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En croix, Célia Houdart !

Publié le par Alexandre Anizy

Heureusement, nous ne connaissons pas Célia Houdart : à chacun sa « cruz »!

« Le patron » (éditeur P.O.L, mai 2009, 123 pages, 12 €) n'est pas un roman ; c'est un récit plus qu'épuré : évidé. Avec cette prose fumeuse, le lecteur ne risque même pas le vertige.


Le style sauve-t-il le produit ? Non.

« La deuxième séance de pose chez Monsieur Serge fut particulièrement silencieuse. C'était le lendemain d'un arbitrage de match en plein air, Monsieur Serge n'avait plus un atome de voix. Il donna des indications à ses modèles en parlant tout bas. Bilal et Iris devaient lire sur ses lèvres. » (p.33)

Sujet, verbe, complément ; proposition subordonnée en accessoire épisodique. Quelle aridité !


Pourquoi cet éditeur réputé a-t-il soutenu ces brumes sèches ?

Cette fumigation serait-elle un produit de nécessité (de trésorerie) pour lui ?


Pour l'auteur comme pour l'éditeur : consternant.


Alexandre Anizy

 

 

Lire Dany Laferrière avec plaisir

Publié le par Alexandre Anizy

 

Dany Laferrière : enfin un écrivain qui ose la forme !

Nous finirons par croire que l'inventivité s'est définitivement plantée dans les Caraïbes, en laissant aux "métros" les croûtons rassis de la clique à Sollers et compagnie.


« Cette ville se réveille

si tôt qu'à deux heures

de l'après-midi

elle est déjà sur les genoux.

A l'ombre d'un large chapeau

les vendeuses de melon

font la sieste.

Le dos contre le mur de l'hôtel. » (p.152)


« L'énigme du retour » (Grasset, août 2009, 300 pages, 18 €) n'est pas un grand livre. Il ne vaut que par le style de l'auteur, mais cette qualité fait tellement défaut par les temps qui courent...  

Rendons grâce au jury Médicis qui a couronné en 2009 ce roman insolite.



Alexandre Anizy

 

Crise de la mondialisation (II) : avec Maurice Allais

Publié le par Alexandre Anizy

 

Maurice Allais est l'unique Français ayant reçu le Prix Nobel d'économie. Pourtant, les médias ne le consultent plus depuis belle lurette, comme d'ailleurs les dirigeants et institutions françaises. Il est vrai qu'il a l'outrecuidance de se définir comme « libéral et socialiste » et de briser des tabous indiscutés.

D'aucuns s'étonneront de nous voir associés à ce théoricien, mais en ce qui concerne l'analyse de la crise nous émettons le même diagnostic, et quant à la prescription, nous approuvons le premier remède.


« (…) le fondement réel de l'actuelle crise : l'organisation du commerce mondial, qu'il faut réformer profondément, et prioritairement à l'autre grande réforme également indispensable que sera celle du système bancaire. » (dans Marianne du 5 décembre 2009)

Pour Maurice Allais, le protectionnisme entre pays à salaires comparables n'est pas, en général, une bonne mesure.

« Par contre, le protectionnisme entre pays de niveaux de vie différents est non seulement justifié, mais absolument nécessaire. C'est en particulier le cas à propos de la Chine, avec laquelle il est fou d'avoir supprimé les protections douanières aux frontières. Mais c'est aussi vrai pour des pays plus proches, y compris au sein même de l'Europe. »


Que peut faire l'industriel français, par exemple du textile, pour maintenir sa part de marché et sa production locale, quand ses coûts de fabrication sont 5 ou 10 plus élevés ? Rien. Parce qu'il en a fait l'amère expérience (dépôt de bilan de la société Tissage de Picardie), nous doutons que Guillaume Sarkozy de Nagy Bocsa nous contredise sur ce point.

Face à la « méprise monumentale », « monstrueuse », du directeur général de l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC), le social traître Pascal Lamy, qui souhaiterait que les discussions en cours (appelées le cycle de Doha) s'achèvent par un accord en 2010, parce qu'il considère que l'accroissement des échanges est un objectif en soi alors qu'ils ne sont qu'un moyen, Maurice Allais exprime avec humour sa profonde indignation en lâchant ce mot d'ordre : « il faut de toute urgence délocaliser Pascal Lamy », parce qu'il est un facteur majeur de chômage.


Le chômage actuel n'est que la conséquence d'une libéralisation irraisonnée du commerce : l'entrée libre de produits fabriqués dans des pays organisés avec un autre modèle économique, où les salaires sont 5 ou 10 fois moindres, incite les producteurs français à délocaliser leur production, ce qui occasionne la 1ère vague de chômage, pour tenter de conserver leur part de marché … qui s'effritera ou s'effondrera, ce qui en général aboutit à la disparition locale des producteurs, soit la 2ème vague de chômage.

« (…) ce terme de bulle me semble inapproprié pour décrire le chômage qui résulte des délocalisations. En effet, sa progression revêt un caractère permanent et régulier, depuis maintenant plus de trente ans. (…) un phénomène de fond. »


Maurice Allais propose depuis plus de 10 ans la création d'ensembles régionaux homogènes, qui auraient des niveaux de revenus et des conditions sociales relativement proches.

« Chacune de ces organisations régionales serait autorisée à se protéger de manière raisonnable contre les écarts de coûts de production assurant des avantages indus à certains pays concurrents, tout en maintenant simultanément en interne, au sein de sa zone, les conditions d'une saine et réelle concurrence entre ses membres associés. »

Seulement voilà, hier comme aujourd'hui, les grands dirigeants mondiaux ne veulent rien entendre, et « (…) préfèrent, quant à eux, tout ramener à la monnaie, or elle ne représente qu'une partie des causes du problème. » Mais ils ne sont pas les seuls évidemment.


Maurice Allais, qui est un expert internationalement reconnu sur les crises économiques de 1929 ou de 1987 (par exemple), n'a plus accès aux médias (Marianne ayant intelligemment commis une exception) : il est devenu un Prix Nobel téléspectateur alors que « les commentateurs économiques que je vois s'exprimer régulièrement à la télévision pour analyser les causes de l'actuelle crise sont fréquemment les mêmes qui y venaient auparavant pour analyser la bonne conjoncture avec une parfaite sérénité. Ils n'avaient pas annoncé l'arrivée de la crise, et ils ne proposent pour la plupart d'entre eux rien de sérieux pour en sortir. Mais on les invite encore. »

Et il analyse ainsi son ostracisation : « Cette ignorance et surtout la volonté de la cacher grâce à certains médias dénotent un pourrissement du débat et de l'intelligence, par le fait d'intérêts particuliers souvent liés à l'argent. (…) Ceux qui détiennent ce pouvoir de décision [donner le droit de parler en tant qu'expert, ndAA] nous laissent le choix entre écouter des ignorants ou des trompeurs. »



Contrairement à Maurice Allais, l'économiste absurde Daniel Cohen n'a jamais condamné la démarche et l'objectif de l'OMC ; il n'a pas prédit la crise de 2007, et bien qu'il l'ait beaucoup commentée dans les médias, il ne propose que des mesurettes d'ajustement ou bien il évoque une révolution anthropologique … En admettant qu'il soit sérieux, on peut douter de l'efficacité ou de l'adaptabilité des réponses.

Pauvres économistes enfermés dans leur Cercle ou leur Conseil !

Si seulement ils avaient la vigueur intellectuelle et le courage d'un jeune Maurice Allais !



Alexandre Anizy

 

 

Crise de la mondialisation (I) : contre Daniel Cohen

Publié le par Alexandre Anizy

 

A notre avis, Daniel Cohen est un bon exemple français de ce qu'est un économiste de la théorie dominante. Nous ne devons pas être les seuls à le croire, puisque les médias le consultent régulièrement dès qu'ils veulent dépasser « le kit de propagande » de la pensée unique. Et pourtant, son message s'insère dans le moule.


« J'analyse cette crise multiple comme une maladie infantile de la mondialisation, (…). Je ne crois pas qu'une rupture de modèle soit à venir. » (le Monde du 8 décembre 2009)

Avec Daniel Cohen, la mondialisation n'est pas heureuse parce qu'elle connaît sa première crise infantile qui « manifeste notre incapacité collective à comprendre et à penser les multiples interdépendances dans lesquelles nous vivons aujourd'hui ».

Mais alors, que faire ?

« Ce dont nous avons besoin aujourd'hui est d'élaborer les régulations qui permettront de maîtriser ces interdépendances. » Dit autrement : « Nous devons trouver les règles de la mondialisation. »

Absolument rien d'original : on croirait lire un texte du noble Olivier Pastré, l'économiste en cercle.

(lire notre note http://www.alexandreanizy.com/article-l-hypocrisie-du-noble-olivier-pastre-economiste-en-cercle-39931815.html )


Si chacun a ses propres contradictions, en voici une chez Daniel Cohen :

« Première utopie, l'idée qu'on réussira à fixer des règles mondiales, garantes de l'équilibre de la planète. (…) Le rêve kantien de fixer des normes universelles n'est qu'un rêve. Il faut pourtant continuer d'agir comme si c'était possible (...) » (Nouvel Observateur du 7 janvier 2010)

On pense alors au Sisyphe d'Albert Camus : Daniel Cohen serait-il un « économiste absurde » ?


Mais encore, monsieur Cohen ?

« Le problème des régulateurs, des banques centrales, n'est plus, comme autrefois, de combattre l'inflation, pathologie typique du modèle économique précédent, mais de prévenir l'envolée du prix des actifs. »

Intéressant, mais Patrick Artus l'écrivait déjà en août 2007.

(lire les 8 notes titrées « les archaïques des banques centrales », commençant par http://www.alexandreanizy.com/article-7264243.html )



Parlons alors du « nouveau modèle économique » qui aurait émergé selon Daniel Cohen.

« Comme toute rupture par rapport à un mode de production antérieure, la mondialisation allie une innovation technologique majeure à une nouvelle organisation du travail. (…) La mondialisation est le fruit de l'informatique et de la nouvelle division du travail qu'elle permet, en désintégrant la chaîne de création de valeur à l'échelle de la planète. »

Outre que cette analyse nous fait vaguement penser à des travaux de Robert Boyer dans les années 80 (en ce temps-là au Cepremap, que dirige maintenant Daniel Cohen), elle renvoie aussi et surtout à la théorie du capitalisme cognitif : lire Yann Moulier Boutang, « le capitalisme cognitif. La nouvelle grande transformation » (éditions Amsterdam, juin 2007, 246 pages, 10 €) Obnubilés par la technique, les tenants de cette théorie ont finement ciselé le cadre d'analyse marxiste, sans nous convaincre de la pertinence d'un nouveau modèle économique.


Pour faire simple, nous disons que Daniel Cohen se trompe totalement en parlant d'un nouveau modèle économique dans le phénomène de la mondialisation : c'est ce que nous allons voir avec Maurice Allais. Nous constatons aussi que Daniel Cohen ne préconise rien d'original par rapport aux tenants de la pensée économique unique. Cependant, il présente un profil d'intellectuel curieux (ah ! la « révolution anthropologique » !), voire « d'économiste absurde », qui le singularise et le rend sympathique.



Alexandre Anizy

 

Régressions identitaires : Etienne Balibar et Emmanuel Todd

Publié le par Alexandre Anizy

 

Pour le philosophe Etienne Balibar, l'évolution néolibérale de l'Europe a deux conséquences notables.

« La première, c'est que la classe ouvrière (au sens large, oscillant entre le salariat et le précariat) … (…) … tend à identifier la défense de son statut (…) avec l'exclusion des migrants. (…) Comme si (…) la fétichisation de la forme nationale et la conversion de l'étranger en ennemi pouvaient conjurer la disparition du contenu social. » (dans Libération du 21 décembre 2009)

« Le deuxième phénomène est tout autre: c'est la confiscation de la politique en Europe par les gouvernements (…). (…) Cette confiscation s'explique par le fait que la classe politique et administrative qui se distribue entre les lieux du pouvoir postule toujours « l'ignorance du peuple » et n'a d'autre horizon que sa propre reproduction. » (idem)

La ratification du Traité de Lisbonne en Allemagne, en Hollande, en France, sans parler de l'Irlande, confirme cette analyse.


Etienne Balibar en arrive à cette proposition :

« L'effet combiné du désespoir des classes populaires (…) et de la stratégie auto-immunitaire des gouvernants, c'est qu'il n'y a plus de pouvoir « constituant », pas même vraiment de pouvoir « législatif » en Europe. Etatisme sans Etat (…). Mais c'est aussi que le discours nationaliste envahit tout (…). Mais ne nous y trompons pas, la xénophobie vise l'étranger en général. Elle vise la différence. » (ibidem)

Disons d'abord que la désignation des pantins Van Rompuy et baronne Ashton est un commencement de preuve quant à la pertinence de l'analyse.

(lire notre note http://www.alexandreanizy.com/article-la-tete-de-l-union-europeenne-40351675.html )

Disons enfin qu'en ce qui concerne la France, l'historien Emmanuel Todd analyse correctement le mécanisme de la régression identitaire :

« L'habileté du sarkozysme est de fonctionner sur deux pôles : d'un côté la haine, le ressentiment ; de l'autre la mise en scène d'actes en faveur du culte musulman ou les nominations de Rachida Dati ou Rama Yade (…). (…) dans tous les cas la thématique ethnique est utilisée pour faire oublier les thématiques de classe. » (dans le Monde du 27 décembre 2009)

Il nous semble intéressant de souligner ce point de convergence entre ces deux intellectuels.


Etienne Balibar en conclue logiquement que nous vivons « la fin de son utopie [le dépassement des nationalismes] ». Hormis « l'hypothèse communiste » qui résout tout d'un coup, comme il le souligne malicieusement, il n' y a point d'autres formulations d'ensemble. C'est « l'affaire d'une génération ».

« Surtout, il y faudrait des mots nouveaux, mieux articulés aux résistances et aux révoltes, comme aux aspirations générales de la société (…). »

En somme, la bataille idéologique ne fait que débuter.



Alexandre Anizy

5. Les tartuffes socialistes : Lionel Jospin le fossoyeur

Publié le par Alexandre Anizy

 

Puisque Lionel Jospin est en pleine promotion, se rappelant ainsi à nos mauvais cauchemars, rappelons ici les méfaits de ce tartuffe.

 

Enarque trotskiste, il débutait mal dans la carrière diplomatique et dans sa peau. En 1983, quand le francisquain Mitterrand enlève le masque et achève la comédie, c'est son serviteur Jospin qui trouve « la parenthèse » : un lâche soulagement devant les forces de l'argent.

En 1997, dès qu'il prend les commandes de l'Etat, il commence par renier une promesse de campagne en ratifiant le traité d'Amsterdam ; ensuite, ce n'est qu'un chapelet de renoncements.

En créant EADS, il montre soit qu'il ne sait pas compter, soit une propension certaine à enrichir les riches : lire notre note http://www.alexandreanizy.com/article-7183428.html

Sous la férule de Jospin, l'Etat n'a jamais autant privatisé. S'il n'a rien fait contre la classe démunie, comme il aime le chanter dans son bilan, il oublie de dire qu'il n'a rien fait pour non plus.

En 2002, il atteint le sommet pendant sa campagne présidentielle lorsqu'il prononça ses deux vérités :

« L'Etat ne peut pas tout » (face à des entreprises rentables qui délocalisent) ;

ce n'est pas "un programme socialiste".

Lionel Jospin est un fossoyeur du socialisme : avec lui, le mot a définitivement perdu toute signfication.

 

Nous concluons en paraphrasant un autre tartuffe :

Jospin n'a qu'une seule qualité, sa femme.

 

 

Alexandre Anizy

Crise : retour au réel avec Edwin Le Héron et Jean-Paul Fitoussi

Publié le par Alexandre Anizy

En 2008, le système bancaire était bloqué : les banques ne voulaient plus se prêter de l’argent entre elles. Les BC ont donc alimenté massivement le marché monétaire, puis commencé à racheter les actifs pourris pour purger les bilans des banques. Où en est-on ?

 

Le désinvolte politicien ami des patrons du CAC 40 Dominique Strauss-Kahn, boss du FMI par la grâce du Chef, a déclaré tout récemment que 50 % des déchets sont encore cachés dans le bilan des banques. C’est dire l’ampleur du futur nettoyage ; c’est aussi avouer l’opacité d’un système dominateur, comme le dit à sa manière le keynésien Jean-Paul Fitoussi : « Le système financier n’est pas plus transparent qu’il ne l’était avant la crise. »

 

Les banques centrales (BC) ont injecté des flots de cash dans le système financier : « A présent, la liquidité croît plus vite qu’avant la crise. Elle augmente de 30 % par an, contre 15 % entre 1990 et 2007. » (Patrick Artus).  Où vont ces liquidités ? Les banques, les « hedge funds », les fonds de pension, retournent avec cet argent sur les marchés pour spéculer, notamment avec la technique du « carry-trade » (emprunter dans une monnaie à faible taux d’intérêt – le dollar par exemple - pour investir dans des actifs libellés dans une monnaie à taux d’intérêt plus élevé) : l’économiste américain Nouriel Roubini (le seul qui avait décrit la crise des « subprimes » avant son explosion) a calculé que les spéculateurs peuvent même gagner de l’argent avec des actifs non rentables. C’est dire la folie qui ronge les cerveaux dans les centres financiers.

 

« L’afflux de capitaux ne crée plus des hausses de prix à la consommation comme autrefois, mais plutôt des bulles d’actifs et de crédit. Il faudrait donc que les grands argentiers se penchent sérieusement sur ces dérives. » (Patrick Artus). Mais comme rien  n’a changé à la Fed, la BCE etc., i.e. ni la doctrine ni les hommes, on peut considérer que les choses décrites par cet auteur dans le livre titré « les incendiaires. Les banques centrales dépassées par la globalisation » (édition Perrin août 2007, 175 pages, 14,80 €) se reproduiront.

(lire http://www.alexandreanizy.com/article-7264243.html la 1ère des 8 notes publiées en novembre et décembre 2007)

 

Pendant que les Etats et les BC écopent les soutes de la barque mondiale, les amiraux de la finance ont déjà rouvert le casino sur le pont : « En revanche, les banques, elles, profitent à plein régime du sauvetage organisé par les Etats. », dixit Jean-Paul Fitoussi.

 

 

Force est de constater que nous sommes aujourd’hui plus que jamais dans le cas de figure d’un marché spéculatif (Edwin Le Héron le définit comme celui où la plus-value anticipée est la part dominante du rendement anticipé des actions, par opposition au marché d’entreprise  où le dividende est la part dominante du rendement anticipé des actions). La fonction du secteur bancaire est de financer l’activité économique.

Rappel : (Edwin Le Héron) « Le pôle Banque est constitué de 2 entités : des banques de second rang qui créent la monnaie pour le financement de l’économie (crédit ou achat de titres sur les marchés financiers) et une banque centrale, qui cherche à maintenir la qualité du signe monétaire. » ;

En tant que producteur de la monnaie (un bien social), le secteur bancaire devrait être au service de la société. Est-ce le cas aujourd’hui ? Non.

C’est pourquoi nous avions placé en préambule à notre présentation de l’article d’Edwin Le Héron « la Préférence pour la Liquidité des banques : une analyse postkeynésienne du comportement bancaire », la note « Que font réellement les banques ? » ( http://www.alexandreanizy.com/article-que-font-reellement-les-banques--40418510.html ), où nous rapportions les exhortations aux banques du boss de la FED Bern Bernanke, de l’euro imperator Jean-Claude Trichet de la BCE, de la chancelière allemande Mutti Merkel, et même de l’incompétent ministre de l’économie Christine Lagarde, pour soutenir les signes ténus d’une reprise évanescente.

 

Ce sont des appels en vain. Edwin Le Héron donne les outils théoriques pour le comprendre.

« D’abord, les faits : la croissance, dans nos pays, ne repart pas et le chômage, considérable, réduit la capacité des gens à consommer et à rembourser leurs crédits. En France, 4,7 millions de personne sont en situation de ne pas avoir autant d’heures de travail qu’elles le souhaitent (…) Aux Etats-Unis, 17,5 % de la population sont dans ce cas, et ceux qui travaillent ne sont occupés en moyenne que 33 heures par semaine. Le commerce international se contracte. » (dixit Jacques Attali).

« Aux Etats-Unis, avec un poids économique de 10 %, le secteur financier s’arroge près de 40 % des bénéfices. Il y a quelque chose qui ne va pas dans cet état du monde. » (dixit Jean-Paul Fitoussi).

En effet.

 

Aujourd’hui, la bêtise et l’immoralité sévit sur les marchés. L’incompétence des agences de notation, les mêmes qui en 2007 décernaient des notes excellentes à des produits financiers pourris, s’est emparée des marchés de titres publics, en négatif cette fois-ci : en surévaluant leurs risques (de la Grèce, de l’Espagne, etc.), elles pourraient provoquer un approfondissement de la crise (leurs « mauvaises notes » contraignant les Etats à conduire des politiques d’austérité : une proposition confirmée en quelque sorte par Alain Minc, le libéral mondialiste heureux, lorsqu’il exhorte la France à défendre sa note AAA).


 

Alexandre Anizy

 

La PpL des banques selon Edwin Le Héron (IX)

Publié le par Alexandre Anizy

Suite des notes

http://www.alexandreanizy.com/article-la-preference-pour-la-liquidite-des-banques-selon-edwin-le-heron-i--40533959.html 

http://www.alexandreanizy.com/article-edwin-le-heron-la-ppl-des-banques-ii--40827957.html

http://www.alexandreanizy.com/article-preference-pour-la-liquidite-des-banques-selon-edwin-le-heron-iii--40958203.html 

http://www.alexandreanizy.com/article-ppl-des-banques-selon-edwin-le-heron-iv--41123203.html  

http://www.alexandreanizy.com/article-edwin-le-heron-la-ppl-des-banques-v--41365908.html 

http://www.alexandreanizy.com/article-preference-pour-la-liquidite-des-banques-edwin-le-heron-vi--41572312.html 

http://www.alexandreanizy.com/article-edwin-le-heron-ppl-des-banques-vii--41685048.html

http://www.alexandreanizy.com/article-edwin-le-heron-la-ppl-des-banques-viii--42280446.html

  

 

Au degré 2: politique monétaire et macroéconomie bancaire 

 

Détermination de l’offre de financement des banques

« Crédit et obligations semblent très proches. Toutefois les obligations étant des actifs de marché, elles ne sont pas à taux unique et intègrent, contrairement au crédit, une prime de risque directement dans le rendement. » (Edwin Le Héron, p.122)

C’est pourquoi, quand le risque du prêteur est important, les banques choisissent plutôt l’obligation mieux rémunérée et plus liquide que le crédit.

 

Concernant les besoins de l’Etat, notamment celui de la France qui n’use que des obligations et des titres du marché monétaire (TCN), « les banques financeront la demande de l’Etat sans limite au taux courant rBB (horizontalisme pur). »

Pour obtenir le montant global du financement bancaire par obligations et TCN, il faut ajouter le montant acheté aux entreprises à celui de l’Etat.

 

Concernant les Ménages, la création monétaire correspond :

  • soit à une « mise en liquidité » de leur richesse accumulée (vente de titres) ;
  • soit à une avance sur leurs revenus futurs (obtention d’un crédit bancaire : garantie importante exigée, taux élevé supérieur à rBB).   

Les banques prennent peu de risque avec les ménages.

 

Concernant le financement des entreprises, élément fondamental dans une économie monétaire de production, celles-ci s’autofinancent d’abord et utilisent ensuite les moyens financiers externes (actions, puis obligations et crédit) en fonction de leur structure de capital. Quant aux banques, elles acceptent ou pas l’offre de titres des entreprises sur le marché financier, en fonction de leur critère de rendement, de risque et de structure de bilan ; pour le crédit, elles étudient les paris productifs : « L’offre de crédit effective se trouve à la rencontre du risque marginal de l’emprunteur et de l’offre de financement des banques. » (ELH, p.124 ; voir le graphique « financement des entreprises par les banques (hors politique monétaire) »)

 

En situation de concurrence, « leur besoin de liquidité bancaire n’est pas réduit à celui imposé par la banque centrale (réserves obligatoires) ou par l’utilisation par les ANF de monnaie ultime (billets). », car il existe au niveau microéconomique des déséquilibres intermittents entre les contreparties et la monnaie créée par chaque banque : « Ce n’est pas la croissance monétaire en soi qui pose des problèmes de liquidité aux banques mais leurs taux de croissance respectifs comparé au taux de croissance moyen du système. (…) La préférence pour la liquidité des banques augmente nécessairement avec la divergence des taux de croissance. » (ELH, p.225)

 

Politique monétaire et financement

Edwin Le Héron réintègre maintenant dans son analyse la politique monétaire de la banque centrale (BC), dans une approche restrictive. On a alors une hausse du taux du marché monétaire rMM, qui engendre une hausse du taux de base bancaire rBB se propageant à la courbe des obligations rO ; inéluctablement, les actifs comportant des risques suivent la tendance et on a une augmentation du rendement des actions rD qui sera due, toutes choses égales par ailleurs, à une baisse des prix des actions. A court terme, cette baisse constitue des moins-values, et par conséquent une chute des rendements anticipés rD*.

« Dès lors, une augmentation de rMM dans un marché spéculatif peut entraîner une déstabilisation et une crise des marchés financiers jusqu’à provoquer éventuellement une crise de solvabilité du système bancaire par le dégonflement rapide de son actif (actions essentiellement), et la baisse de la valeur des garanties (collatéraux), ce qui entraînera à son tour une hausse du risque du prêteur et un resserrement du financement de l’économie. » (ELH, p.126)   

Marché spéculatif : ELH définit le marché spéculatif comme étant celui où la plus-value anticipée est la part dominante du rendement anticipé des actions ;

Marché d’entreprise : ELH définit le marché d’entreprise comme étant celui où le dividende est la part dominante du rendement anticipé des actions (dans ce cas de figure, le marché financier sert réellement à évaluer le capital).

 

Avec ELH, on voit donc que les mesures qui veulent assurer sécurité et liquidité du financement s’opposent au dynamisme des entrepreneurs et par conséquent à la croissance.

« En simplifiant, nous pouvons dire que plus la situation sera calme (politique monétaire accommodante, croissance et profits élevés, endettement faible, PpL faible des entreprises et des banques), plus nous nous rapprocherons du cas horizontaliste. Par contre, plus la situation sera « mouvementée », plus le comportement bancaire aura une influence sur la production et l’économie en général. » (ELH, p.126)

 

Nous en avons un bon exemple depuis août 2007.

 

 

Pour conclure, résumons les 3 éléments nouveaux que l’analyse d’Edwin Le Héron apporte par rapport à la théorie de la monnaie endogène.

L’offre de monnaie, endogène comme la demande grâce à l’intégration des « esprits animaux » des banques, ne colle plus automatiquement à la demande des agents non financiers (i.e. une distinction par rapport à l’horizontalisme pur) ; le rationnement de la demande effective est alors le fruit de la préférence pour la liquidité des banques, ce qui signifie que les banques aussi peuvent imposer une contrainte monétaire. Le caractère monétaire de l’économie de production keynésienne sort renforcée de l’analyse d’Edwin Le Héron.

Le taux d’intérêt des banques n’est plus seulement conventionnel et exogène : il devient prix de production de la monnaie, dépendant de la concurrence des banques et de leurs structures de bilan.

L’intégration de la préférence pour la liquidité des banques oblige à la prise en compte des actifs et des marchés financiers, i.e. à la dimension « stock » chère aux keynésiens traditionnels qui font florès.  

 

 

Alexandre Anizy

 

Rappel : « La préférence pour la liquidité des banques : une analyse postkeynésienne du comportement bancaire » est la contribution d’Edwin Le Héron au numéro des Cahiers lillois d’économie et de sociologie titré « Monnaie et taux d’intérêt en analyse keynésienne »  (L’Harmattan, septembre 2002, 182 pages, 16 €).  

 

 

Edwin Le Héron : la PpL des banques (VIII)

Publié le par Alexandre Anizy

Suite des notes

http://www.alexandreanizy.com/article-la-preference-pour-la-liquidite-des-banques-selon-edwin-le-heron-i--40533959.html 

http://www.alexandreanizy.com/article-edwin-le-heron-la-ppl-des-banques-ii--40827957.html

http://www.alexandreanizy.com/article-preference-pour-la-liquidite-des-banques-selon-edwin-le-heron-iii--40958203.html 

http://www.alexandreanizy.com/article-ppl-des-banques-selon-edwin-le-heron-iv--41123203.html  

http://www.alexandreanizy.com/article-edwin-le-heron-la-ppl-des-banques-v--41365908.html 

http://www.alexandreanizy.com/article-preference-pour-la-liquidite-des-banques-edwin-le-heron-vi--41572312.html  

http://www.alexandreanizy.com/article-edwin-le-heron-ppl-des-banques-vii--41685048.html  

 

 

Taux d’intérêt et rendements des financements

« Le taux d’intérêt (…) [est] le prix de production de la monnaie, déterminé par les banques en concurrence. Il est le fruit de la préférence pour la liquidité des banques. Il représente le coût de production de la monnaie plus une marge. » (Edwin Le Héron, p.118)

Le coût de production englobe le coût de fonctionnement d’une banque (i.e. salaires, autres charges, etc.), le coût de rémunération du passif monétaire correspondant, le coût de refinancement déterminé par la banque centrale (taux exogène). « Le taux de marge correspond au profit des banques lié à leur activité de crédit. » (ELH, p.119)

 

Le taux d’intérêt sera appliqué à tous les crédits en ne tenant pas compte du risque croissant : les banques augmenteront plutôt les garanties annexes, et refuseront le dossier à partir d’un certain niveau de risque. Les « bons emprunteurs » sont ainsi choisis. « La contrainte financière s’exerce donc par les prix (le taux de base bancaire) puis par les quantités (financement maximal). La courbe est donc horizontale, puis verticale lorsque le risque marginal du prêteur devient trop élevé. » (ELH, p.119)

 

Le rendement d’un actif de marché i se mesure ainsi :

        ri = (qi – ci + li) / Vi en valeur actualisée

(avec q les revenus plus l’éventuelle plus ou moins value attendus, c les coûts d’acquisition et de conservation, l la prime de liquidité, V le prix de l’actif).  

Pour une action, les dividendes et prix de cession sont incertains : le rendement ne peut donc qu’être anticipé (rD*). C’est pourquoi les banques exigent une prime de risque élevée [rD*-rBB].

 

 

Structure optimale du bilan

La contrainte globale est évidemment :

r Actif > r Passif

« Les banques cherchent à maximiser leur masse de profit et non leur taux. Pour obtenir des profits, elles doivent financer l’économie et accepter de devenir plus illiquide. (…) elles ne peuvent espérer des profits importants qu’en baissant leur PpL. » (ELH, p.121)

Pour ceux qui veulent aller plus loin : Edwin Le Héron propose dans son article une structure simplifiée du bilan des banques ; précisons qu’il ne tient compte ni du « hors bilan » (mais si les professionnels experts en tenaient vraiment compte, aurait-on vu la faillite de la Barings, le désastre déclenché par les « subprimes » ?), ni des profits issus des activités de service (gestion d’actifs pour le compte de tiers) ou des activités d’assurance, lesquelles représentent environ 50 % du produit net bancaire. A partir de cette structure optimale, Edwin Le Héron détermine le profit des banques obtenu par le financement monétaire de l’économie (voir la formule en page 122).

 

« L’activité économique dépend également des esprits animaux des banques et la rareté du financement ne peut être que la conséquence d’un choix délibéré de celle-ci, une rareté désirée signe de leur préférence pour la liquidité. » (ELH, p.122)

 

(A suivre)

 

 

Alexandre Anizy

 

Rappel : « La préférence pour la liquidité des banques : une analyse postkeynésienne du comportement bancaire » est la contribution d’Edwin Le Héron au numéro des Cahiers lillois d’économie et de sociologie titré « Monnaie et taux d’intérêt en analyse keynésienne »  (L’Harmattan, septembre 2002, 182 pages, 16 €).  

 

La lassitude du lecteur de fond (III)

Publié le par Alexandre Anizy

Suite aux notes

http://www.alexandreanizy.com/article-la-lassitude-du-lecteur-de-fond-i--41980257.html

http://www.alexandreanizy.com/article-la-lassitude-du-lecteur-de-fond-ii--42086080.html

 

 

Parce que lire ne doit pas être une course à la nouveauté, qui est un concept bien fragile si on y regarde de près, il ne faut pas hésiter une seconde à reprendre les ouvrages qui vous ont déjà plu, et pas nécessairement les classiques. Être comme une âme en peine n’est pas une excuse pour sombrer dans l’élitisme bourgeois d’Edith Wharton !

 

C’est le troisième remède à la lassitude du lecteur de fond : il s’inscrit dans l’esprit de « la lenteur » de Milan Kundera (Gallimard, 1995, 154 p., 87 FRF).

(Lire http://www.alexandreanizy.com/article-21222716.html ).

 

 

Alexandre Anizy