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Pour l'UE une héritière et une servante

Publié le par Alexandre Anizy

            Fin des faux-semblants dans l'Union Européenne : l'Allemagne se sert.

 

 

            Au bout des tractations politicardes sonne l'heure de l'emprise allemande. A la tête de la Commission, elle place la fille du politicard Ernst Albrecht (cador de la CDU des années 70), Ursula von der Leyen, mariée à un noble, dont le CV se résume à ceci : 7 enfants, beaucoup de diplômes (économie, puis médecine), à 40 ans son premier et dernier job de chercheuse assistante (1998 à 2002) mais c'était pour légitimer ses candidatures aux postes politiques (membre du CDU depuis 1990). A la tête de la Banque Centrale Européenne, l'Allemagne accepte la française Christine Lagarde : non économiste et non banquière, servante docile des politiciens en place [souvenez-vous de sa lettre à Sarkozy de Nagy Bocsa : "1) Je suis à tes côtés pour te servir et servir tes projets pour la France." (1)].

 

            L'Eurallemagne surgit sans fard avant la tempête. Les vassaux paieront la facture.

 

 

Alexandre Anizy

 

 

(1)  Le Monde.fr, lundi 17 juin 2013 à 11H06.

Un noir sur Gaudi

Publié le par Alexandre Anizy

            Qui a réussi ce tour de force ?  Aro Sainz de la Maza.

 

 

            Le bourreau de Gaudi (Actes Sud, 2014) est un excellent polar qui vous balade dans Barcelone et l'histoire des constructions de Gaudi, un travail fignolé avec l'aide d'une "équipe de rêve" (l'éditeur, l'agent, l'épouse), si on se fie aux remerciements.

            Le jeu en valait la chandelle.  

 

 

Alexandre Anizy

 

Dufossé à la citadelle de Metz

Publié le par Alexandre Anizy

            Si, comme disait Saint-Exupéry, pour "comprendre le mot bonheur, il faut l'entendre comme récompense et non comme but" (1948), alors il nous fut intelligible ce soir d'Ascension à la Table ♠ de la citadelle de Metz.

 

 

            C'est là qu'officie Christophe Dufossé. Notre récompense commença par l'amuse-bouche "cerise burlat et foie gras", un trompe-l'oeil délicieux, et finit en apothéose avec le dessert "Fraises, basilic, huile d'olive, avec glace vanille et sorbet fraise".

            Entre ces deux mets, nous appréciâmes l'harmonie du vin blanc bio Clos St Vincent  et du bar, la justesse du vin rouge bio Rubis du domaine Les Béliers (Moselle) avec les fraises, le sommelier d'ici s'étant mis ... à la vigne !    

 

            Et ne craignez rien : vous pourrez vous faire la belle dans Metz la verte.

 

 

Alexandre Anizy

 

Pas de four Martin au Grand Véfour

Publié le par Alexandre Anizy

            Pour fêter un événement heureux, le Grand Véfour ♠♠ c'est pas "dégueu", comme aurait dit Gainsbourg.

 

 

            Comme au Lucas Carton (lire ici ), la salle vaut déjà le déplacement, mais nous étions là avec Jean-Charles pour savourer les ravioles de Guy Martin. Ce jour-là, la suggestion du chef (Tête de veau, cervelle etc. ) fut un deuxième délice, et le reste du menu est à la même hauteur d'excellence.   

            Une salle comble dirigée sympathiquement par Flavien Develet absorba notre conversation joyeuse, un beau jeudi d'avril, sous le soleil exactement...   

 

 

 Alexandre Anizy

 

 

P.S. : un bémol pour le vin, puisqu'il n'y a que 2 vins bio au verre (un Sancerre sec de bon aloi pour accompagner la Lotte, un Mâcon (?) de table qui fit juste l'affaire pour la tête de veau) ; car il n'est plus question d'avaler les pesticides et autres saloperies de la viticulture productiviste. Alors le sommelier devrait vite se mettre ... à la vigne !

La confiture de Soljenitsyne

Publié le par Alexandre Anizy

            Ayant lu un ouvrage de Soljenitsyne dans le cadre de nos recherches actuelles, nous eûmes envie de prolonger ce nouveau contact en lisant un texte littéraire.

 

 

            Nous optâmes pour La confiture d'abricot et autres récits (Fayard, août 2012, en livrel). Eh ! ma foi, nous ne le regrettâmes pas. Comme nous avions  en tête le souvenir d'un style âpre, qui paraissait adapté au projet romanesque relatif au Goulag, ce livre non seulement atténue ce vieux jugement mais il rend évident le talent littéraire, ô combien contesté dans les années 1970 par les affidés du parti communiste comme Max-Pol Fouchet !

 

            Commençons par le premier récit, la confiture d'abricots : l'histoire d'un jeune fils de paysans déportés dans la taïga qui s'échappa sur ordre de son père, après que les dékoulakiseurs aient coupé l'abricotier en exécution de leurs menaces pour obtenir le grain caché... jeune fugitif, il trouve restance chez les enfants des rues.    

            « Les gens qui n'avaient pas eu le temps de mettre la leur [l'assiette] à l'abri s'arrêtaient souvent de manger : les guenilleux n'attendaient que ça pour tout engloutir. Ils volaient aussi à la gare, et ils se chauffaient auprès des goudronneuses. Seulement j'étais trop grand et fort, je me détachais au milieu d'eux : déjà plus un enfant et moins dépenaillé. J'aurais pu m'établir caïd, demeurer à l'abri et les envoyer en chasse, mais j'ai le cœur sensible.

            Si bien que ça n'a pas traîné : une équipe du Guépéou m'a pêché au milieu de la bande, moi tout seul, et conduit en prison. » (p.8/373)

 

            Le récit d'un soulèvement paysan dans Ego est aussi édifiant sur les agissements des bolcheviks après Octobre, pour écraser toute opposition. En plus tordue, la nouvelle titrée Nos jeunes.

 

            La courte biographie du maréchal Joukov est fort intéressante d'un point de vue historique.

            « Ayant remarqué ce flottement chez Staline, Joukov s'enhardit jusqu'à des recommandations importantes. A la fin de juillet, il risqua une proposition : abandonner Kiev et se retirer derrière le Dniepr, sauver ainsi des forces puissantes et leur éviter l'encerclement. Staline et Mekhlis le traitèrent en chœur de capitulard. Et Staline retira aussitôt à Joukov l'état-major général pour l'envoyer repousser les Allemands à Ielnia. (Ç'aurait pu être pire : ces semaines avaient vu fusiller des dizaines de généraux considérables et remarquables qui avaient remportés des succès pendant la guerre civile espagnole ; il avait tout de même fait libérer Méretskov.) » (p.313/373)

Puis Staline admit que Joukov avait eu raison pour Kiev...

            « Et c'est ainsi qu'en septembre 1941, Joukov conserva Leningrad. (Avec un blocus de neuf cents jours...) Et, juste à ce moment, au lendemain de la prise d'Oriol par Guderian, il fut extirpé de nouveau par Staline, cette fois pour sauver la ville même de Moscou. » (p.316/373)

Si en matière de stratégie militaire Hitler a eu quelques éclairs, ce n'est pas du tout le cas de Staline : l'écrivain Soljenitsyne s'emploie à rétablir la vérité sur le rôle du mauvais petit Père des peuples dans la grande guerre russe du XXe siècle. N'est-ce point la fonction essentielle d'un intellectuel digne de ce nom ?

 

 

            En 2019, quoi de neuf ? Soljenitsyne, pour mettre à l'heure les pendules européistes.

 

 

Alexandre Anizy

Notre ère selon Supervielle

Publié le par Alexandre Anizy

Après les élections européennes du 26 mai, faut-il prendre le parti de Supervielle ?     

 

 

Notre ère

 

Le monde est devenu fragile

Comme une coupe de cristal,

Les montagnes comme les villes

L'océan même est mis à mal.

 

Un roc est aussi vulnérable

Qu'une rose sur son rosier

Et le sable tant de fois sable

Doute et redoute sous nos pieds.

 

Tout peut disparaître si vite

Qu'on le regarde sans le voir.

La terre même est insolite

Que ne fait plus tourner l'espoir.

 

Hommes et femmes de tout âge

Regagnons vite nos nuages

Puisqu'il n'est pas d'asile sûr

Dans le solide et dans le dur.

 

Jules Supervielle

(Oeuvres poétiques complètes, La Pléiade)

Encore un effort, général Desportes !

Publié le par Alexandre Anizy

            Ayant connu le général Desportes lorsqu'il débutait sa carrière à Tübingen (1), nous constatons qu'il a su évoluer sur l'OTAN... Tardivement, c'est entendu, mais il tend à prouver que la Raison l'emporte au fil du temps.

 

 

            Comme nous le faisions remarquer dans notre analyse de son livre titré La dernière bataille de France (lire ici l'intégralité de notre billet du 14 novembre 2015) :

            Malgré un réquisitoire argumenté, l'auteur ne se résout pas à prôner la sortie de l'OTAN. Il se place même au milieu du gué alors que le torrent de l'Histoire va déferler sur la France : « L'OTAN ? oui, mais profondément transformée, sans primus inter pares et dans laquelle les Européens seraient au minimum "l'actionnaire majoritaire". » (V. Desportes, dans les Echos du 27 octobre 2015) Sur le rivage de Seine, Desportes voudrait bousculer l'establishment pour mettre à l'ordre du jour de l'organisation américaine une réforme contraire aux intérêts des Etats-Unis, un peu comme ces économistes effarés qui demandent une réforme de l'euro contraire aux intérêts du maître et concepteur de cet outil monétaire, i.e. l'Allemagne. La realpolitik n'est décidément pas française.

            Doit-on écarter la chimère d'une "défense européenne" à laquelle Vincent Desportes semble porter le coup de grâce, comme un rapport récent du Sénat (3) ? « (...) il n'existe pas de défense européenne, il n'existe pas d'armée européenne car il n'existe pas d'union politique, de communauté de vision, pas même cette communauté d'intérêts indispensable à la conception d'un outil de défense commun. » (p.61) Non, puisque Vincent Desportes réaffirme ailleurs : « Notre horizon doit être l'Europe de la défense. » (les Echos du 27 octobre 2015)

            Dans ces conditions, le discours de Vincent Desportes est incohérent : alors que l'Europe de la défense est une impasse conceptuelle, que sans les Etats-Unis l'Europe aurait une armée creuse en l'état actuel des choses, il souhaite une réforme de l'OTAN qui est stratégiquement le meilleur obstacle à la construction des armées nationales indépendantes en Europe.  

C'est pourquoi nous concluions :

            Seule la sortie de l'OTAN rendrait cohérente la perspective que Vincent Desportes semble esquisser. Comme il ne l'envisage pas, force est de constater son impasse. Pourtant en matière de stratégie, il s'est montré d'un meilleur niveau avec son livre La guerre probable :

http://www.alexandreanizy.com/article-la-guerre-probable-selon-vincent-desportes-116031869.html

 

 

            Que dit Vincent Desportes aujourd'hui ? (2)

L'OTAN est devenue une menace pour les pays européens. (...) Il est temps que l'OTAN soit remplacée par la défense européenne.

            Quels sont ses arguments ? D'abord elle déresponsabilise les Etats européens, qui se croient à l'abri sous le protectorat américain, et pire, ne s'imaginent plus capables de se défendre par eux-mêmes. Ensuite elle constitue un carcan qui favorise les tensions intra-européennes. Enfin Desportes constate objectivement que « La seule Europe qui vaille pour les Etats-Unis, c'est une Europe en perpétuel devenir. Ils ont toujours poussé pour les élargissements, y compris vis-à-vis de la Turquie. »

            Que propose Desportes ?

« Il faut créer un noyau dur capable de doter le continent d'une autonomie stratégique et capacitaire. »

 

 

            Si le général Desportes est sur le bon chemin, il demeure dans l'ambiguïté des oripeaux occidentaux. En effet, s'il appelle à une construction de l'Europe stratégique, il ne préconise pas la sortie de l'OTAN, faisant comme si cette organisation menaçante se laisserait vider de sa substance par la création parallèle d'une Europe militaire...

            Soyons clairs : les Etats européens qui formeront le noyau dur devront préalablement, ou plus exactement de manière concomitante, sortir de l'OTAN. Pour cet événement, il ne faut donc pas compter sur la Pologne, ni sur l'Allemagne.

            Concernant ce que nous appelons "les oripeaux occidentaux", force est de constater que Desportes ne s'en est pas totalement libérés puisqu'il écrit : « Nous avons, nous Occidentaux, contribué à faire ressurgir la menace russe. »

            Mais le général se soigne puisqu'il ose affirmer aujourd'hui : « Je pense que la Russie doit être intégrée à l'espace européen et que nous devons faire en sorte qu'elle ne soit plus une menace. » Cette position nous semble plus logique et cohérente que celle exprimée en 2015.          

 

 

            Peu à peu Vincent Desportes se défait des reliques idéologiques du XXe siècle pour quitter le cercle de la déraison. Grâce à cette démarche courageuse, il aborde les défis du monde du XXIe avec pertinence. 

 

 

Alexandre Anizy

 

 

(1) Le lieutenant Desportes nous ayant envoyé en taule (des arrêts simples, soyons précis et modeste), le lecteur notera que nous ne sommes pas rancunier.

(2) Entretien publié dans le Figaro du 25 mai 2019.

 

Les intellectuels les allumettes et Prévert

Publié le par Alexandre Anizy

A méditer avant d'aller voter.

 

IL NE FAUT PAS

 

Il ne faut pas laisser les intellectuels jouer avec les

allumettes

Parce que Messieurs quand on le laisse seul

Le monde mental Messssieurs

N'est pas du tout brillant

Et sitôt qu'il est seul

Travaille arbitrairement

S'érigeant pour soi-même

Et soi-disant généreusement en l'honneur des travailleurs du bâtiment

Un auto-monument

Répétons-le Messssieurs

Quand on le laisse seul

Le monde mental

Ment

Monumentalement.

 

Jacques Prévert

(Paroles, dans la Pléiade, volume 1, 1992)

 

La sagesse selon Aya Cheddadi

Publié le par Alexandre Anizy

 

Sagesse des enfants blessés

 

Est-il concevable de nier

qu'un jour le corps et le monde

ont divorcé

 

Derrière la jeunesse apparente

de la peau le spectre de ce qui

aurait pu rentrer dans la file continue

des êtres marchant vers la mort

 

Vie ou mort l'un est le mensonge de l'autre

et il suffit de rire pour que toute plainte

sonne creux faux

inauthentique

 

Ne pas attendre la compassion

Qui trop réelle emprisonne

dans une image diminuée

du temps imparti

 

Solitude obligatoire

feuille de chêne qui s'effrite

dans un tableau réussi m'a dit ma mère

on s'aperçoit que tout meurt

 

Un avant-goût de vieillesse

Peut-être arriverai-je un jour

à l'aimer cette sagesse

des enfants blessés

 

 Aya Cheddadi

(dans la revue ARPA n°120-121 d'octobre 2017)

 

Why not James Sallis ?

Publié le par Alexandre Anizy

            Bourlingueur, James Sallis a gratté dans le milieu intellectuel. A 72 ans, il a publié un texte un brin fataliste.  

 

 

            Peut-on vraiment parler de polar à propos de Willnot de James Sallis (Payot & Rivages, 2019, en livrel) ? Pas vraiment, même si les morts suspectes, les coups de feu, le fugitif, le FBI et le shérif ne manquent pas. Point d'enquête puisque le personnage central est un médecin qui voit les choses et les hommes venir à lui. Le désenchantement règne dans cette histoire, et c'est pourquoi le titre pourrait être interprété comme un "non futur" ou une "non volonté". Gide, Camus, l'école de Francfort étant cités, ce qui est rare dans un roman noir américain, on pense alors au I would  prefer not to du Bartleby d'Herman Melville. Réaliste sans amertume, Sallis ose une assertion sur son métier :

            « Les écrivains - les artistes - sont des produits. Et les produits se périment. » (p.33/180)

            Willnot est un roman encombré, le fruit soit d'un remplissage talentueux, soit d'un capharnaüm maîtrisé. Il n'empêche qu'il mérite un détour, puisque le style est singulier.

 

 

Alexandre Anizy