Dans cet ouvrage de Cesbron, on voit une peinture au vitriol des ambitions marchandes et morales du milieu de la presse, à travers des personnages inspirés par des monstres sacrés comme Pierre Lazareff ou Daniel Filipacchi. On est loin de la vénération que leur porte Philippe Labro dans son bouquin « un début à Paris » (Gallimard, 1994, 349 pages, 125 FRF) : lire notre note http://www.alexandreanizy.com/article-27601174.html .


Alors qu'il était populaire, i.e. un gros vendeur, après la parution de ce livre en 1972 la visibilité de Gilbert Cesbron dans les médias n'était plus comparable à celle d'autrefois, quand il se contentait d'être un écrivain catholique sensible aux réalités sociales : était-ce une mesure de rétorsion immédiate ?


Quoi qu'il en soit, le mal dénoncé par Gilbert Cesbron est fait : pire, les choses se sont agravées, puisque les médias forment un rouage essentiel de la formation de l'opinion publique dans la société du spectacle. C'est pourquoi la presse actuelle, qui ressemble de plus en plus à la Cour de Versailles où des courtisans de toutes sortes vivaient au crochet de l'Etat ou se ruinaient pour en être, est maintenant investie par les rejetons de l'aristocratie.



Alexandre Anizy

 

En croix, Célia Houdart !

Publié le par Alexandre Anizy

Heureusement, nous ne connaissons pas Célia Houdart : à chacun sa « cruz »!

« Le patron » (éditeur P.O.L, mai 2009, 123 pages, 12 €) n'est pas un roman ; c'est un récit plus qu'épuré : évidé. Avec cette prose fumeuse, le lecteur ne risque même pas le vertige.


Le style sauve-t-il le produit ? Non.

« La deuxième séance de pose chez Monsieur Serge fut particulièrement silencieuse. C'était le lendemain d'un arbitrage de match en plein air, Monsieur Serge n'avait plus un atome de voix. Il donna des indications à ses modèles en parlant tout bas. Bilal et Iris devaient lire sur ses lèvres. » (p.33)

Sujet, verbe, complément ; proposition subordonnée en accessoire épisodique. Quelle aridité !


Pourquoi cet éditeur réputé a-t-il soutenu ces brumes sèches ?

Cette fumigation serait-elle un produit de nécessité (de trésorerie) pour lui ?


Pour l'auteur comme pour l'éditeur : consternant.


Alexandre Anizy

 

 

Lire Dany Laferrière avec plaisir

Publié le par Alexandre Anizy

 

Dany Laferrière : enfin un écrivain qui ose la forme !

Nous finirons par croire que l'inventivité s'est définitivement plantée dans les Caraïbes, en laissant aux "métros" les croûtons rassis de la clique à Sollers et compagnie.


« Cette ville se réveille

si tôt qu'à deux heures

de l'après-midi

elle est déjà sur les genoux.

A l'ombre d'un large chapeau

les vendeuses de melon

font la sieste.

Le dos contre le mur de l'hôtel. » (p.152)


« L'énigme du retour » (Grasset, août 2009, 300 pages, 18 €) n'est pas un grand livre. Il ne vaut que par le style de l'auteur, mais cette qualité fait tellement défaut par les temps qui courent...  

Rendons grâce au jury Médicis qui a couronné en 2009 ce roman insolite.



Alexandre Anizy

 

La lassitude du lecteur de fond (III)

Publié le par Alexandre Anizy

Suite aux notes

http://www.alexandreanizy.com/article-la-lassitude-du-lecteur-de-fond-i--41980257.html

http://www.alexandreanizy.com/article-la-lassitude-du-lecteur-de-fond-ii--42086080.html

 

 

Parce que lire ne doit pas être une course à la nouveauté, qui est un concept bien fragile si on y regarde de près, il ne faut pas hésiter une seconde à reprendre les ouvrages qui vous ont déjà plu, et pas nécessairement les classiques. Être comme une âme en peine n’est pas une excuse pour sombrer dans l’élitisme bourgeois d’Edith Wharton !

 

C’est le troisième remède à la lassitude du lecteur de fond : il s’inscrit dans l’esprit de « la lenteur » de Milan Kundera (Gallimard, 1995, 154 p., 87 FRF).

(Lire http://www.alexandreanizy.com/article-21222716.html ).

 

 

Alexandre Anizy

La lassitude du lecteur de fond (II)

Publié le par Alexandre Anizy

Suite de notre note http://www.alexandreanizy.com/article-la-lassitude-du-lecteur-de-fond-i--41980257.html

 

 

Le deuxième remède à cette lassitude du lecteur de fond a l’avantage de maintenir une sorte de cordon ombilical avec le monde de la représentation, un fil ténu qui aurait pour objectif de ré-enchanter le sujet assommé par tant de produits frelatés. Comment ?

Par la poésie, évidemment.

 

Techniquement, la poésie permet les doses homéopathiques, c'est-à-dire de courtes phases de lecture. Elle maintient ainsi le rite en s’affranchissant de la pénibilité, i.e. la durée.

Reste à choisir entre la relecture des anciens et la découverte de nouveaux talents. Pour notre part, nous varions le menu : l’envie du moment guide notre main dans les rayons de la bibliothèque ou du libraire.

 

Par exemple, savourons aujourd’hui ces deux tercets :

 

« Vers la gaze de feu que trament les rayons,

Vole le frêle essaim des riches papillons

Qu’enivrent la lumière et le parfum des sèves ;

 

Alors mes doigts tremblants saisissent chaque fil,

Et dans les mailles d’or de ce filet subtil,

Chasseur harmonieux, j’emprisonne mes rêves. »

 

Sonnet la sieste (« les Trophées »)

De José-Maria de Heredia 

 

 

Alexandre Anizy