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Dominique Strauss-Kahn parle bien "econo-globish"

Publié le par Alexandre Anizy

Dominique Strauss-Kahn, l'ami du CAC 40, a été placé à la tête du Fonds Monétaire International (FMI) par le Président ubiquiste Sarkozy de Nagy Bocsa : il le méritait sans conteste. Sous l'ère Jospin, il avait montré l'étendue de son talent d'illusionniste.


Etant loin de sa base électorale française, DSK n'a plus besoin de maquiller ses préférences doctrinales et ses propos conservateurs. C'est ainsi que le FMI, sous sa direction, vient de sommer le Portugal de diminuer ses dépenses budgétaires par une baisse de la masse salariale des fonctionnaires et par une réduction des aides sociales.

Gageons que s'il était en France, DSK l'ami du CAC 40 aurait noyé, comme Sarkozy de Nagy Bocsa, son remède néolibéral dans une chicorée socialiste : c'est le talent que nous lui reconnaissons.


En effet, DSK maîtrise parfaitement l'« econo-globish », cette langue économique pratiquée sur notre planète par l'ensemble des décideurs qui veillent à ce qu'hors de cette théorie dominante, point de salut ! C'est d'ailleurs pourquoi il a obtenu le job : une sorte de fondé de pouvoir des grosses fortunes.



Alexandre Anizy 

6. Les tartuffes socialistes : Jean-Pierre Jouyet le Ponce Pilate Gracquant

Publié le par Alexandre Anizy

D'aucuns pourraient nous faire remarquer fort justement que ce monsieur n'est plus membre du Parti Socialiste. Mais dans ce cas, ils oublieraient que l'énarque socialiste Jean-Pierre Jouyet a fait une brillante carrière dans la haute administration sous l'ère socialiste, et puis qu'il prit médiatiquement ses distances en entrant au Gracque 40 puisque l'offre du Parti n'était plus porteuse (nous synthétisons par là-même la conclusion de la pensée essentiellement consensuelle de ce groupuscule du VIIème arrondissement parisien), pour enfin finir dans les filets d'un pêcheur nommé Nicolas Sarkozy de Nagy Bocsa.

Pour l'oligarchie et ses représentants, peu importe le flacon pourvu qu'ils aient l'ivresse (du pouvoir).

Malgré tout cela, comme le repêché avait encore des vapeurs (des états d'âme), on lui confia un poste magnifique (patron de l'Autorité des Marchés Financiers) : de quoi continuer à s'assoir à la table des saigneurs.

 

Patatras ! A peine débarquait-il dans les murs de l'AMF que cette institution blanchissait définitivement Arnaud Lagardère et les dirigeants d'EADS, au terme de 3 ans d'enquête pour un soupçon de délits d'initiés !

Il faut croire que c'en était trop pour la conscience professionnelle, voire l'honneur, du patron Jean-Pierre Jouyet qui se démarqua immédiatement des conclusions du rapport final de cette enquête « exemplaire », puisqu'elle était antérieure à sa nomination. A notre avis, Ponce Pilate n'aurait pas fait mieux.

 

(lire aussi le portrait de juillet 2008, ci-dessous)

http://www.alexandreanizy.com/article-21101706.html

Nous avons bien ri à la lecture du Figaro d'hier (29 janvier2010), notamment quand Jouyet déclare solennellement : « Si certains s'interrogeaient après cette décision sur le degré d'exigence de l'AMF en matière d'information financière, qu'il soit bien clair que celui-ci est inchangé. » Les affaires continueront comme avant, et nous l'avions déjà compris, monsieur.

 

 

Alexandre Anizy 

"Voici le temps des imposteurs" de Gilbert Cesbron

Publié le par Alexandre Anizy

Si « Voici le temps des imposteurs » n'est pas le meilleur roman de Gilbert Cesbron, il est sans doute le plus critique. En effet, on peut y lire la description sans tabous (une concession ironique à la mode verbale) du monde cynique de la presse : commencer par la prise de pouvoir grotesque au journal collaborationniste le Soir, par trois Résistants quasi débutants, situe d'emblée le problème.

Bien sûr, le style sobre et incolore ne vous marquera pas. Mais il a au moins le mérite de la justesse.

« Et voici qu'au lendemain des journées d'août [1944, ndAA], parée de la victoire des autres et se baptisant « peuple », cette foule arrogante et veule instituait ses tribunaux populaires et réclamait la mort du vieux souverain qu'elle avait idolâtré. Les soldats étaient repartis, les héros se tenaient à l'écart et, pour se justifier à leurs yeux, les lâches donnaient la chasse à plus lâches qu'eux. » (p.58 de l'édition 1974 du Service Culturel de France, empruntée à la bibliothèque municipale)

En lisant ce passage, nous pensons à Alphonse Boudard (« les combattants du petit bonheur »; en poche) : lire notre note http://www.alexandreanizy.com/article-15357832.html .


Dans cet ouvrage de Cesbron, on voit une peinture au vitriol des ambitions marchandes et morales du milieu de la presse, à travers des personnages inspirés par des monstres sacrés comme Pierre Lazareff ou Daniel Filipacchi. On est loin de la vénération que leur porte Philippe Labro dans son bouquin « un début à Paris » (Gallimard, 1994, 349 pages, 125 FRF) : lire notre note http://www.alexandreanizy.com/article-27601174.html .


Alors qu'il était populaire, i.e. un gros vendeur, après la parution de ce livre en 1972 la visibilité de Gilbert Cesbron dans les médias n'était plus comparable à celle d'autrefois, quand il se contentait d'être un écrivain catholique sensible aux réalités sociales : était-ce une mesure de rétorsion immédiate ?


Quoi qu'il en soit, le mal dénoncé par Gilbert Cesbron est fait : pire, les choses se sont agravées, puisque les médias forment un rouage essentiel de la formation de l'opinion publique dans la société du spectacle. C'est pourquoi la presse actuelle, qui ressemble de plus en plus à la Cour de Versailles où des courtisans de toutes sortes vivaient au crochet de l'Etat ou se ruinaient pour en être, est maintenant investie par les rejetons de l'aristocratie.



Alexandre Anizy

 

Le Monde dédouane Sarkozy avec Bezat en petit télégraphiste

Publié le par Alexandre Anizy

Pour ceux qui en doutait, Pierre Péan et Philippe Cohen leur ont révélé il y a quelques années que le quotidien le Monde ne pouvait plus être qualifié de « référence » tant il avait mené de combats douteux sous la férule du trio invraisemblable et pourtant réel : Minc, Colombani, Plenel.

Les 3 lascars ont quitté le navire, en le laissant dans une situation financière quasiment inextricable et en lui léguant une pratique éditoriale qui ne le grandit pas. C'est ce que nous allons montrer à nouveau aujourd'hui dans le champ politique, alors que notre première analyse concernait l'économie - (re)lire la note du 17 juillet 2008 ( http://www.alexandreanizy.com/article-21298273.html ) -, et que la deuxième portait sur l'administration judiciaire – (re)lire la note du 23 juin 2009 ( http://www.alexandreanizy.com/article-32988296.html ).


Dans le numéro daté du 26 janvier 2010, en page 3, on vous dit « comment Henri Proglio a piégé Sarkozy »: c'est du moins le gros titre de la page. Mais dans l'article, que pouvons-nous lire ?

Apprend-on que lors des réunions préparant la double nomination chez EDF et Veolia la question du montant de la rémunération globale n'aurait jamais évoqué, ou mieux encore, qu'une limite supérieure aurait été clairement demandée par le gouvernement ? Non.

Apprend-on que le fait qu'il y ait concrétement une double rémunération (i.e. À la fois publique et privée) ait été formellement interdit par le gouvernement ? Non.

Au contraire, on voit que les premières décisions prises étaient le fruit de tractations, avec dans le camp Proglio des soutiens aussi forts que le bras droit du Président, à savoir Claude Guéant, que le conseiller qui se voudrait omniscient, à savoir Alain Minc. On constate que le Proglio a remporté une bataille de réseaux, ce qui est la principale caractéristique de sa carrière – les siens étant particulièrement maçonnés. On apprend aussi que « M. Sarkozy n'aurait pourtant jamais nommé à la tête d'EDF un homme dont il ne soit pas sûr. » Mieux que ça, on a les mots du Président adressés à Henri Proglio lorsqu'il le reçoit: « Je te confie la plus belle boîte de France. »

Alors, où est le piège de Proglio ? Nulle part.

Au contraire, la fin de l'article annonce la thèse la plus plausible : « Au fond, c'est son argumentaire [à Proglio] qui a convaincu. »


La rigueur intellectuelle n'est donc pas la qualité que nous porterions au crédit des signataires : Raphaëlle Bacqué et Jean-Michel Bezat.



Ce dernier aggrave son cas (on suppose que ses initiales J.-M. B. désignent le journaliste courageux) en bas de la même page 3, avec un petit article titré « Le chef de l'Etat était réservé sur les deux mandats ».

Or, que nous dit-il ici ?

Que le Président aurait été « très réservé sur l'idée d'un rapprochement Veolia - EDF », ce qui contredit la thèse de l'article principal (signé aussi par J.-M. B., rappelons-le) qui affirme que Proglio a été choisi grâce au fond à son argumentaire, i.e. son projet de rapprochement !

Que le Président aurait insisté sur le fait que « la même personne ne peut pas présider les deux [sociétés] », ce qui ferait douter de la santé intellectuelle du Président puisqu'il aurait aussi déclaré à Proglio, selon l'article principal au-dessus : « Je te confie la plus belle boîte de France ».


Non vraiment, ce papier secondaire n'est pas sérieux, mais il est conforme à la méthode retenue par le quotidien vespéral pour manipuler le lecteur (voir nos notes précédentes grâce aux liens ci-dessus). Vincent Peillon le bourgeois prétendant va avoir du boulot, parce qu'il n'y a pas que les patrons de la télévision publique qui soient serviles (voir sa déclaration au Monde du 24 janvier 2010) !

Ce petit article ressemble plus à un élément d'un plan de communications correctives élaborées à l'Elysée ou ailleurs, qu'à un travail de journaliste de référence : les mots rapportés du Président proviendraient de confidences en privé … un procédé très utile pour un éventuel futur démenti.

Si Jean-Michel Bezat est journaliste de profession, nous considérons qu'il a aussi des compétences pour une autre fonction : petit télégraphiste.


 

Alexandre Anizy

 

Toujours la même embrouille de Jacques Julliard

Publié le par Alexandre Anizy

Comme il y a 30 ans, l'intellectuel servile Jacques Julliard s'est jeté dans la bataille idéologique, hier sous le masque de la modernité (la deuxième gauche et Rocard : quelle fumisterie !), aujourd'hui celui de la régénération ; mais dans les deux cas, il s'agite pour brouiller les termes du débat afin que rien ne change.

La cohérence politique de ce personnage n'étant pas une de ses qualités, nous dégotons d'emblée une contradiction majeure parmi les « 20 thèses pour repartir du pied gauche » (article dans Libération du 18 janvier 2010), lorsqu'il parle des syndicats.

D'abord, c'est le constat auquel arrivent bien de nos concitoyens :

« Privés de toute perspective d'avenir, de tout projet positif, les syndicats se sont repliés sur une posture purement défensive de préservation de l'emploi et des rémunérations. Les grandes entreprises (…) dans le meilleur des cas, regardent les syndicats comme des auxiliaires utiles dans le maintien de l'ordre social. »

Au printemps 2009, grâce à une gestion pédestre et stérile du mécontentement populaire, les sieurs Thibault et Chérèque ont montré toute l'étendue de leur capacité de nuisance, pour les salariés évidemment.


Puis vient la proposition absurde concernant la régénération :

« Le facteur déclenchant pourrait être la constitution d'un bloc syndical, doté d'un programme d'urgence, dont la CGT et la CFDT doivent prendre l'initiative. (…) Ce nouveau bloc devra envisager la coordination de son action à l'échelle internationale, et d'abord européenne. »

Comment des organisations syndicales vermoulues peuvent-elles se transformer en forces du changement, qui plus est dans un cadre européen ? Le savant Jacques Julliard ne se donne même pas la peine de raconter cette métamorphose abracadabrantesque.



En fait, cet intellectuel servile nous sert le même plat de résistance qu'hier, à savoir : une deuxième gauche, un étendard forcément rassembleur (hier la modernité, maintenant la régénération), un nouvel acteur social (hier la CFDT prétendument autogestionnaire, maintenant le bloc syndical aux contours aussi flous que le programme d'actions), et toujours la même société civile …

Si les temps ont changé, Jacques Julliard quant à lui s'est fossilisé.



Alexandre Anizy 

 

Henri Proglio ridiculise Christine Lagarde

Publié le par Alexandre Anizy

Alors que l'incompétent ministre Christine Lagarde avait déclaré officiellement aux sénateurs, le 5 novembre 2009, qu' « en qualité de président d'EDF, il n'est pas question de cumul de rémunérations » pour Henri Proglio, ce qui signifie qu'il « percevra une seule et unique rémunération », ce personnage a obtenu ce qu'il avait réclamé à l'Elysée : 2 millions d'euros de rémunérations cumulées. Et Christine Lagarde a osé défendre ce deal devant les parlementaires.

(Rappelons ici notre note Henri PROGLIO chez EDF et Veolia : vers un accident industriel ?  http://www.alexandreanizy.com/article-36862251.html ).

Alors, était-ce un mensonge éhonté ou une pirouette sémantique mûrement réfléchie de la part de l'ex avocat Christine Lagarde ?

Heureusement pour elle, le ridicule ne tue plus de nos jours …


Voulant sauver la face du ministre, l'administration de Bercy a tenu à préciser que l'Etat avait veillé à ce que « la rémunération totale [d'Henri Proglio] n'excède pas ce qui lui était versé dans ses anciennes fonctions de président exécutif de Veolia ». Problème : en 2008, chez Veolia, Henri Proglio n'a touché que 1,6 million d'euros.

Puisque pour les énarques et autres cadors des Grandes Ecoles de Bercy 2 millions n'excèdent pas 1,6 million, il ne faut pas s'étonner des trous financiers dans les caisses publiques !


Plus sérieusement, que faut-il retenir ?

« Un cabinet très spécialisé a analysé que l'essentiel du pouvoir des sociétés du CAC 40 était désormais réuni entre les mains d'une centaine de personnes. Il y avait autrefois les 200 familles. Il y a aujourd'hui les 100 « managers » de la finance. L'épisode Proglio révèle que ce petit cercle au centre du système a mis la tête de l'Etat à sa botte et la soumet à ses besoins : les fondés de pouvoir du capital ont leurs positions au coeur du pouvoir politique. » Claude Cabanes (Humanité du 21 janvier 2010)

François Bayrou dit aussi la même chose, mais autrement :

« Un réseau d'influence est en train de s'installer à tous les carrefours de pouvoir. Le contrat fondateur au bas duquel Nicolas Sarkozy a apposé son nom, notamment le soir du Fouquet's, c'est que, désormais, entre intérêts publics et privés, il n'y aurait plus ce mur de verre qu'on avait respecté jusque-là, et qu'on allait s'arranger entre amis. Prenez la liste de ceux qui étaient au Fouquet's, et vous verrez ce qui a été fait pour eux. » (le Monde du 22 janvier 2010)

 


Au fait, de combien a augmenté le Smic ? Si peu cher ami.

Mais le fric, au fond, c'est vraiment le Cadet des soucis d' Henri Proglio ! La preuve ? Il vient de renoncer à sa rémunération chez Veolia (soit 450.000 €).

Une nouvelle claque pour l'incompétent ministre Christine Lagarde.


Alexandre Anizy  

En croix, Célia Houdart !

Publié le par Alexandre Anizy

Heureusement, nous ne connaissons pas Célia Houdart : à chacun sa « cruz »!

« Le patron » (éditeur P.O.L, mai 2009, 123 pages, 12 €) n'est pas un roman ; c'est un récit plus qu'épuré : évidé. Avec cette prose fumeuse, le lecteur ne risque même pas le vertige.


Le style sauve-t-il le produit ? Non.

« La deuxième séance de pose chez Monsieur Serge fut particulièrement silencieuse. C'était le lendemain d'un arbitrage de match en plein air, Monsieur Serge n'avait plus un atome de voix. Il donna des indications à ses modèles en parlant tout bas. Bilal et Iris devaient lire sur ses lèvres. » (p.33)

Sujet, verbe, complément ; proposition subordonnée en accessoire épisodique. Quelle aridité !


Pourquoi cet éditeur réputé a-t-il soutenu ces brumes sèches ?

Cette fumigation serait-elle un produit de nécessité (de trésorerie) pour lui ?


Pour l'auteur comme pour l'éditeur : consternant.


Alexandre Anizy

 

 

Lire Dany Laferrière avec plaisir

Publié le par Alexandre Anizy

 

Dany Laferrière : enfin un écrivain qui ose la forme !

Nous finirons par croire que l'inventivité s'est définitivement plantée dans les Caraïbes, en laissant aux "métros" les croûtons rassis de la clique à Sollers et compagnie.


« Cette ville se réveille

si tôt qu'à deux heures

de l'après-midi

elle est déjà sur les genoux.

A l'ombre d'un large chapeau

les vendeuses de melon

font la sieste.

Le dos contre le mur de l'hôtel. » (p.152)


« L'énigme du retour » (Grasset, août 2009, 300 pages, 18 €) n'est pas un grand livre. Il ne vaut que par le style de l'auteur, mais cette qualité fait tellement défaut par les temps qui courent...  

Rendons grâce au jury Médicis qui a couronné en 2009 ce roman insolite.



Alexandre Anizy

 

Crise de la mondialisation (II) : avec Maurice Allais

Publié le par Alexandre Anizy

 

Maurice Allais est l'unique Français ayant reçu le Prix Nobel d'économie. Pourtant, les médias ne le consultent plus depuis belle lurette, comme d'ailleurs les dirigeants et institutions françaises. Il est vrai qu'il a l'outrecuidance de se définir comme « libéral et socialiste » et de briser des tabous indiscutés.

D'aucuns s'étonneront de nous voir associés à ce théoricien, mais en ce qui concerne l'analyse de la crise nous émettons le même diagnostic, et quant à la prescription, nous approuvons le premier remède.


« (…) le fondement réel de l'actuelle crise : l'organisation du commerce mondial, qu'il faut réformer profondément, et prioritairement à l'autre grande réforme également indispensable que sera celle du système bancaire. » (dans Marianne du 5 décembre 2009)

Pour Maurice Allais, le protectionnisme entre pays à salaires comparables n'est pas, en général, une bonne mesure.

« Par contre, le protectionnisme entre pays de niveaux de vie différents est non seulement justifié, mais absolument nécessaire. C'est en particulier le cas à propos de la Chine, avec laquelle il est fou d'avoir supprimé les protections douanières aux frontières. Mais c'est aussi vrai pour des pays plus proches, y compris au sein même de l'Europe. »


Que peut faire l'industriel français, par exemple du textile, pour maintenir sa part de marché et sa production locale, quand ses coûts de fabrication sont 5 ou 10 plus élevés ? Rien. Parce qu'il en a fait l'amère expérience (dépôt de bilan de la société Tissage de Picardie), nous doutons que Guillaume Sarkozy de Nagy Bocsa nous contredise sur ce point.

Face à la « méprise monumentale », « monstrueuse », du directeur général de l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC), le social traître Pascal Lamy, qui souhaiterait que les discussions en cours (appelées le cycle de Doha) s'achèvent par un accord en 2010, parce qu'il considère que l'accroissement des échanges est un objectif en soi alors qu'ils ne sont qu'un moyen, Maurice Allais exprime avec humour sa profonde indignation en lâchant ce mot d'ordre : « il faut de toute urgence délocaliser Pascal Lamy », parce qu'il est un facteur majeur de chômage.


Le chômage actuel n'est que la conséquence d'une libéralisation irraisonnée du commerce : l'entrée libre de produits fabriqués dans des pays organisés avec un autre modèle économique, où les salaires sont 5 ou 10 fois moindres, incite les producteurs français à délocaliser leur production, ce qui occasionne la 1ère vague de chômage, pour tenter de conserver leur part de marché … qui s'effritera ou s'effondrera, ce qui en général aboutit à la disparition locale des producteurs, soit la 2ème vague de chômage.

« (…) ce terme de bulle me semble inapproprié pour décrire le chômage qui résulte des délocalisations. En effet, sa progression revêt un caractère permanent et régulier, depuis maintenant plus de trente ans. (…) un phénomène de fond. »


Maurice Allais propose depuis plus de 10 ans la création d'ensembles régionaux homogènes, qui auraient des niveaux de revenus et des conditions sociales relativement proches.

« Chacune de ces organisations régionales serait autorisée à se protéger de manière raisonnable contre les écarts de coûts de production assurant des avantages indus à certains pays concurrents, tout en maintenant simultanément en interne, au sein de sa zone, les conditions d'une saine et réelle concurrence entre ses membres associés. »

Seulement voilà, hier comme aujourd'hui, les grands dirigeants mondiaux ne veulent rien entendre, et « (…) préfèrent, quant à eux, tout ramener à la monnaie, or elle ne représente qu'une partie des causes du problème. » Mais ils ne sont pas les seuls évidemment.


Maurice Allais, qui est un expert internationalement reconnu sur les crises économiques de 1929 ou de 1987 (par exemple), n'a plus accès aux médias (Marianne ayant intelligemment commis une exception) : il est devenu un Prix Nobel téléspectateur alors que « les commentateurs économiques que je vois s'exprimer régulièrement à la télévision pour analyser les causes de l'actuelle crise sont fréquemment les mêmes qui y venaient auparavant pour analyser la bonne conjoncture avec une parfaite sérénité. Ils n'avaient pas annoncé l'arrivée de la crise, et ils ne proposent pour la plupart d'entre eux rien de sérieux pour en sortir. Mais on les invite encore. »

Et il analyse ainsi son ostracisation : « Cette ignorance et surtout la volonté de la cacher grâce à certains médias dénotent un pourrissement du débat et de l'intelligence, par le fait d'intérêts particuliers souvent liés à l'argent. (…) Ceux qui détiennent ce pouvoir de décision [donner le droit de parler en tant qu'expert, ndAA] nous laissent le choix entre écouter des ignorants ou des trompeurs. »



Contrairement à Maurice Allais, l'économiste absurde Daniel Cohen n'a jamais condamné la démarche et l'objectif de l'OMC ; il n'a pas prédit la crise de 2007, et bien qu'il l'ait beaucoup commentée dans les médias, il ne propose que des mesurettes d'ajustement ou bien il évoque une révolution anthropologique … En admettant qu'il soit sérieux, on peut douter de l'efficacité ou de l'adaptabilité des réponses.

Pauvres économistes enfermés dans leur Cercle ou leur Conseil !

Si seulement ils avaient la vigueur intellectuelle et le courage d'un jeune Maurice Allais !



Alexandre Anizy

 

 

Crise de la mondialisation (I) : contre Daniel Cohen

Publié le par Alexandre Anizy

 

A notre avis, Daniel Cohen est un bon exemple français de ce qu'est un économiste de la théorie dominante. Nous ne devons pas être les seuls à le croire, puisque les médias le consultent régulièrement dès qu'ils veulent dépasser « le kit de propagande » de la pensée unique. Et pourtant, son message s'insère dans le moule.


« J'analyse cette crise multiple comme une maladie infantile de la mondialisation, (…). Je ne crois pas qu'une rupture de modèle soit à venir. » (le Monde du 8 décembre 2009)

Avec Daniel Cohen, la mondialisation n'est pas heureuse parce qu'elle connaît sa première crise infantile qui « manifeste notre incapacité collective à comprendre et à penser les multiples interdépendances dans lesquelles nous vivons aujourd'hui ».

Mais alors, que faire ?

« Ce dont nous avons besoin aujourd'hui est d'élaborer les régulations qui permettront de maîtriser ces interdépendances. » Dit autrement : « Nous devons trouver les règles de la mondialisation. »

Absolument rien d'original : on croirait lire un texte du noble Olivier Pastré, l'économiste en cercle.

(lire notre note http://www.alexandreanizy.com/article-l-hypocrisie-du-noble-olivier-pastre-economiste-en-cercle-39931815.html )


Si chacun a ses propres contradictions, en voici une chez Daniel Cohen :

« Première utopie, l'idée qu'on réussira à fixer des règles mondiales, garantes de l'équilibre de la planète. (…) Le rêve kantien de fixer des normes universelles n'est qu'un rêve. Il faut pourtant continuer d'agir comme si c'était possible (...) » (Nouvel Observateur du 7 janvier 2010)

On pense alors au Sisyphe d'Albert Camus : Daniel Cohen serait-il un « économiste absurde » ?


Mais encore, monsieur Cohen ?

« Le problème des régulateurs, des banques centrales, n'est plus, comme autrefois, de combattre l'inflation, pathologie typique du modèle économique précédent, mais de prévenir l'envolée du prix des actifs. »

Intéressant, mais Patrick Artus l'écrivait déjà en août 2007.

(lire les 8 notes titrées « les archaïques des banques centrales », commençant par http://www.alexandreanizy.com/article-7264243.html )



Parlons alors du « nouveau modèle économique » qui aurait émergé selon Daniel Cohen.

« Comme toute rupture par rapport à un mode de production antérieure, la mondialisation allie une innovation technologique majeure à une nouvelle organisation du travail. (…) La mondialisation est le fruit de l'informatique et de la nouvelle division du travail qu'elle permet, en désintégrant la chaîne de création de valeur à l'échelle de la planète. »

Outre que cette analyse nous fait vaguement penser à des travaux de Robert Boyer dans les années 80 (en ce temps-là au Cepremap, que dirige maintenant Daniel Cohen), elle renvoie aussi et surtout à la théorie du capitalisme cognitif : lire Yann Moulier Boutang, « le capitalisme cognitif. La nouvelle grande transformation » (éditions Amsterdam, juin 2007, 246 pages, 10 €) Obnubilés par la technique, les tenants de cette théorie ont finement ciselé le cadre d'analyse marxiste, sans nous convaincre de la pertinence d'un nouveau modèle économique.


Pour faire simple, nous disons que Daniel Cohen se trompe totalement en parlant d'un nouveau modèle économique dans le phénomène de la mondialisation : c'est ce que nous allons voir avec Maurice Allais. Nous constatons aussi que Daniel Cohen ne préconise rien d'original par rapport aux tenants de la pensée économique unique. Cependant, il présente un profil d'intellectuel curieux (ah ! la « révolution anthropologique » !), voire « d'économiste absurde », qui le singularise et le rend sympathique.



Alexandre Anizy